Cours de philosophie/Leçon XIII. Le monde extérieur existe-t-il ?

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- Leçon XII. Origine de l'idée d'extériorité Cours de philosophie - Leçon XIV. De la nature du monde extérieur




Cours de philosophie


Nous savons maintenant d'où nous vient l'idée d'extériorité. Il semble donc que nous soyons en mesure de décider maintenant si elle correspond ou non à des objets réels situés en dehors de nous. Elle nous est donnée dans l'idée d'espace; la question pourrait donc se ramener à celle-ci: l'idée d'espace correspond-elle à une réalité objective? - Mais nous ne pouvons encore trancher cette question. Elle revient à se demander si les choses sont réellement dans l'espace. Mais pour cela, il faudrait avoir décidé auparavant s'il y a des choses, et c'est cela même que nous cherchons. La question de l'objectivité de l'idée d'espace n'est qu'une partie d'une autre question plus complexe que nous étudierons plus tard: cette question est de savoir si les lois de l'esprit sont les lois des choses.

Il faut donc procéder autrement pour savoir s'il existe réellement quelque chose en dehors du moi. Nous nous servirons pour cela d'une méthode inductive. Nous avons une sensation: il faut en déterminer la cause. Une fois cette cause déterminée si elle est en nous, nous concluerons à la non-existence du non-moi; si elle est hors de nous, nous déciderons que le monde extérieur existe.

Comment détermine-t-on la cause d'un phénomène? Voici une première manière de procéder, qui nous est offerte par la logique. Soient deux phénomènes, A et B. Si toutes les fois que A se produit, B se produit également, il y a une très forte présomption que A est la cause [Note in margin: ou la condition] de B. Inversement, si A se produit régulièrement sans que B se produise, il y a très forte présomption que A n'est pas la cause de B. Cette présomption devient une certitude si l'on établit que rien n'empêcherait A de produire son effet.

Appliquons ce principe à l'étude qui nous occupe. Je suis dans une salle. Mon moi est formé de souvenirs, d'émotions, de passions, de sensations. Je désigne par A B C ces divers états de conscience. Tout à coup, un son D se produit. Voilà une nouvelle sensation: quelle en est la cause?

Elle n'est pas en moi. [Crossed-out: Car avant elle, il n'y avait en moi que A B C et ils ne produisaient rien]. [Note in margin: des termes A B C existaient déjà avant peuvent être non-moi].

Mais peut-être un obstacle les empêchait-il de faire leur effet? Si cet obstacle existait, il était en moi ou en dehors de moi. Or, il n'était pas en moi, car il n'aurait pu être qu'un des états de conscience A B C et ces états de conscience ont persisté après que D s'est produit.

L'empêchement n'aurait donc pu venir que du dehors. Que le phénomène D ait été produit par une cause extérieure, ou empêché un certain temps par une cause extérieure, il n'en est pas moins démontré qu'il y a quelquechose d'extérieur à nous.

Voici une autre méthode que l'on peut également employer pour cette démonstration.

Si un phénomène B se produit sans être précédé par un autre phénomène A, A n'est pas la cause de B.

Appliquons ce principe: J'entre dans une salle; mon moi étant alors composé d'états de conscience divers A, B, C j'éprouve la sensation de cette salle que je désigne par D.

Au bout d'un certain temps je reviens dans cette salle, je suppose que rien n'y ait été changé. Mon moi est alors composé des états de conscience A1, B1, C1. J'entre et j'ai la sensation D.

La cause de D est-elle en moi ou m'est-elle extérieure?

Elle n'est pas en moi, car elle devrait être dans la première expérience A, ou B, ou C. Mais aucun de ces états de conscience n'existe plus dans la seconde expérience où D se produit pourtant. Aucun d'eux n'est donc la cause de D.

La cause de D est donc extérieure.

Les deux méthodes employées nous amènent à un même but résultant: l'objectivité du monde extérieur est démontrée.