Cours d’agriculture (Rozier)/GALLE-INSECTE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 211-215).


GALLE-INSECTE, Histoire Naturelle, Botanique. La galle-insecte est un genre d’insectes à six jambes qui ont quelque ressemblance extérieure avec une galle, mais qui en diffèrent essentiellement en ce que la galle est une production végétale occasionnée à la vérité par un insecte, & que la galle-insecte est un véritable animal. Le caractère particulier de ces insectes est de passer une partie considérable de leur vie, attachés & appliqués contre des tiges ou des branches sans se donner aucun mouvement sensible. Ce caractère les fait reconnoître assez facilement, mais leur figure les indique encore mieux : en général, les unes ressemblent à des petites boules attachées contre une branche par un point de la circonférence ; les plus grosses de cette espèce ne passent pas la grosseur d’un pois ; d’autres sont des espèces de sphères dont un segment paroît emporté & qui sont attachées à l’arbre par la partie plane de la section ; d’autres sont des sphères alongées & dont le grand axe s’élève au-dessus de la branche ; d’autres un peu plus aplaties, sont plus pointues par un bout que par celui qui lui est opposé ; quelques-unes ont la figure d’un rein ; d’autres enfin celle d’un bateau renversé.

Leurs couleurs varient pareillement, la plus commune est celle de marron plus ou moins foncé ; il y en a de plus rougeâtres, d’autres tirent sur le violet ; il y en a d’un assez beau noir ; quelques-unes sur un fond jaune ont des ondes brunes ; on en voit de brunes veinées de blanc.

Les arts ont su tirer un très-grand parti d’une de ces espèces de galle-insectes qui fournit le kermès.

Pour avoir une idée de la vie de ces petits animaux, nous allons suivre, avec M. de Réaumur, ce fameux observateur, la galle-insecte du pêcher. La galle-insecte mère a la forme d’un bateau renversé & elle adhère fortement contre la tige de l’arbre par tous les points de son contour, excepté vers la partie postérieure où se trouve une petite fente. Après la ponte de ses œufs qui montent à plusieurs milliers, la mère meurt & se dessèche, elle ne sert plus que de coque pour les renfermer ; ils éclosent sous cet abri & vers les premiers jours d’avril, mai ou juin, suivant le climat, ils commencent à sortir de dessous le squelette de leur mère par la petite fente de la partie postérieure. Il faut alors une forte loupe pour les observer, & on les voit marcher ou plutôt courir sur toutes les branches de l’arbre. Le corps de ces petits insectes est applati, son contour est à peu près ovale ; ils portent deux antennes & ils ont six jambes qu’on apperçoit lorsqu’on les cherche avec un peu d’attention ; car assez souvent elles sont cachées par la partie supérieure au-dessous de laquelle elles sont attachées. Des branches, les galle-insectes gagnent les feuilles, & comme leur nombre est prodigieux, certaines feuilles en sont quelquefois toutes couvertes ; on en voit de différentes grandeurs & de différentes couleurs, de presque blanches, d’un blanc verdâtre, d’un blanc jaunâtre, de jaunâtres, de rougeâtres. Elles se fixent sur ces feuilles pour en tirer la substance nécessaire à leur nourriture & leur accroissement ; elles en pompent le suc avec une trompe très-fine placée près de la première paire de jambes. Les feuilles ne sont pas les seuls endroits où les jeunes galle-insectes s’attachent ; on en trouve encore sur les bouts des nouveaux jets, ils sont assez tendres & assez succulens pour leur fournir la nourriture qu’ils cherchent. Tant qu’ils en trouvent une quantité assez abondante, ils y restent attachés & comme immobiles ; mais si quelque accident dessèche ou fait périr la tige ou la feuille qui les nourrissoit, ils savent bien la quitter pour aller chercher un autre emplacement où ils ne puissent pas en manquer. À la chute des feuilles, elles tombent à la vérité avec elles, mais bientôt elles les quittent pour remonter à l’arbre & gagner les jeunes rejetons. L’hiver passé, elles se fixent enfin en mars sur les tiges, de manière à ne plus en sortir & à ne pouvoir plus faire un pas en avant ou en arrière.

