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Cours d’agriculture (Rozier)/ACCROISSEMENT

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 224-231).


ACCROISSEMENT. Ce mot se dit de l’augmentation, en sens quelconque, de tout corps qui croît par de nouvelles parties qui s’identifient successivement avec les anciennes.

Après avoir établi dans le §. I. la différence des divers genres d’accroissemens par juxta-position & par intus-susception, nous décrirons dans le §. II. la manière dont se fait l’accroissement dans l’animal ; & dans le §. III, la manière dont il se fait dans le végétal. Nous finirons par expliquer dans le §. IV. la cause & le méchanisme de l’accroissement apparent qui s’opère dans nos corps le matin & après les repas.


§, I. Différence des Accroissemens par juxta-position & intus-susception.

Cette addition, cette aglomération peut se faire de deux façons. Tantôt c’est un fluide qui circule autour d’une masse, & qui dépose à sa surface des matières qu’il tenoit en dissolution. Ces couches deviennent horizontales ou inclinées, suivant la disposition du noyau qui a servi de base ; quelquefois elles affectent une forme circulaire, si ce même noyau a nagé dans un fluide qui l’environnoit de toutes parts ; & c’est ainsi qu’ont été produites la plupart des pierres. C’est par cette juxta-position que s’accroissent toutes les substances inanimées. Le fluide, qui charioit les nouvelles parties, s’évaporant insensiblement, chaque molécule se rapproche & se resserre ; la dureté du nouveau corps naît de leur adhérence & de leur intime union. Nous n’entrerons pas dans de plus grands détails sur l’accroissement des pierres & des minéraux en général ; on en trouvera la théorie dans ces deux articles. (Voyez Minéraux & Pierres)

On doit ranger dans la classe des accroissemens par juxta-position, la formation des coquilles des limaçons & autres animaux testacées. (Voyez Limaçon)

Tantôt c’est un fluide qui pénètre dans les vaisseaux intérieurs du corps vivant, qui circule jusque dans les extrémités les plus éloignées, s’insinue dans les parties les plus déliées, y dépose peu-à-peu de nouvelles molécules qui s’attachent à leurs parois, & remplacent celles que la transpiration sensible & insensible avoit fait disparoître. Telle est en peu de mots toute la méchanique de l’accroissement dans les animaux & dans les végétaux. Il se fait par intus-susception.

Par juxta-position, le corps croît extérieurement, c’est-à-dire, son diamètre augmente par l’addition de nouvelles couches externes, sans que les anciennes, qui servent de base, éprouvent un changement essentiel dans leurs formes & leur manière d’être. Par intus-susception, tout le corps croît à la fois ; le fluide porte partout le principe de la vie ; tous les organes, tous les vaisseaux sont affectés, tous sont vivifiés : les uns croissent en longueur, les autres en largeur & en capacité : ceux-ci prennent de la force, servent de soutien & de point d’appui aux vaisseaux, tandis que ces derniers, ou se multiplient en nombre, ou se développent de plus en plus.

Comme il n’est pas d’instans dans la vie où il ne circule dans l’être organisé vivant, un fluide qui porte l’entretien, la réparation & la conservation dans tout le systême, il n’est pas aussi d’instans où il ne se fasse un changement ; mais ce changement n’est pas toujours un accroissement réel. Après être parvenu à son terme d’accroissement parfait, il s’entretient dans cet état jusqu’à ce que le même principe qui l’avoit fait monter insensiblement de degré en degré, d’acquisition en acquisition, le précipite assez rapidement vers le dépérissement & la mort. Au contraire, l’être inorganisé qui n’a point de vie, & qui n’augmente que par juxta-position, peut grossir & diminuer successivement tant que les circonstances de sa position changeront.


§. II. Manière dont l’Accroissement se fait dans l’Animal.

