Cours d’agriculture (Rozier)/JONQUILLE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 101-102).


JONQUILLE. Tournefort la place dans la première section de la neuvième classe des liliacées, d’une seule pièce ; divisée en six parties, & dont le calice devient le fruit, & il l’appelle narcissus junci folius luteus. Von Linné la classe dans l’Hexandrie Monogynie, & la nomme narcissus junquilla.

Fleur ; plusieurs & rarement une seule, renfermées dans le spathe ou feuille membraneuse, qui sert de calice avant le développement ; la corolle est divisée en six parties insérées sur la base du tube du nectaire, qui est d’une seule pièce cylindrique ; les étamines au nombre de six, dont ordinairement trois plus longues & trois plus courtes.

Fruit ; capsule longue, à trois côtés, à trois loges, à trois valvulves ; les semences nombreuses, presque rondes.

Feuilles ; simples, très-entières ; partant de la racine, elles sont en forme d’alêne.

Racine ; oignon étroit, allongé, recouvert d’une pellicule brune.

Port ; du centre de l’oignon s’élève une hampe ou tige, au sommet de laquelle les fleurs sont portées ; elles sont d’une couleur jaune, qui a fixé la dénomination de couleur jonquille.

Lieu ; originaire d’Espagne, de l’Orient : on la trouve encore dans le bas Languedoc.

Culture ; je ne connois que deux espèces jardinières, bien caractérisées ; la jonquille à fleur simple & à fleur double ; les unes & les autres à plus ou moins grandes fleurs. Quelques fleuristes mettent au nombre des jonquilles des individus qui appartiennent l’espèce nommée narcisse.

La terre légère & substantielle convient à la jonquille ; elle craint l’humidité comme presque toutes les plantes bulbeuses. L’oignon demande à être enterré peu profondément, parce qu’il s’enfonce beaucoup, & alors il ne fleurit pas. La profondeur de trois pouces est plus que suffisante, & on fera bien d’incliner l’oignon sur le côté, afin qu’il s’enfonce moins. Il est inutile & très inutile d’arroser après la plantation, pourvu que la terre soit un peu humide. Dans tous les pays quelconques, l’époque à laquelle on doit planter est indiquée par l’oignon lui-même. On peut différer jusqu’à ce que son dard ou jet commence à paroître au sommet de l’oignon. Si on attend que ce jet ait une certaine longueur, l’oignon souffre. Il suffit de considérer le lieu natal, pour voir que cette plante ne craint pas la chaleur ; cependant elle la craint dans nos provinces du nord, parce que sa première végétation est lente, retardée par la longueur des hivers, & la chaleur la surprend trop vite. Dans les pays chauds elle végète pendant l’hiver, & fleurit lorsque la chaleur est au point qui lui convient. On ne fait point assez d’attention aux différentes manières d’être des climats, & à l’époque naturelle de fleuraison du pays natal.

Comme les feuilles de la jonquille ressemblent assez pour leur forme & en petit à celles des joncs ; comme ces feuilles sont peu nombreuses, & occupent peu d’espace ; enfin, comme l’oignon a peu de largeur sur sa hauteur, on peut planter à trois pouces de distance. Dans les provinces du nord, il est prudent de couvrir la terre avec de la paille pendant les grandes gelées.

On lève de terre l’oignon tous les trois à quatre ans, & on en sépare les cayeux ; ils doivent être conservés dans un lieu sec & bien aëre ; placés dans un endroit humide, la moisissure s’en empare, & ils pourrissent. L’oignon ne doit être déplanté que lorsque les feuilles sont sechées.

La jonquille figure très-bien dans les vases, dans les caisses, & c’est sa véritable place ; car en plate-bande, en carreaux, l’effet est trop nud à l’œil.

Des fleuristes prétendent que l’oignon & les cayeux doivent être remis en terre aussi-tôt que leur séparation est faite, ou ne pas attendre au-delà de huit jours. Je réponds d’après l’expérience que cette précaution est inutile, & qu’ils sont dans le cas d’attendre autant de temps que les hyacinthes, les tulipes, &c. pourvu qu’ils soient tenus dans un lieu bien sec.

Des jonquilles placées dans des vases peuvent fleurir deux fois. On les plante à la fin de l’été, & au commencement de l’hiver on les porte dans des serres chaudes. Aussitôt après leur fleuraison, ces mêmes pots sont mis en terre dans le jardin, & au temps ordinaire il paroît de nouvelles tiges, de nouvelles fleurs.