Cours d’agriculture (Rozier)/ESTOMAC

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 357-361).


ESTOMAC. C’est un grand réservoir en forme de sac, qui ressemble à une cornemuse, placé en partie dans l’épigastre.

Ce viscère destiné à recevoir les alimens, est sujet à une infinité de maladies ; & pour pouvoir les rassembler ici, il faut nécessairement les diviser en plusieurs classes.

Dans la première seront comprises celles qui dépendent des vices de ce viscère, comme le principal siège de l’appétit, des alimens, & de le boisson. De ce nombre sont la faim, le dégoût, l’inappétit, & les envies.

La seconde renferme celles qui dépendent de la coction des alimens : toutes les fois que l’estomac ne digérera que très-lentement, ou très imparfaitement les alimens, que le chyle fera mal élaboré, & les digestions seront très-viciées, il en résultera des indigestions.

Dans la troisième classe sont rangées celles qui regardent son action, & ses efforts à se débarrasser de ce qui le surcharge ; tels font le vomissement, les nausées, le hoquet, le cholera-morbus, le rot, la diarrhée, la l’enterre. (Voyez Cholera-morbus, Hoquet, Vomissement, &c.)

Nous nous contenterons de parler très-succinctement de l’inflammation de l’estomac, que l’on connoît par la chaleur & l’ardeur qu’on rapporte à la région de ce viscère, par le vomissement fréquent, par une soif inextinguible, & par un pouls dur, petit, serré. Cette maladie est très dangereuse, & enlèveroit bientôt les malades, si l’on n’en arrêtoit les progrès dans son principe. Pour la combattre victorieusement, il faut beaucoup saigner du bras, réitérer souvent ces évacuations, inonder les malades de tisannes rafraîchissantes, acidulées, nitrées ; l’eau de poulet produit toujours le plus grand bien : on ne doit point négliger l’application des cataplasmes émolliens, & les clystères aiguisés d’un filet de vinaigre, qui tempèrent & calment l’irritation des intestins, qui se ressentent toujours de l’inflammation de l’estomac. Quand je recommande de réitérer les saignées, je ne prétends pas dire qu’on doive en abuser ; il faut que le mode inflammatoire ait assez de force pour parvenir à une terminaison salutaire, & il résulteroit les plus grands inconvéniens de l’état de foiblesse où l’on jetteroit le malade.

Les purgatifs ne trouvent jamais de place que sur la fin de la maladie, lorsqu’il séjourne dans ce viscère un embarras putride ; leur emploi, dans tout autre temps, à moins d’une grande surcharge putride, seroit très dangereux ; c’est pour cette raison que l’on doit s’en abstenir. M. AM.


Estomac, Médecine Vétérinaire. Il est inutile de répéter ici ce que nous avons déjà dit sur les estomacs du bœuf, & sur le mécanisme de la rumination. Nous nous bornerons seulement à décrire la structure & les usages de l’estomac du cheval, pour l’intelligence des causes qui empêchent cet animal de vomir.

Le cheval n’a qu’un estomac. Ce viscère est le principal organe de la digestion. Son usage est de recevoir les alimens liquides & solides, de les retenir ; ils s’y dissolvent, ils y sont assimilés aux autres parties de l’animal ; ce qui peut être changé en chyle en cet extrait, le ventricule le laisse passer ensuite dans les intestins, après en avoir peut-être absorbé la partie la plus tenue & la plus subtile ; enfin, c’est dans l’estomac que réside la sensation que l’on nomme la faim, sensation merveilleuse, & qui semble avoir été accordée aux animaux pour les inviter à prévenir machinalement les suites du frottement des solides & de l’acrimonie des humeurs, en les adoucissant par une nouvelle nourriture, ou par un nouveau chyle.

De la situation de l’estomac. La situation de ce viscère dans le cheval, est directement en arrière du diaphragme, assez près des vertèbres des lombes, & dans la partie moyenne latérale gauche de cette cavité, de manière que la portion droite est recouverte par le foie, la portion gauche par la rate, toute la face inférieure étant cachée par les gros intestins sur lesquels il repose.

Des membranes qui le composent. Il est composé de cinq membranes. La première qui est externe & la plus étendue de toutes, est lisse, polie, sa face interne est cellulaire, & n’est autre chose que la continuation ou la duplicature du péritoine. La seconde, charnue & musculeuse, est composée de sept plans de fibres, dont le premier entoure l’estomac circulairement : le second est une bande transversale qui s’étend depuis Le pilore ou l’orifice postérieur, & va se terminer à la grande courbure sur laquelle il s’épanouit ; le troisième est un tissu des fibres transversales, qui environnent le petit fond de l’estomac. Le quatrième est formé de fibres ramassées en faisceaux ou par bandes, qui, partant du bas de l’orifice cardiaque ou antérieur, entre l’orifice & l’hypocondre gauche, vont se terminer au grand fond de l’estomac. Le cinquième plan situé au-dessous de ceux-ci, part de la partie postérieure de l’orifice, dont je viens de parler, pour se porter également en forme de bande avec le petit fond de l’estomac, dans le sens contraire à l’autre. Le sixième est situé dans le grand fond de l’estomac, & composé de fibres circulaires ; le septième enfin, part de la courbure pour se répandre en faisceaux en divergence sur la grande courbure, la plupart de ces plans venant se réunir à cette courbure, en formant une petite ligne blanche, pour servir, d’un côté, aux différens mouvemens de la digestion, & de l’autre, à empêcher la rétrogradation des alimens dans l’œsophage.

