Cours d’agriculture (Rozier)/HYDROPIQUE, HYDROPISIE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 597-608).


HYDROPIQUE, HYDROPISIE. Médecine Rurale. L’hydropisie est une tumeur contre nature, de tout le corps ou de quelqu’une de ses parties, produite par un amas d’eau, ou d’un tout autre liquide.

On voit, d’après cette définition, que l’hydropisie est générale ou particulière ; c’est aussi à raison des différentes parties qu’elle attaque, qu’elle a reçu différens noms ; elle est appelée ascite, quand l’eau est contenue dans la capacité du bas-ventre ; leucophlegmatie, lorsque l’humeur remplit, outre mesure, tout le tissu cellulaire, & forme une bouffissure générale ; hydropisie de poitrine, quand l’eau est répandue dans sa cavité ; enfin, hydrocéphale, quand l’eau est ramassée dans la tête. Outre ces hydropisies, il en est encore d’autres espèces qui portent le nom des organes qu’elles affectent, telles que l’hydropisie de matrice, des ovaires, des bourses, (voyez Hydrocèle) du médiastin, de la plèvre & du péricarde.

L’hydropisie est enkistée, quand l’épanchement d’eau qui la constitue est contenu dans une espèce de poche. Nous ne parlerons point de ces dernières espèces ; il ne sera question que de l’hydropisie ascite, comme la plus ordinaire, de l’hydropisie de poitrine, & de l’anasarque ou leucophlegmatie.

Hydropisie ascite. Elle vient très souvent à la suite d’une longue maladie. On l’observe communément dans les provinces méridionales après des fièvres quartes d’automne qui ont été mal traitées, & dont on a voulu arrêter trop tôt les mouvemens par de fortes doses de quinquina, qui ont produit des obstructions dans les viscères du bas-ventre ; mais ce ne sont point là les seules causes capables d’occasionner l’hydropisie ascite ; elle peut dépendre d’un vice & de l’aération des humeurs, des digestions mauvaises, du défaut de mélange du chyle avec les parties séreuses du sang. Mais l’embarras & l’engorgement des viscères abdominaux, un état squirreux des glandes mésentériques, la suppression des évacuations ordinaires, des hémorragies considérables, des pertes extraordinaires, un excès dans le régime échauffant, l’abus du vin, sont les causes les plus ordinaires de cette maladie.

L’ascite n’est pas toujours facile à être distinguée d’un état de grossesse ; des médecins très-expérimentés avouent s’être trompés. On ne sauroit être assez réservé, & examiner d’assez près le ventre, & ce qui a précédé, sur-tout quand ce sont des personnes du sexe & d’une vertu fort hasardée ; une pareille erreur pourroit entraîner les plus grands dangers après elle, en procurant un avortement, & la mort de l’enfant.

Cette hydropisie est toujours annoncée par l’enflure œdémateuse des pieds ou des mains, qu’on observe sur-tout le soir, & qui disparoît le matin. Ce symptôme est très-équivoque ; les malades menacés de cette maladie ont le visage pâle, sont dégoûtés & tourmentés par la soif. Ils éprouvent des maux de cœur, rendent beaucoup de vents ; ils toussent sans jamais rien expectorer ; ils respirent difficilement ; la fièvre lente, qui ne manque jamais de survenir, est toujours marquée par un degré de chaleur physique qui se fait sentir tous les soirs. La maigreur des extrémités supérieures se fait appercevoir, ainsi que l’œdème des cuisses, du scrotum & de la verge.

La maladie faisant toujours de nouveaux progrès, les malades vont à la selle avec beaucoup de peine ; les urines qui deviennent de plus en plus rares, sont âcres, tantôt claires & limpides, & tantôt troubles, & déposent un sédiment briqueté. Le ventre alors augmente de volume, il se tend comme un ballon, il devient quelquefois si prodigieux, qu’il descend jusqu’aux genoux, & se crevasse sur-tout s’il y a des rides. Tous ces symptômes, quoique bien caractéristiques, ne sont pas aussi certains que celui qu’Hippocrate nous a indiqué : il veut qu’on appuie une main sur un des côtés du ventre, & que de l’autre on frappe légèrement sur le côté oppose : par ce moyen on s’assure de la présence des eaux par le grouillement qu’on excite, par la fluctuation qu’on y sent, & le contre-coup qui se fait aussi sentir à la main opposée à celle qui frappe le ventre.

