Cours d’agriculture (Rozier)/PIMPRENELLE

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Hôtel Serpente (Tome septièmep. 675-679).
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PIMPRENELLE. Von-Linné la nomme sanguisorba officinalis & la classe dans la tétrandrie monogynie. Tournefort la place dans la huitième section de la seconde classe destinée sur fleurs d’une seule pièce & en rosette, dont le calice devient le fruit. Il l’appelle pimpinella sanguisorba major.

Fleur ; d’une seule pièce, en rosette, plane, divisée en quatre parties obtuses, très-petite, rougeâtre ; les étamines au nombre de quatre & un seul pistil.

Fruit ; capsule à quatre angles, renfermant des semences ovales & menues.

Feuilles ; portées sur des pétioles, embrassant la tige par leur base, ailées ; à quinze ou dix-sept folioles qui ont chacune leur pétiole particulier ; elles sont en forme de cœur, ovales, simples, entières, dentelées.

Racine ; rameuse, longue, grêle, cylindrique.

Port. Tiges d’un à deux pieds de hauteur, suivant le terrain, rougeâtres, cylindriques, anguleuses, sans poils, garnies de feuilles dans toute leur longueur ; les fleurs naissent au sommet des tiges, elles sont ramassées en épis arrondis ; les feuilles sont alternativement placées sur les tiges ; les pétioles souvent garnis de stipules ovales & dentelées ; les feuilles forment une houpe au dessus des racines, les plus longues s’abaissent & les autres garnissent le dedans.

Lieu ; les terrains secs ; la plante est vivace & fleurit en mai, juin, juillet, suivant le climat.

1. Culture potagère. Les jardiniers distinguent deux sortes de pimprenelle, celle à grande & celle à petite feuille. La petite est une simple variété de l’autre, & les jardiniers la préfèrent. On peut semer la pimprenelle dans toutes les saisons excepté pendant les gelées ; mais les époques les plus communes sont les mois de mars & d’octobre. On connoît peu de plantes aussi vivaces & qui résistent davantage à la forte chaleur & au grand froid.

On la sème sur place, en bordures, ou en planches, après avoir défoncé le terrain par un bon coup de bêche, (consultez ce mot) & on recouvre aussitôt la graine. Si on n’a pas de graine, on éclate un vieux pied, & chaque brin est planté à la distance de 8 à 10 pouces. Si on veut avoir cette fourniture de salade toujours tendre, il faut recouper sans cesse les feuilles, & ne pas leur donner le temps de durcir. La plante travaille tant qu’il ne gèle pas, & ses feuilles se conservent très-vertes & ne sont point endommagées par la neige, ou par la glace, à moins qu’elles ne soient encore trop tendres. Lorsque l’on veut en cueillir la graine, on ne coupe plus les feuilles depuis le mois de mars.

2, Grande culture. Ce fut environ en 1760 que MM. Wych & Rocques, en Angleterre, commencèrent a donner à la pimprenelle une sorte de célébrité comme fourrage. D’après ces premiers indices, un grand nombre d’écrivains ont célébré les avantages de cette plante, & plusieurs avec un enthousiasme qu’elle me mérite pas. Il convient de la réduire à sa valeur.

L’expérience a parfaitement démontré son utilité comme fourrage d’hiver, comme herbeuse, augmentant la quantité du lait des troupeaux, & la supériorité du beurre que l’on en retire. Après que le troupeau a parcouru le champ occupé par la pimprenelle, elle repousse de nouvelles feuilles, & sert plusieurs fois de pâturage depuis l’automne jusqu’au printemps, pourvu que le froid & la glace ne suspendent pas sa végétation ; la feuille conserve sa fraîcheur sous la neige, sans presque se détériorer. Voilà des avantages réels & bien précieux ; mais pour cela faut-il abandonner la culture du trèfle, des sainfoins, ainsi que plusieurs personnes l’on prétendu ? non, sans doute, ce seroit une faute impardonnable en agriculture.

