De l’Équitation (Trad. Talbot)/04

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Traduction par Eugène Talbot.
De l’ÉquitationHachetteTome 1 (p. 330-331).



CHAPITRE IV.


De l’écurie, de la nourriture et des moyens de fortifier le pied.


Lorsque, épris d’un cheval, on en a fait l’acquisition et qu’on l’a mené chez soi, il est bon que l’écurie soit dans une partie de la maison où le maître puisse avoir souvent l’œil sur son cheval : il n’est pas mauvais non plus qu’elle soit faite de manière qu’on ne puisse pas plus voler de nourriture au râtelier du cheval qu’au buffet du maître. Négliger ce soin, c’est, selon moi, se négliger soi-même, puisqu’il est clair que, dans les dangers, le maître confie sa personne à son cheval. Et ce n’est pas seulement à voir si l’on ne dérobe rien au cheval que sert une écurie bien disposée, mais à s’assurer si le cheval lui-même ne jette point son manger. Quand on s’aperçoit de ce dégoût, on a la preuve certaine que le cheval a trop de sang, et qu’il faut l’en délivrer, que, trop fatigué, il a besoin de repos, qu’il a une indigestion d’orge ou qu’il couve quelque autre maladie[1]. Il en est du cheval comme de l’homme : tous les maux débutants sont plus faciles à guérir que quand ils sont invétérés ou que la cure a été manquée.

Mais, s’il faut au cheval de la nourriture et de l’exercice pour lui fortifier le corps, il n’est pas moins nécessaire de lui soigner les jambes[2]. Une cour humide et unie gâte les meilleurs pieds. Pour éviter l’humidité, il faut donner de la pente, et, pour que le sol ne soit pas uni, on fera un lit de pierres enfoncées l’une à côté de l’autre, et à peu près de la grosseur du sabot. Une cour ainsi disposée fortifiera les pieds du cheval, même au repos. Seulement le palefrenier doit l’y conduire pour le panser, et l’y attacher, en l’ôtant de sa mangeoire après le dîner, afin qu’il soupe avec plus d’appétit.

On rendra également sa cour excellente, et on fortifiera les pieds du cheval, en y répandant quatre ou cinq tombereaux de cailloux, ronds, gros comme le poing, du poids d’une mine[3], et entourés d’une bordure de fer, pour qu’ils ne s’éparpillent pas. En se tenant là-dessus, le cheval s’exercera une partie du jour, comme sur une route pierreuse. D’ailleurs, tandis qu’on l’étrille ou qu’il s’agite pour chasser les mouches, il se sert nécessairement de ses pieds comme s’il marchait. Un autre avantage, c’est que ces pierres roulantes lui durciront les fourchettes. Cependant, autant il faut durcir les sabots, autant on doit chercher à rendre la bouche tendre[4]. Or, on attendrit par les mêmes moyens la peau de l’homme et la bouche du cheval.



  1. Xénophon signale ici un genre de mal connu sous le nom de lampas (engorgement de l’intérieur de la bouche) et l’indigestion, qui est une indisposition très-rare de nos chevaux. L. B.
  2. Dans ces temps éloignés de nous, ou ne ferrait pas les chevaux, mais on cherchait à habituer la sole aux terrains les plus durs. L. B.
  3. Quatre cent trente-six grammes.
  4. On voit que Xénophon appelle l’attention sur les deux points les plus importants dans la locomotion : 1° les quatre pieds formant la base de sustentation ; 2° la bouche servant à la direction et à la conduite de l’animal. Pour rendre la bouche du cheval fraîche et tendre, on avait l’habitude alors de la laver avec de l’eau tiède et de l’huile. L. B.