L’eau épanchée dans le bas-ventre se fait jour quelquefois au dehors, en excitant sur la peau des excoriations, de petites plaies qui permettent un suintement continuel. Il n’est pas rare d’y voir succéder la gangrène, sur-tout si l’hydropisie n’est point survenue tout à coup, & si elle dépend d’une cause héréditaire, ou d’un vice des humeurs.

L’ascite est une maladie très dangereuse, & très-peu susceptible de guérison. Les complications qui surviennent, aggravent & augmentent toujours les dangers. Les érésypèles aux jambes, les phlegmons, les hémorragies internes, celles du nez sont toujours l’annonce d’une dissolution des humeurs, & d’une mort prochaine.

Les grands buveurs, les ivrognes de profession, les vieillards, ceux qui habitent des régions froides & marécageuses qui avoisinent les montagnes, les personnes cachectiques, les scorbutiques & les goutteux, sont sujets à cette maladie. Il est des routes inconnues par où la nature s’est quelquefois débarrassée des eaux ramassées dans le bas-ventre, sans qu’il parût d’excrétion augmentée : c’est par la résorption des eaux épanchées dans les membranes des intestins ou du péritoine. Mais on ne peut point expliquer ce repompement, parce que ni les selles, ni les urines, ni les sueurs, n’ont pas été plus abondantes.

Mead rapporte l’observation d’un marchand auquel on avoit déjà fait deux fois la ponction, & dont les eaux disparurent la veille du jour qu’on devoit la réitérer pour la troisième fois ; dans ce cas, l’art ne peut point aider la nature, parce que le médecin ne sauroit prévoir ni le temps, ni sa manière d’agir.

Le médecin doit se prêter aux goûts & aux fantaisies singulières que les malades ont pour certains alimens qui n’ont rien de dangereux. Fabre, chirurgien, rapporte qu’un médecin à qui on avoit déjà quatre fois fait la ponction inutilement, se guérit en mangeant du sucre & des fèves dont il avoit eu une envie démesurée. J’ai vu des hydropisies céder à la diarrhée, au vomissement. Il faut alors seconder ces crises salutaires par des remèdes appropriés. Si la nature prend la voie des sueurs & des urines, il faut l’aider dans ses opérations. On a vu des hydropisies guéries par des ouvertures au bas-ventre, à l’occasion de quelque chute. Monro, chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Paris, a vu une femme hydropique depuis un très-long-temps, & qui avoit subi la ponction sept à huit fois, être guérie à la suite d’une chute qu’elle fit sur le bas-ventre, qui procura l’évacuation d’une si grande quantité d’eau, que sa chambre en fut toute inondée ; enfin, quand la nature ne veut point agir & nous refuse ses bienfaits, il faut avoir recours aux remèdes que l’art suggère.

Les indications curatives que l’on doit se proposer, ont pour objet, 1°. l’évacuation des eaux ; 2°. le rétablissement des forces de la constitution ; 3°. la résolution des embarras & autres vices qui entretiennent la maladie.

1°. Il faut commencer par des évacuans doux, afin de sonder la nature, & examiner s’ils évacuent sans affoiblir le malade, pour passer à de plus énergiques.

Les évacuans forts seroient nuisibles, si les intestins étoient altérés, ou dans un état de phlogose, ce qui est annoncé par des douleurs que le malade ressent au bas-ventre, & par la difficulté de respirer, & par la sécheresse de la langue. Ils produiroient une inflammation qui pourroit bien dégénérer en gangrène ; ce qui est prouvé par l’ouverture des cadavres. On connoît leurs mauvais effets, en ce qu’ils énervent, jettent les malades dans un état de foiblesse, & reproduisent une nouvelle crue d’eau ; il vaut mieux s’en abstenir. La précaution qu’il faut prendre en les administrant, est de les entremêler avec les apéritifs, & pour rendre leur action plus sure, le malade fera un exercice doux & modéré ; il évitera de trop fatiguer, afin de se mettre à l’abri de quelque accident fâcheux qui pourroit survenir.