Leur accroissement est très-lent pendant les mois de juin, juillet, août, septembre & octobre ; elles sont cependant plus grandes, vers le commencement de novembre ; leur épaisseur est encore très-peu de chose, elles ne paroissent que comme des membranes ovales, plaquées sur les feuilles ; elles ont toutes à peu près la même couleur roussâtre ; il n’y en a plus de blanches, de blanchâtres, ni de jaunâtres ; quand elles marchent elles ne paroissent plus si aplaties, elles s’élèvent un peu sur leurs jambes & portent devant elles deux antennes extrêmement fines. Vers les premiers jours de mars, elles commencent à devenir plus renflées tout le long de leur dos, elles prennent un peu de convexité ; leur clos vu à la loupe paroît alors chagriné, on y apperçoit un grand nombre de petits tubercules & sept à huit longs fils ou poils qui partent de divers endroits de la circonférence du corps, mais différemment placés & dirigés ; il y en a même qui vont s’attacher au bois assez loin de l’animal.

Vers les premiers jours d’avrils non-seulement les galle-insectes paroissent encore plus renflées, elles commencent même à prendre une convexité très-sensible ; c’est alors qu’elles se dépouillent de leur vieille peau : ce n’est que vers le commencement de mai qu’elles ont acquis leur dernier terme de grandeur ; elles ressemblent alors à une vraie galle. Vers le quinze de mai elles commencent à pondre ; elles se délivrent ensuite peu à peu de leurs œufs & à mesure qu’elles les font sortir, leur ventre s’aplatit & s’approche du dos, tandis que les œufs s’arrangent entre le ventre de la mère & la tige où elle est attachée. La ponte finie, la galle-insecte périt & son cadavre ne paroît plus qu’une coque de dessous laquelle les petites sortent ensuite pour croître & devenir à leur tour aussi fécondes que leur mère l’a été.

M. de Réaumur a découvert de plus que les mères galle-insectes étoient fécondées vers la fin d’avril par une petite mouche assez jolie, qui a été elle-même jusque vers le milieu de ce mois une galle-insecte, & c’est par la petite tente qui est à la partie postérieure de la galle-insecte qu’elle la féconde en y introduisant un petit aiguillon, ou plutôt une espèce de petite queue qu’elle a. M. M.

Les jardiniers, & après eux plusieurs écrivains de cabinet, ont appelé punaise l’insecte dont il vient d’être question ; ils ont été trompés par la couleur de la galle-insecte dans son plus grand accroissement qui approche effectivement de celle de la punaise qui infecte les lits ; mais avec des yeux, ils auroient vu que la configuration de l’une & de l’autre est très-différente : celle-ci est aplatie, la tête saillante, montée sur des jambes assez hautes, &c. (Voyez le mot Punaise).

Suivant la chaleur du climat, ces insectes abandonnent plus ou moins promptement les anciennes branches & vont gagner les bourgeons à mesure qu’ils se couvrent de feuilles & s’allongent. L’écorce des bourgeons de l’année est devenue trop dure pour eux, & ils ne peuvent plus la pénétrer avec leur aiguillon afin d’y pomper leur nourriture. Comme leur multiplication est prodigieuse, l’arbre souffre considérablement de ces piqûres à l’infini, & de tous les pores des bourgeons la sève suinte & découle quelquefois au point de couvrir d’humidité la terre qui est sous les branches. Nous avons dit à l’article fourmi, que cette extravasion attiroit cet insecte & qu’on ne le voyoit jamais sur les arbres qui n’étoient pas attaqués par les galle insectes, ou chargés de miellat. (Voyez ce mot) Je persiste dans ce que j’ai dit, malgré l’assertion que je viens de lire dans l’excellent ouvrage intitulé École du Jardin fruitier, par M. de la Bretonnerie, tome II, pag. 49, l’auteur s’explique ainsi : « Je suis surpris que des naturalistes célèbres (M. de Réaumur) & en dernier lieu des auteurs modernes (M. de Schabol) qui devroient avoir de l’expérience, aient avancé que les fourmis ne font point de tort aux arbres, quoiqu’elles y soient quelquefois en grande quantité, qu’il n’y a que le puceron qui y fait du mal, & que les innocentes fourmis au contraire sont utiles parce quelles détruisent le puceron. Ce ne peut être que l’autorité du premier auteur qui ait pu faire répéter aux autres le même propos. J’y avois d’abord ajouté foi sur leur parole, jusqu’à ce que l’expérience m’ait instruit plusieurs fois du contraire. J’ai encore pris sur le fait, au printemps dernier 1781, des fourmis seules & sans mélange d’aucun puceron, amoncelées par petits tas sur les yeux tendres & nouvellement en sève d’un jeune pommier qu’elles avoient déjà rongé à moitié & en avoient détruit totalement plusieurs autres sur lesquels il y avoit encore quelques traîneuses. » L’auteur cite encore plusieurs traits semblables.

