Cours d’agriculture (Rozier)/COTYLEDON

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Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 500-505).


COTYLEDON, Botanique. Ce mot a deux significations en botanique. 1°. Il désigne les parties de la semence, qui enveloppent le germe & la radicule, & alors il prend le nom de lobes. 2°. Il désigne les deux premières feuilles qui sortent de terre avec la tige, & que l’on nomme quelquefois feuilles séminales. Sous ces deux acceptions, les cotylédons méritent tout l’intérêt du philosophe curieux, d’étudier la nature & de la suivre dans sa marche. Nous allons examiner leurs différens usages dans les deux états.

1°. Des cotyledons ou lobes. Pour bien entendre l’anatomie du cotyledon que nous allons faire, il faut avoir sous les yeux une semence d’un gros volume, comme une graine de melon, de citrouille, de fève, de haricot, &c. & suivre exactement des yeux, & mieux encore une loupe à la main, ce que nous dirons. Plus la semence sera grosse, & plus on découvrira facilement les parties constituantes & organiques qui la composent. Afin de les rendre encore plus sensibles, on peut la faire macérer quelques instans dans l’eau chaude. La graine, (Voyez ce mot) offre ordinairement à l’extérieur une forme ovale alongée, quelquefois ronde, quelquefois aussi comprimée dans différens sens. Cette dernière forme n’est qu’accidentelle, & elle est due à la pression que la graine a éprouvée dans le péricarpe, lorsqu’elle a pris son accroissement, environnée de tous côtés d’autres graines. Les enveloppes sont les premières parties extérieures de la graine, & ces enveloppes sont au nombre de trois. L’extérieure, que l’on peut comparer à l’épidémie, est aussi la plus épaisse, elle se détache quand la graine commence à germer & à se déveloper. Lorsque la graine est encore tendre & verte dans le péricarpe, cette peau est très-peu adhérente. Cette épiderme est donc caduque. La seconde ou celle qui est immédiatement au-dessous, est une membrane plus fine qui forme plusieurs plis, & qui est tissue par des fibres très-fines, très-délicates & pleines de vaisseaux secrétoires, qui communiquent de la substance des cotyledons à l’extérieur, par les pores de la première peau. Dans les graines à deux lobes en général, & dans beaucoup d’autres qui n’en ont qu’un, comme le blé, on distingue une troisième peau nommée cuticule, qui est extrêmement fine & transparente, qui recouvre séparément chaque lobe en entier. Elle s’insinue entre l’interstice qui les sépare. C’est entre la seconde & la troisième enveloppe, qu’est placée la substance glutineuse dans les grains qui la contiennent. Dans l’analyse du cotyledon, il ne faut pas oublier de remarquer une petite ouverture placée au gros bout de la graine, & par où pointe la racine séminale.

Ces trois enveloppes détachées, on découvre le corps même du cotyledon ou des lobes. C’est un corps farineux composé de l’entrelacement d’une infinité de vaisseaux en forme de réseau très-délié, & qui sont terminés par des globules, réservoirs du suc nourricier ou substance muqueuse. Voyez le développement du cotyledon du blé, & les dessins des trois enveloppes & du corps du lobe au mot Blé, section I, p. 287. Le vaisseau principal GG, Fig. 25, Pl. X. Tome II ; ou FF, Fig. 1, Pl. du mot Couches ligneuses, Tome III, est une espèce de cordon ombilical, qui porte la nourriture, préparée par les lobes, au germe qui doit se développer. Dans les grains à deux lobes, toutes ces petites ramifications de vaisseaux qui commencent aux tuniques, après beaucoup d’anastomoses, se réunissent en plusieurs gros vaisseaux, & forment trois troncs principaux : deux GG (même Fig.) se rendent de chaque lobe dans la petite racine A, tandis que le troisième D s’élève de cette racine, en ligne droite, jusqu’au germe B.