Quand on n’a pas à craindre d’inflammation intérieure, que les malades sont d’une constitution grasse, peu vive & sensible, on peut alors employer des purgatifs forts, tels que la gomme-gutte combinée avec l’alcali de soude ou la manne. L’écorce moyenne de sureau, bouillie dans du lait, est un hydrologue fort vanté & très-usité en France. Lister guérissoit par des purgatifs très forts ; mais il faut aussi ne pas perdre de vue qu’ils causent la tuméfaction du bas-ventre, par les spasmes qu’ils procurent, ou par les flatuosités. Les préparations d’antimoine sont préférables ; elles excitent plus généralement les diverses excrétions de la nature, un développement plus constant & plus fébrile du pouls, qui cause souvent la résolution de l’hydropisie. On doit donner les diurétiques avec plus de confiance, parce qu’il est prouvé par beaucoup d’observations, que la nature affecte plus souvent la crise par l’évacuation spontanée des urines ; mais aussi on doit s’en abstenir lorsqu’ils affoiblissent & qu’ils n’évacuent pas assez promptement une quantité d’urine. Hippocrate a donne les cantharides à des dofes étonnantes ; Astruc recommande beaucoup la scille combinée avec le nitre. Le suc d’écrevisse est encore un diurétique excellent ; Vallerius le recommande beaucoup.

Le suc des plantes chicoracées & de pissenlit, combiné avec le sel de glauber & la terre foliée de tartre, est un remède qui peut être employé de bonne heure ; il produit ordinairement des effets très-salutaires : Je puis assurer qu’il ne m’a jamais trompé, & la crème de tartre, prise pendant un temps assez long, excite non-seulement les selles & les urines ; mais encore guérit. Je fais observer que les malades doivent la prendre à une dose assez forte : le défaut d’action de ce remède tient le plus souvent à la petite quantité qu’on en prend. Ball cité par Buchan, dit qu’une forte cuillerée de graine de moutarde non broyée, prise soir & matin, & par-dessus six onces de décoction de genêt vert, a guéri une hydropisie contre laquelle les remèdes les plus puissans avoient échoué.

Les onctions d’huile sur le bas ventre agissent aussi par les selles & les urines ; mais il faut s’en abstenir lorsque le ventre est érésypélateux & dans un état de phlogose, ou qu’il est tendu & tuméfié, & qu’il y a difficulté de respirer. L’huile, en bouchant les pores de la peau, augmente l’hydropisie. Merly, médecin italien, veut qu’on frotte tout le corps d’un hydropique avec des huileux, devant un feu doux ; qu’on le mette ensuite dans un lit chaud, & qu’on le couvre avec des flanelles. Ces onctions produisent de bons effets ; il survient un prurit & un léger mouvement fébrile qui est suivi d’évacuations abondantes par les sueurs & les urines.

Les diurétiques les plus forts sont les baumes du Pérou, du Canada, de l’Eucatelli ; les cloportes dont on peut donner l’expression de trente à cinquante ; le vin d’eupatoire, les baies de genièvre, les cendres de genêt, qui ont guéri le Maréchal de Saxe ; mais ils ne conviennent pas dans le cas de fièvre forte, parce qu’ils sont susceptibles de produire l’inflammation.

Les diaphoréques & les sudorifiques opèrent très-difficilement l’excrétion des sueurs, s’ils ne sont noyés dans une ample boisson ; leur emploi ne convient que lorsque hydropisie dépend de la répercussion des exanthèmes, de la gale, ou des dartres : il vaut encore mieux les rappeler par des vésicatoires qu’on appliquera sur le bas-ventre, & encore mieux sur la partie qui en étoit affectée. Mais pour cela il ne faut point attendre le dernier moment ; il faut y avoir recours avant que les forces du malade soient affaiblies, & que les eaux épanchées n’aient contracté un certain degré d’âcreté & de putréfaction ; dans cet état la plaie deviendroit gangreneuse : pour l’éviter il faudroit la panser avec de la thériaque.