Si l’on vouloit prendre la peine de réfléchie sur les objets que la nature nous présente, on verroit que la pimprenelle végète dans des lieux sablonneux, sur les rochers à scissures, où la terre se ramasse, parmi les pierres, &c. & que même dans les provinces du midi de la France, elle brave les chaleurs les plus fortes & les sécheresses les plus longues. Il est vrai qu’à cette époque la plante y paroit comme engourdie, ses feuilles rougissent, &c„ mais à la plus légère fraîcheur, après une petite pluie, elle végète avec beaucoup d’activité. Sa manière d’être indique donc les lieux qui lui conviennent. Il est vrai que si l’on transporte cette plante dans un bon sol & auparavant bien défoncé, elle prospérera & doublera ou triplera de volume. Tout cela ne prouve rien. Le point essentiel est de savoir par comparaison si le produit de ce bon champ semé en blé ou en trèfle ou luzerne, &c. ne sera pas plus considérable que s’il est semé en pimprenelle. Le plus grand enthousiaste ne peut donner la préférence à cette dernière. Que l’on suive à présent la même comparaison en dégradation de bonté intrinsèque des champs, & l’expérience apprendra que la pimprenelle doit être préférée dans ceux où le sainfoin ne réussit pas bien, soit à cause de la trop grande chaleur, soit à cause de la qualité du sol. Ceci demande encore une explication. Dans les provinces vraiment méridionales, de France, on ne fait qu’une seule coupe de sainfoin, & l’on pourroit en faire deux de pimprenelle, c’est-à-dire, au printemps & dans L’automne, & la pimprenelle fournira un pâturage d’hiver que ne donnera pas le sainfoin, car si an veut la conserver, les troupeaux ne doivent pas entrer dans le champ. Une première & bonne coupe de sainfoin, ne vaut-elle pas mieux que deux de pimprenelle ? Le poids de la première le prouvera ; reste donc en faveur de la pimprenelle le pâturage d’hiver. Dans les provinces du centre & du nord du royaume, où l’on fait plusieurs coupes du sainfoin, l’avantage est tout en faveur de celui-ci. Mais si l’on a des terrains si maigres, & si maigres qu’ils se refusent a la culture de ce dernier, c’est alors le cas de préférer la pimprenelle.

On est obligé dans plusieurs endroits, de laisser chômer la terre pendant plusieurs année, attendu son peu de qualité, & après 4, 5, 6 ou 7 ans, de l’écobuer (consultez ce mot) avant de lui sacrifier la semence du seigle. Ce sont de tels champs que l’on doit sacrifier à la pimprenelle, & leur donner plusieurs bons labours aussitôt après la levée de la récolte, ou au mois de septembre, ou au mois d’octobre, suivant le climat. Alors cette plante enrichira le sol qui la nourrit ; (consultez le mot Amendement) & après la seconde ou la troisième année, on sème de nouveau du seigle, dont le produit sera supérieur à ceux des récoltes précédentes en grain, parce que la pimprenelle aura par ses débris formé plus d’humus ou terre végétale que l’herbe courte, sèche & rare dont elle aura pris la place ; enfin, on aura sur ce lieu, auparavant presque sec & aride, un pâturage pour toutes les saisons, les époques de la glace & de la neige exceptées.

Si dans les possessions on a des rochers un peu terreux, des terrains caillouteux, uniquement destines aux pâturages, il convient de remuer la terre par-tout où on le pourra, & d’y semer la pimprenelle. De quelle ressource ne seroit-elle pas dans les provinces où les friches sont immenses, & ne sont couvertes que de chétives bruyères ? à moins que le sol ne soit humide & marécageux, c’est le cas de le sacrifier à la pimprenelle. Plus le terrain est maigre, & plus l’on doit semer épais. Il ne s’agit pas ici de songer à des coupes réglées, mais uniquement de procurer aux troupeaux une nourriture saine & bien plus abondante que celle qu’il y auroit trouvé auparavant. Je dis de semer épais, afin que la pimprenelle étouffe les autres plantes, & d’ailleurs, parce qu’en supposant un terrain aussi mauvais, le pied ne peut pas prendre beaucoup de consistance. Avec un pareil secours on peut doubler le nombre des troupeaux de ces cantons. On est fort embarrassé dans les provinces du midi pendant l’été où l’herbe est desséchée & grillée, où les champs sont labourés, où l’entrée des vignes est défendue, où les luzernes sont en végétation, de trouver de quoi les nourrir ; la pimprenelle viendroit à leur secours, puisqu’elle conserve ses feuilles pendant les plus grandes chaleurs. Je réponds de ce fait, je ne prétends pas que ces feuilles seront aussi abondantes, aussi fraîches qu’au printemps & qu’en automne, mais le troupeau y trouvera toujours assez de nourriture si on donne à la plante le temps de repousser, & qu’elle ne soit pas broutée chaque jour. À cet effet on divise par cantons, ces garrigues, ces landes, ces pays à bruyères, & en étendue proportionnée au nombre des troupeaux ; chaque jour on les conduira dans une des divisions ; les feuilles auront le temps de recroître avant qu’on les y ramène.

