Critique de la théologie dogmatique/17

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XVII

Chapitre iiII. — De Dieu, juge et rémunérateur.

À proprement dire, ici se termine la partie doctrinale de la théologie. Le dogme des sacrements c’est le but et le couronnement de tout. Il faut prouver aux hommes que leur salut ne vient pas d’eux mais de la hiérarchie, qui peut les sanctifier et les sauver. Les hommes ne doivent qu’obéir et chercher le salut en donnant pour cela au clergé les honneurs et l’argent.

Le présent chapitre est plutôt une menace qui doit pousser le troupeau à recourir à la hiérarchie, que l’esprit d’une doctrine.

§ 247. — Liaison avec ce qui précède, idée de Dieu comme juge et rémunérateur, et doctrine de l’Eglise sur ce sujet.

Pour l’entière régénération et le salut de l’homme après sa chute, il fallait accomplir trois grandes œuvres : a) réconcilier le pécheur avec Dieu, qu’il avait infiniment offensé par ses transgressions, b) le purifier de ses péchés et le rendre juste et saint, c) l’affranchir des châtiments mêmes pour ses péchés, et lui donner, selon le degré de sa sainteté, les biens dont il se serait rendu digne (§ 124). La première de ces œuvres, le Seigneur Dieu lui-même l’accomplit, sans aucune participation de l’homme, lorsqu’il envoya sur la terre son Fils unique, qui, s’étant incarné et ayant pris sur Lui les péchés de tout le genre humain, offrit à cet égard une satisfaction pleine et entière à la justice éternelle, et de cette manière non seulement nous racheta du péché et des peines pour le péché, mais en même temps nous acquit les dons du Saint-Esprit et l’éternelle félicité (§ 153). La seconde de ces œuvres, le Seigneur Dieu l’accomplit avec notre coopération. Il fonda sur la terre sa sainte Église, comme un instrument vivant et durable pour notre purification du péché et notre sanctification ; Il nous envoie dans l’Église, et par l’Église la grâce du Saint-Esprit, comme une puissance efficace qui nous purifie des péchés et nous sanctifie ; Il institua dans cette Église différents sacrements pour nous communiquer, par eux, les différents dons de cette grâce salutaire selon les différents besoins de notre vie spirituelle, et il dépend de nous de profiter ou de ne pas profiter des moyens que Dieu nous offre pour notre sanctification (p. 620).

Dieu eut pitié des hommes, qui périssaient à cause de leur mauvaise volonté, et il les a rachetés. Mais la situation des hommes après le rachat reste ce qu’elle était au temps d’Adam et des Patriarches. De même que les autres, avant la Rédemption, nous, après la Rédemption, avons besoin pour nous sauver de chercher le salut. La différence entre l’état naturel et l’état de grâce, c’est qu’alors il n’y avait pas ces moyens mécaniques des sacrements, qui existent maintenant. La différence, c’est qu’autrefois, Jacques, Abraham, pouvaient se sauver par une vie bonne, par l’accomplissement de la volonté de Dieu dans la vie, alors que maintenant, on peut se sauver par les sacrements.

Tout cela serait parfait, mais avec cette doctrine il semble impossible d’admettre le salut, parce que le salut découle de l’activité libre de l’homme, tandis qu’avec le salut par les sacrements l’homme n’est pas libre. Le salut par les bonnes actions se distingue de tout autre en ce qu’il est absolument libre. Pour le bien moral, l’homme est aussi libre sur la croix que dans sa maison. Mais le salut par les sacrements ne dépend pas toujours de la volonté de l’homme. Malgré tout son désir d’être baptisé, de recevoir l’onction, de communier, l’homme peut n’avoir pas la possibilité de le faire. C’est pourquoi le salut par l’état de grâce paraît injuste. Adam pouvait être puni pour la pomme, qu’il pouvait manger ou non ; mais punir l’homme qui n’a pas l’occasion, la possibilité, de se faire baptiser, de communier, le punir pour cela, cela détruit la conception de la justice de Dieu. C’est ce qui résulte de la grâce de l’Église. Selon l’Ancien Testament, Dieu paraît grossier et cruel, mais toutefois, juste. Avec la grâce dont parle la hiérarchie, il apparaît comme un juge inique, une sorte de fou, qui punit l’homme pour ce qui est en dehors de sa volonté.

On voit qu’on ne peut pas échapper aux lois de la raison.

La première erreur, ou le mensonge de la Rédemption, nous a amenés à un mensonge plus grand encore : la grâce. La grâce, à un mensonge plus grand encore : la foi en l’obéissance ; et celle-ci aux actes mécaniques du sacrement. La nécessité d’obliger à accomplir les sacrements, a amené à la rémunération, et la doctrine s’exprime dans une monstruosité terrible. Dieu, pour sauver tous les hommes, a envoyé son fils au supplice, mais voilà que si le prêtre arrive trop tard pour me donner la communion, à moi, mourant, j’irai tout droit dans l’enfer ; je souffrirai bien davantage que celui qui vole beaucoup d’argent et paie un prêtre pour être sans cesse à ses côtés. Mais cela n’embarrasse pas la théologie. Elle dit : 1o Dieu nous a sauvés ; 2o il nous a donné les sacrements.

Enfin, la troisième de ces œuvres, le Seigneur Dieu l’accomplit, mais seulement après avoir accompli la seconde avec notre participation. Il paraît alors comme juge des hommes, comme un juge impartial, qui examine si les hommes ont profité ou non des moyens qui leur furent accordés sur la terre pour se purifier des péchés et se sanctifier, et s’ils sont dignes ou indignes d’être affranchis des peines, salaire du péché, et de recevoir la félicité éternelle. Il paraît ensuite comme un juste rémunérateur, qui fixe leurs destinées à chacun suivant ses mérites (p. 621).

Les moyens sont les sacrements. Ensuite l’exposition ordinaire. À l’œuvre de justice participent toutes les personnes de la Sainte Trinité.

Article premier. — Du jugement particulier.

