Cours d’agriculture (Rozier)/DÉVOIEMENT

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 671-677).


DÉVOIEMENT ou DIARRHÉE, FLUX DE VENTRE ou COURS DE VENTRE. Le dévoiement est cet état dans lequel il sort par le fondement, quelquefois avec douleur & quelquefois sans douleur, des matières de nature différente, & qui varient par l’odeur & par la couleur ; ces matières sont quelquefois tellement fluides & détrempées, qu’il est impossible souvent que les malades puissent les retenir.

Le dévoiement est ordinaire, ou il est sanguin. Pour le dévoiement sanguin, Voyez Dyssenterie. Nous allons, dans cet article, nous occuper du dévoiement ordinaire.

Le dévoiement ordinaire reconnoît trois degrés distingués par des effets & par des noms différens.

Le premier degré du dévoiement, est le dévoiement ordinaire, tel que nous l’avons décrit plus haut.

Le second degré se nomme flux cœliaque, & se reconnoît aux signes suivans. Les matières alimentaires n’ont éprouvé dans les différentes voies de la digestion aucune altération, & contiennent le chyle tout entier ; le chyle détrempe les matières alimentaires, & leur donne sa couleur blanche : on doit sentir combien cet espèce de dévoiement est dangereux par l’affoiblissement considérable dans lequel il jette le malade, qui ne réparant pas ses forces par le moyen du chyle, tombe par degré dans l’anéantissement.

Le troisième degré se nomme lienterie, & se fait connoître par les signes suivans : dans le second degré nommé flux cœliaque, le chyle est mêlé aux alimens, & les colore ; mais dans la lienterie, les alimens n’ont éprouvé aucune espèce de préparation, & ils sortent par le fondement, absolument dans le même état où ils étoient, lorsqu’ils ont été reçus dans l’estomac.

Ces trois états sont, comme il est facile de le voir, des degrés de la même maladie ; mais pour mettre plus d’ordre dans cet article, & pour rassembler sous un même point de vue tout ce qui regarde cette matière, nous allons traiter de ces trois états Séparément, & nous prescrirons les remèdes propres à les combattre.

I. Du dévoiement ordinaire, diarrhée ou cours de ventre. La diarrhée est une maladie dans laquelle les alimens avant d’être digérés, comme l’état ordinaire l’exige, sortent par le fondement sous la forme fluide, & causent, en sortant, plus ou moins de douleur d’entrailles, & diffèrent entr’eux par l’odeur & par la couleur.

La diarrhée est de plusieurs espèces. L’une est essentielle, quand la cause a son siége dans les intestins ; l’autre est symptomatique, quand la cause est placée dans les autres parties du bas ventre. Enfin, il en est une qu’on connoît sous le nom de critique : cette dernière termine les maladies aiguës, telles que les pleurésies, les fièvres putrides & malignes. Cette diarrhée critique est plutôt une crise Salutaire qu’une maladie essentielle ; & bien loin de la traiter, il faut laisser agir la nature.

Les diarrhées diffèrent encore en raison de l’âcreté des matières qui sortent, & de la nature de ces matières. Quelquefois le pus sort avec les autres matières, & on les nomme diarrhées suppurées ; quelquefois aussi c’est la graisse, & on les nomme diarrhées colliquatives. Ces diarrhées existent dans les suppurations internes, dans la phthisie, & autres suppurations de différentes parties contenues dans le bas ventre, & elles annoncent la fin prochaine du malade. Il existe encore des diarrhées épidémiques, sur-tout lorsque les fruits ont été abondans dans l’automne.

Les causes qui font naître la diarrhée, sont le défaut d’action des intestins sur les alimens, ou l’effet contraire, c’est-à-dire, une action trop forte des intestins sur les alimens.

Dans le premier état, des purgatifs violens, des alimens âcres irritent les intestins, en font sortir une plus grande quantité de fluide : ce fluide détrempe les alimens, & les fait sortir avant le terme prescrit par la nature à cause de l’action violente des intestins. Dans le second état, lorsque les matières bouchent les pores des intestins qui pompent le chyle des matières alimentaires, le chyle reste mêlé aux alimens, les détrempe, relâche le tissu des intestins, & la diarrhée vient, dans ce cas, par relâchement, comme elle naît dans le précédent par irritation : le pus qui coule des différentes parties du bas-ventre, venant à parcourir les sinuosités des intestins, y cause irritation, & produit la diarrhée par le même mécanisme que nous venons d’expliquer.

