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Cours d’agriculture (Rozier)/BAUME

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 179-181).


BAUME. Plante (Voyez Menthe)


Baume, Pharmacie. On en connoît de deux espèces : les naturels & les composés.

Les baumes naturels sont des matières huileuses, aromatiques, d’une consistance liquide & un peu épaisse, qui découlent d’elles-mêmes de certains arbres, ou par des incisions qu’on y fait, à dessein d’en obtenir une plus grande quantité. Les principaux sont le baume blanc, ou de la Mecque ; le baume d’ambre liquide, le baume du Pérou, de tolu, de copahu, le stirax liquide, les térébenthines, &c. Comme on les trouve en substance dans toutes les boutiques des apothicaires, il est inutile d’en tracer ici l’historique ; d’ailleurs, les propriétés dont ils jouissent seront décrites sous leur mot propre.

Les baumes composés sont bien plus multipliés ; ils servent le plus souvent à l’empirisme & à la charlatannerie. Tout baume qui a pour base l’huile, la graisse, le beurre & le saindoux, & dans lequel ces substances ne souffrent aucune combinaison qui change leur manière d’être, sont plus nuisibles qu’utiles. Par combinaison, je n’entends pas un simple mélange ; par exemple, du bois de santal réduit en poudre, avec l’huile, le beurre, &c. L’union de ces deux substances ne forme point de nouvelle combinaison dans leurs principes, & ne réduit pas l’huile en corps savonneux.

L’expérience a démontré que tout corps gras appliqué sur la peau, en bouche les pores, & arrête la transpiration ; que la chaleur naturelle de la partie sur laquelle on les applique, suffit pour les faire rancir & leur donner un caractère de causticité ; que tout corps gras devenu rance, devient épipastique, c’est à-dire qu’il cause l’inflammation, excorie la peau, & attaque les chairs. On voit par-là combien il est dangereux d’appliquer de pareils baumes, ou sur des plaies récentes, puisqu’ils y produiront une inflammation, ou sur des plaies déjà accompagnées d’inflammation, puisqu’ils l’augmenteront encore. On ne doit donc pas être surpris, si des plaies traînent long-tems avant de se cicatriser ; de pareils baumes s’opposent aux efforts de la nature, les contrarient, impatientent le malade, & nuisent à la réputation de celui qui les administre, puisqu’on va jusqu’à dire qu’il retarde la guérison pour gagner davantage. Ce n’est pas toujours mauvaise volonté, souvent c’est ignorance. À l’article Onguent, les principes qui viennent d’être indiqués seront mis dans tout leur jour. Nous nous permettrons seulement une simple réflexion. La composition des baumes varie suivant les différentes pharmacopées. Celui qui, dans la pharmacopée de Paris, est composé de dix drogues, l’est de quatre seulement dans celle de Londres ; de vingt dans celle de Nuremberg, &c. Combien de pareils exemples ne pourrois-je pas citer ? Qui est-ce donc qui agit sur une plaie ? Est-ce la nature ? est-ce le baume ? Un critique dira : c’est la nature, puisque les baumes plus ou moins composés de drogues, produisent le même effet à Londres, à Paris, à Nuremberg, &c. De l’eau simple, ajoute le critique, ou très-froide, ou tiède, ou chaude, suivant les circonstances, équivaudra à tous les baumes, si la plaie ne dépend pas d’un vice intérieur. Nous laissons aux maîtres de l’art à décider, quoiqu’il soit permis de douter, depuis que l’académie de chirurgie de Paris a prononcé sur l’abus des baumes, onguens & emplâtres. (Voyez le mot Onguent)

Les baumes les plus simples sont les meilleurs : celui du samaritain, autrement appelé baume de l’évangile, en est une preuve. Sa composition est simple & facile. Prenez de l’huile d’olive, ou de noix, ou de lin, non-rance, & du bon vin, parties égales ; faites cuire tout ensemble à petit feu, dans un pot de terre vernissée, jusqu’à la consomption du vin ; le baume fera fait. Il est excellent pour toutes les plaies simples, & fortifie les nerfs. Qui ne voit pas que l’huile, dans cet état, a été changée en corps savonneux & miscible à l’eau ; que lorsque l’on bassinera la plaie, soit avec le vin, soit avec l’eau, ces deux substances nettoieront la peau, & ses pores non-obstrués laisseront toute la liberté nécessaire à la transpiration. Pour nettoyer ou dégraisser la peau, connoît-on une substance plus utile que le savon ?