Rien au monde n’est plus propre à exciter la transpiration, que les frictions sèches sur la peau. En irritant cet organe, on détermine sur sa surface une abondance d’humeurs de la transpiration, qui étoient répercutées. Les fleurs de coquelicot, de scabieuse, le chardon-béni, l’antimoine diaphorétique, sont aussi des remèdes excellens. Un remède qui réussit assez généralement, est une cuillerée d’esprit de mindererus dans un verre de petit lait ; il faut le prendre trois ou quatre fois par jour : si tous ces remèdes sont infructueux & n’opèrent aucun bien, on vient à l’opération de la paracentèse, qu’il faut pratiquer de bonne heure. Le peu de succès qu’on en obtient souvent ne doit être attribué qu’au peu de célérité qu’on met à la pratiquer. Cette opération souvent répétée a fait vivre long-temps des malades ; elle peut être même un moyen curatif. On ne doit la faire qu’après s’être assuré de l’existence des eaux. Le contre-coup est un signe insuffisant, & il n’a pas lieu lorsque le ventre est trop tendu. Le sentiment de fluctuation qu’éprouve le malade, est le signe le plus certain.

Quand on est parvenu avec le trocar dans la capacité du bas-ventre, il ne faut point évacuer toutes les eaux en une seule fois ; il faut le faire avec gradation, & à petites reprises, afin d’eviter les foiblesses & les sueurs froides qui surviendroient à coup sûr, & qui, d’après Mead, ne sont dues qu’à l’abaissement subit du diaphragme, au grand changement qu’éprouve la machine, & à la grande circulation dans le bas-ventre. On doit encore y obvier en serrant le ventre à proportion qu’il se désemplit ; cette méthode, toute prudente qu’elle paroisse, ne laisse pas d’entraîner après elle des inconvéniens, & d’être pernicieuse, en ce qu’il se fait des agglutinations dans les viscères du bas-ventre, qui ne sont d’abord que mucilagineuses, & qui s’organisent.

2°. Pour rétablir les forces de la constitution, on emploiera avec réserve les amers & les aromatiques, sans jamais perdre de vue l’âge des malades ; un des meilleurs toniques est la rôtie au vin. Il faut néanmoins combiner les évacuans avec les toniques ; mais les évacuans doivent dominer sur les toniques dans l’état de maladie, & ces derniers sont à préférer aux premiers dans la convalescence. Le quina, le vin ferré, l’infusion de canelle jointe à la limaille du fer, les fomentations sur le bas-ventre avec les plantes aromatiques, telles que la sauge, le romarin, l’origan, la sarriette, le stœcas, le laurier, l’infusion d’ipécacuanha dans le vin, l’eau de rhubarbe, la teinture vineuse du cassis, & l’exercice sur-tout, sont des remèdes dont l’emploi doit être précieux.

Le défaut de ressort des vaisseaux lymphatiques qui pompent les eaux épanchées dans le tissu cellulaire, & la perte de la faculté de, résorption dans l’ascite, sont plus que suffisans pour produire l’enflure des extrémités inférieures ; il faut alors les frotter avec de l’eau-de-vie ou une décoction vineuse de camomille, ou avec de l’urine dans laquelle on aura fait dissoudre du sel ammoniac ; mais l’exercice vaut encore mieux ; on n’a pas à craindre autant d’inconvéniens ; lui seul à la longue la fait disparoître.

Tous ces remèdes ne sauroient être pris intérieurement, lorsqu’il y a une lésion des viscères & abattement des forces ; ils seroient très-nuisibles, & exposeroient les malades aux plus grands dangers de perdre la vie par les inflammations gangreneuses qui pourroient survenir.

3°. Quand on a à combattre des obstructions des viscères, qui sont la cause de l’hydropisie, il faut auparavant examiner & voir si elles sont anciennes ou récentes. Si elles sont anciennes, il ne faut pas les guérir ; si elles sont récentes, on doit alors combiner les stomachiques & les apéritifs avec les purgatifs, tels que le rob de sureau, le tartre vitriolé, & par intervalle donner l’infusion de petite centaurée & de trèfle d’eau. On frictionnera le bas ventre & l’épine du dos avec des flanelles imprégnées de fumées aromatiques, & on entremêlera les purgatifs doux. Storck a employé une méthode analogue qui consiste dans l’usage du savon, du sel tartreux, combinés avec l’oximel scillitique. Le sel de mars de rivière, le tartre calibé fondu dans un bouillon de plantes chicoracées, l’iris de Florence combinée avec le savon, la rhubarbe, le jalap & le safran de mars, le tout incorporé dans suffisante quantité de miel, est un remède que j’ai toujours vu réussir ; mais il faut faire user au malade d’une tisonne de feuilles de scolopendre avec quelque grain de nitre : outre qu’elle est apéritive, elle est encore adoucissante & corrige l’impression du remède ; il faut d’autant plus y insister, que les malades sont tourmentés par la soif, & que les urines, ne sont point abondantes.

