Cours d’agriculture (Rozier)/PUNAISE

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 446-449).


PUNAISE. Cimex en latin. On donne ce nom à un genre d’insecte qui a trois articles aux tarses, quatre ailes, celles de dessus, partie écailleuses, partie membraneuses ; les antennes minces, & plus longues que la tête, sont composées de quatre ou cinq articles ; sa trompe est creusée en dessous. En général ce genre d’insecte sent très-mauvais. Von-Linné fait mention de quarante-trois espèces que l’on trouve en Suède dans les maisons, les bois, les jardins, les champs. Quel doit donc être le nombre d’espèces répandues dans les autres parties du globe. La punaise domestique ou punaise des lits est la seule qui soit dépourvue d’ailes ; elle a une trompe avec laquelle elle suce le sang des personnes qui sont couchées. Ces insectes fuient le grand jour, craignent la lumière, & se retirent dans les gerçures, les fentes des bois de lits, dans les plis des coins des matelas, traversins, garde-pailles, dans les trous des murs faits en mortier ou en plâtre, ils préfèrent ces derniers, qu’ils abandonnent de préférence pour les séparations en bois. On dit mal à propos que le plâtre les engendre, parce que souvent on en trouve dans des appartemens replâtrés de nouveau, & où depuis long-temps l’on n’a pas couché. Avant d’avancer un tel fait comme positif, il faudroit s’être auparavant assuré, 1°. que les punaises n’y ont pas pénétré en venant de l’étage supérieur ou inférieur, ou a travers les cloisons & séparations des chambres voisines ; 2°. si les œufs n’ont pas éclos sous la légère couche de plâtre qui les recouvroit. J’ai été témoin que les petits qui en sortoient, perçoient cette couche mince, & qu’ils perçoient également deux feuilles de papier de tapisserie collées l’une sur l’autre. Le plâtre ni la chaux n’engendre point ces insectes, qui multiplient beaucoup & font des œufs très-petits. Il faut les examiner de bien près pour qu’ils n’échappent pas à la vue. On dit encore que les vernis tuent ces insectes, cela est vrai lorsqu’ils les touchent ; qu’ils font périr les œufs ; cela peut-être pour certains vernis, mais je sais par expérience que les vernis communs ne les font pas périr. Au contraire, ils les tiennent à l’abri du contact de l’air ; mais lorsqu’un an, deux ans ou trois ans après, ce vernis éclate, s’écaille, l’insecte éclôt. J’ai suivi cette opération avec l’attention la plus-scrupuleuse.

Les voyageurs s’imaginent se mettre dans les auberges à l’abri de l’importunité de ces insectes, en tirant les matelas de leur lit au milieu de la chambre. Si ces matelas n’en renferment point, ils sont en sureté de ce côté-là ; mais les punaises nichées dans les murs, grimpent jusqu’au plancher, le suivent de solive en solive, &, attirées par l’odeur de la transpiration de la personne qui dort, elles arrivent jusqu’au point du plancher qui correspond perpendiculairement sur le visage ou sur telle partie du corps du dormeur, qui est découverte ; elles se laissent tomber sur lui ; ainsi la précaution devient inutile. La seule ressource dans cette circonstance, est d’ouvrir tous les rideaux du lit & de tenir de chaque côté une ou deux bougies, chandelles, ou lampes allumées. La clarté de la lumière les empêchera de sortir de la cachette où elles sont nichées.

Il est constant que les punaises peuvent subsister très-long-temps sens nourriture, puisqu’on en trouve de vivantes dans des maisons qui ne sont pas habitées depuis une, deux, & même trois années, Alors leur corps est presque diaphane, leur force foible & languissante. Mais comme la faim n’a point de loix, la plus vigoureuse mange la plus foible, & les araignées en détruisent beaucoup, Cependant dans cet état de langueur elles s’accouplent & déposent un très-grand nombre d’œufs qui germent dans la même saison ou au printemps suivant, s’ils ont été pondus près de la fin de l’été ou au commencement de l’automne. Plus on approche des provinces du midi, & plus la génération se multiplie : il en est de ces insectes, à peu près comme des charançons.

L’expérience a démontré que les odeurs fortes éloignoient les punaises. Aussi l’on a proposé avec enthousiasme les plantes de rhue, d’hyèble ou petit sureau, la serpentaire, le larruve, &c. : ce remède n’est que palliatif, & quand, dans la réalité, elles éloigneroient les punaises, ce ne seroit que pour autant de temps que l’odeur subsisteroit, & elles reviendront bientôt après ; mais il est démontré que ces odeurs puantes n’ont aucune action sur les œufs… On sait avec quelle activité les émanations mercurielles agissent sur les insectes ; dès lors on a proposé de frotter les coins des matelas, des gardes-pailles, les jointures des bois de lit avec de l’onguent napolitain. Quand même ces opérations produiroient l’effet qu’on désire sur les insectes, il est visible qu’elles, seroient dangereuses pour ceux qui coucheroient dans ces lits. On a vu souvent la salivation en être la suite. L’on doit conclure de la multitude de recettes qu’on a publiées à ce sujet, qu’aucune n’a une efficacité bien décidée sur l’insecte, sans être dangereuse à l’homme qui couche dans un tel lit. Les herbes à odeur forte, ont le désavantage de puer horriblement & d’émaner une grande quantité d’air fixe (consultez ce mot) qui vicie l’air atmosphérique que l’on respire. Si on admet que les odeurs fortes éloignent les punaises, il est clair que dans les villes elles passeront d’un appartement ou d’un étage à l’autre ; ainsi le voisin sera incommodé. Il faudroit que tous les habitans d’un quartier isolé dans une ville fissent au même jour, à la même heure, & pendant un temps déterminé, la même opération, ce qui est moralement impossible. On les chasseroit alors jusque dans les greniers & des greniers sous les tuiles, d’où elles redescendroient quand la mauvaise odeur seroit passée.

Le grand remède est l’extrême propreté, & pratiquée sans relâche. On doit commencer par démonter les lits, en passer les bois & toutes leurs parties à l’eau bouillante, qui agit également sur les œufs & sur les insectes ; faire la même opération aux rideaux du lit ; enfin avec une éponge imbibée de cette eau bouillante, frotter les murs, y faire entrer l’eau dans leurs trous, dans leurs crevasses, & s’assurer que toute la circonférence a été bien arrosée : la chose n’est pas aussi facile pour les planchers ; la seringue seule peut réussir & faire pénétrer l’eau bouillante dans les gerçures du bois. On ne couchera dans cet appartement que plusieurs jours après, lorsque l’on sera bien assuré que toute l’humidité, suite de l’opération, a été entièrement évaporée. Si après un certain laps de temps les punaises reparoissent encore, on recommencera l’opération autant de fois qu’il sera nécessaire.

Le peuple se sert avec succès de claies d’osier qu’il place derrière le chevet du lit. Je désirerois que les claies environnassent le lit, & qu’elles ne touchassent ni aux rideaux, ni aux murs ; l’insecte se retire à la pointe du jour, & il cherche la retraite la plus prochaine & où il est le plus commodément. Si on veut les attirer encore mieux dans ces claies, il suffit d’en écraser une ou deux sur chacune, & l’odeur déterminera le choix dans leur retraite. Chaque jour le domestique enlève les claies, les secoue sur le plancher ou dans la cour, les punaises tombent & il les tue. Mais comme la punaise dépose souvent ses œufs dans ces claies, il est à propos de temps à autre de les passer à l’eau bouillante. C’est par ces soins sans cesse répétés que l’on parviendra à détruire un animal aussi fatigant & dont l’odeur est aussi révoltante.