Afin de ne pas passer pour pyrrhonien sur l’article des Baumes, nous allons donner la composition de quelques-uns qui paroissent réunir tous les suffrages des maîtres de l’art. Un gros volume ne suffiroit pas, s’il falloit décrire tous les baumes composés, publiés en différens tems, & surtout la longue énumération des miracles qu’on leur attribue. Comme il est difficile, à la campagne, de se procurer l’attirail d’un laboratoire, les recettes suivantes seront faciles à exécuter.

Baume anodin de Bates ; savon blanc, 1 once.
Opium crud, 2 onces.
Esprit-de-vin rectifié, 9 onces.

Mêlez le tout ensemble ; laissez digérer sur un feu doux ; passez la liqueur ; ajoutez trois gros de camphre : ce baume appaise les douleurs. Il est utile dans les constrictions, dans les rhumatismes qui ne sont pas accompagnés d’inflammation. On en frotte la partie affectée, avec la main échauffée, ou bien on applique une compresse trempée dans ce baume. Il faut renouveler l’un ou l’autre, jusqu’à ce que les douleurs soient dissipées.

Baume de Geneviève, ou baume interne & externe.
Huile d’olive fine, non rance, ou forte, 3 livres.
Cire jaune, neuve, en petits morceaux, demi-livre.
Eau rose, Idem
Bon vin rouge ; trois livres, ou trois chopines.
Santal rouge, en poudre, deux onces.

Mettez le tout dans une terrine de terre vernissée, qui contienne environ cinq ou six pintes d’eau ; laissez bouillir pendant une demi-heure, remuant toujours la matière avec une spatule de bois. Ce tems expiré, ajoutez,

Térébenthine de Venise, fine, une livre.

Incorporez bien le tout avec la spatule, pendant une ou deux minutes ; retirez le vaisseau du feu ; & quand le baume sera un peu refroidi, jettez-y,

Camphre en poudre, 2 gros.

Mêlez bien avec la spatule ; coulez ensuite à travers un linge dans un autre vaisseau ; laissez reposer jusqu’au lendemain. Lorsqu’il sera figé, faites de profondes incisions en forme de croix dans le baume, avec la spatule, pour faire écouler l’eau qui sera déposée dans le fond, mettez enfin dans un pot de faïence pour le conserver.

La manière d’employer ce baume consiste à frotter la partie gangrenée, ulcérée, meurtrie, blessée, &c. sans avoir égard à ce qui est même cadavéreux ; de la couvrir de linge ou de papier brouillard, sur lequel on en a étendu ; de panser le malade deux fois par jour, & de continuer jusqu’à ce qu’il soit guéri.

M. Duverney, dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1702, assure, d’après l’expérience, que ses effets sont assurés contre les blessures qui pénètrent ou ne pénètrent pas, contre les rhumatismes, contre les douleurs, de quelqu’espèce qu’elles soient, même les douleurs internes, comme celles de la pleurésie, les coliques, les maux de tête, &c. & en l’étendant chaud sur la partie malade, & en faisant prendre deux gros par la bouche. On s’en sert également dans les fièvres malignes, contre la morsure des animaux venimeux, les meurtrissures, les foulures, les brûlures.

Si la blessure pénètre dans la cavité du corps, on en seringue une petite quantité, légérement tiède, dans la plaie, en oignant les parties voisines, & on prend intérieurement un gros & demi, ou deux gros, dans un bouillon. Il est bien démontré que c’est un excellent anti-gangreneux.

Les amateurs des baumes peuvent consulter les différentes pharmacopées, où ils trouveront la manière de les préparer. Ceux qui viennent d’être indiqués suffisent, & au-delà, pour les besoins journaliers, & équivalent à cette longue série de pots qui décorent la boutique des apothicaires.