Cours de philosophie/Leçon XI. Conditions de la perception extérieure. Les sens

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- Leçon X. Théorie de la connaissance Cours de philosophie - Leçon XII. Origine de l'idée d'extériorité



Cours de philosophie


La perception extérieure est la faculté qui nous fait connaître le monde extérieur. Où finit le monde de la conscience commence le monde extérieur.

Voyons quelles sont les conditions de la perception extérieure. Il y en a trois:

1. L'existence d'un objet dans notre voisinage. C'est évident. Cependant la perception se produit quelquefois en l'absence de l'objet: on dit alors qu'il y a hallucination. [Lalande: On peut établir cette distinction sans préjuger de l'existence du monde extérieur; en effet, qu'il existe ou non, il y a toujours des perceptions qui sont isolées, passagères, et d'autres qui sont répétées plusieurs fois, et contrôlées par celles des autres sens. Que ces dernières aient ou n'aient pas pour cause l'existence d'objets extérieurs, il n'y en a pas moins deux classes de perceptions à distinguer.]
2. Il faut que certaines conditions physiologiques soient remplies. Ces conditions physiologiques sont au nombre de trois: relation d'un organe sensible avec l'objet; transmission par les nerfs de la modification apportée à cet organe; centralisation au cerveau.
3. Le moi doit intervenir. Les modifications organiques sont multiples, diverses dépourvues d'unité. Ce n'est que grâce à l'intervention du moi que l'unité se produit dans la perception.

Telles sont les conditions de la perception extérieure.

De ces trois conditions, il n'y en a qu'une seule qu'il faille étudier: les rapports des sens et de l'objet. Il ne peut y avoir sujet de s'occuper de l'existence de l'objet et de l'intervention du moi. Il nous faut donc étudier les organes qui sont les intermédiaires entre les objets et le cerveau: ces organes sont ce qu'on nomme les sens.

On compte généralement cinq sens: le toucher, l'odorat, le goût, la vue et l'ouïe. Il ne faut pas entendre uniquement par sens les organes sensibles qui sont les intermédiaires entre le monde extérieur et le moi; il faut les définir seulement: Certaines sources d'informations relatives au monde extérieur. En effet, il y a des sens qui ne sont point situés. Il en est deux, connus depuis peu, qui n'ont point d'organe spécial: ce sont, d'abord le sens musculaire par lequel nous sentons, l'état, la position, la fatigue de nos muscles; puis le sens vital, qui nous fait seulement connaître l'état général du corps, le bien-être ou le malaise sans siège déterminé. "C'est comme une sorte de toucher intérieur." [Lalande: Albert Lemoine] C'est ce que l'on nommait au moyen-âge sensus vagus. "Quand c'est à l'oeil que j'ai mal ou à l'oreille, ce n'est pas de la vue ou par la vue, ce n'est pas de l'ouïe ou par l'ouïe que je souffre..Les cinq sens n'ont rien à voir dans la production de sensations pareilles. Elles dépendent d'une autre puissance de la sensibilité." [Note reference here, but no note; check original document on microfiche.]

Il y a lieu maintenant de se demander quelle est la valeur relative de ces différents sens. Les uns nous donnent évidemment des sensations, des renseignements plus précis ou plus abondants que les autres.

Il faut évidemment mettre au degré le plus bas de l'échelle les sens de l'odorat et du goût. Ils sont si pauvres que, hormis les affections sensibles, il n'y a presque rien d'appréciable dans ces sensations. Elles sont purement affectives et ce n'est qu'après une longue éducation qu'ils nous donnent de véritables connaissances.

Après, nous placerons le sens vital. C'est là se mettre en désaccord avec l'inventeur, Albert Lemoine, qui affirme que "grâce à lui seul nous connaissons le monde extérieur." C'est qu'on voit bien que toutes les indications du sens vital contiennent une grande part d'affection sensible, et peu de renseignements précis.

Plus haut, on mettra la vue et l'ouïe. Ces deux sens sont les sens esthétiques. C'est là ce qui fait leur supériorité.

Au quatrième degré viendra le toucher, à qui nous devons une foule de notions très précises. Il peut remplacer la vue, l'ouïe parfois. L'antiquité reconnaissait bien la supériorité de ce sens; Anaxagore disait que c'est grâce à la main que l'homme a le privilège de penser.

Au sommet de l'échelle vient le sens musculaire, qui nous donne les notions les plus précises. Avec le toucher, il nous donne la connaissance de l'étendue. C'est en outre dans la sensation de l'effort musculaire que l'homme se distingue le mieux du monde extérieur.

Odorat - goût - sens vital - ouïe - toucher - et enfin sens musculaire, telle est donc la classification naturelle des sens.