Il n’est point dans la nature de phénomène plus merveilleux, il n’est point de spectacle plus intéressant & d’énigme plus difficile à résoudre, que celle de l’accroissement, soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal : l’un & l’autre, fondés sur le développement des parties existantes & l’assimilation des nouvelles, suivent une marche insensible, mais toujours progressive. Le fœtus, qui n’est à l’instant de la conception qu’une goutte de liqueur assez limpide, se nourrit, s’étend, & offre bientôt en miniature toutes les parties essentielles au corps. Le cœur est ce qu’on apperçoit le premier dans le germe. C’est un point vivant dont le mouvement perpétuel fixe agréablement l’attention de l’observateur. On le reconnoît à ses contractions & ses dilatations alternatives. Nu & placé à l’extérieur du corps, il n’a pas encore sa forme pyramidale ; c’est une espèce de demi-anneau, autour duquel tous les autres viscères, apparoissant successivement, viennent se ranger les uns après les autres. D’abord tout est transparent, ou à-peu-près. L’animal, presque fluide dans ces premiers commencemens, prend par degré la consistance d’une gelée : insensiblement, les viscères, les vaisseaux, les tégumens se fortifient, prennent de la couleur, s’arrangent dans la situation qui leur est propre, se développent, & l’animal est reconnoissable.

Le cœur, mis en mouvement le premier, communique son action aux vaisseaux qui l’avoisinent, & y chasse les premières gouttes de liqueur qui doivent y circuler. Tout étant encore dans un état de mollesse & de souplesse, & le corps ayant fort peu d’étendue, le cœur agit avec plus de force & de fréquence, les vaisseaux résistent moins ; ils se dilatent & s’alongent. Les fluides, portés partout, réparent les pertes d’autant plus grandes que les parties sont plus molles ; en conséquence le corps doit d’autant plus croître, qu’il est plus près de sa naissance : aussi le fœtus croît-il plus dans le sein de la mère, proportion gardée, que lorsqu’il a vu la lumière. Une observation bien remarquable, c’est que le fœtus croît toujours de plus en plus, jusqu’au moment de la naissance : l’enfant, au contraire, croît toujours de moins en moins jusqu’à l’âge de puberté, auquel il croît, pour ainsi dire, tout d’un coup jusqu’à la hauteur qu’il doit avoir. Le fœtus bien formé, toutes ses parties bien développées, c’est-à-dire, à un mois, a un pouce de hauteur ; à deux mois, deux pouces un quart ; à trois mois, trois pouces & demi ; à quatre mois, cinq pouces & plus ; à cinq mois, six pouces & demi, ou sept pouces ; à six mois, huit pouces & demi, ou neuf pouces ; à sept mois, onze pouces, & plus ; à huit mois, quatorze pouces ; à neuf mois, dix-huit pouces [1]. Le fœtus croît donc de plus en plus dans le sein de la mère : mais s’il a dix-huit pouces en naissant, à la fin de la première année, il n’aura grandi que de six à sept pouces au plus, & il aura vingt-quatre ou vingt-cinq pouces ; à deux ans, il n’en aura que vingt-huit ou vingt-neuf ; à trois ans, trente ou trente-deux au plus, & ensuite il ne grandira guère que d’un pouce & demi ou deux pouces par an, jusqu’à l’âge de puberté. Le fœtus croît donc plus en un mois, sur la fin de son séjour dans le sein de la mère, que l’enfant ne croît en un an, jusqu’à cet âge de puberté, où la nature semble faire un effort pour achever de développer & de perfectionner son ouvrage, en le portant, pour ainsi dire, tout-à-coup au dernier degré de son accroissement.

Le même principe qui avoit produit l’accroissement & le développement du fœtus, continue d’agir sur les parties molles de l’enfant. Le mouvement d’impulsion que le cœur communique à toutes les parties de proche en proche, les distend proportionnellement à leur résistance ; à mesure qu’il croît, cette résistance augmente : les unes résistent plus que les autres ; les parties osseuses, ou qui doivent le devenir, plus que les membraneuses, ou qui doivent toujours demeurer telles. La force dont le cœur a besoin pour surmonter cette résistance, consiste & dépend de son irritabilité, ou du pouvoir de se contracter lui-même à l’attouchement d’un liquide : à mesure que les vaisseaux & les solides cèdent à l’impulsion du cœur, la nutrition vient consolider & fortifier chaque fibre en particulier ; & comme tout le corps n’est qu’un assemblage de fibres différemment figurées & combinées, l’accroissement partiel devient l’accroissement total. Les fluides promenant les molécules nutritives, chaque fibre s’incorpore des molécules étrangères qui l’étendent en tout sens, & cette extension est son développement. Cette incorporation se fait toujours dans un rapport direct à sa nature propre ou à sa constitution particulière. Sa structure renferme donc, comme le pense M. Bonnet de Genève [2], des conditions qui déterminent par elles-mêmes l’assimilation : mais en croissant, la fibre retient sa nature propre ; & ses fonctions essentielles ne changent point. Comme elle n’est formée que de molécules ou d’élémens, dont la nature, les proportions & l’arrangement respectif déterminent l’espèce de la fibre & la rendent propre à telle ou telle fonction, ce sont aussi ces élémens qui opèrent en dernier ressort l’assimilation, & qui en s’unissant aux molécules nourricières, qui ont avec eux de l’affinité, leur donnent en même tems un arrangement relatif à celui qu’ils ont dans la fibre.

