Cours d’agriculture (Rozier)/GLUAUX

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


GLUAUX. On appelle ainsi de petites baguettes enduites de glu, et que l’on dispose de diverses manières sur le passage des oiseaux, et dans les endroits où ils doivent se percher. Ces baguettes touchées, ou par leurs pattes, ou par leurs ailes, s’attachent à ces parties au moyen de la matière visqueuse dont elles sont recouvertes, en gênent et arrêtent les mouvemens, ce qui livre l’oiseau englué, sans moyens de fuir, au chasseur qui a disposé cette espèce de piège. C’est sur les gluaux qu’est fondé l’espoir de l’oiseleur dans les pipées ; ils rendent plus meurtrières les tendues des abreuvoirs ; l’intelligence du chasseur les fait encore servir dans quelques autres circonstances. (Voyez, a ce sujet, les articles Alouettes, Abreuvoirs, Pipée, etc.)

Les meilleurs gluaux se font de petites branches de saule, dites saussais. Il faut les choisir sur l’espèce de saule blanc employé par les tonneliers. Les meilleures pousses sont celles qui croissent sur le tronc même, ensuite celles des mères-branches. Les saussais bons à cueillir, sont ceux qui se trouvent assez longs pour que, taillés en gluaux, il leur reste quinze ou seize pouces de longueur ; ils doivent, de plus, être minces, droits, bien filés, d’une bonne couleur. On rejettera les pâles comme de mauvaise qualité, et trop cassans.

On connoît que les saussais sont mûrs quand leurs feuilles se détachent aisément.

Après avoir cueilli la quantité de branches que l’on s’étoit proposée, on les étend pendant deux heures au soleil, s’il y a lieu, ou dans un endroit chaud, tel qu’un four. On les élague ensuite, et on les taille d’égale longueur en les réunissant par le gros bout, et faisant sauter l’excédant des cimes, de manière à leur donner à tous la longueur précitée de quinze ou seize pouces. Ou aiguise la grosse extrémité en forme de coin ; et comme c’est par ce bout qu’on implante les gluaux dans les entailles faites aux arbres pour les recevoir, ils sont, dans cette partie, exposés à un frottement qui les détruiroit bientôt, si on ne prenoit la précaution de les durcir en cet endroit, en les exposant au feu de charbons allumés, ou en les passant dans des cendres bien chaudes.

Après ces premiers préparatifs, les saussais sont en état de recevoir la glu. Au moment de les engluer, on se lave d’huile les doigts, afin de les garantir d’une trop grande adhésion de la matière visqueuse ; puis, d’une main, prenant une poignée de saussais, de l’autre, on leur présente un morceau de glu gros comme une noix, qu’on tient avec deux doigts, qui, filant sur les baguettes, s’entortille autour du paquet qu’on fait tourner dans l’antre main, à peu près comme fait une fileuse qui charge de lin sa quenouille. On recommence ce procédé jusqu’à ce que l’on ait mis assez de glu pour garnir tous les saussais ; Alors, on les prend des deux mains ; puis, les roulant un sur l’autre, par le moyen du frottement alternatif des mains, on force la glu à s’étendre également, et tout du long des baguettes, jusqu’à quatre pouces au plus du gros bout taillé en coin, qu’on laisse net pour pouvoir les manier, placer, et détendre, sans s’engluer.

Les gluaux ainsi préparés se conservent et se transportent dans leur carton. Les oiseleurs nomment ainsi une grande bande de cuir, ou de toile cirée, ou d’écorce de cerisier, d’une longueur à peu près égale à la hauteur des gluaux, et assez longue pour faire environ deux tours autour du paquet qu’elle doit envelopper. Les cartons de cuir sont préférables pour la durée. On a soin de les huiler, afin que les gluaux ne s’attachent pas après ; on maintient ce rouleau au moyen d’une lanière de cuir, ou d’un fort ruban de fil, cousu sur le bord antérieur de l’enveloppe. (S.)