Cours d’agriculture (Rozier)/REGREFFER

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 564-565).


REGREFFER. C’est greffer une seconde fois un arbre. On est quelquefois forcé de recourir à cette opératipn, qui est la même que celle de greffer, (consultez ce mot) 1°. lorsque le fruit d’un arbre est de qualité médiocre ou mauvaise ; 2°. lorsqu’un pépiniériste vous a trompé, en donnant une qualité pour une autre qu’on ne désiroit pas, & qui devoit être placée ailleurs ; 3°. lorsqu’on désire avoir des fruits excellens pour la qualité, & superbes pour la grosseur. La greffe perfectionne les espèces, parce que les canaux directs de la sève sont détournés dans l’endroit où la greffe fait son insertion avec le reste de l’arbre ; il s’y forme une espèce de bourrelet qui filtre cette sève, qui la prépare, l’épure, & ne permet qu’à la portion raffinée de la sève, de pénétrer plus haut ; dès-lors on est assuré que le fruit aura plus de qualité : par exemple, que les bons chrétiens d’hiver & ordinaires seront moins pierreux, les beurrés gris plus parfumés, &c ; mais cette sève n’agit pas seulement sur la perfection de la qualité, mais encore sur la grosseur. Dès qu’un propriétaire apperçoit un fruit plus gros & plus beau que celui qu’il récolte sur ses arbres (toutes circonstances égales), il doit en prendre des greffes & regreffer ses arbres sur ses pousses nouvelles ; s’il répète cette opération cinq, six & même dix fois de suite au moins, sur des arbres de chaque qualité & espèce de fruit, il est assuré de trouver pour l’avenir, & sans sortir de chez lui, les greffes les meilleures & les plus perfectionnées. Cet avis, que je donne aux propriétaires, s’applique encore bien mieux aux pépiniéristes marchands d’arbres ; c’est le moyen le plus assuré de se faire une réputation, si d’ailleurs leurs pieds d’arbres ne sont pas trop fluets, trop élancés, en un mot, s’ils ont été conduits comme ils doivent l’être. L’expérience a prouvé qu’un marronnier d’inde, greffé sept ou huit fois sur lui même, a donné des fruits beaucoup moins âcres & moins amers ; le même phénomène a été observé sur les pommes sauvages des buissons. Que sera-ce donc si on greffe sur une espèce déja très perfectionnée une espèce qui l’est beaucoup plus ? Amateurs du beau fruit, faites-en l’expérience ; c’est la meilleure leçon que vous puissiez recevoir : que sera-ce donc si vous greffez sur franc, si vous prenez vos greffes sur franc (peu d’espèces font exception à cette loi), surtout si vous donnez à ces espèces d’arbres toute la portée que leurs branches exigent ? autrement vous n’aurez que du bois, &, vos arbres s’épuiseront par le retranchement successif de ce bois.