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Cours d’agriculture (Rozier)/BOULEAU

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 406-408).
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BOULEAU. (Voyez Planche 14, pag. 404). M. Tournefort le place dans la classe des arbres & arbrisseaux à fleur en chaton, dont les fleurs mâles sont séparées des fleurs femelles sur le même pied, dont les fruits sont écailleux & en forme de cône ; & avec Dodoens, il l’appelle betula. M. von Linné le nomme betula alba, & le classe dans la monoecie tetrandrie.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 2, pl. 14 bouleau.png

Fleur. Les fleurs mâles sont rassemblées sur un chaton alongé, & représentées en B & en C. La Figure B montre un individu mâle dans sa position naturelle avec les étamines. La Figure C offre la même fleur renversée, dépouillée des étamines, ou pour mieux dire, le calice de la fleur, qui est une écaille obronde, terminée en pointe & creusée en cuiller. Cette écaille est accompagnée à sa base, de deux folioles ovales, terminées en pointe, également creusées en cuiller, comme on le voit en C. Une des étamines est représentée en D.

Les fleurs femelles sont, ainsi que les fleurs mâles, rassemblées sur un chaton A. Le même chaton, dépouillé d’une partie de ses fleurs, est représenté en G. L’individu femelle E consiste en un seul pistil F ; lequel est composé de l’ovaire, de deux stiles & de deux stigmates. Le pistil repose sur la base d’une écaille H, qui est divisée en trois lobes. Le chaton G est figuré dans son état de maturité ; aussi voit-on encore plusieurs fruits attachés à ses écailles. Ces mêmes fruits sont représentés, en I I I, séparés de leurs écailles ; chacun d’eux est composé d’une capsule à deux loges, qui devroient contenir chacune une graine, si ordinairement l’une des deux n’avortoit pas. La semence est bordée de deux ailes membraneuses.

Feuilles, ovales, presque triangulaires, pointues, finement dentées en manière de scie ; la surface supérieure est d’un vert clair, & l’inférieure d’un vert blanchâtre.

Racine, rameuse, ligneuse.

Port. Arbre de médiocre grandeur ; le bois tendre & blanc ; l’écorce presqu’incorruptible, blanche, lustrée, satinée sur les jeunes branches, raboteuse sur les troncs ; les boutons alongés, les feuilles quelquefois doubles.

Lieu. Les bois, les taillis, dans les montagnes ; & fleurit communément en Mai & Juin.

Propriétés. Les feuilles sont un peu odorantes, & d’une saveur agréable ; l’écorce du tronc & des branches, d’une odeur aromatique & douce. En perçant l’écorce dans le tems de la séve, il en découle une liqueur légérement acide, douce, agréable & diurétique. On peut la conserver pendant une année entière dans des vaisseaux clos, en la couvrant d’un peu d’huile. Plusieurs auteurs l’ont recommandée comme un remède très-adoucissant dans les douleurs de la gravelle & de la pierre ; d’autres ont vanté l’infusion de la seconde écorce du bois, pour prévenir ces maladies ; aucune expérience bien faite, bien authentique, ne prouve cette propriété ; & il seroit fort à desirer qu’elle en jouît.

Usage. L’écorce sèche & pulvérisée, se donne depuis une drachme jusqu’à une once, en infusion dans six onces d’eau ; récente, depuis deux drachmes jusqu’à deux onces, en infusion dans la même quantité d’eau. La dose du suc est depuis trois onces jusqu’à six pour l’homme, & depuis une demi-livre jusqu’à une livre pour l’animal.

Propriétés économiques. Dans le Canada, les sauvages font d’excellens canots avec son écorce ; & les gaulois, nos ancêtres, écrivoient sur sa seconde écorce. Son plus grand & plus utile usage est pour les cerceaux de barriques & de cuves ; ils ne valent pas ceux faits en châtaignier ; cependant ceux-là se conservent mieux dans les endroits humides, si on a eu le soin de leur conserver leur écorce. Si les tiges sont longues & droites, elles servent à cercler les cuves. Les petits rameaux font d’excellens balais, & les meilleurs de tous pour les blés sur l’aire ; il faut alors les faire peu épais, d’un pouce au plus, & leur donner beaucoup de surface, en écartant les maîtres rameaux ; communément on les divise en plusieurs petits paquets, mais tous liés ensemble du côté du manche. Les vanniers se servent de ces rameaux, en les dépouillant de leur écorce, pour fabriquer des paniers, qui, dans ce cas, ne valent pas ceux faits avec l’osier. Les charrons en font des jantes de roues, inférieures à celles d’ormeau ou de frêne. Le bois, réduit en charbon, est excellent pour les forges & pour les fonderies. Les suédois couvrent leurs maisons avec l’écorce de l’arbre, & cette toiture dure assez long-tems. Ils en font des cordes de puits, ou bien ils tordent cette écorce, & elle leur sert à faire des torches pour s’éclairer pendant la nuit.

Culture. Cet arbre figure très-bien dans un parc, lorsque le terrain est humide ; cependant on en voit d’assez beaux dans les sols sablonneux. La nature fait ordinairement tous les frais pour semer le bouleau ; & quand une fois il s’est emparé d’un endroit, il couvre bientôt toute la superficie qui l’environne. Il vient difficilement de graine si la main de l’homme le sème. Il vaut mieux aller dans les bois lever les plus jeunes plants, & les déposer dans une pépinière, les y soigner pendant deux à trois ans, & les transplanter ensuite, sans briser aucunes de leurs racines. Si on desire faire taller la plante, on la recoupe rez terre lorsque le tronc a un pouce d’épaisseur ; elle pousse alors beaucoup de jets ; & quelques corbeilles de terre jetée dans le centre de ces jets, & assez pour bien en couvrir la base, serviront à leur faire pousser des racines, de manière que chacun deviendra un arbre si on a soin de le séparer de la mère-souche, de le transplanter ensuite, & de veiller à sa conservation.

M. Linné compte plusieurs espèces de bouleau, & range dans ce nombre l’aune, dont on a déjà parlé ; il est inutile de les décrire ; elles sont plus du ressort de la botanique que du nôtre.

M. le Blond, dans sa Pratique du Jardinage, dit que le bouleau ne souffre aucune vermine ou insecte sur ses feuilles, &c. ; & cependant il est démontré qu’on y en compte de vingt-cinq à trente espèces très-distinctes. Nous relevons cette erreur, parce que plusieurs écrivains ont conseillé, d’après l’assertion de M. le Blond, l’infusion des feuilles de bouleau pour chasser les chenilles, &c. Il en est de cette propriété, comme de celle attribuée à l’aune.