Dans la diarrhée, le malade éprouve des douleurs d’entrailles, des épreintes ; le ventre s’aplatit, la soif s’allume. Ces symptômes sont proportionnés aux degrés de l’irritation : les urines coulent en petite quantité, toute la sérosité du sang coule par les intestins ; elles sont alors rouges & épaisses, parce que les principes en sont rapprochés ; la peau est sèche & rude, parce que l’insensible transpiration est diminuée : le malade maigrit beaucoup, parce que les sucs nourriciers sont emportés par la diarrhée.

Quand la diarrhée est simple & légère, c’est une crise salutaire qui tend à la dépuration du corps, & qui provient de maladies graves : Celle qui est symptomatique, c’est à-dire, qui est produite par les maladies des autres parties du bas ventre, est dangereuse en raison de l’importance des parties affectées, & des degrés de leur affection. La diarrhée critique est toujours salutaire, & il faut éviter, avec le plus grand soin, d’en arrêter le cours ; on troubleroit la marche de la nature, & les plus grands désordres suivroient cette conduite pernicieuse. Si la diarrhée critique affoiblit trop le malade, il est prudent d’en diminuer l’excès ; mais c’est à la prudence & aux lumières des gens de l’art, de fixer la conduite qu’il faut tenir dans ces cas épineux.

Pour guérir la diarrhée, il faut saisir la cause qui l’a fait naître, & se conduire d’après la nature de cette cause.

Si la diarrhée reconnoît pour cause l’irritation, il faut employer les relâchans en lavage ; si elle est le produit du relâchement, il faut prescrire l’usage des amers. Voilà pour la conduite générale : entrons dans des détails nécessaires.

Dans presque toutes les diarrhées, l’estomac est le premier siége des matières corrompues qui les alimentent : or, l’expérience a prouvé, d’une manière victorieuse, que les émétiques donnés à propos arrêtoient les progrès de la diarrhée. Il faut donc donner les émétiques au commencement du traitement, avec cette précaution seule, que si la diarrhée vient de cause irritante, il faut détremper, par des boissons humectantes & des lavemens émolliens, avant d’en venir aux émétiques. Si la diarrhée vient de relâchement, il faut, sans hésiter, placer les émétiques à la tête des remèdes qui déterminent la guérison, & se servir de l’ipécacuanha de préférence aux autres émétiques ; il a le double avantage d’être émétique amer & astringent. Après l’effet de l’émétique, on purge le malade pour nettoyer les intestins, on lui fait prendre le soir quelques gros de sirop diacode. On continue l’usage des lavemens adoucissans, deux ou trois gros de diascordium, le seul des électuaires anciens qui ait de la vertu, sur-tout dans une maladie qui vient d’irritation.

Si elle vient de relâchement, on donne au malade quelques tasses de décoctions amères ; le simarouba est dans ce cas un remède excellent : on donne de plus, trois ou quatre fois par jour au malade, une pilule faite avec un grain d’ipécacuanha, & six de grains de thériaque.

On le purge avec une once de catholicum, six grains d’ipécacuanha, deux onces de demie de manne, & un gros de sel de glauber : on réitère les purgations suivant l’exigence des cas, & on diminue les doses à raison de l’âge, du sexe, du tempérament : on observe le régime avec scrupule, on ne nourrit le malade qu’avec des alimens sains, des farineux cuits au gras, des plantes potagères cuites au gras ; on interdit les liqueurs fermentées, les liqueurs spiritueuses sur-tout, qui causent dans ces maladies bien des ravages, en retenant les matières dans les intestins, & en donnant naissance aux obstructions, aux inflammations, & aux suppurations des différentes parties du bas ventre. On a soin aussi d’entretenir le ventre chaud, en le couvrant avec des flanelles. Quand la diarrhée vient à la suite du froid, on baigne les pieds & les mains dans l’eau chaude ; si elle naît à la suite d’une évacuation supprimée, comme hémorroïdes, saignement de nez, règles, &c. il faut rappeler ces évacuations par les moyens connus, & par la saignée sur-tout.

Dans la diarrhée qui vient à la suite des passions de l’ame, il faut employer les calmans, la décoction de la racine de valériane sauvage, & quelques gouttes de laudanum tous les soirs ; mais le remède par excellence est la tranquillité de l’ame.

Il y a encore des diarrhées qui sont entretenues par des vers, (voyez Vers) & d’autres, par la foiblesse de l’estomac, (Voyez Estomac)

Ceux qui ont été sujets à la diarrhée, doivent éviter avec soin l’humidité, & les alimens difficiles à digérer.

2°. Flux cœliaque. Le flux cœliaque est un dévoiement dans lequel le chyle, mêlé aux matières excrémentitielles, coule par les intestins ; il est accompagné de gonflement du ventre, de tranchées vives & de soif ardente : cette maladie est commune aux enfans & aux adultes, mais elle est très-rare chez les vieillards.

