Cours d’agriculture (Rozier)/RAFRAÎCHISSANT

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 496-498).


RAFRAÎCHISSANT. Médecine rurale. Médicament propre à diminuer la chaleur, à calmer l’effervescence du sang, à en corriger l’acrimonie, & l’alcalescence, & à arrêter les progrès de la putridité.

On emploie avec succès les rafraîchissans, 1°. dans les fièvres aiguës, inflammatoires, marquées d’un caractère d’acrimonie ; 2. dans les inflammations érésypélateuses & phlegmoneuses ; dans les maladies chroniques où le sang est desséché, & où les sels sont développés.

On les emploie encore dans le scorbut chaud, dans toutes les difficultés d’uriner, & sur-tout dans les écoulemens gonorrhoïques ; de plus, ils sont indiqués dans les fièvres continues, bilieuses, & ardentes ; dans les maladies produites par la dissolution des humeurs, qu’on connoît par tout ce qui a précédé, par le tempérament du malade, par une chaleur âcre, répandue sur toute l’habitude du corps, par la puanteur de la bouche, par des taches rouges & livides, & par le pissement de sang.

Ils sont aussi d’une grande utilité dans l’hydropisie accompagnée de beaucoup d’ardeur, de soif, & de marques de putridité ; dans les hémorragies du nez, dans les pertes excessives ; dans les divers flux du ventre. On s’en sert enfin, dans les fièvres intermittentes qui attaquent les tempéramens bilieux. Les rafraîchissans nous sont fournis par les trois règnes de la nature. Le règne animal est le plus stérile ; il n’y a à proprement parler, que le petit lait qu’on puisse regarder comme un vrai rafraîchissant. Les autres substances qu’il nous offre, telles que l’eau de veau & de poulet, les grenouilles, la tortue & le limaçon, méritent à plus juste titre le nom d’adoucissans, de mucilagineux, & d’incrassans.

Le règne végétal est beaucoup plus fertile, & il produit une infinité de racines, de feuilles, & de fruits qui sont des rafraîchissans par excellence, tels que les racines de chiendent, de fraisiers, & d’oseille. Les feuilles de laitue, d’endive & des plantes chicoracées qui sont nitreuses. Les fruits d’épine-vinette, les groseilles, les tamarins, & les sucs de limon, de citron, d’oranges, de grenades, le verjus, le vinaigre.

Le règne minéral est sans contredit celui qui nous prodigue le plus de rafraîchissans. En premier lieu, il nous donne l’eau commune, qui l’emporte en bonté & en qualité, sur tous les autres rafraîchissans, surtout si on la boit au même degré de froid & de chaud que la nature la donne. Nous avons déjà fait observer au mot eau boisson, que l’eau froide satisfait plus les vues de la nature, & pourvoit mieux au besoin que l’on cherche à remplir. Elle appaise la soif, & flatte l’estomac, ainsi que le palais.

C’est aussi au règne minéral qu’on est redevable d’un grand nombre de sources d’eaux minérales froides & gaseuses que l’on peut prendre, tant pour se rafraîchir, que pour combattre certaines maladies : telles sont les eaux de Vals dans le bas-Vivarais, de Sainte-Reine en Bourgogne, de Vesoul en Franche-Comté, de Montfrin & de Maine tout près de Nismes, de Gabian, de Roujean, & de Vendres dans le bas-Languedoc, à trois lieues de distance de Beziers.

On doit comprendre encore dans le règne minéral, les esprits acides minéraux de vitriol, de soufre, de sel marin & de nitre. Quelques chimistes doutent si ce dernier appartient au règne animal ou au minéral. Nous le plaçons avec le commun des chimistes, dans la classe des sels minéraux, parce qu’on le tire immédiatement de la terre, & que ce n’est que par ce moyen qu’on peut le retirer des mines & des excrémens des animaux.

Le nitre est un rafraîchissant qu’on emploie très-souvent en médecine. Il est encore plus usité dans les pays étrangers où on le prescrit à une dose plus forte qu’on n’a coutume de le faire en France. Stahl l’a donné avec succès dans les diarrhées colliquatives, symptomatiques des fièvres malignes. Il l’a encore donné avec avantage à des femmes nouvellement accouchées, en qui les vidanges étoient supprimées, & qui étoient attaquées d’accès de fièvre. On employe le nitre en substance & en dissolution sous forme de tisanne. En substance, on l’ordonne depuis trois grains jusqu’à vingt-quatre ; en dissolution, depuis un gros jusqu’à deux, sur deux où trois livres d’eau, dans les cas d’ardeur excessive, de fièvre bilieuse, de maladies aiguës & de diarrhée putride colliquative.

Quant aux acides minéraux, on doit toujours les prescrire étendus dans suffisante quantité d’eau commune, ou dans l’eau de capillaire, de riz, dans laquelle on verse goutte à goutte de ces esprits, jusqu’à agréable acidité. Comme ils sont plus énergiques dans leur manière d’agir que les acides végétaux, ils exigent beaucoup de prudence dans leur administration. Pour l’ordinaire on ne les donne que lorsque ces derniers n’ont pas produit de bons effets. M. de Lamure les recommande sur-tout dans les maladies inflammatoires, accompagnées d’éruptions, de beaucoup d’ardeur & de soif, comme dans les petites véroles, quand les pustules, au lieu d’un pus louable, contiennent une eau extrêmement âcre, & à peu près semblable à celle qu’on trouve dans les pullules qui se forment sur la peau, après une brûlure ; sur-tout lorsqu’on apperçoit des taches noirâtres au fond des petits boutons : c’est le seul remède qui ait réussi à Sydenham.

Dans le hoquet, qui est un symptôme des fièvres, & qui dénote quelquefois seulement une tendance à l’inflammation, &: la présence des matières putrides qui irritent l’estomac, ce qu’on connoît par un pouls petit, & des rapports désagréables & fétides qui portent sur le gosier un sentiment d’ardeur, tel que celui qu’on éprouve après avoir mangé du lard rance ; les acides minéraux de vitriol ou de soufre, sont très-utiles ; ils diminuent les symptômes, comme l’a très-bien observé M. de Lamure, & il ne qeroit pas prudent de les donner, si le hoquet dépendoit de l’inflammation de l’estomac & des intestins. Enfin, ce célèbre médecin a guéri un homme, âgé de plus 60 ans, d’un tempérament bilieux, atteint d’une fièvre intermittente, bilieuse, double-tierce, & qui dégénéra en fièvre quarte, qui éprouvoit encore une soif inextinguible, & dont la langue étoit enduite d’une croûte noire & épaisse de deux ou trois lignes, en lui faisant prendre une tisane, dans laquelle il avoit versé quelques gouttes d’esprit de soufre ; bientôt il vit la croûte se dissiper, l’épiderme se détacha, la fièvre & tous les symptômes disparurent. M. AMI.

L’eau dans laquelle on a jeté quelques poignées de son, & qui l’a rendue blanche, est très-adoucissante pour les animaux, sur-tout si on l’acidule un peu avec du vinaigre. Cette eau est très-avantageuse dans les maladies putrides & inflammatoires ; l’eau nîtrée est encore d’un excellent usage dans tous les cas où se manifeste l’inflammation.