Ce seroit peut-être ici le lieu d’expliquer le mécanisme admirable par lequel toutes ces différentes parties agissent mutuellement les unes sur les autres, & conjointement ensemble pour produire le premier acte de la végétation, & le principe de tous les autres, la germination, si la simple vue de ces deux parties suffisoit ; mais il est nécessaire de bien connoître auparavant toutes les causes premières qui donnent la première impulsion, & c’est au mot Germination, auquel nous renvoyons qu’elles doivent être placées naturellement. Cependant il est nécessaire, d’en avoir au moins une idée pour entendre ce que nous allons dire sur la seconde espèce des cotyledons ou feuilles séminales. La chaleur de la terre & l’humidité pénétrant à travers les trois enveloppes dont nous avons parlé plus haut, produisent une espèce de dissolution de la partie farineuse renfermée dans les lobes ; il s’établit bientôt une fermentation ; chaque molécule acquiert un mouvement, le développement s’établit, la vie commence, & le premier degré d’accroissement paroît par l’enflure des cotyledons. Le cordon ombilical, ou la réunion de tous les vaisseaux qui y sont disséminés, porte la nourriture & à la radicule & au germe. La radicule pousse hors des lobes ; & dans certaines espèces de graines, le germe ou la jeune tige s’élève vers la superficie de la terre défendue par les deux cotyledons, qui, sitôt qu’ils voient le jour, s’entrouvrent en devenant des espèces de feuilles d’une nature particulière.

II. Des cotyledons ou feuilles séminales. Il arrive deux phénomènes bien intéressans dans la germination d’une graine : ou toute la substance des lobes passe dans la radicule & le germe au moment des premiers developpemens, & après cette transmission, les organes & les vaisseaux des lobes se déssèchent & s’obstruent dès que la racine peut seule fournir à la nourriture de la jeune plante ; alors les cotyledons périssent dans la terre, & ne deviennent pas feuilles séminales : ou la racine ne tire pas d’abord assez de nourriture, & ne la prépare pas assez parfaitement, & alors, les cotyledons se chargent de cette fonction, ils élaborent les nouveaux sucs qui affluent dans leur substance par ces mêmes vaisseaux, par lesquels ils passoient auparavant des lobes à la radicule. L’accroissement se faisant insensiblement dans toutes les parties à la fois qui ont une vie, il a toujours lieu dans celles qui en jouissent d’un plus grand degré. Aussi la tige, qui réunit les lobes au germe, croît avec le germe, & sort de terre avec lui. La Figure 2 offre une tige de pois, telle qu’elle est dix à douze jours après que la graine a été mise en terre. A est la racine ; B la tige qui, dans la Fig. 1, est désignée par FD ; C sont les cotyledons hors de terre devenus feuilles séminales ; ED le germe, où l’on distingue déjà deux feuilles stables, & un petit bouton entre deux. Ces feuilles séminales ont été nommées par Grew, feuilles dissimilaires, à cause de leur différence constante & marquée avec les autres feuilles.

On peut connoître, au premier coup d’œil, une feuille séminale ou cotyledon, d’avec les autres de la même plante. D’abord elle conserve assez généralement une figure, qui a un très-grand rapport avec la forme du lobe qui l’a formée ; ensuite cette feuille prend différentes teintes successives de couleur jusqu’à sa mort. Au sortir de terre, elle a la couleur blanchâtre du lobe ; ce blanc passe au jaune & du jaune au vert ; à ce point elle se passe à une couleur brune jaunâtre, qui dégénère bientôt en celle de feuille morte, caractère extérieur de son entier dépérissement. Enfin, une feuille séminale croît en longueur, en largeur, mais jamais en épaisseur. Au contraire, elle devient mince de plus en plus. Cette dégradation est due à l’alongement & à son extension. Pour bien concevoir ce singulier accroissement, il faut se ressouvenir que les vaisseaux & les fibres qui ont formé la racine, sont les mêmes exactement que ceux des lobes ; ainsi, ces derniers une fois sortis de leur enveloppe, & le suc affluant toujours dans ces canaux, l’accroissement se doit faire suivant leur direction qui n’est qu’un épanouissement en largeur & en longueur, & point en épaisseur. (Voyez au mot Accroissement comment il s’opère.)

La quantité de nourriture que la racine & les feuilles tirent, l’une de la terre & les autres de l’atmosphère ; la qualité de cette nourriture plus forte & plus substantielle que la matière farineuse & oléagineuse fournie par les lobes, sont les causes du dépérissement & du desséchement des feuilles séminales. Il se forme des obstructions à l’orifice des vaisseaux qui communiquent de la feuille séminale à la tige. Fournissant perpétuellement de sa substance, sans réparer cette déperdition, elle maigrit & meurt d’épuisement. On pourroit aussi soupçonner que la feuille séminale ne peut pas tirer de l’atmosphère une nouvelle nourriture. Sa forme particulière exclut peut-être les pores absorbans propres à cette fonction.