Les causes du flux cœliaque, sont l’engorgement des glandes du mésentère, c’est ce qui le rend fréquent chez les enfans qui mangent trop ; les tumeurs des différentes parties du ventre, & toutes les causes du dévoiement ordinaire.

Cette maladie est toujours dangereuse, sur-tout quand le flux cœliaque vient à la suite d’engorgement aux glandes, & aux autres parties du bas ventre.

Les purgatifs légers, & tous les remèdes propres aux obstructions (voyez ce mot) conviennent dans cette maladie : comme le chyle ne peut pas enfiler les voies ordinaires, & qu’il trouve un obstacle dans l’obstruction des glandes du mésentère, il faut nourrir le malade avec des lavemens nourrissans. (Voyez obstruction du mésentère, à l’article Mésentère.)

3°. De la lienterie. La lienterie est cet état dans lequel on rend par le fondement les alimens tels qu’on les a pris, sans qu’ils ayent éprouvé pendant leur séjour la plus légère altération.

La cause de la lienterie est le défaut d’action des intestins & de l’estomac sur les alimens ; la bile coule sans cesse, détrempe les alimens & se mêle avec eux ; quelquefois la bile perd sa couleur jaune & devient grisâtre ; cet effet a lieu quand le foie est malade : la dépravation des humeurs, le relâchement général, les indigestions répétées, les purgatifs violens pris indiscrétement, l’excès des liqueurs spiritueuses, & les obstructions des différentes parties contenues dans la capacité du bas ventre, sont les causes ordinaires de la lienterie.

Dans la lienterie, il existe une évacuation abondante de matières alimentaires non digérées ; le malade est sujet aux nausées, à la soif, à la faim canine ; parce que, comme aucune partie des alimens ne séjourne dans l’estomac, ce viscère est dans une irritation continue, & éprouve toujours ce sentiment particulier qui constitue la faim ; le fondement est quelquefois déchiré par l’âcreté des matières qui s’écoulent, les matières altérées donnent des tranchées, l’air s’en dégage, le corps maigrit & se dessèche, & la peau est brûlante, parce que les humeurs ne sont pas renouvelées ; l’insomnie s’empare du malade, & il succombe à la fièvre lente.

Cette maladie est si souvent la compagne du scorbut, (voyez ce mot) elle est toujours grave, elle trouble une des fonctions les plus intéressantes, celle par laquelle le corps se renouvelle à différentes parties du jour : on ne guérit jamais cette maladie chez les vieillards, & quand il y a gonflement, douleurs & obstruction dans le ventre.

On ne guérit sa lienterie que quand elle succède à la diarrhée, ou quand elle est le produit du scorbut léger & peu ancien. Il faut faire prendre au malade de légers toniques pour donner aux parties plus de forces : on conseille les calmans, quand les insomnies sont constantes & menacent de jeter le malade dans l’extrême foiblesse ; le sommeil qu’ils excitent répare les forces épuisées ; d’ailleurs l’usage des calmans est d’arrêter les évacuations trop abondantes, & ces remèdes sont très-nécessaires dans cette maladie.

On fait prendre au malade les infusions des plantes amères, & stomachiques, les deux eupatoires, la sanicle, la bugle, la petite centaurée, l’absinthe ; puis on lui fait faire usage des sucs de ces plantes, pour purifier le sang épuisé & corrompu ; il faut couvrir le ventre avec les peaux d’animaux ; si le malade n’est pas trop foible, on lui fait prendre de l’exercice ; on fait des frictions sèches sur tout son corps, on l’expose aux vapeurs des herbes émollientes, afin de rétablir la transpiration ; on applique des vésicatoires pour détourner l’humeur des intestins, on rend au ventre sa souplesse en le frottant avec l’huile de laurier. Il faut éviter que le corps, & sur-tout que le ventre soit exposé au froid : les humeurs se portent alors à l’intérieur, & vont augmenter le désordre qui règne déjà.

L’émétique, l’ipécacuanha, surtout, doit être donné dans le principe du mal ; on peut le donner une seconde fois, mais il ne faut pas abuser de ce moyen, si on voit qu’il ne produit pas les bons effets qu’on en attendoit.

Les purgatifs doux, les eaux minérales rendues purgatives, sont de bons moyens ; à la tête des purgatifs, il faut placer le catholicon double ; les eaux minérales de Forges, de Balaruc, à petite dose, réussissent dans la lienterie. En général, il faut avoir pour principe dans les maladies du bas ventre, de continuer les mêmes remèdes longtemps, & d’augmenter leur dose par degré : le régime doit être le même que celui que nous avons fixé dans la diarrhée. M. B.