§ 248. — La circonstance qui précède ce jugement : la mort de l’homme.

Et l’on parle de la mort comme d’une chose nouvelle, absolument inconnue. La cause de la mort c’est la chute du premier homme ; et c’est de lui que tous nous tenons cette habitude. Tout cela est prouvé.

Dans le § 249 : Réalité du jugement particulier, il est prouvé qu’après sa mort l’homme est soumis au jugement particulier, différent du jugement général. Le jugement, c’est-à-dire un certain procédé d’examen des fautes et du châtiment qui en résulte, est attribué à Dieu omniscient et tout bon.

§ 250. — Description du jugement particulier. Doctrine des Télonies.

Comment se fait le jugement particulier ? C’est ce que la Sainte Écriture n’explique pas ; mais la représentation figurée de ce jugement, fondée principalement sur la Tradition et conforme à l’Écriture, se trouve dans la doctrine des télonies (τελώνια), doctrine fort ancienne dans l’Église orthodoxe (p. 630).

On décrit les télonies ; et la confirmation par la Sainte Écriture remplit dix pages :

1) Selon cette doctrine, chaque mourant, au moment son âme se sépare de son corps, voit apparaître les Anges de Dieu et les esprits scrutateurs…

2) Selon cette même doctrine, après s’être séparée de son corps, l’âme humaine, poursuivant sa route vers le ciel, rencontre sans cesse des esprits déchus…

3) Selon cette doctrine, comme des publicains scrutateurs ils arrêtent à différentes télonies l’âme humaine dans son essor vers le ciel, lui remettent successivement en mémoire ses différents péchés, et cherchent de toute manière à la condamner, tandis que les bons Anges, accompagnant cette âme, lui rappellent en même temps ses bonnes œuvres et cherchent à la justifier…

4) Selon cette doctrine, enfin, ce n’est point immédiatement que Dieu exerce le jugement particulier sur l’âme humaine après sa séparation d’avec le corps qu’elle habita ; il la laisse sonder aux esprits malins, qui sont les instruments de sa redoutable justice, et il emploie en même temps, pour son salut, les bons Anges, instruments de son infinie bonté…

Nous devons nous représenter les télonies, non point dans un sens grossier et sensuel, mais, autant que possible, dans un sens spirituel ; nous devons nous en tenir à l’unité de l’idée fondamentale des télonies et ne pas attacher trop d’importance à certains détails sur cette doctrine, qui sont différents chez les différents auteurs et dans les différents récits de l’Église (pp. 638-641).

§ 251 … « Bien que ni les justes ni les pécheurs ne reçoivent avant le jugement dernier une rétribution complète pour leurs œuvres, cependant toutes les âmes ne se trouvent pas dans le même état et ne sont point envoyées en un seul et même lieu. » (Conf. orth., p. 1, rep. 61).

— « Nous croyons que les âmes des morts sont dans la félicité ou dans la souffrance, selon leurs œuvres. Ces âmes, une fois séparées du corps, passent aussitôt à la joie ou à la tristesse et à la douleur. Ce n’est cependant là, pour elles, ni une félicité complète, ni un tourment complet ; car il n’en peut être ainsi qu’après la résurrection universelle, quand l’âme sera réunie avec le corps dans lequel elle a vertueusement ou vicieusement vécu » (p. 642).

§ 252. — Rétribution des justes : 1o Leur glorification dans le ciel, dans l’Église triomphante. La rétribution des justes est de deux sortes : 1o leur glorification, quoique incomplète encore, dans le ciel, dans l’Église triomphante ; et 2o leur glorification sur la terre, dans l’Église militante.

Comment le mot glorification occupe-t-il une place si importante dans la doctrine de l’Église, c’est difficile à comprendre, surtout quand on se rappelle la doctrine du Christ, si hostile à la gloire, et quand on sent soi-même, en son âme, que l’amour de la gloire, de la glorification, est un des sentiments les plus mesquins de l’homme.

Je comprends comme récompense : la contemplation de Dieu, le calme, l’eden, même le paradis de Mahomet, le Nirvana, mais pour faire de la glorification une récompense, je dois me mettre à la place de l’homme le plus grossier, ou me reporter à ma quinzième année.

Mais pour la hiérarchie, la glorification paraît être une grande récompense. Cette glorification se manifestera par des couronnes, des honneurs et la gloire. Cela est prouvé par la Sainte Écriture.

§ 253. — 2o Glorification des justes sur la terre, dans l’Église militante. — aa) Vénération des Saints.

En même temps que le souverain Juge et Rémunérateur daigne accorder aux justes, après leur mort, quoiqu’en prémices, leur glorification dans le ciel — dans l’Église triomphante, il leur accorde une glorification sur la terre, — dans l’Église militante (p. 651).

Cette glorification est de nouveau présentée sous l’aspect de couronnes d’or, de pierres précieuses, de salutations, d’églises, de chants, de messes, etc. Puis suivent les discussions contre ceux qui ne croient pas nécessaire de glorifier ainsi les saints. Tout cela prouvé par la sainte Écriture.

§ 254. — bb) Invocation des Saints.

En vénérant les saints comme des serviteurs fidèles, des justes et des amis de Dieu, la Sainte Église les invoque dans ses prières, non comme des dieux capables de nous prêter assistance par eux-mêmes, mais comme nos intercesseurs auprès de Dieu, unique auteur et dispensateur de tout don et de toute grâce pour toutes les créatures (Jacques, i, 17) ; comme nos intercesseurs et nos médiateurs, tenant leur vertu médiatrice de Jésus-Christ, qui est, dans le sens propre et par lui-même « le Médiateur entre Dieu et les hommes, s’étant livré lui-même pour la rédemption de tous ». (i Tim., ii, 5). (Conf. orth., p. iii, rep. 52 ; Lettres des Patr., art. 8).

La Sainte Écriture nous enseigne ce dogme… (p. 660).

Voilà le dogme. Le dogme est en cela : a) qu’il faut prier les saints ; b) que les saints nous écoutent ; c) qu’ils prient pour nous. Tout cela est prouvé par la Sainte Écriture et la preuve se termine par la citation des décrets des conciles.