Hydropisie de poitrine. L’hydropisie de poitrine est souvent très-difficile à connoître ; les signes qui la caractérisent sont les mêmes que ceux de l’empième. Elle ne vient presque jamais à la suite d’une forte inflammation de poitrine ; c’est toujours sur la fin d’une maladie chronique, dont la crise a été imparfaite.. Les obstructions au poumon, des tubercules dans sa substance, des embarras au foie & à la rate, l’engorgement des glandes du mésentère, lui donnent quelquefois naissance. Sauvage a très-bien observé que ceux qui étoient hydropiques de poitrine s’éveilloient tout-à-coup après une ou deux heures de sommeil, pour aller ouvrir la fenêtre de leur appartement, afin de respirer un air libre, & de ne pas suffoquer.

Les symptômes qui dénotent cette hydropisie, sont, d’après Hippocrate, la toux, une respiration fréquente ; l’enflure des pieds, la contraction des ongles, une difficulté de respirer, sur-tout lorsque le malade est couché ; la fièvre lente qui survient lorsque la maladie est un peu avancée ; la pâleur du visage, l’œdématie des pieds & des mains, une oppression considérable, lorsque le malade veut monter quelque degré ; le bruit de l’eau épanchée dans la poitrine, quand on la remue & qu’on la frappe ; enfin, la fluctuation est le signe le plus certain. Joignez à tous ces signes une difficulté de se coucher, un poids sur le diaphragme, un pouls petit & concentré, une diminution des urines, l’œdème des paupières.

Lorsque la maladie a fait des progrès, les malades ne peuvent plus rester au lit. Ils sont tourmentés d’insomnie, leur sommeil est entrecoupé par des songes fatigans, les nuits sont des plus fâcheuses, & ils ne peuvent dormir qu’en restant assis sur une chaise, la tête un peu élevée.

L’eau n’occupe pas toujours toute la capacité de la poitrine, elle est quelquefois épanchée dans l’un des côtés ; alors le malade ne peut point se coucher sur le côté sain, sans éprouver un tiraillement, & un sentiment de pesanteur, qui l’obligent à se courber & à se coucher sur le côté malade ; si l’épanchement est dans les deux côtés, il ne peut se coucher ni sur l’un ni sur l’autre, qu’il ne soit cruellement tourmenté par une toux des plus violentes, & une difficulté de respirer, & qu’il n’éprouve des palpitations de cœur, & des tremblemens, sur-tout s’il se courbe trop vite. La toux pour l’ordinaire est sèche.

L’hydropisie de poitrine est une maladie incurable, sur-tout si elle prend sa source dans des obstructions anciennes, & si les viscères sont infectés de quelque vice. L’art ne manque pas de remèdes pour la combattre, mais le plus souvent ils ne produisent aucun effet salutaire.

L’emploi des purgatifs ne doit pas être négligé ; mais on doit prendre garde de ne pas suffoquer le malade par leur usage ; il est prouvé qu’ils évacuent une quantité d’eau, mais d’un autre côte, ils augmentent la congestion. Les diurétiques, sous forme de bouillons, sont très-avantageux.

Baglivi a guéri une hydropisie de poitrine invétérée, avec la décoction des plantes apéritives, & l’oximel scillitique.

Rivière dit aussi en avoir guéri plusieurs avec le calomélas, & l’usage d’une décoction sudorifique. La scille prise dans parties égales d’eau & de vin, a eu de grands succès ; mais comme elle fatigue quand on la donne seule, il vaut mieux la combiner avec la petite centaurée, le trèfle d’eau, ou l’écorce d’orange. On peut encore tenter les sétons, les cautères & les vésicatoires aux jambes ; mais le grand remède est le paracenthèze qu’il faut pratiquer de bonne heure. Senac, Bourdelin, Morand, Bergeron & Duvernai, en ont obtenu les succès les plus heureux, lorsque le sujet n’étoit ni écrouelles, ni scorbutique, ni infecté d’aucun autre vice. On évacuera les eaux graduellement, pour éviter les foiblesses & les syncopes qui pourroient survenir de la trop prompte évacuation des eaux.

