Cours d’agriculture (Rozier)/MACRE

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 355-356).


MACRE. Trapa nutans. Linn. Cette plante porte une infinité d’autres noms, suivant les cantons ; tribule aquatique, salégot, châtaigne d’eau, truffe d’eau, corniole, &c.

Fleurs. Composées de quatre pétales, & d’autant d’étamines.

Fruit. Semblable à de petites châtaignes, hérissé de quatre pétales fermées par le calice ; il renferme dans une seule loge une espèce de noyau aussi gros qu’une amande formée en cœur.

Feuilles. Larges, presque semblables à celles du peuplier ou de l’orme, mais plus courtes, ayant en quelque sorte une forme rhomboïde, relevées de plusieurs nervures, crénelées, attachées à des queues longues & grasses.

Racine. Longue & fibreuse.

Port. Tige rampante à la surface de l’eau, & jettent çà & là quelques feuilles capillaires qui se multiplient, & forment une belle rosette.

Lieu. Elle croît dans tous les étangs, les fossés des villes, & en général où il y a des eaux croupissantes ou du limon : la rivière de la Vilenne en est couverte.

Propriétés économiques. La macre a le goût de la châtaigne ; on la vend à Rennes &c à Nantes par mesure dans les marchés ; les enfans en sont si friands, qu’ils la mangent crue comme les noisettes ; on la fait cuire à l’eau ou sous les cendres dans plusieurs de nos provinces, & on la sert sur la table avec les autres fruits. On peut, après l’avoir dépouillée de son écorce, la faire sécher, la réduire en farine, & en composer une espèce de bouillie ; car on s’est trompé en croyant qu’on en préparoit du pain en Suède, en Franche-Comté & dans le Limosin ; elle contient il est vrai du sucre & de l’amidon, mais la présence de ces deux corps dans les farineux ne suffit pas pour y établir la fermentation panaire : la châtaigne en est un exemple frappant.


Observations.


Il y a tant de plantes farineuses qui semblent destinées à croître spontanément & sans culture, que la providence offre aux hommes comme une sorte de dédommagement de l’aridité du sol qu’ils habitent ; qu’on regrette toujours de ne point les voir couvrir une étendue immense de terreins perdus, ou consacrés à récréer la vue par une abondance flateuse, mais absolument nulle pour les besoins réels : pourquoi ne s’occuperont-on point à multiplier dans les fossés, dans les marais, le long des rivières & des ruisseaux, celles qui se plaisent dans ces endroits, telles que les glands de terre, l’orobe tubéreux, le souchet rond, les macres, &c., ces végétaux alimentaires qui résistent à toute espèce de culture, comme on voit les sauvages résister à toute espèce de sociabilité. Les uns portent des bouquets de fleurs fort agréables, leurs feuilles sont un excellent pâturage, leurs semences ou leurs racines sont farineuses ; les autres produisent un bel effet dans un canal ; enfin il y en a encore beaucoup d’autres qu’on pourroit également distribuer dans les bois & dans les partères ; on embelliroit les taillis avec des orchis, qui la plupart portent des épis de fleurs très-odorantes ; les allées vertes seroient couvertes & garnies de fromental & des autres graminés sauvages ; les jacinthes, les narcisses, les ornithogales formeroient nos plattes bandes ; les topinambours, dont les fleurs ressemblent à celles de nos soleils vivaces, figureroient dans nos jardins ; on ne construiroit les haies qu’avec des arbrisseaux à fruits : c’est ainsi qu’en réunissant l’agréable à l’utile, on se ménageroit des ressources pour les temps malheureux. M. P.