« Si quelqu’un ne professe pas que tous les saints qui existent depuis le commencement du monde et méritèrent bien de Dieu, soit avant la loi, soit sous la loi et sous la grâce, sont dignes d’honneur (τιμίους) devant lui par leur âme et leur corps, ou qu’il ne demande pas les prières des saints comme de personnages en droit d’intercéder pour le monde (ὑπερ τοῦ ϰόσμου πρεσϐενειν), selon la tradition de l’Église, qu’un tel homme soit anathème ! » (p. 671).

Évidemment, la preuve est suffisante.

§ 255. — Vénération des saintes reliques et autres restes des saints.

En outre, il faut aussi glorifier les reliques et tous les restes des saints. Les preuves :

a) … qu’à peine le corps d’un mort eut touché aux os du prophète Elisée, en son cercueil, le mort reprit la vie et se leva (iv Rois, xiii, 21 ; comp. Eccles., xlviii, 14, 15) ; que même le manteau d’Élie, laissé à Élisée par le prophète, divisa par son attouchement les eaux du Jourdain pour donner passage au disciple (iv Rois, ii, 14 ; comp., 8) ; que les mouchoirs et les linges de l’Apôtre saint Paul appliqués même en son absence aux malades et aux démoniaques, guérissaient les uns de leurs maladies, et délivraient les autres des esprits malins (Act., xix, 12).

… « On les (les martyrs) glorifie par de grands honneurs et par des solennités ; ils chassent les démons, guérissent les maladies, apparaissent à volonté, révèlent l’avenir. Leurs corps mêmes, quand on les touche et qu’on les vénère, ne sont pas moins efficaces que leurs saintes âmes ; même une goutte de leur sang et tout ce qui porte l’empreinte de leur souffrance a autant de vertu que leurs corps. »

… « Même après la mort ils (les martyrs) agissent comme ils faisaient de leur vivant ; ils guérissent les maladies, ils chassent les démons, et, par la puissance du Seigneur, ils repoussent toute funeste influence de leur tyrannique domination. Car la grâce miraculeuse du Saint-Esprit est constamment présente dans les saintes reliques. »

… Surtout le plus surprenant des miracles par lequel Dieu glorifie le corps de plusieurs de ses saints, c’est leur incorruption, — lorsque se réalisent et la prédiction du roi-prophète : « Vous ne souffririez point (Seigneur) que votre saint éprouve la corruption ». (Ps., xv, 10), qui s’accomplit d’abord sur le Premier-Né des morts, Jésus-Christ (Act., ii, 27), et le vœu de l’ancien sage d’Israël, en faveur des justes : « Que leurs os se raniment dans leurs sépulcres. » (Sir., xlvi, 15 ; comp., xlix, 12 ; Is., lviii, 11.)

Cette incorruption des saintes reliques, cette exception faite par la vertu miraculeuse de Dieu à la loi générale de la corruption, comme pour nous donner une leçon vivante de la résurrection future des corps et nous exciter puissamment à vénérer les corps mêmes des justes que Dieu glorifie ainsi, et à les imiter dans leur foi, cette incorruption est hors de doute. À Kiev, à Novgorod, à Moscou, à Vologda, comme en bien d’autres endroits de notre patrie, que Dieu tient sous sa garde, reposent, à la vue de tout le monde, bien des restes de saints préservés de la corruption et, par des miracles incessants en faveur des fidèles qui y ont recours, ces restes vénérés attestent bien hautement la vérité de leur incorruption (pp. 672, 676).

Nous avons tous entendu parler du duc de Croy, des centaines et des centaines de corps qui ne se décomposent pas suivant les conditions physiques. Nous savons que, par hasard, le cadavre d’un certain archevêque de Sibérie ne s’est pas corrompu, qu’il est quelque part à Kiev, dans un caveau, attendant la béatification de ses reliques. Nous connaissons ces reliques, grâce auxquelles on ramasse les kopeks pour la hiérarchie, lesquelles reliques sont furtivement renouvelées par les membres de ladite hiérarchie. Nous connaissons l’huile qu’on verse dans le crâne pour qu’elle s’écoule par les yeux. Pas un seul élève du séminaire ne croit à cela. Pas un seul paysan n’y croit. Pourquoi donc l’exposer dans la théologie comme un dogme ? Si dans la théologie il se trouvait quelque chose qui ressemblât vraiment à la révélation des vérités de la foi, si même tout y était raisonnable et juste, cette seule affirmation sur les reliques suffirait à tout détruire.

On prouve qu’il faut respecter les reliques, même les mouchoirs, qu’il faut les baiser et y déposer des kopeks. Et tout cela se termine par la décision du septième concile œcuménique.

Ainsi quiconque ose rejeter des reliques de martyrs, dont ils auront connu l’authenticité et la vérité, s’il est évêque ou clerc, qu’il soit destitué ; s’il est moine ou laïque, qu’il soit privé de la communion (p. 680).

Mais c’est encore peu. C’est peu de remplacer Dieu par les saints, on a besoin encore des icônes.

§ 256. — Vénération des saintes images. L’Église ordonne ; a) de placer les saintes images dans les Églises, les maisons, et les rues ; b) de les honorer par l’encens et les cierges. L’Église condamne : a) les anciens iconoclastes ; b) les nouveaux protestants ; c) les idolâtres. Commencent alors les preuves et les discussions. Ces discussions ont fait verser beaucoup de sang, causé des supplices et suscité des haines sans nombre.

Nous trouvons un nouveau motif pour vénérer les images dans les nombreux prodiges que le Seigneur daigna opérer par leur moyen en faveur des croyants. Les annales de l’Église, en général, et en particulier de la nôtre, sont remplies de récits de tels prodiges. Certaines images de notre divin Sauveur, de sa sainte Mère, de saint Nicolas et d’autres saints encore, connues de toute antiquité sous le nom de miraculeuses à cause de l’abondance des miracles opérés par elles, et se trouvant en différents endroits de l’Église orthodoxe, ne cessent pas d’être jusqu’à présent, selon la bienfaisante institution du Seigneur, comme les sources ou les conducteurs de sa puissance miraculeuse pour notre salut (pp. 692, 693).