De l’anasarque, ou leucophlegmatie. De toutes les espèces d’hydropisies, il n’en est pas de plus fréquente & de plus évidente que celle dans laquelle les eaux s’épanchent sous la peau, & qu’on appelle anasarque ou leucophlegmatìe.

Elle diffère de la phlegmatie, en ce que dans celle-ci les extrémités inférieures enflent le soir, & le matin l’enflure disparoît, au-lieu que dans l’anasarque toutes les parties du corps sont plus enflées le soir, surtout les joues & les paupières.

La suppression des règles chez les femmes, celle des hémorroïdes chez les hommes, celle de l’urine, d’une diarrhée, ou de quelque ulcère peuvent occasionner cette maladie ; mais la cause la plus ordinaire selon Monro, est le relâchement & la foiblesse des fibres ; car, selon lui, « lorsque les vaisseaux n’agissent point avec une force suffisante, les fluides deviennent d’une consistance aqueuse, & les orifices des artères exhalantes, étant trop foibles, laissent passer une plus grande quantité de liqueurs qu’à l’ordinaire, tandis que les veines qui sont affaiblies & relâchées pour le moins en égale proportion, ne sont point en état d’en absorber autant qu’elles avoient coutume de faire dans l’état de santé ». Cet état de foiblesse peut être occasionné par une vie molle & sédentaire, par de grandes pertes de sang, & de fortes hémorragies ; par le défaut d’exercice, une boisson trop abondante, des maladies très-longues, par l’abus des purgatifs & celui des liqueurs spiritueuses qui stimulent & raccornissent les solides, en même temps qu’elles coagulent les fluides, & enfin par tout ce qui peut gêner la circulation du sang dans les gros vaisseaux, & de la lymphe dans ses propres vaisseaux.

Elle s’annonce au commencement, par l’enflure des pieds & des chevilles, qui est toujours plus considérable le soir, & qui disparoît le matin. Cette enflure est œdémateuse ; l’impression des doigts y forme une espèce de trou, elle augmente, & gagne peu à peu tout le corps ; elle devient quelquefois si considérable, que le malade se trouve, pour ainsi dire, cache ou noyé sous l’enflure. La fièvre lente succède à cet état ; elle redouble le soir : les urines deviennent de jour en jour plus rares, le malade se sent plus pesant, & est tourmenté par la toux.

Pour parvenir à la curation de l’anasarque, il ne faut pas perdre de vue les causes qui l’ont produite, & leur opposer les remèdes convenables. Si elle vient de la foiblesse des solides, on fortifiera les fibres en donnant aux malades des alimens nourrissans & de facile digestion. On leur donnera, plusieurs fois dans la journée, un petit verre d’une infusion aqueuse de sauge, ou du vin dans lequel on aura fait digérer de la camomille, ou de la petite centaurée : on leur fera manger, au moins une fois par jour, sur-tout le matin, la rôtie au vin ; on les frictionnera avec des linges imprégnés de la fumée des plantes odoriférantes, telles que la lavande, le thim & le serpolet ; on exposera tout son corps à la vapeur de l’esprit de vin qu’on jettera sur les charbons ardens ; on lui fera faire un exercice à pied ou à cheval, mais gradué, modéré ; on lui donnera du quina pris en décoction, ou sous forme d’extrait. Tous ces remèdes administrés à propos, rétablissent & augmentent l’oscillation des solides.

Si la leucophlegmatie succède à la suppression de quelque évacuation ordinaire, on ne négligera aucun moyen pour la rappeler ; on appliquera des sangsues à l’anus, afin de rétablir le flux hémorroïdal ; aux grandes lèvres, pour ramener les règles ; on pratiquera même la saignée du pied. Si elle dépend de la répercussion de quelque humeur cutanée, on appliquera des vésicatoires & des cautères pour les rappeler à leur ancienne place. Si elle est causée par un excès de boissons spiritueuses, on donnera l’eau de poulet, la limonade nitrée ; enfin on appliquera à chaque cause un remède analogue.

Monro recommande beaucoup l’application des bandages pour raffermir les parties, & prévenir l’épanchement de l’eau dans le tissu cellulaire, ou pour repousser celle qui y est déja épanchée.