Mais, dira-t-on, comment se procurer la graine de cette plante ? rien ne coûte aux gens riches, les jardiniers & marchands de graines de tout le royaume, s’empresseront de satisfaire leurs goûts, & de se débarrasser eux-mêmes de leur marchandise, & à bon prix. Ainsi nulle difficulté pour ceux-ci. Quant au propriétaire moins aisé, il tâchera de se procurer quelques livres de graines, il les sèmera dans un de ses champs, laissera grainer les plantes ; sèmera leur produit dans le champ destiné au troupeau, & ainsi de suite d’année en année ; s’il fait perdre du temps pour en gagner par la suite, s’il n’est pas tourmenté par le désir de jouir promptement, il sèmera la première graine qu’il récoltera dans la place voisine du bon champ qui a produit la graine, & à la fin de la seconde année, il aura de quoi ensemencer une vaste étendue.

On ne doit pas laisser former & encore mûrir la graine des pimprenelles qui doivent être fauchées ; il faut les abattre dès que la majeure partie des plantes est en pleine fleur. C’est l’époque à laquelle elle contient plus de sucs, & son meilleur état ensuite comme fourrage sec. Lorsqu’on désire détruire cette espèce de prairie naturelle, on laissera mûrir sur pied, si on a besoin de graine, ou bien après avoir levé la dernière coupe de dessus le champ, on déracinera la plante avec la charrue simple, & ensuite on l’enfouira avec la charrue à oreille. Dans les cantons maigres & tels que ceux dont on a parlé plus haut, le troupeau passera & repassera par dessus pendant plusieurs jours de suite, & aussi-tôt après, on labourera & on retournera la terre & la plante. Il vaudra beaucoup mieux, si on a d’autres pâturages, laisser la plante pousser toutes ses feuilles au printemps ; & lorsqu’elle sera prête à fleurir, enterrer le tout avec la charrue, afin d’ajouter à la terre végétale, qui se sera formée depuis que la plante est dans le champ.

Si on sème aussi-tôt après la récolte, ou au plus tard en septembre ou en octobre, on gagne presqu’une année, parceque la plante se fortifie pendant l’hiver, & donne beaucoup au printemps suivant.

Comme chaque auteur cherche à ajouter à ce qui a été dit avant lui par un autre, on a été jusqu’à proposer de séparer les œilletons des gros pieds, de les planter séparément à dix ou douze pouces de distance dans un champ bien préparé pour les recevoir ; l’époque est un peu avant l’hiver ou avant le printemps ; il faut profiter d’un jour disposé à la pluie.

Cette opération est fort bonne pour ceux qui ne sont pas obligés de compter sans cesse avec eux-mêmes ; mais le simple particulier fera très-bien de se contenter du semis qui est plus expéditif, aussi sûr & moins coûteux.

Dans les pays tempérés, & où les pluies ne sont pas rares, les meilleurs semis sont ceux qui se font après leur récolte ; on peut même mêler la graine de pimprenelle avec celle du sarrasin ou bled noir, & semer la première aussi épais que si on la jetoit seule en terre. Le sarrasin gagnera de vitesse la pimprenelle, mais il ne reste sur pied que jusqu’à la St. Martin environ, & la pimprenelle aura le temps avant les fortes gelées de se fortifier ; il faut cependant excepter les pays très-froids ou montagneux. Pendant le premier hiver, l’entrée du champ doit être scrupuleusement défendue aux troupeaux, afin de laisser à la plante le temps de se fortifier. Lorsqu’au printemps suivant elle aura poussé beaucoup de feuilles, c’est le cas de les y faire passer ; le pied tallera davantage.

3. Propriétés médicinales. Toute la plante a un goût d’herbe salée. Elle est détersive, vulnéraire, apéritive ; on se sert de cette plante en infusion & en décoction ; la plante pilée s’applique sur les plaies récentes ; réduite en poudre sèche, elle arrête, dit on, les progrès des ulcères chancreux. L’expérience prouve que les feuilles échauffent & fortifient l’estomac ; qu’elles sont utiles dans la diarrhée par foiblesse d’estomac & des intestins ; dans la diarrhée séreuse : la racine est encore à préférer dans ces espèces de maladies ; elle excite le cours des urines.

4. Propriétés alimentaires. On met ordinairement la pimprenelle dans les salades, sur-tout dans celle de laitue, afin qu’elles n’incommodent pas les estomacs foibles.

On la joint aux autres plantes destinées aux bouillons, qu’on appelle de printemps & mal à propos nommés rafraîchissans, car le cerfeuil & la pimprenelle ne le sont pas. Les moutons, les bœufs & les vaches, mangent avec avidité la pimprenelle. Quelques chevaux la refusent dans les premiers temps, comme il refusent la luzerne ou telle autre plante, lorsqu’ils sont accoutumés au foin, mais une fois qu’ils y sont faits, ils la quittent avec peine. Cette simple observation auroît bientôt terminé la dispute de plusieurs écrivains sur ce sujet.