L’extension de la fibre suppose que les élémens peuvent changer de position respective, qu’ils peuvent s’écarter plus ou moins les uns des autres : mais cet écartement a ses bornes, & ces bornes sont celles de l’accroissement.

Deux causes concourent mutuellement à l’extension ; & l’accroissement de la fibre en particulier, & du corps en général. Premiérement, la mollesse & la flexibilité qu’elle a en naissant, & qu’elle conserve long-tems ; secondement, l’acte de la nutrition, qui à chaque instant envoie, aux différentes parties, des molécules qui s’assimilent & adhérent à toutes les parois. Les alimens réduits par la mastication, la trituration & la digestion sous forme fluide, pénétrent avec le sang dans les vaisseaux les plus étroits & les plus déliés. Là, ils passent à l’état de solide, c’est-à-dire, que, réduits par la division extrême à leur molécule, ils cessent de former un continu qui constitue leur état de fluidité. L’attraction des fibres sur les molécules analogues, l’emporte bientôt sur leur attraction mutuelle, diminuée, ou même annullée par leur disjonction dans les dernières ramifications des vaisseaux. Leur viscosité les colle, pour ainsi dire, dans les endroits où l’affinité de la fibre les avoit attirés. Pour bien entendre le méchanisme de ces deux causes agissant conjointement ensemble, concevons toutes les parties du corps composées d’entrelacemens de fibres en tout sens, formant entr’elles un tissu réticulaire, ou un assemblage de mailles régulières & irrégulières. Chaque mouvement du cœur, chaque impulsion de ce viscère ouvre, élargit & distend ces mailles ; chaque afflux du suc nourricier dépose dans cette ouverture une ou plusieurs molécules, qui n’étant d’abord qu’un suc glutineux, une humeur gélatineuse, est susceptible d’une espèce de compression, & permet aux parois de la maille de se rapprocher. Mais ce mouvement même de compression, la chaleur animale & la transpiration insensible, desséche peu à peu la molécule ; elle se durcit, résiste à la réaction de la fibre, & la contraint de rester dans l’écartement où elle étoit à son arrivée. Cet écartement a lieu tant que la fibre conserve sa souplesse, tant que les mailles peuvent s’éloigner & se rapprocher : tant que ce mouvement peut durer, la fibre croît & réciproquement tout le corps ; mais à mesure qu’elle croît, sa solidité augmente par le nombre des molécules incorporées qui augmente de jour en jour. Enfin, elle s’endurcit insensiblement, & l’accroissement est terminé.

Si l’accroissement des parties molles du corps vivant se fait par l’agrandissement & l’épaississement des mailles, celui des parties solides des os est bien différent. Ces parties ne croissent pas par l’extension, mais par l’endurcissement des lames tendineuses qui les enveloppent : membraneuses dans le fœtus, elles ne deviennent solides & osseuses que par degré. Les os sont composés d’un nombre prodigieux de lames emboîtées les unes dans les autres, couchées suivant la longueur de l’os, & formées de différens faisceaux de fibres, composées elles-mêmes de la réunion d’un très-grand nombre de fibrilles. Le centre de l’os est occupé par la moelle, & les espaces que les lames laissent entr’elles, par une substance médullaire. De l’épaississement des lames résulte l’accroissement en largeur, & de leur prolongement naît l’accroissement en longueur. Toutes ces lames croissent & s’endurcissent les unes après les autres ; & chaque lame croît & s’endurcit successivement dans toute sa longueur. La partie de chaque lame qui croît & s’endurcit la première, est celle qui compose le milieu ou le corps de l’os. La lame qui croît & s’endurcit la première est la plus intérieure, ou celle qui environne immédiatement la moelle. Cette lame est recouverte d’une seconde lame qui, demeurant plus ductile ou plus membraneuse, s’étend davantage. Une troisième lame renferme celle-ci, qui, s’endurcissant encore plus tard, prend encore plus d’accroissement. Il en est de même d’une quatrième, d’une cinquième, &c. Toutes diminuant ainsi d’épaisseur, & s’écartant de l’axe de l’os, à mesure qu’elles approchent de ses extrémités, forment autant de petites colonnes renfermées les unes dans les autres, & qui augmentent de diamètre à leur extrémité : de là, la figure propre aux os longs. De l’assemblage des lames qui se sont endurcies pendant la première année, résulte la crue de l’os pour cette année. Cet os demeure encore recouvert d’un grand nombre de lames membraneuses ou tendineuses, qui portent le nom de périoste, & qui s’étendant & s’endurcissant peu à peu, augmenteront l’os en tout sens. L’os une fois formé ne s’étend plus : ainsi semble-t-il réunir les deux genres d’accroissement par intus-susception & par juxta-position ; ainsi paroît-il se rapprocher de la manière dont les plantes & les arbres croissent & se durcissent.