C’est à cause de ces sources de la puissance miraculeuse qu’il y eut des discussions et maintenant du désaccord. Sont-elles les sources ou non ? Si Dieu daigne faire des miracles avec les saintes images, alors non seulement le paysan grossier ou la femme du peuple, mais le sage le plus éminent, ne peut faire autrement que de prier la sainte image. Si une affaire doit être résolue par le secrétaire d’un établissement, il faut prier ce secrétaire ; il n’y a rien d’autre à faire. Depuis longtemps déjà nous sommes descendus à terre dans le domaine des questions de la foi. Il s’agissait d’abord des sacrements, qui transmettent mécaniquement la grâce, indépendamment de l’état spirituel du pasteur et du croyant. À présent, il s’agit des saintes images qui sont les conducteurs de la puissance miraculeuse et que, par conséquent, il faut prier, mais qui ne sont pas divines par elles-mêmes. Quant à ces conducteurs, nous apprenons par la théologie que dans les trois premiers siècles « les païens reprochaient parfois aux chrétiens de n’avoir pas certaines images. » Ensuite nous apprenons que :

« L’un des conciles d’Espagne, celui d’Elvire (en 305) défend directement, par son trente-sixième décret, l’emploi des images dans les temples. » Mais, d’abord, ce décret fait incontestablement supposer qu’il y avait alors des images dans les temples. Ensuite il défendait de représenter sur les murailles des temples ce qui est pour les chrétiens un objet d’adoration (quod colitur et adoratur), c’est-à-dire, comme on le suppose, de peindre Dieu dans son essence, qui est invisible et qu’on ne saurait représenter. D’ailleurs il est vraisemblable que ce décret fut dicté par les circonstances où l’on se trouvait à cette époque en Espagne ; la persécution de Dioclétien sévissait dans toute sa fureur, et les païens, faisant souvent irruption dans les temples chrétiens, y insultaient aux images du Seigneur et de ses saints. Voilà ce qui fit adopter ce décret pour un temps (pp. 696, 697).

§ 207. — La rétribution des pécheurs : 1o leur punition dans l’enfer.

Les âmes des pécheurs passent, aussitôt après la mort de leur corps et le jugement particulier, dans un séjour de tristesse et d’affliction (p. 697).

La preuve des saintes Écritures. L’endroit où vont ces âmes s’appelle les ténèbres, la fournaise. Où se trouve cette gehenne ? tous ne sont pas d’accord ; mais dans l’enfer il y a différentes sections :

On peut donc supposer que l’enfer a pour les âmes ses demeures particulières, ses prisons et ses dépôts (iii Esdr., iv, 32, 33, 41), ses sections diverses, l’une se nommant enfer, une autre gehenne, une troisième tartare, une quatrième l’étang de feu. Au moins y a-t-il dans l’Apocalypse un endroit où l’enfer est distingué de l’étang de feu (xx, 13, 14).

Ces divers tourments, que les pécheurs endurent en enfer après le jugement particulier, ne sont pourtant pas des châtiments complets et ne laissant rien à attendre ; ce ne sont que les préliminaires de ces châtiments (p. 702).

Les preuves de la sainte Écriture.

§ 238. — 2o Possibilité, pour certains pécheurs, d’obtenir soulagement et même délivrance des châtiments de l’enfer, moyennant les prières de l’Église.

Au reste, en enseignant qu’après leur mort et leur jugement particulier tous les pécheurs passent également dans l’enfer, séjour de tristesse et d’affliction, l’Église orthodoxe professe que, pour ceux d’entre eux qui, avant de quitter la vie présente, firent pénitence, mais n’eurent pas le temps de porter des fruits dignes du repentir (comme la prière, la componction, le soulagement des pauvres, tous les actes inspirés par l’amour de Dieu et du prochain), il reste encore la possibilité d’obtenir un allègement de souffrance, et même le complet affranchissement des liens de l’enfer. Ce bienfait, les pécheurs peuvent l’obtenir, non point par leurs propres mérites ou par le repentir (car, après la mort et le jugement particulier, il n’y a plus lieu ni au repentir ni aux mérites), mais uniquement, selon l’infinie bonté de Dieu, par les prières de l’Église, par les bonnes œuvres des survivants au profit des trépassés, et surtout par la vertu du Sacrifice non sanglant, offert en particulier par le ministre pour chaque chrétien au bénéfice de ses amis, et offert pour tous en général par l’Église catholique et apostolique (pp. 703, 704).

Cela est prouvé. Cette considération naturelle : que si Dieu est juste (comme l’homme est juste), comme l’entend la hiérarchie, par quelle prière étrangère pardonnera-t-il au pécheur ? La question est résolue de la façon suivante :

Il n’y a pas lieu de douter que les prières de l’Église, le grand Sacrifice offert pour le salut du monde et les aumônes ne soient profitables aux trépassés : mais c’est à ceux-là seulement qui ont vécu de façon qu’après leur mort tout cela puisse leur être utile. En effet, en vain ferait-on, en faveur de ses proches, morts sans la foi assistée de la charité, comme sans communion dans les sacrements, des œuvres de cette piété, dont ceux-ci n’avaient point en eux le gage pendant qu’ils étaient ici, repoussant toujours ou recevant en vain la grâce divine et s’amassant des trésors, non de miséricorde mais de colère. Ce ne sont donc point de nouveaux mérites qu’acquièrent les morts quand leurs proches font pour eux quelque bonne œuvre ; ce sont seulement des conséquences toutes naturelles de leurs principes précédents (p. 715).