Dévoiement ou Diarrhée Médecine Vétérinaire. La diarrhée est une maladie dans laquelle les matières fécales sont évacuées plus fréquemment que dans l’état naturel, & sortent sous une forme liquide.

Cause. Tout ce qui peut troubler la digestion, affoiblir l’estomac, dépraver les sucs digestifs, accumuler, dans les premières voies, des crudités & de la saburre, provoque immédiatement la diarrhée.

Nous allons traiter en particulier de la diarrhée du cheval, du bœuf & du mouton.

Diarrhée du cheval. Elle a lieu ordinairement dans cet animal, 1°. lorsqu’après avoir eu chaud, il boit d’une eau extrêmement fraîche, telle que l’eau de puits ou de neige ; 2°. lorsqu’il a brouté de l’herbe couverte de rosée, ou lorsqu’il en a trop mangé.

Dans cette espèce de diarrhée, les matières n’ont point une couleur extraordinaire, elles ne donnent pas une odeur fétide, & le cheval boit & mange comme de coutume ; nous observons pour l’ordinale, qu’elle ne passe pas les quarante-huit heures. Quand même elle outre-passeroit ce terme, si les forces musculaires & vitales ne paroissent pas diminuer, si l’appétit se soutient, elle n’est pas à craindre.

Traitement. Il seroit dangereux d’arrêter le cours de cette diarrhée, qu’on doit regarder comme salutaire ; mais si l’animal a de la fièvre, s’il est triste, dégoûté, & si dans les matières fécales, on y apperçoit comme des raclures des boyaux ; s’il a des tranchées, il faut appaiser l’inflammation des intestins, & en modérer la chaleur, en donnant à l’animal des breuvages pris dans la classe des mucilagineux, composés d’une once de racine d’althéa, & de deux onces de graine de lin pour chaque breuvage, qu’on fera bouillir dans environ quatre livres d’eau commune, jusqu’à ce que la graine de lin soit crevée. On ne donnera à l’animal, pour toute nourriture, que du son mouillé, du bon foin, observant de lui retrancher l’avoine pendant tout le temps du traitement.

Si l’on apperçoit que l’animal ait des coliques violentes lors des déjections, & que les matières soient sanguinolentes, on doit administrer les remèdes qui font propres à la dyssenterie. (Voyez Dyssenterie)

Diarrhée du bœuf. Le bœuf est également sujet à la diarrhée, & elle reconnoît les mêmes causes que celles que nous avons indiquées en parlant de la diarrhée du cheval ; elle est quelquefois dangereuse, si on la néglige. Il importe donc beaucoup aux cultivateurs, d’en distinguer l’origine, afin de la modérer, de l’arrêter, d’en prévenir les suites fâcheuses, en administrant les remèdes convenables.

Dans la diarrhée donc qui survient ordinairement au bœuf, pour avoir mangé du foin, de la paille moisis ou gâtés, &c. & qui dure plusieurs jours avec amaigrissement sensible, outre les alimens de bonne qualité, & le son mouillé avec du vin qu’on doit lui donner, il est bon de lui faire prendre quelques breuvages d’une décoction d’orge grillé, moulu & arrosé avec du vin rouge ; après quoi il convient de le purger seulement avec deux onces de feuilles de séné, sur lesquelles on jettera environ deux livres d’eau bouillante & une once de sel végétal. Si, après l’usage de ces remèdes, la diarrhée ne s’arrête pas, si l’animal devient triste, s’il est dégoûté, il faut avoir recours aux astringens, tels qu’au diascordium, à la dose d’une once dans une pinte de bon vin, ou bien au cachou, à la dose de six gros, dont on continuera l’usage pendant cinq à six jours. Ces remèdes conviennent ainsi au cheval dans les diarrhée de la même espèce. Quant aux autres diarrhées qui peuvent arriver au bœuf, consultez ce que nous en avons dit, en parlant de celle du cheval.

Diarrhée des moutons. Cette maladie attaque aussi les bêtes à laine, & en fait périr un grand nombre.

Causes. Une indigestion, une nourriture trop humide, peu propre à rétablir les sortes de l’animal, ou gâtée, ou moisie, qui altère les sucs digestifs, & la débilité de l’estomac, en sont les causes ordinaires.

Lorsque la diarrhée n’est point accompagnée de fièvre, de dégoût, de tranchées ou d’autres accidens, on doit la regarder comme un bénéfice de la nature, & ne pas s’empresser de l’arrêter. On la laissera donc durer trois ou quatre jours, après quoi, il faudra donner de temps en temps à l’animal, de l’eau de riz, ou bien si on veut couper plus court, un gros de thériaque dans un demi verre de bon vin. M. T.