Les diaphorétiques peuvent produire les plus heureux effets ; mais leur usage doit être entremêlé des purgatifs & des diurétiques. Il arrive très-souvent que ces remèdes, quoique bien administrés, ne procurent aucune évacuation, & que l’anasarque augmente ; dans ce cas on a recours à des moyens plus énergiques. On fait faire alors des scarifications, des mouchetures. Celse recommande les incisions profondes dans la peau des hydropiques, pour donner une ouverture libre aux liqueurs extravasées ; le séton est très avantageux ; mais ces moyens doivent être pratiqués dans la partie la plus déclive, & dans les endroits où l’on ne puisse intéresser aucun grand vaisseau, ni tendon, ni membrane, ni nerf considérable. On ne doit pas non-plus perdre de vue les forces du malade. Il faut les soutenir par des cordiaux, & si l’évacuation des eaux étoit trop considérable, il conviendroit de l’arrêter par le bandage, en faisant un point de compression. On en a vu mourir dans ces sortes d’évacuations, produites par les scarifications, quelquefois il survient des ulcères à la place des mouchetures qui se gangrènent, il faut alors les panser avec des antiseptiques[1]. M. AMI.


Hydropisie, Médecine Vétérinaire. Dans l’article précèdent, on a fait connaître les différents genres d’hydropisie : nous allons traiter seulement de celles qui affectent le plus les animaux.

1°. De l’hydropisie de poitrine. Dans celle-ci la sérosité s’épanche dans la cavité de la poitrine. Les maladies inflammatoires des parties contenues dans cette cavité, telles que la pleurésie, la péripneumonie, la courbature, la pousse, &c. l’occasionnent. (Voyez tous ces mots). Tantôt elle se forme dans le péricarde, tantôt entre les deux lames du médiastin, & le plus souvent dans la cavité dont il s’agit.

Elle se manifeste par la difficulté de respirer ; en faisant attention aux mouvemens des côtes, on voit qu’elles se lèvent avec force. Le cheval regarde de temps en temps sa poitrine, se couche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, reste quelquefois constamment sur les quatre, a des sueurs fréquentes, & jette par les narines une sérosité jaunâtre, un des signes certains de cette maladie.

Il est inutile que l’artiste vétérinaire entreprenne de guérir cette espèce d’hyropisie par l’usage des diurétiques, tels que le vin blanc, l’oximel scilitique ; & par les hydragogues seuls, tels que la diagrède, le jalap &c. ; ces remèdes n’auroient aucun effet. Le plus court moyen est de tenter l’évacuation des eaux contenues dans la poitrine ; pour cet effet, armez-vous d’un trocar, enfoncez-le dans la poitrine, à la partie inférieure de la huitième côte, à sa jonction avec le cartilage, videz à peu près la moitié de l’eau qui y est contenue, ensuite, sans retirer la canule, injectez à peu près la même quantité d’une décoction vulnéraire faite avec des sommités de millepertuis, dans trois chopines d’eau réduites à une pinte, à laquelle vous ajouterez du miel. Deux heures après, tirez les deux tiers de l’eau restante, & injectez encore près du tiers de la liqueur ; reposez-vous pendant deux heures, au bout de ce temps, évacuez tout ce qu’il y aura d’eau, & injectez encore environ deux pintes de la même décoction. Si, lorsque vous tirez la liqueur injectée, vous remarque qu’il n’y en a pas la même quantité, vous devez être assuré que les vaisseaux absorbans font leurs fonctions, & qu’il y a tout lieu de compter sur la guérison.

2°. De l’hydropisie du bas-ventre, ou ascite. C’est un amas d’eau dans la capacité du bas-ventre.

Le ventre est tumefié, les flancs sont avalés, l’animal respire difficilement, la fluctuation des eaux se fait sentir, lorsqu’en pressant de la main une des parties latérales du ventre, on fait frapper le côté opposé ; ces signes sont encore accompagnés du défaut d’appétit, de la diminution des forces vitales & musculaires, de la maigreur, de l’enflure des jambes, & de l’évacuation modique des urines.

Cette maladie est très-difficile à guérir, parce qu’elle reconnoît pour principes, l’obstruction du foie ou du pancréas, ou de la rate, ou du mésentère, &c.