Alors pourquoi des prières ? Est-ce que Dieu seul ne pourrait pas tout comprendre sans ses ministres ? Pourquoi donc l’Église a-t-elle besoin de prières et de sacrifices ? Quelque pénible que cela soit à dire, la raison est une : c’est afin de ramasser de l’argent. Quelle étrangeté ! Ce sentiment si naturel, si empreint au cœur de tout homme qui prie en s’adressant à Dieu : se souvenir des âmes, des êtres qui lui étaient proches, ce sentiment bon et sacré, la hiérarchie, en y touchant, en a fait quelque chose de stupide, de bas, de lâche. Viennent ensuite les considérations sur les prières de l’Église pour les morts :

1o Les défunts se divisent : en ceux pour qui il faut prier, et ceux pour lesquels il ne le faut pas (les non repentants, les obstinés) ;

2o On réfute les opinions de ceux qui disent qu’il n’est point besoin de prier pour ceux qui ont communié avant de mourir, parce qu’ils sont déjà saints ; et l’on prouve qu’il faut prier.

3o Le fait que Christ a dit que lui seul est l’intercesseur, n’empêche pas l’Église de prier ; c’est par lui qu’elle prie.

4o Les prières agissent toujours.

5o Le raisonnement précité de saint Augustin, que la prière est une sorte de rappel.

6o Certaines personnes ne peuvent être sauvées par la prière ; d’autres peuvent l’être.

7o L’Église prie le troisième jour (pour celui qui le troisième jour est ressuscité des morts) ; le neuvième (en souvenir des vivants et des morts), le quarantième (car le peuple a pleuré Moïse pendant quarante jours).

8o Quand nous prions pour les morts qui sont déjà au ciel, les prières, si elles ne sont pas utiles, en tout cas ne sont pas nuisibles.

9o Si l’Église prie pour tous ceux qui sont morts en vrais pénitents et que ses prières soient puissantes devant Dieu et salutaires pour eux, dans ce cas tous ceux pour qui elle prie seront sauvés et personne ne sera privé du salut éternel. À cela nous répondrons encore avec J. Damascène : « À la bonne heure et plût à Dieu qu’il en fût ainsi ! » (p. 724).

§ 259. — 3o Observation sur le purgatoire. La discussion avec les catholiques sur le purgatoire et les preuves qu’ils ont tort.

§ 260. — Application morale du dogme sur le jugement particulier et sa rétribution. Il est compréhensible que l’application est la même que pour le précédent ; il faut craindre le jugement, avoir recours aux reliques et aux saintes images, et donner de l’argent à la hiérarchie afin qu’elle prie pour les morts.

Article II. — De Dieu comme juge et rémunérateur de tout le genre humain.

§ 261. — Liaison avec ce qui précède ; le jour du jugement universel ; incertitude de ce jour et signe de son approche ; en particulier, apparition de l’Antéchrist.

Le jugement particulier auquel tout homme est soumis après sa mort n’est point un jugement complet et définitif, et, par conséquent, il reste naturellement à en attendre un autre complet et définitif. Dans le jugement particulier l’âme seule de l’homme reçoit sa rétribution, mais non le corps, bien que celui-ci ait partagé avec l’âme ses œuvres bonnes et mauvaises. Après le jugement particulier, les justes dans le ciel, comme les pécheurs dans l’enfer, ne ressentent que les prémices de la félicité ou des peines qu’ils ont méritées. Enfin, après ce jugement, il reste encore à certains pécheurs la possibilité d’alléger leur sort et même de se dégager des liens de l’enfer, sinon par leurs propres mérites, du moins par les prières de l’Église.

Mais il viendra un jour, un dernier jour pour tout le genre humain (pp. 732, 733).

Un jour viendra où le corps sera récompensé selon ses mérites. On définit ensuite les indices de l’approche de ce jour.

1o D’un côté les progrès extraordinaires du bien sur la terre, — la propagation du règne de l’Évangile de Christ dans le monde entier…

2o D’un autre côté, les progrès excessifs du mal et l’apparition de l’Antéchrist sur la terre… (p. 734).

Quant à l’antéchrist :

Il sera un personnage déterminé, un homme nommément, mais un homme impie, sous l’influence particulière de Satan. « On verra paraître, » dit saint Paul, « l’homme de péché, cet enfant de perdition,… cet impie, qui doit venir accompagné de la puissance de Satan ». (ii Thess., ii, 3, 8, 9). Tous les saints Pères et les Docteurs de l’Église, Irénée, Hippolyte, Tertullien, Eusèbe, Chrysostome, Ambroise, et d’autres encore, reconnaissaient l’Antéchrist comme un personnage déterminé et comme un homme. Quant à son rapport avec Satan, ils pensaient, les uns que l’Antéchrist serait comme le fils ou le rejeton de Satan ; d’autres, que Satan se logerait en lui, se servirait de lui comme d’un instrument, agissant en lui par lui-même, et d’autres, que le diable lui-même s’incarnerait immédiatement dans la personne de l’Antéchrist ; que, pour son caractère, il se distinguera par un orgueil excessif et se fera passer pour Dieu (p. 736).

Que pour atteindre son but il prêchera une fausse doctrine, contraire à la foi salutaire de Christ, une doctrine séduisante, par laquelle il entraînera beaucoup de gens faibles et indignes…

Que pour appuyer sa doctrine et mieux séduire les hommes, il opérera de fausses manifestations et de faux miracles : « Il doit venir accompagné de la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs. « Qu’enfin il périra sous l’action de Jésus-Christ, quand ce divin Sauveur viendra pour juger les vivants et les morts… Il sortira de la tribu de Dan…

Ce sera un souverain puissant, qui usurpera le pouvoir par la violence et étendra sa domination sur tous les peuples… Il suscitera une violente persécution contre les chrétiens ; il exigera de tous une adoration divine pour sa personne ; il en entraînera plusieurs, et ceux qui ne lui obéiront pas, il les fera mourir…

Pour combattre l’Antéchrist, Dieu enverra d’en haut « deux témoins », qui, comme il est dit dans l’Apocalypse, « prophétiseront » la vérité, feront des miracles ; mais « après avoir achevé de rendre leur témoignage », seront mis à mort par le dragon, puis ressusciteront au bout de trois jours et demi et monteront au ciel (xi, 3, 12).

