Cours d’agriculture (Rozier)/POLYPE (supplément)

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 699-701).


POLYPE. Médecine Rurale. Excroissance charnue ou fongueuse, ayant communément la figure d’une poire.

Cette tumeur naît en différentes cavités du corps, comme dans les narines, le gosier, la matrice, le vagin &c autres cavités. Les personnes du sexe sont très-sujettes aux polypes utérins & aux polypes du vagin. Les premiers tirent leur origine de la propre substance de la matrice ; les seconds se forment toujours aux dépens de la substance du vagin : Levret distingue trois espèces de polypes utérins. La première, selon lui, a son siége dans le fond de la matrice. La seconde prend naissance dans la substance du col de ce viscère, & la troisième a son pédicule attaché au bord de son orifice.

Ces trois espèces de polypes sont toujours accompagnées de perte de sang. Une infinité de causes peuvent concourir à la formation du polype : de ce nombre sont les coups violens, les chutes, les fortes commotions, la fréquente introduction des doigts dans le nez, l’abus du tabac & autres poudres âcres, sternutatoires, qui peuvent exciter une forte irritation sur la membrane pituitaire ; l’application des pessaires âcres ou corrosifs dans le vagin, des injections fréquentes composées de remèdes irritans.

Mais ce ne sont là que les causes externes ; celles qui viennent du dedans sont beaucoup plus énergiques, & produisent toujours des effets, & plus opiniâtres & beaucoup plus dangereux. Le vice vénérien est gardé comme la première des causes internes. On doit aussi admettre les fréquentes fluxions, les catarrhes, les ulcères négligés, les hémorrhagies considérables, la suppression des évacuations ordinaires, la répercussion de quelque dartre, ou de toute autre espèce de maladie cutanée, enfin une disposition particulière à contracter cette maladie.

Les polypes de la matrice & du vagin, dit M. Levret, qui ont pris un accroissement considérable, peuvent facilement en imposer pour des descentes de matrice avec renversement. On est souvent tombé dans une pareille erreur.

Il est par conséquent de la dernière importance de bien connoître les signes qui peuvent nous faire distinguer ces deux maladies. Lorsque la matrice n’est pas renversée, que sa chute soit ou ne soit pas complette, il n’est pas possible de s’y tromper. Son orifice externe, qui est toujours à la partie inférieure, la fera appercevoir sans peine. Mais si la descente est compliquée avec le renversement, alors la chose devient plus difficile, & ces cas exigent une grande attention & beaucoup de discernement. Le renversement de la matrice peut être complet, c’est-à-dire se montrer au-dehors, ou incomplet. Dans ce dernier cas, le fond de la matrice passe à travers son orifice, qu’il tient dilaté, & présente aux doigts de l’opérateur une masse charnue exactement semblable au polype utérin. Le tact seul peut lui faire connoître l’espèce de tumeur qu’il palpe. Le polype est ordinairement indolent, & n’est point réductible ; la matrice au contraire est douée d’une sensibilité extrême & se réduit avec facilité ; mais elle retombe d’abord après.

On peut encore, ajoute M. Levret, confondre le polype avec la hernie de la vessie, de l’intestin ou de l’épiploon, qu’on observe quelquefois dans le vagin. Les signes suivans servent à distinguer la hernie de vessie par le vagin, du polype de cette gaine. Le siége de la hernie de la vessie est toujours supérieur, au lieu que celui du polype peut être indistinctement dans tous les points du vagin. La compression de la hernie la fait diminuer, & excite la femme à uriner.

La compression au contraire sur le polype, le fait augmenter & arrête le cours des urines. Les hernies de l’intestin & de l’épiploon par le vagin, déplacent le museau de la matrice, & peuvent souvent être réduites, sinon en totalité & pour toujours, au moins en partie & pour un temps : au lieu que le polype du vagin ne déplace point le col de la matrice, & ne souffre aucune réduction que du dehors de la vulve, au-delà du vagin seulement.