La première indication qui se présente à remplir, est d’évacuer la sérosité contenue dans le bas-ventre & dans le sang ; donnez donc fort peu à boire au bœuf & au cheval, tenez-les dans une écurie sèche, déterminez l’humeur surabondante à prendre la route des urines, en passant sur le champ à l’usage des résolutifs & des diurétiques ; en conséquence, faites prendre à l’animal le suc de pariétaire à la dose de cinq ou six onces par jour, ou la décoction de racine de chardon-roland, d’asperges & de fraisier, à laquelle vous ajouterez demi-once de sel de nitre par pinte d’eau. J’ai été témoin des effets surprenans d’un breuvage composé de suc d’oignon & d’eau de vie, administré à une vache atteinte d’une hydropisie de cette espèce.

Cinq où six jours après l’emploi de ces remèdes, administrez un purgatif composé d’un gros de jalap, d’autant de diagrède, de demi-once d’aloès, & de demi-once de sel de nitre, incorporé dans suffisante quantité de miel. Cet hydrologue est préférable au mercure doux, & à l’euphorbe. On a observé que cette dernière substance échauffe, irrite, cause des coliques violentes, & met l’animal en danger de mourir.

Mais il arrive souvent que ces remèdes n’ont produit aucun effet sensible, quoique leur usage soit bien indiqué, que le ventre se remplisse de plus en plus d’eau, & qu’il se distende considérablement. Il reste encore, pour dernière ressource, la ponction qui est une ouverture pratiquée au bas-ventre, de la même manière ci-dessus décrite, avec cette différence néanmoins que la ponction avec le trocar doit être faite dans l’espace compris entre les dernières fausses côtes, & les os pubis. En faisant cette opération, il faut avoir égard aux forces de l’animal qui se trouvent toujours affaiblies, dès que l’on évacue une trop grande quantité d’eau à la fois. Il vaut donc mieux deux jours après, réitérer la ponction, pour évacuer le reste des eaux, en ayant l’attention, dans l’intervalle de chaque opération, d’appliquer sur la plaie, de l’étoupe cardée, sèche, & assujettie avec un emplâtre de poix.

3°. De l’hydropisie du scrotum. Lorsque l’eau s’épanche dans le scrotum, entre le darlos & le testicule, nous disons qu’il y a hydropisie dans cette partie,

Cette maladie étant ordinairement produite par l’enflure œdémateuse des jambes, & par toutes les causes qui donnent lieu à l’hydrocèle, nous croyons devoir renvoyer le lecteur à ce mot. Quant aux signes & à la curation, voyez Hydrocèle.

4°. De l’hydropisie des moutons. Ces animaux sont sujets à une espèce d’hydropisie par épanchement qui devient très-fréquente parmi eux, lorsqu’ils paissent dans des lieux bas & humides, ou couverts de rosée, ou enfin, dans toutes les circonstances d’humidité. Mais cette maladie étant particulièrement connue, en médecine vétérinaire, sous le nom de pourriture, nous nous proposons de traiter au long de ses causes, de ses signes, & des observations à faire sur la manière de la combattre. (Voyez Pourriture). M. T.

  1. M. Bexon, curé de Niderstinsel en Lorraine, nous a communiqué les détails de la cure d’un hydropique âgé de 74 ans, qui prouve jusqu’à quel point la nature seule est capable d’indiquer les remèdes appropriés aux maux qui nous affligent. Le vieillard, dont il est question, fut, au printemps, attaqué d’une hydropisie si complète de la tête aux pieds, qu’il n’avoit pas figure humaine. Il essuya huit ponctions, qui produisirent l’effet ordinaire. Tous les remèdes de l’art lui furent administrés inutilement ; on le regardoit comme un homme mort. Vers le milieu du mois de novembre, il eut une très-grande envie de boire du lait caillé, & il en but ; les évacuations des selles & des urines furent des plus abondantes. Il abandonna le lait caillé, & lui substitua, soir & matin, la boisson d’une demi-bouteille de bai-beurre, ou résidu qui se trouve au fond de la batte, lorsqu’on en a retiré le beurre. Pendant la journée, il buvoit à sa soif du vin blanc fait dans le mois précédent, stort apéritif en Lorraine). Enfin, après ce régime, qui dura pendant quinze jours, le malade fut parfaitement guéri. Note du Rédacteur.