Il est donc constant, que les feuilles séminales sont d’un très-grand secours pour la jeune plante, en lui fournissant une nourriture appropriée à sa délicatesse. Les expériences que M. Bonnet a faites sur cette partie intéressante, le prouvent encore plus. Il coupa toutes les feuilles séminales de haricots & de sarrazin qu’il avoit semés en même temps que d’autres de la même espèce, mais qu’il ne mutila pas pour lui servir de terme de comparaison. Douze jours après, ayant mesuré les premières feuilles des haricots, auxquels il avoit laissé les feuilles séminales, il trouva qu’elles avoient trois pouces & demi de longueur sur autant ou à peu-près de largeur ; au lieu que les premières feuilles des haricots privés des feuilles séminales, n’avoient que deux pouces de longueur sur un peu moins de largeur.

Une différence analogue a subsisté entre ces plantes pendant toute la durée de l’accroissement. Il a toujours été très-facile de distinguer les uns des autres. Les premiers ont porté plus de fleurs, plus de siliques, & des siliques plus grandes que les seconds.

Le retranchement des feuilles séminales a eu de plus grandes suites dans le sarrazin : presque toutes les plantes qui ont subi cette opération, ont péri, les autres sont demeurées si chétives & si petites, qu’elles ont toujours été, à l’égard des premières, ce qu’est le plus petit nain à l’égard du plus grand géant, ou ce que sont les plantes qui ont cru dans le terroir le plus ingrat, à celles qui ont cru dans le plus fertile terroir.

Ces expériences ayant si bien réussi à M. Bonnet, il a voulu essayer de priver absolument le germe, de la nourriture préparée par les lobes, même avant sa sortie de terre, & de l’abandonner entièrement aux sucs terrestres. Cette expérience devoit nécessairement conduire à la démonstration évidente de l’utilité des cotyledons pour la jeune plante. Il enleva donc le germe d’entre les lobes, & coupa avec la pointe d’un scalpel, les deux faisceaux de fibres qui le réunissent avec eux. Cette opération réussit facilement, si l’on a soin de mettre la fève quelque jours auparavant dans une éponge imbibée d’eau. L’humidité la fait enfler, & il est alors plus facile de diviser les lobes & d’en séparer le germe sans l’offenser. Le germe est un petit corps de trois à quatre lignes de longueur, de figure conique, & d’un blanc assez vif ; ses feuilles artistement ployées les unes dans les autres, sont inclinées vers la racine.

Le 10 du mois d’août, il planta un certain nombre de ces germes dans un vase plein de terre de jardin. Il ne négligea aucun soin pour faire réussir cet essai, & l’expérience combla ses desirs. Tous les germes prirent racine ; mais il fallut douze jours pour se redresser & se déployer, il auroit été difficile alors de reconnoître ces plantes pour ce qu’elles étoient, & un botaniste qui auroit démêlé qu’elles étoient des haricots, les auroit pris pour une nouvelle espèce de haricot nain, remarquable surtout par son extrême petitesse. Le 19 octobre elles commencèrent à fleurir, & ce fut alors que M, Bonnet les compara avec des haricots de même espèce & de même âge, mais qui n’avoient subi aucune opération. La hauteur de ces derniers étoit d’un pied & demi ; leurs plus grandes folioles avoient sept pouces de longueur & cinq de largeur. La hauteur des premiers n’étoit que de deux pouces ; leurs plus grandes folioles n’avoient que quinze lignes de longueur sur sept de largeur. Les fleurs étoient d’une grandeur proportionnée & en fort petit nombre. Les premiers froids arrêtèrent leur développement & ces petites plantes périrent.

C’eût été une expérience très-curieuse, de semer les graines que ces très-petits haricots auroient produit, s’ils eussent été plantés plutôt. Les plantes qui seroient provenues de ces graines, auroient, sans doute, participé à la petitesse de leurs mères ; mais dans quelle proportion ? Et s’il eût été possible de faire, sur les germes de cette seconde génération, la même expérience que sur ceux de la première, quelle dégradation n’auroit-on pas occasionné par-là dans la taille de quelques individus ! Comme elle seroit très-difficile sur de très-petites fèves ; on pourroit se borner à retrancher les feuilles séminales à un certain nombre d’individus, immédiatement après leur sortie de terre.

La conclusion que l’on doit tirer de ces charmantes expériences, c’est que les cotyledons considérés, & comme lobes dans le sein de la terre, & comme feuilles séminales, sont de la plus grande utilité pour la nourriture de la jeune plante.

Il ne nous reste plus à remarquer, au sujet des cotyledons, que M. de Jussieux a établi sur leur présence, ou leur absence une nouvelle clarification botanique, que nous développerons au mot Systême. M. M.