Le règne de l’Antéchrist ne durera que trois ans et demi (p. 736-739).

Tout cela est prouvé par la sainte Écriture.

Il n’est point inutile de faire remarquer que les prédictions concernant l’Antéchrist furent plus d’une fois appliquées à différentes personnes. Les uns, selon le témoignage d’Augustin, ont vu l’Antéchrist dans Néron, d’autres dans les gnostiques ; d’autres encore dans le souverain pontife de Rome, et, en général dans le papisme. Cette dernière idée qui surgit, et fut assez répandue au moyen âge dans l’Occident parmi plusieurs sectes, mais qui prit de la consistance surtout depuis l’apparition des sociétés protestantes, a pénétré jusque dans leurs systèmes de théologie et a même été plus d’une fois développé dans des traités spéciaux (p. 739, 740).

L’auteur oublie de dire que la majorité du peuple russe considère la hiérarchie, comme la hiérarchie de l’Antéchrist.

§ 262. — Événements qui doivent avoir lieu au jour du jugement universel, et ordre dans lequel ils doivent avoir lieu.

Les actions de l’Antéchrist sur la terre dureront jusqu’au jour du jugement (p. 740).

§ 263. — Circonstances préliminaires du jugement universel : l’avènement du Seigneur, juge des vivants et des morts.

Dans ce jour viendra sur terre le Seigneur Jésus-Christ. Tout cela prouvé par la sainte Écriture.

§ 264. — La résurrection des morts et la transformation des vivants.

Dans ce même dernier jour (Jean, vi, 40, 41) et au même moment où Notre-Seigneur viendra sur la terre dans sa gloire, accompagné des habitants du ciel, « il enverra » devant lui « ses Anges, qui feront entendre la voix éclatante de leurs trompettes » (Matth., xxiv, 31) « les morts entendront la voix du Fils de Dieu » (Jean, vi, 23) : « car, aussitôt que le signal aura été donné par la voix de l’archange et par la trompette de Dieu, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui seront morts en Jésus-Christ ressusciteront d’abord ; puis nous autres, qui sommes vivants, serons changés » (i Thess., iv, 16, 17 ; i Cor. xv, 52) (p. 744).

Autrement dit : d’abord, tous les morts ressusciteront ; ensuite, les vivants se transformeront. Il est prouvé par la sainte Écriture que la résurrection des morts aura lieu réellement, et que la possibilité de cette résurrection ne saurait être mise en doute. Cela est prouvé de la façon suivante :

Dans le monde, en général, rien n’est anéanti et ne disparaît, mais que tout reste intégralement au pouvoir et en la main du Tout-Puissant ; que c’est pour nous seulement que nos corps cessent d’exister à la mort ; qu’ils se conservent pour Dieu, qui connaît parfaitement les moindres parcelles de chaque corps privé de vie, fussent-elles dispensées partout et eussent-elles été agrégées à d’autres corps, et qui a toujours le pouvoir de réunir ces parcelles dans leur organisme primitif (p. 748).

Mais si l’on parle de parcelles, la question n’est pas de les remettre en place, c’est qu’il en manquera. Le corps de mon ancêtre s’est décomposé, des parcelles de son corps se sont transformées en herbe ; la vache a mangé cette herbe ; le petit paysan a bu ces parcelles dans le lait, ces parcelles sont devenues son corps, et son corps a pourri à son tour. Beaucoup de parcelles manqueront. De sorte que Dieu ne peut pas faire cela avec les parcelles. Mieux vaut encore prouver comme précédemment :

Ainsi ils parlèrent de la vertu et de l’efficacité des sacrements chrétiens : du Baptême, dans lequel nous renaissons intégralement, âme et corps, pour la vie éternelle ; de l’Onction du saint Chrême, qui nous scelle, non seulement en notre âme, mais aussi en notre corps, du sceau irréfragable du Saint-Esprit, Seigneur vivifiant ; de l’Eucharistie, dans laquelle notre âme et notre corps se nourrissent du corps et du sang vivifiant du Dispensateur de la vie et s’unissent réellement à Lui (p. 749).

Si Dieu peut faire des miracles pareils pour les croyants, alors il lui est très facile de ressusciter les corps ! Par là est prouvée la possibilité de la résurrection du corps. La nécessité de cette résurrection est démontrée comme il suit :

Ainsi selon l’essence même du christianisme, il est nécessaire que « comme tous meurent en Adam, tous revivent aussi » un jour « en Jésus-Christ. » (i Cor, xv, 20) ; que non seulement le démon, notre premier ennemi, soit vaincu, mais aussi la mort, notre dernier ennemi, abolie (i Cor., xv, 26). Autrement le but de la venue du Christ sur la terre, le but du christianisme tout entier ne serait point complètement atteint ; l’homme ne serait qu’incomplètement sauvé, ses ennemis ne seraient pas tous vaincus, et nous aurions obtenu en Jésus-Christ bien moins que nous n’avons perdu en Adam…

La justice et la sagesse de Dieu exigent la résurrection de nos corps : la justice, car le corps de l’homme participe aux bonnes œuvres de son âme comme à toutes ses iniquités ; par conséquent, selon toute justice, le corps doit avoir également sa part des récompenses ou des peines éternelles ; la sagesse, car c’est dans sa sagesse que Dieu, en créant l’homme, le compose d’un corps et d’une âme, pour que sous cette forme il remplît sa destination ; par conséquent la sagesse divine ne serait point justifiée dans le fait si, après sa séparation d’avec l’âme, le corps de l’homme ne venait tôt ou tard à être de nouveau réuni à la première pour reformer tout l’homme. La résurrection des morts sera générale et simultanée…

Quant à leurs qualités, les corps ressuscités : 1o seront essentiellement les mêmes que ceux qui auront été unis aux âmes durant la vie présente…

Mais, d’un autre côté, ils seront aussi différents des corps actuels ; car ils ressusciteront transformés à l’image du corps ressuscité de Notre Sauveur (pp. 750, 752).