§. III. Manière dont l’Accroissement se fait dans le Végétal.

En lisant la formation & l’accroissement des os, on croit lire celle d’une plante. En effet, elle ne croît que par le développement, ou l’extension graduelle de ses parties en longueur & en largeur. Cette extension est suivie d’un certain degré d’endurcissement dans les fibres ; elle diminue à mesure que l’endurcissement augmente ; elle cesse lorsque les fibres se sont endurcies au point de ne plus céder à la force qui tend à agrandir leur maille.

Une lame horizontale d’une plante offre au microscope un réseau composé d’une infinité de mailles. Le mouvement ascendant & descendant de la séve & des autres fluides, force ces mailles à s’écarter les unes des autres, & à s’entr’ouvrir ; il se dépose dans ce nouveau vuide une molécule qui empêche le rapprochement, & cette addition successive produit l’accroissement. La tige de la racine, comme celle du tronc & des branches, est formée d’un nombre prodigieux de lames, de couches ligneuses concentriques les unes aux autres, composées de différens faisceaux de fibres végétales. La moelle occupe le centre, & l’intervalle des couches est rempli par une substance médullaire. L’accroissement en largeur ou grosseur résulte de l’épaississement & de l’augmentation du nombre des lames, & leur alongement produit l’accroissement en longueur. La partie de la lame qui croît & s’endurcit la première, est celle qui compose le colet ou la base de la tige ; & la lame totale qui croît & s’endurcit la première, est la plus intérieure, ou celle qui environne immédiatement la moelle. Cette lame est recouverte d’une seconde lame, qui, demeurant plus ductile & plus herbacée, s’étend davantage : une troisième lame renferme celle-ci, qui, s’endurcissant encore plus tard, prend encore plus d’accroissement. Il en est de même d’une quatrième, d’une cinquième ou d’une sixième lame. Toutes diminuant ainsi d’épaisseur & s’inclinant vers l’axe de la tige, à mesure qu’elles approchent de son extrémité supérieure, forment autant de petits cônes inscrits les uns dans les autres ; d’où résulte la figure conique de la tige & des branches. De l’assemblage des petits cônes qui se sont endurcis, pendant la première année, se forme un cône ligneux qui détermine la crue de cette année. Ce cône est renfermé dans un autre cône herbacé, qui n’est autre chose que l’écorce, & qui fournira l’année suivante un second cône ligneux, &c. Ainsi l’arbre croît en grosseur.

Sa crue en longueur résulte du développement des bourgeons. On peut concevoir le bourgeon comme une vraie plante située à l’extrémité d’une autre. Il s’étend & s’élève assez promptement tant qu’il est herbacé ; mais dès qu’il devient ligneux, ce qui arrive insensiblement, la crue diminue : enfin, lorsqu’il est endurci & devenu bois, il a atteint son état parfait & cesse de croître.

Mais comment se forment ces couches ligneuses ? Quel est le méchanisme du développement du bourgeon ? Les couches ligneuses sont-elles produites par le liber converti en bois, & qui, s’attachant au bois déjà formé, occasionne l’augmentation en grosseur ? L’écorce, proprement dite, leur donne-t-elle naissance, ou bien est-ce une matière visqueuse qui, se rassemblant entre le bois & l’écorce, s’endurcit ensuite & devient aubier & bois ? Quelqu’intéressantes que soient ces questions, nous renvoyons nécessairement aux mots dont elles dépendent. (Voyez Bourgeon & Couches ligneuses.)

