Cours d’agriculture (Rozier)/BUBON

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 486-488).
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BUBON, Médecine rurale. On donne le nom de bubon, à une tumeur qui vient dans l’aine, au col, aux oreilles, dans les aisselles, &c. accompagnée de chaleur & de battement. Il existe des bubons de nature différente : les uns naissent dans la peste, dans les fièvres malignes ; les autres dans les maladies vénériennes. Il faut bien se garder de confondre une descente avec un bubon ; le bubon est un abcès, & la descente est formée par une portion des intestins qui sont descendus dans l’aine. La première tumeur, le bubon, est dure, ronde & égale au toucher dans sa circonférence ; la descente est quelquefois inégale & ovale ; en faisant coucher le malade sur le dos, les jambes élevées, la tumeur rentre dans le ventre & disparoît : dans le bubon elle ne rentre pas. Dans l’âge de puberté, les glandes des aines se gonflent, & il ne faut aucun remède ; il faut laisser à la nature le soin de développer toutes les forces de cet âge.

Les bubons qui viennent soit aux aines, au col & aux aisselles, &c. dans les fièvres malignes, paroissent ordinairement le onzième jour de la maladie. (Voyez chacune de ces maladies, où nous nous étendrons particulièrement sur ces objets). Il suffit, dans cet article, d’indiquer les différentes espèces de bubons, afin qu’on ne les confonde pas les uns avec les autres. M. B.


Bubon, Médecine Vétérinaire. S’il survient aux glandes inguinales du bœuf & du cheval, une tumeur, ronde ou ovale, phlegmoneuse, accompagnée de chaleur, de douleur, circonscrite & rénitente, on l’appelle bubon. Il en est de deux espèces : le bubon simple, & le pestilentiel.

Le bœuf & le cheval sont exposés au bubon, à la suite d’une transpiration ou d’une sueur arrêtée, du long séjour dans des écuries ou des étables humides & mal-propres, & par une disposition naturelle à cette maladie. L’animal boite tout bas, en écartant la jambe. On ne doit point être surpris de cet accident, lorsque l’on considère qu’il y a une affection dans les muscles du bas-ventre & leurs aponévroses, les tendons des muscles fléchisseurs de la cuisse, les nerfs & les vaisseaux qui vont se distribuer à la cuisse, à la jambe & au pied.

Il faut bien se garder de confondre le bubon simple avec le gonflement des glandes inguinales produit par le farcin. (voyez Farcin) Celui-ci exige un traitement propre au virus farcineux, tandis que l’autre demande d’être conduit à suppuration, par les cataplasmes d’oignons de lys, de levain & d’onguent basilicum. La suppuration, bien loin de porter préjudice, est toujours plus avantageuse que la résolution. L’ouverture de l’abcès ne doit se faire que lorsque le pus a détruit une partie de la glande, ou plutôt dissipé les duretés de la tumeur. Ceux qui s’empressent d’ouvrir l’abcès dès qu’ils s’apperçoivent de la moindre fluctuation, s’exposent à faire naître des ulcères fistuleux, ou à laisser des duretés qui ne cèdent pas toujours aux détersifs les plus forts ; on panse la plaie avec l’onguent digestif, jusqu’à parfaite cicatrice ; on l’anime même avec un peu d’eau-de-vie ; ou la teinture d’aloès, si la suppuration est trop abondante & les chairs trop lâches.

Les fièvres malignes ou pestilentielles des animaux, se terminent souvent par des bubons de la seconde espèce. La tumeur est circonscrite, dure, douloureuse ; elle attaque différentes parties du corps, mais particulièrement les glandes inguinales ; elle est lente à se terminer par la résolution ou par la suppuration, & d’une nature contagieuse.

Les principes qui déterminent le bubon pestilentiel, sont les mêmes que ceux qui peuvent produire la peste. (Voyez Peste) Les accidens qui l’accompagnent sont plus ou moins graves, selon la qualité du virus ; mais quels qu’ils soient, l’animal est toujours triste, les fonctions vitales, musculaires & digestives sont troublées, souvent la tumeur disparoît pour se montrer sur une autre partie du corps ; quelquefois elle tombe en suppuration, & rarement la résolution opère la guérison ; c’est donc au vétérinaire expérimenté à choisir la meilleure méthode.

La saignée doit être proscrite dans le bubon pestilentiel ; on s’expose, en la pratiquant, à voir les forces vitales diminuer, & la tumeur disparoître : les purgatifs produisent le même effet, parce qu’en évacuant en grande quantité les matières fécales, & en entraînant toujours avec elles des sucs nourriciers, ils déterminent la matière du bubon à se porter en dedans & sur des parties essentielles à la vie. Le remède le plus sûr est de tenir l’animal à la diète, de lui donner souvent de l’eau blanche titrée, d’appliquer sur la tumeur des cataplasmes maturatifs faits d’oignons de lys, de fiente de pigeon, de gomme ammoniac & d’euphorbe, mêlés avec le savon noir, ou bien un onguent fait avec les mouches cantharides & l’onguent de laurier ; de faire des scarifications à la tumeur, avant d’appliquer tous ces remèdes. Aussitôt que l’abcès aura acquis une certaine étendue, il faut l’ouvrir avec un bistouri. L’extirpation des glandes inguinales où siége le bubon, offre des difficultés presque insurmontables, à cause de la grandeur & du nombre des vaisseaux qui s’y ramifient ; mais si la tumeur affecte d’autres parties du corps, où les vaisseaux & les nerfs n’abondent pas, on l’extirpe pour l’ordinaire avec succès, pourvu qu’on pratique l’opération telle que nous la décrirons au mot charbon. (Voyez Charbon) La tumeur emportée, il faut panser la plaie avec le digestif animé avec l’eau-de-vie camphrée, ou l’essence de térébenthine. On peut même administrer à l’animal un breuvage de vin & de thériaque, lorsque les forces vitales sont abattues, & qu’il s’agit d’aider la nature à chasser la matière du bubon du centre à la circonférence, & terminer la cure par un purgatif de trois onces de séné, & de quatre onces de miel, sur lesquels on verse une livre d’eau bouillante. M. T.