Il nous reste à déterminer quelles sont les perceptions fournies naturellement par chaque sens. Chaque sens en effet nous donne certaines connaissances naturellement. Certains autres par éducation par suite de comparaison avec des connaissances données par un autre sens. [Note in left margin cut off. See original microfiche.]

Nous avons donc à distinguer la perception naturelle, c'est-à-dire celle fournie naturellement par chaque sens, et la perception acquise, c'est-à-dire celle que nous avons actuellement.

Pour la plupart des sens, il n'y a pas de graves difficultés: le goût donne naturellement la saveur; l'odorat, l'odeur; l'ouïe, le son: le sens musculaire la résistance; le toucher, l'étendue, le sens vital enfin, les connaissances relatives à l'état général du corps.

Reste la vue. Elle a bien en propre la perception de la couleur. Mais n'a-t-elle que celle-là? Ne donne-t-elle pas aussi l'étendue? Actuellement, nous ne pouvons séparer ces deux perceptions. Mais n'est-ce qu'un effet de l'éducation et, primitivement, la vue donne-t-elle la notion de l'étendue?

Certains philosophes croient que oui. On les nomme nativistes, à cause de leur opinion qui fait de l'étendue une perception innée de l'oeil. Les empiriques au contraire ne voient dans cette perception qu'un effet de l'expérience et de l'éducation. [Note in left margin refers to the "school of Müller," but is cut off and barely legible. See original microfiche.]

Mais il y a deux choses à étudier dans l'étendue:

1. L'idée de la distance. Il est démontré que la vue ne donne pas cette idée. Les résultats obtenus sur des aveugles-nés opérés de la cataracte le prouve. Un aveugle ainsi opéré par Cheselden dit, sitôt qu'il put voir, que les couleurs lui apparaissaient sur un plan tangent à l'orbite de l'oeil.
2. L'idée de la surface. L'expérience de Cheselden semblerait prouver que la vue donne naturellement quelque idée de la surface. Mais cela n'est pas concluant. L'aveugle-né, par ses autres sens, s'est déjà formé une idée de la surface, qui influe sur sa manière de voir les couleurs.

Aucune expérience n'a pu être faite de manière à trancher la question de savoir si la vue nous donne naturellement l'idée de l'étendue.

Cependant, l'hypothèse empirique a des probabilités en sa faveur. Par quel mécanisme l'oeil projetterait-il dans l'espace la sensation de couleur perçue? [Note in right margin cut off and illegible. See original microfiche.] Et quand même il la projetterait, cette notion de l'espace serait bien rudimentaire, et pour arriver à la notion de l'espace que nous avons aujourd'hui, il faudrait une longue éducation. [The following sentence is crossed out with an illegible note in the right margin. See original microfiche.] En outre, l'impuissance reconnue de la vue à donner la troisième dimension rend par analogie la puissance à percevoir les deux autres peu probables. Nous pouvons donc dire que, dans l'état actuel de la question, l'hypothèse empirique a toutes les probabilités en sa faveur.

On a fait des hypothèses diverses pour expliquer comment nous associons peu à peu la couleur et l'étendue. Alexandre Bain a montré comment le temps et le sens musculaire combinés nous donnaient la connaissance de l'étendue. Pour expliquer l'association des idées d'étendue et de couleur il a inventé la théorie des signes locaux.

Nous connaître, est étudier nos états de conscience, les classer dans le temps, les entraîner logique et ontologique: or ce qui étudie nos états de conscience c'est ou la force qui les a produits [symbol] lois et [symbol] par conséquent les étudie avec ses lois: ou ce sont les états eux. [symbol] qui par une sorte de mouvement phonographique se présentent à nous [word illegible] précédemment [symbol] états physl. les lois [symbol] cas sont encore les [symbol] ce sont des lois - courants nerveux qui sont restés [symbol] cette dernière hypoth. doit être [word illegible] [symbol] dans la théorie de Kant. Donc il reste ceci: le moi [symbol] a [symbol] les états de conscience [symbol] examine-t-il avec les [symbol] lois qui lui ont [symbol] prod. Cela semble évident: dire le moi est double cela revient à dire que le moi qui reçoit les impress. produit les pensées n'est [symbol] les juge. Or pour examiner [symbol] il faut une solution, des jugements [symbol]. Le moi producteur est le [symbol] juge la distinction (symbols) moi et entre leur lois [symbol] inutile et contradictoire. Cela confirme d'ailleurs en rien l'existence [symbol] monde phénoménal extérieur au moi.

Restent les critiques et les reproches politiques. [There follows a full page of doodling and text, with some references to Socrates, all of which have been crossed out.]