Il suit de tout ce que nous avons dit sur l’accroissement, tant du règne animal que du règne végétal, que les mêmes causes qui produisent la crue de l’être vivant, doivent nécessairement le conduire au décroissement, à la vieillesse & à la mort. Le décroissement dans la plante n’est pas aussi sensible, peut-être parce qu’il n’a pas été assez examiné, que dans l’animal. Tous les vaisseaux développés, l’abondance & l’impétuosité des fluides balancés par les forces des solides résistans, la cessation de croissance arrive. Les vaisseaux acquièrent de la force ; ils résistent aux liquides qui y affluent ; le corps se resserre insensiblement & se desséche ; la graisse qui environne les parties solides se dissipe ; les tissus cellulaires s’affaissent ; les cordes des tendons deviennent sensibles sur les mains & les autres parties du corps ; les ligamens qui se trouvent entre les vertèbres, usés par le frottement, les vertèbres se touchent, le corps se raccourcit, l’épine du dos se rapproche en devant, le corps se courbe, les vaisseaux s’oblitèrent, se changent en fibres solides, s’ossifient ; le cœur, rigide & calleux, pousse le sang avec peine ; les veines lactées se bouchent & deviennent inutiles ; les poumons squirreux ne peuvent plus seconder le jeu de la respiration ; la circulation des fluides se ralentit ; le mouvement cesse & le corps périt.

La plante, accablée des maladies qui accompagnent toujours l’existence, par l’endurcissement des fluides qui circuloient dans son sein & qui y répandoient la vie & la fécondité, voit tous ses vaisseaux engorgés & obstrués ; il s’y forme des dépôts & des tumeurs ; les liqueurs s’épanchent, ou croupissent & se corrompent ; les fonctions vitales cessent de s’opérer, & la plante meurt en se réduisant en poussière. (Voyez Plante)


§. IV. Accroissemens momentanés.

Outre l’accroissement & le décroissement naturel à tout être vivant, depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, il y en a un autre journalier, que le hasard fit découvrir en Angleterre vers le commencement de ce siècle. On y remarqua que le corps humain étoit constamment plus grand de six à sept lignes, & quelquefois davantage, le matin que le soir, après qu’avant le repas, & que, couché, il grandissoit d’environ six lignes. Cet accroissement, en général, est bien moins sensible dans un âge avancé que dans la jeunesse. Les causes de ces trois phénomènes sont assez faciles à saisir : 1º. les cartilages qui séparent les vertèbres sont épais, compressibles & élastiques. Tout le poids du corps, c’est-à-dire près de cent livres, porte sur l’épine du dos ; les cartilages sont donc comprimés tant que le corps est debout dans la journée ; ils diminuent de hauteur petit à petit en raison de leur compressibilité & du poids de la compression. Ainsi le soir le corps doit être plus petit que le matin : au contraire, pendant la nuit, lorsqu’il est couché, l’épine du dos ne porte plus le même poids ; les fluides, continuellement poussés par le cœur, trouvant moins de résistance dans les cartilages, les dilatent facilement : de plus, aidés de leur élasticité, ils reprennent bientôt leur première épaisseur, & le corps paroît grandir. Ce n’est pas là un vrai accroissement, tel que nous l’avons expliqué plus-haut, ce n’est qu’un simple rétablissement. 2º Après les repas les vaisseaux se remplissant d’une plus grande quantité de fluide, le cœur les pousse avec plus d’impétuosité ; les cartilages cèdent & se dilatent ; les vertèbres s’éloignent, & l’accroissement commence. La position même du corps, reposant sur une chaise & appuyé contre le dossier, favorise cet alongement. Le tronc, soutenu par une base, agit & porte beaucoup moins sur les cartilages. Cet accroissement n’est encore qu’apparent ; c’est une simple dilatation momentanée ; car tout reprend son premier état, lorsque la digestion approche de sa fin, & que la transpiration a diminué le volume, par conséquent l’action des vaisseaux & la chaleur qui porte partout la raréfaction. 3º. Enfin, si le corps paroît grandir tout à coup de six lignes lorsqu’il est couché sur le dos, c’est qu’alors l’épine est plus droite que lorsque le corps est sur ses pieds, & que le talon, que le poids du corps avoit affaissé, se gonfle & reprend toute son épaisseur. M. M.


  1. Toutes ces mesures sont des termes moyens déterminés sur des proportions prises dans différens sujets.
  2. Contemplation de la nature.