La troisième membrane offre un plan de fibres blanchâtres, rangées en tout sens, nous l’appellons nerveuse à raison de la quantité de filets nerveux qui se distribuent dans sa substance, & qui la rendent très sensible.

La quatrième est placée au-dedans de l’estomac vers son grand fond, elle est blanchâtre, lisse & polie ; quoiqu’elle paroisse ridée dans l’affaissement du ventricule, elle est une continuation de celle de l’œsophage, humectée de la même liqueur, ne tapisse pas toute la cavité de ce viscère, & surpasse, par ses bords, la membrane veloutée qui est la cinquième membrane.

Celle-ci est très-distincte de la précédente, quoique tapissant de même la partie interne de l’estomac ; elle est d’une couleur grisâtre, mamelonnée & entrecoupée de petites bandes blanchâtres. On y remarque de petits points olivâtres, qui ne sont autre chose que les glandes gastriques dont l’usage est de fournir un suc de même nom, qui sert de troisième préparation à la digestion. On trouve, dans presque tous les mulets & les chevaux, cette membrane couverte de vers.

On remarque au pilore, c’est-à-dire, à l’orifice postérieur de ce viscère, de petites bandes charnues & tendineuses qui servent à sa dilatation. Cet orifice est même muni d’un bourrelet, qui est un trousseau de fibres circulaires. Les quatrième, cinquième & septième plans de fibres de la seconde membrane, dont nous avens déjà parlé, forment à leur origine l’orifice cardiaque ou antérieur qui répond à l’œsophage ; c’est cette disposition & cet arrangement des fibres qui empêchent le cheval de vomir, & non une valvule que M. Lamorier, chirurgien de Montpellier, prétend avoir découverte à l’orifice antérieur de l’estomac, & qu’il conjecture même pouvoir exister dans les autres solipèdes. La disposition des fibres en cet endroit, est telle, qu’après la mort de plusieurs chevaux, dont j’ai disséqué l’estomac à l’école vétérinaire, L’eau que j’introduisais dans ce viscère, ne pouvoit pas sortir ; ce qui prouve, que plus les fibres sont tendues, plus elles ferment étroitement l’orifice antérieur, dont le resserrement augmente toujours en raison des efforts que le cheval fait pour vomir, & en proportion du spasme de ce viscère.

L’impossibilité de vomir, dans laquelle se trouve le cheval, ne doit donc être attribuée qu’à la structure de l’estomac. M. l’Abbé Rozier, rédacteur de cet Ouvrage est du même sentiment que celui que je viens de rapporter. « Les véritables obstacles au vomissement, dit ce savant dans un de ses Journaux de physique, sont, 1°. les plis & replis amoncelés, formés par la membrane interne de l’œsophage, lorsqu’il est resserré ; 2°. la force contractive des fibres de l’œsophage ; 3°. les fibres musculeuses qui se prolongent de ce même œsophage sur l’estomac, & qui s’entrelacent avec celles de ce viscère ; 4°. le paquet musculeux formant une espèce de cravate autour de cet orifice, dont la force des fibres diminue toujours en approchant de la partie postérieure de l’estomac ; 5°. les trois plans de fibres très-fortes, provenant de cette cravate ; 6°. les fibres musculeuses qui entrent dans la composition de ce viscère, diminuant de force & augmentant en foiblesse, à mesure qu’elles approchent de l’orifice postérieur ; 7°. la foiblesse externe de cet orifice en comparaison de l’orifice antérieur ; 8°. la direction de ces deux orifices presque horizontale, tandis que dans l’homme elle est presque perpendiculaire ; 9°. la portion de la membrane mamelonnée qui est très-lâche, & toujours abreuvée depuis l’endroit de la ligne de séparation jusqu’à l’orifice postérieur ; 10°. l’orifice antérieur qui est toujours resserré long-temps après la mort de l’animal, tandis que l’orifice postérieur est relâché. 11°. la position de l’estomac qui se trouve à l’abri de la compression des muscles du bas ventre, &c qui peut être regardée comme cause secondaire, mais très-éloignée. »

D’après toutes ces observations, il est aisé de conclure que si l’estomac éprouve une contraction quelconque, elle sera plus forte dans l’endroit où les parties, sujettes à se contracter, se trouvent réunies en plus grande masse, & c’est comme on vient de le voir, à l’orifice cardiaque ou antérieur : ainsi les matières contenues dans l’estomac, passeront par l’ouverture de l’orifice postérieur qui opposera toujours moins de résistance : l’expérience prouve que si l’estomac devoit éclater, ce seroit toujours du côté de la grande courbure ; j’en ai eu déjà une preuve dans un mulet, auquel on avoit inconsidérément donné du ers pour nourriture. L’ouverture de cet animal me montra l’estomac rompu à sa grande courbure. La sortie de cet aliment par les naseaux, m’avoit caractérisé la rupture de ce viscère. M. T.