M. de la Bretonnerle s’est-il servi d’une très-forte loupe pour examiner les yeux tendres & nouvellement en sève dont il parle ? car l’oeil nu ne sauroit découvrir les galle-insectes lorsqu’ils sortent de l’œuf, & ces yeux à demi-dévorés par les fourmis, pouvoient encore en être couverts, & s’il n’en existoit point, ces yeux étoient-ils sans miellat ? Ces deux points méritent d’être examinés de nouveau. Quant à moi, je puis assurer que je n’ai jamais vu des fourmis sur les arbres, que lorsque l’une ou l’autre de ces causes les attiroit, auxquelles il faut encore ajouter le puceron, (Voyez le mot Cloque) & peut-être plusieurs autres insectes qui occasionnent l’extravasement & le suintement de la sève.

Comme les galle-insectes multiplient à l’excès, ils couvrent bientôt les bourgeons & les feuilles, surtout par-dessous ; de manière que, soit par le dessèchement de la sève, soit par la multiplicité, par celle de leurs excrémens, enfin par la poussière entraînée par le vent qui s’attache sur ces matières visqueuses, les feuilles & les bourgeons paroissent presque noirs ; on remarque principalement cette couleur sur les orangers & sur les arbres à fruits sucrés, tels que le mûrier, la vigne en espalier, le cerisier, pêcher, abricotier, &c.

M. de la Bretonnerie a raison de dire que les fourmis ne tuent ni les pucerons ni les galle-insectes ; chacun de ces insectes vit tranquillement à côté l’un de l’autre. La fourmi vit de la sève extravasée après la piqûre du puceron & du galle-insecte, & ceux-ci de la sève qu’ils pompent par leur piqûre.

On conçoit parfaitement que des plaies multipliées à l’infini, sans cesse renouvelées sur des bourgeons pleins de sève, & que la déperdition de substances, doivent à la fin épuiser le bourgeon, la feuille, &c. ; enfin, qu’ils doivent se dessécher, & l’arbre languir : c’est ce qui arrive.

Les amateurs de recettes en ont proposé mille & mille, & leur multiplicité prouve combien elles sont infructueuses. Toujours des infusions de plantes amères ou fétides, des lessives chargées de chaux, de suie de cheminée, de cendres & d’autres ingrédiens, des dissolutions de savon dans l’eau, &c. Je ne connois qu’une bonne recette : c’est, avant d’entrer les orangers dans la serre, ou après avoir taillé les autres arbres, de s’armer de patience, & avec un pinceau rude, & sans cesse trempé dans le vinaigre, de frotter à plusieurs reprises toute la superficie des branches, des feuilles en dessus & en dessous, & de se hâter d’emporter les bois coupés, pour les jeter au feu. On répétera la même opération sur les orangers, en les sortant de la serre. Le vinaigre fait périr la cochenille, le kermès & la galle-insecte, &c. ; mais pour qu’il agisse sur ce dernier, il faut qu’il ne soit plus collé sur le bourgeon ou sur la feuille, attendu que le vinaigre couleroit impunément sur son enveloppe qui a la forme d’un bouclier. On peut encore, après cette opération & avec des seringues, laver à grande eau les branches & les feuilles, & les répéter toutes les deux ensemble pendant le printemps, l’été & l’automne, jusqu’à ce qu’on soit assuré qu’il n’existe plus de galle-insectes. Je conviens que cette opération est longue, minutieuse, ennuyeuse, &c. ; mais il en résultera que l’écorce des branches, l’épiderme des feuilles seront nettes, & que la transpiration & les sécrétions de l’arbre se rétabliront insensiblement.