On peut espérer de détruire le polype du nez, lorsqu’il est muqueux & petit comme une verrue, & qu’il n’est pas trop profondément dais les narines, par l’usage des remèdes cathérétiques & dessiccatifs, en prenant les précautions nécessaires, selon la figure qu’il a & la place qu’il occupe. Mais s’il est gros & peu élevé,

l’usage de ces remèdes seroit non-seulement insuffisant, mais encore dangereux, si l’on s’opiniâtroit à les continuer ; les parties voisines en seroient endommagées, & l’excroissance pourroit devenir cancéreuse.

De tous les moyens qu’on a proposés pour la curation des polypes, la ligature est celui qui mérite la préférence sur l’emploi des caustiques, sur la section pure & simple que certains auteurs ont proposée, & sur l’extraction qu’on propose de faire en tordant le pédicule du polype.

On peut faire facilement la ligature de ceux qui ont une racine qui leur sert de pédicule, qui ne sont pas trop en avant dans le nez, & qui se trouvent implantés dans un des côtés, ou de la cloison du nez, ou des os voisins. Dionis se sert d’une aiguille de plomb, avec laquelle on porte un fil ciré par un de ses bouts autour de la racine du polype.

On fait auparavant, avec ce même fil, un nœud coulant & large. On le fait passer avec des pinces au-delà du corps du polype jusqu’à sa racine. Alors on retire par le nez les deux bouts de fil, c’est-à-dire qu’en retire un bout avec l’aiguille par le palais, & qu’on retient l’autre, qui est resté hors du nez. Ensuite on tire les deux bouts pour serrer le nœud, & c’est ainsi qu’on lie le polype à sa base.

Mais il peut se faire que la racine du polype soit si large & si avant dans le nez, qu’on ne puisse ni la lier ni la couper tout près de l’endroit où elle s’implante. Il faut alors en faire l’extirpation avec de petites pinces, ou avec des tenettes à mors concaves & fenêtrées, qu’on introduit peu à peu dans les narines où s’est accru le polype.

À la suite de cette opération, il survient presque toujours quelque hémorrhagie. On parvient à l’arrêter en faisant respirer par le nez des eaux astringentes, & en remplissant les narines avec des tentes trempées dans ces eaux & recouvertes de poudres styptiques. Paul d’Égine & Albucasis conseillent, pour consumer les morceaux polypeux qui peuvent rester, de faire passer alternativement de la narine dans le gosier, & du gosier dans la narine, une petite ficelle ayant plusieurs nœuds éloignés de quatre lignes les uns des autres.

Les polypes de la matrice ne peuvent être extirpés que quand ils ont outrepassé l’orifice, de telle sorte qu’ils se trouvent pour la majeure partie dans le vagin.

Quand le polype est cancéreux, l’extirpation est très-dangereuse. Il survient pour l’ordinaire une hémorrhagie mortelle, ou l’ulcère qui reste à la partie coupée corrode les parties voisines en se dilatant : les polypes simples de la matrice & du vagin sont recouverts de la membrane interne de ces parties ; ce qui fait qu’ils paroissent lisses au toucher, & enveloppés comme dans une bourse.

Les polypes cancéreux se reconnoissent à l’air ulcéré qu’ils ont, à l’effusion continuelle d’un sang dissous, & aux autres symptômes qui leur sont propres. M. Levret en distingue une espèce qui est toujours vivace.

Ces excroissances, quoique bénignes en apparence, exemptes ordinairement de douleur, & sans aucun écoulement de matière purulente, sont toujours accompagnées d’une perte de sang, ce qui prouve qu’elles sont le produit d’une végétation charnue & fongueuse de quelque ulcère de la matrice ou du vagin. En effet, elles ont coutume de croître irrégulièrement ; elles ont des appendices digitales de tout volume & de toute figure. M. Levret les juge incurables, parce qu’elles reviennent toujours, quoiqu’on en ait fait plusieurs fois l’extirpation.

Enfin, quand on a fait l’extirpation, les grosses racines suppurent plus ou moins. On les lavera, en injectant de l’eau d’orge coupée avec le miel rosat ; & dans la suite on fera des injections avec une décoction d’aigremoine, de tanaisie, d’hypéricum, dans laquelle on dissoudra de la poix liquide. M. AMI.