Cours d’agriculture (Rozier)/RUE DE CHÈVRE ou GALÉGA

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 689-691).


Rozier - Cours d’agriculture, tome 8, pl. 40, galega ou rue de chèvre.png

RUE DE CHÈVRE ou GALÉGA ; planche XL. Tournefort la place dans la seconde section de la dixième classe des herbes à fleurs de plusieurs pièces, irrégulières, en papillon, dont le pistil dévient une gousse longue & à une seule loge ; il la nomme Galega vulgaris floribus cæruleis. Von-Linné la classe dans la diadelphie décandrie, & l’appelle Galega officinalis.

Fleur, papilionacée, composée de quatre pétales. Le supérieur ou l’étendard B est grand, ovale, recourbé au sommet & des côtés. L’inférieur ou la carène C, oblongue, aplatie, droite, aiguë au sommet, & convexe en-dessous ; on a représenté en D un des pétales latéraux ou ailes oblongues avec une appendice : du fond du calice divisé en quatre parties, sort le pistil E, enveloppé comme dans un fourreau par les dix étamines F, réunies en faisceau.

Fruit. Quand la fleur est passée, le pistil devient une gousse G, longue, cylindrique, qui renferme depuis cinq jusqu’à douze graines H, en forme de rein, & oblongues.

Feuilles, ailées ; les folioles ovales ou en forme de lance, avec une échancrure au sommet ; au nombre de sept, quelquefois de neuf de chaque cote, terminées par une impaire.

Racine A, rameuse, ligneuse, fibreuse.

Port. Les tiges s’élèvent quelquefois à la hauteur d’un homme, presque ligneuses, cannelées, creuses, très branchues. Les fleurs naissent des aisselles des feuilles ; elles sont pendantes, & par une singularité remarquable, le fruit qui leur succède s’élève verticalement.

Lieu ; l’Italie, les provinces méridionales de France, les jardins, où elle fleurit en juillet. La plante est vivace.

Propriétés médicinales. Feuilles d’une odeur aromatique médiocrement forte, & d’une saveur fade & un peu âcre. Plusieurs auteurs ont regardé cette plante comme un antidote excellent, contre la peste, les fièvres malignes, pour exciter les sueurs, contre les maladies du cerveau, sur-tout pour l’épilepsie, dans la rougeole, la petite vérole, pour faire-mourir les vers, contre les morsures des serpens, &c. La vérité est qu’il n’y a encore rien de bien positif sur de telles propriétés.

Propriétés économiques. Cette plante peut être d’un grand secours dans les provinces méridionales du royaume, où la sécheresse & la grande chaleur rendent précieux toute espèce de fourrage. Après avoir donné les labours nécessaires pendant l’été, &, si on le peut pendant l’hiver, on sème la graine du Galéga ou Rue de chèvre, en janvier ou février au plus tard. Cette semence ne craint pas les gelées. Comme elle est plus fine que le grain de millet, il convient de la mêler avec du sable, afin de ne pas la semer trop épaisse ; on passe la herse, (consultez ce mot) afin de régaler la terre : telle est la manière la plus simple. On peut encore semer cette graine après & sur le froment, comme on le pratique pour le grand Treffle, (consultez ce mot) parce que la graine germe sans peine ; mais la récolte du grain devient très-médiocre : on peut encore semer après que le bled est coupé ; s’il ne survient pas une pluie, la graine ne germera qu’à la fin d’août ou au commencement de septembre, & la plante acquerra assez de force pour ne pas craindre l’hiver. Enfin, la semer par raies séparées d’un pied les unes des autres ; si on met en pratique cette dernière méthode, qui est la meilleure, on aura chaque année la facilité de labourer la distance qui se trouve entre les raies, & la plante profitera singulièrement de ce travail, qu’on répétera chaque année avant que la végétation de la plante soit ranimée. Semée sur le bled comme le trèfle, sa végétation sera foible tant que la moisson couvrira la terre. Si une pluie survient aussitôt qu’elle est coupée, & le champ débarrassé des gerbes, il est possible d’avoir une bonne coupe de fourrage, à la fin de septembre ou au commencement d’octobre. S’il ne pleut pas pendant l’été, chose assez commune dans ces climats, la plante fera peu de progrès, & ils ne commenceront à être sensibles qu’à la fin de septembre & au commencement d’octobre. Les plantes seront ranimées par les rosées abondantes de cette saison. Il est rare dans cette circonstance que les tiges mérirent d’être coupées ; il vaut mieux les laisser sur pied. Les semis faits pendant l’hiver, produisent des tiges assez hautes pour être coupées du moment qu’elles sont en pleine fleur, sans attendre que la plante graine, ce qui l’épuise beaucoup. Si la saison est favorable, on peut espérer deux coupes dans cette première année, & trois au moins dans les suivantes, si le sol convient à la plante, & s’il pleut dans le cours de l’été. Le galéga dont on peut labourer le pied chaque année est celui qui réussit le mieux & donne du fourrage en plus grande abondance. Dans tous les cas, si on laisse mûrir la graine sur pied, elle se sème d’elle-même, & attire la perpétuité de cette prairie artificielle.

Dans les cantons moins chauds que le bas-Dauphiné, la basse-Provence & le bas-Languedoc, il convient de semer le galéga après la récolte des blés comme on y sème les raves, le sarrasin ou blé noir ; mais je préfère pour ces cantons la culture du grand trèfle, & même celle du sainfoin, si on fait plusieurs coupes.

Le galéga ainsi cultivé en prairie artificielle, est pour le sol ce que sont toutes les prairies de ce genre ; c’est-à-dire, quelles le bonifient & le rendent susceptible de produire plusieurs récoltes consécutives de froment après qu’on les a détruites.

Les bœufs & les moutons font beaucoup de mal au galéga, parce que le cœur ou collet des racines est a fleur de terre & souvent au-dessus ; une fois broutée, la plante ne pousse plus de tiges que par des yeux secondaires, & elles sont toujours foibles. En total, le galéga est une bonne nourriture pour le bétail il est à propos d’observer que les feuilles se détachent facilement des tiges après quelles ont été coupées, & qu’on ne doit botteler & voiturer ce fourrage que lorsqu’il est un peu imprégné de rosée.