Les corps seront les mêmes, moins imputrescibles, glorieux et lumineux, purs, mais tous ne seront pas également imputrescibles et immortels ; il y aura des degrés. Les corps des saints seront complètement imputrescibles, les autres un peu moins, etc.

En plus, certaines Doctrines de l’Église prétendent que, après la résurrection, il n’y aura plus de différence entre les sexes, tandis que d’autres disent qu’il y aura des hommes seulement.

Ceux-ci conjecturaient que tous les morts et les vieillards, et les hommes faits, et les jeunes gens, et les enfants, que tous ressusciteraient au même âge, « à la mesure de l’âge de la plénitude de Jésus-Christ » ; ceux-là disaient qu’il n’en serait pas ainsi, bien qu’ils ne pensassent pas non plus que les enfants et les jeunes gens dussent ressusciter à l’âge où la mort les avait surpris, et non à l’âge mûr (p. 756).

Outre la résurrection des morts, on révèle encore un secret : ceux que le jugement trouvera vivants, seront aussi transformés, et très rapidement.

§ 265. — Le jugement universel en lui-même ; vérité, forme et caractères de ce jugement.

Après que se sera montré sur la terre, dans toute sa gloire, le Seigneur, Juge des vivants et des morts, et qu’à sa voix se seront levés de leurs tombeaux les morts et transformés les vivants, alors commencera sur eux le jugement même, jugement universel (p. 757).

Le tribunal est composé du juge qui est assis sur le trône et des anges qui l’entourent, et des accusés ; a) tous les hommes ; b) les justes et les méchants ; c) les diables.

Les objets du jugement seront : les actes, les paroles et les pensées humaines.

On ne dit rien des diables.

Quand on jugera, on séparera les bons des méchants : les uns à droite, les autres à gauche ; après quoi le juge prononcera la sentence aux uns et aux autres.

« Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui avez été bénis par mon Père ; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde » (Mathieu, xxv, 34). « Il dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » (Ibid., 41).

Les Saints-Pères et les Docteurs de l’Église reconnaissaient cette description du jugement universel pour incontestablement vraie, et ils nous ont laissé là-dessus leurs explications (p. 761).

Voici ces explications :

« Il ne faut pas croire que l’avènement du Seigneur soit local et charnel ; mais il faut l’attendre dans la gloire du Père, soudainement et dans toute la terre » — « Il ne faut pas s’imaginer qu’il faille beaucoup de temps à chacun pour se voir soi-même avec toutes ses œuvres ; et le Juge, et les suites du jugement de Dieu, l’esprit se représentera tout cela instantanément par une force ineffable ; il se le peindra sous de vives couleurs, et dans son âme indépendante, il verra comme en un miroir l’image de tout ce qu’il a fait » (p. 762).

La théologie dit qu’il ne faut pas entendre le jugement comme local et charnel. Mais alors, que faut-il entendre quand on dit ; « viendra le jugement » ?

1o Universel, car il s’étendra sur tous les hommes, vivants et morts, bons et méchants, et même sur les anges déchus. Alors le Seigneur « doit juger le monde. » (Act., xvii, 31.)

Note. — « Le monarque se déplace pour venir exercer le jugement sur la terre ; ses armées le suivent avec crainte et tremblement. Ces puissants dignitaires viennent pour être témoins du redoutable jugement, et tous les hommes, tant qu’il y en a eu et tant qu’il y en a sur la terre, sont là debout devant le Monarque. Tout ce qu’il y a eu et tout ce qu’il y aura de nés dans le monde, tous viendront à ce spectacle, assister au jugement.

2° Solennel et public ; car le Juge apparaîtra dans toute sa gloire, avec tous les saints Anges, et rendra la justice devant tout le monde entier, à la face du ciel, de la terre et de l’enfer.

Note. — « Il appellera et le ciel et la terre pour être avec lui au jugement, et ceux des monts et ceux des vallées se présenteront avec crainte et tremblement. Et les armées célestes et les troupes de l’enfer trembleront devant le Juge implacable, qui viendra accompagné de la terreur et de la mort » (pp. 762, 763).

C’est Christ qui viendra ainsi.

3o Sévère et redoutable, car il s’exécutera dans toute la rigueur de la justice divine et seulement selon la justice ; ce sera « le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu » (Rom., ii, 5).

4o Définitif et suprême, car il fixera invariablement pour l’éternité le sort de chacun de ceux qui y auront comparu (Math., xxx, 46) (p. 763).

C’est-à-dire que le tribunal définira aux pécheurs leur punition pour l’éternité. Il n’y a rien à ajouter à cela. Le seul sentiment que j’aie éprouvé en citant ces lignes c’est un sentiment d’effroi, d’horreur, devant le sacrilège que je commets en les recopiant.

§ 266. — Circonstances concomitantes du jugement universel : 1o La fin du monde.

Au même dernier jour où s’exécutera le suprême jugement de Dieu sur le monde entier amènera aussi la fin du monde…

La nature et le mode de cet événement. Par la fin du monde il faut entendre, non sa destruction et son anéantissement, mais seulement sa transformation et son renouvellement par le feu…

Tout le monde matériel doit être purifié des funestes suites du péché de l’homme et renouvelé. C’est ce renouvellement du monde qui s’accomplira au dernier jour par le moyen du feu, en sorte qu’au nouveau ciel et sur la nouvelle terre il ne restera plus rien du pécheur et « la justice habitera seule » (ii, Pierre, ii, 13) (pp. 763, 765).

Ici nous trouvons la pensée, clairement exprimée, que la rénovation du monde n’est pas accomplie par la rédemption, et que la vraie rénovation se fera par Christ mais à la deuxième venue, non à la première.

La Sainte Écriture prouve la justice de cette fin et la rénovation du monde par le feu.

§ 267. — La fin du règne de grâce de Christ et le commencement du règne de gloire. Remarque sur le Chiliasme ou règne de mille ans de Christ.

