Cours d’agriculture (Rozier)/ESTRAGON

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 361-362).
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ESTRAGON. M. Tournefort le place dans la troisième section de la douzième classe, qui comprend les herbes à fleur en fleurons, qui laissent après elles des semences sans aigrette ; il l’appelle abrotanum mas, linifolio, & acriori & odorato. M. von Linné le nomme arthemisia dracunculus, & le classe dans la singénesie polygamie, superflue.

Fleur à fleurons hermaphrodites dans le disque, & femelles à la circonférence. Les fleurs font en forme de tube, rassemblées dans un calice commun, obrond &. garni d’écailles rondes.

Fruit. Les semences des fleurons, soit hermaphrodites, soit femelles, font solitaires, nues, placées dans le calice, sur un réceptacle velu.

Feuilles simples, très-entières, linéaires, en forme de fer de lance, adhérentes à la tige, lisses, verdâtres.

Racine, dure, avec quelques fibres.

Port ; tiges herbacées de la hauteur de deux pieds, grêles, un peu anguleuses, rameuses ; les fleurs naissent au sommet, très-petites ; les feuilles placées alternativement sur les tiges.

Lieu ; originaire de Sibérie, cultivé dans les jardins, où il fleurit en juin & juillet. Il est vivace.

Propriétés. Les feuilles sont acres, piquantes au goût, mais agréables & aromatiques. Elles augmentent légèrement le cours des urines, excitent l’appétit diminué par des humeurs pituiteuses, échauffent, altèrent, réveillent les forces vitales, calment le météorisme ; elles sont utiles dans le scorbut, dans les pâles couleurs, la suppression du flux menstruel par l’impression des corps froids ; elles sont un très-bon masticatoire pour les animaux.

Culture. Dans les provinces méridionales, cette plante commence à sortir de terre en février, & c’est le cas de la défilleuler pour transplanter les jeunes brins. On peut le faire en mars, mais il réussit mieux dès qu’il pointe ; la règle est sûre. On peut semer laplante en avril ou en mai ; il vaut mieux défilleuler, & en faire des bordures ou des quarrés. Après sa plantation, il exige d’être sarclé souvent, arrosé fréquemment, & toutes ses pousses coupées de quinze en quinze jours, alors il sera très-tendre, & les racines multiplieront beaucoup. Ceux qui cultivent avec soin cette plante, coupent toutes ses tiges & feuilles à l’entrée de l’hiver, & avec de la terre bien substantielle mêlée avec du fumier, recouvrent les racines à la hauteur de deux à trois pouces. Les amateurs plantent sur couche & à l’entrée de l’hiver, quelques-unes des touffes, & jouissent, malgré la rigueur de la saison, d’un herbage utile aux cuisines. Le vinaigre à l’estragon est devenu fort à la mode ; on laisse infuser les feuilles pendant quelques jours, & elles lui communiquent leur odeur & leur goût. La charlatanerie a imaginé ce mélange, & la coutume s’est établie. Originairement les vinaigriers ont voulu masquer le mauvais goût de leur vinaigre, fabriqué avec des baissières de bière de cidre, de poirée ; &c. le goût a plu, & on a dénaturé le vinaigre de vin, un des meilleurs & des plus efficaces remèdes que l’on connoisse.