C’est également confirmé. Après le règne de grâce commencera le règne de gloire, le règne de la délivrance réelle du péché et de la mort, c’est-à-dire de cela même qu’on affirmait auparavant sur le royaume de la grâce. Les preuves : la sainte Écriture et les discussions entre ceux qui disaient que Christ viendrait sur la terre mille ans avant la fin du monde, ressusciterait les justes et régnerait avec eux mille ans. Ce qui n’est pas vrai.

§ 268. — Liaison avec ce qui précède et caractères de cette rémunération.

Après le jugement, Christ prononcera l’arrêt.

Cette rémunération après le jugement universel sera complète, parfaite, définitive : complète, c’est-à-dire non pour l’âme seule, comme après le jugement particulier de l’homme, mais pour l’âme et le corps en même temps, pour l’homme tout entier ; parfaite, parce qu’elle consistera non point dans les prémices de la félicité pour les justes et du tourment pour les pécheurs, comme il arrive après le jugement particulier, mais dans la perfection de la félicité et du tourment, conformément aux mérites de chacun ; définitive, enfin, car elle restera éternellement invariable pour tous, et pour aucun des pécheurs il ne restera possibilité de se libérer jamais de l’enfer, comme c’est le cas pour quelques-uns, après le jugement particulier (pp. 776, 777).

§ 269. — Rémunération des pécheurs ; en quoi consisteront leurs peines. — Les peines éternelles des pécheurs consisteront : 1o dans l’éloignement de Dieu et la malédiction ; 2o dans la privation des biens du royaume de Dieu ; 3o dans le séjour en enfer avec les diables qui les tourmenteront ; 4o à éprouver des souffrances éternelles ; 5o à éprouver des souffrances physiques : le ver rongeur qui ne meurt pas ; le feu qui ne s’éteint jamais.

« Quand vous entendrez parler de feu, ne vous imaginez point que le feu de cette région ressemble à celui d’ici-bas ; ce dernier, s’il atteint un objet le consume et le change en un autre ; mais le premier, quand il a saisi quelqu’un, le consume éternellement et ne cesse jamais ; aussi le dit-on inextinguible. Car les pécheurs aussi doivent revêtir l’immortalité, non pour y être en honneur mais pour y être sans cesse en proie aux tourments. Combien c’est affreux, c’est ce que l’esprit est tout à fait incapable de se représenter ; il n’y a peut-être que l’expérience des petites misères qui fournisse une faible idée de ces immenses tourments. Si vous êtes dans un bain trop fortement chauffé, figurez-vous le feu de la gehenne, et si vous êtes atteint d’une fièvre ardente, transportez-vous par la pensée dans l’autre flamme. Vous serez alors en état de bien saisir cette différence. Car, si le bain ou la fièvre nous tourmentent et nous agitent avec tant de véhémence, que ne sentirons-nous pas quand nous viendrons à être plongés dans ce fleuve de feu qui coulera devant le redoutable tribunal » (p. 81).

6o À pleurer et grincer des dents éternellement.

« Quel sera, dit un autre Père, l’état du corps de l’infortuné en proie à ces tourments insupportables et sans fin, là où se trouvent le feu qui ne s’éteint point, le ver qui ronge sans cesse, l’horrible et ténébreux abîme de l’enfer, les amers sanglots, les cris extraordinaires, les pleurs et les grincements de dents, et où il n’y a pas de fin aux souffrances ? Nul moyen de se libérer de tout cela après la mort ! Nul moyen, nulle possibilité d’échapper à l’amertume de ces tourments » (p. 783).

Quel état terrible que celui du pécheur ! Mais quel sera l’état de Dieu bon, voyant éternellement ce spectacle ?

§ 271. — Éternité des tourments de l’enfer.

Les tourments des pécheurs en enfer différent quant au degré de rigueur ; mais il n’en sera pas de même quant à la durée ; pour tous ils seront également éternels et sans fin (p. 786).

Tout cela est confirmé par la Sainte Écriture, et réfuter la doctrine de l’éternité des peines est contraire au bon sens. Selon la théologie, le châtiment temporaire serait contraire au bon sens.

§ 272. — Rémunération des justes. — En quoi consistera leur félicité.

Si, d’un côté, la parole divine nous dépeint sous les couleurs les plus sombres le sort des pécheurs après le jugement universel, de l’autre elle nous dépeint sous les couleurs les plus riantes le sort des justes (pp. 793, 794).

Leur récompense sera de voir en face Dieu, ce terrible Dieu qui, créant les hommes par amour, les torture éternellement.

§ 273. — Degrés de la félicité des justes.

La félicité des justes dans le ciel, cette félicité, qui leur sera commune à tous, aura pourtant ses degrés en raison du mérite moral de chacun (p. 800).

C’est prouvé par la Sainte Écriture.

§ 274. — Éternité de la félicité des justes.

§ 275. — Application morale du dogme sur le jugement et la rémunération universelle.

Oh ! si nous méditions plus souvent sur ce « grand jour » (Act., ii, 20) « de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu » (Rom., ii, 5), qui doit clore un jour toute l’économie de notre salut ; si nous nous représentions avec plus de vivacité et plus de clarté les biens infinis préparés au ciel pour les justes et les tourments éternels réservés en enfer aux pécheurs, que de motifs nous y trouverions pour nous préserver du vice et faire des progrès dans la piété !

Accordez-nous, Seigneur, à tous et toujours, un souvenir vivant et impérissable de notre futur et glorieux avènement, du dernier et redoutable jugement que vous prononcerez sur nous, de l’éternelle et équitable rétribution que vous ferez aux justes et aux pécheurs ! Qu’à la lumière de ce souvenir, et par le secours de votre grâce, « nous vivions dans le siècle présent avec tempérance, avec justice, et avec piété » (Tite, ii, 12), et qu’ainsi nous parvenions enfin à la vie éternelle et bienheureuse dans le ciel, pour vous y glorifier de tout notre être, avec votre Père éternel et votre Esprit souverainement saint, bon et vivifiant, aux siècles des siècles ! (pp. 808, 809).