De l’Imitation de Jésus-Christ (Brignon)/Livre 4/12

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Traduction par Jean Brignon.
Bruyset (p. 337-340).


CHAPITRE XII.
Qu’il faut apporter un grand soin pour se préparer à la sainte Communion.
Le Maistre.

J’Aime l’innocence & la pureté, & c’est moi qui fais les Saints.

Je cherche un cœur pur, où je puisse me reposer.

Si vous souhaitez que je vienne à vous, & que je demeure chez vous : Préparez-moi une grande sale, bien meublée, & j’y mangerai l’Agneau Paschal avec mes Disciples.

Défaites-vous du vieux levain, purifiez bien votre cœur, & éloignez en l’esprit du siécle, avec tous les vices, qui y mettent le désordre & le trouble.

Retirez-vous à l’écart, & loin du bruit, separé du monde, aussi solitaire qu’un passereau, qui est tout seul sur le toit, mettez-vous à considerer avec amertume de cœur vos dereglemens[1].

Car un vrai ami n’épargne rien pour préparer à son ami l’appartement le plus magnifique & le plus commode qu’il y ait dans sa maison ; & en cela il fait voir qu’il l’aime.

Sçachez néanmoins que de vous même vous ne sçauriez vous disposer à me recevoir dignement, quand même vous ne penseriez à autre chose, & que ce seroit-là toute vôtre occupation durant une année entiere.

C’est donc par une pure charité que je vous invite à ma Table, comme si un riche invitoit un pauvre à la sienne, sans que le pauvre lui pût marquer autrement sa reconnoissance, que par un aveu de sa misere, & par de simples actions de graces.

Faites tout ce qui dépend de vous, & tâchez à le bien faire : recevez le corps de votre Seigneur & de vôtre Dieu, qui veut bien se donner à vous : recevez-le, non par coûtume, ou parce qu’on vous y oblige, mais avec crainte, avec reverence, & avec amour.

C’est moi qui vous ai convié à mon festin ; & je veux que vous y veniez. Je suppléerai à ce qui vous manque : venez seulement, & recevez-moi.

Quand je vous inspire des sentimens tendres de devotion, ne manquez pas de me remercier de cette faveur, & souvenez-vous que ce n’est point à vos mérites, mais à ma seule misericorde que vous la devez.

Quand vous vous trouverez au contraire dans une grande aridité, recourez à l’Oraison, gemissez, frappez à la porte ; demandez avec instance la rosée du Ciel, & ne cessez point de la demander que vous n’en ayez reçu quelque goûte.

Vous avez besoin de moi ; mais moi je n’ai point besoin de vous.

Vous ne venez pas à moi pour me rendre saint : mais c’est moi qui vient à vous pour vous sanctifier.

Ce qui vous attire, c’est le desir de participer à ma sainteté, en vous unissant à moi ; c’est l’esperance de recevoir un nouveau secours pour l’amendement de vôtre vie.

Ne négligez pas un tel avantage ; mettez tous vos soins à bien préparer votre cœur pour celui qui y doit regner.

Mais ne croyez pas qu’il suffise de vous exciter à la devotion, avant que de communier ; excitez-vous-y encore apres avoir communié.

Car pour ne point perdre la grace qu’on a reçûë dans le Sacrement, il ne faut pas moins de soin qu’il en a fallu pour s’y disposer ; & ce soin même est encore un moyen très-propre pour obtenir une grace plus abondante.

On ne sçauroit être en effet dans une plus méchante disposition, que quand au sortir de la sainte Table, on se répand au dehors, & on cherche à se divertir.

Retranchez alors tout discours & toute conversation inutile ; retirez-vous à l’écart, & jouissez en repos de la présence de Dieu.

Car vous possedez celui que tout le monde ne vous peut ravir. C’est à moi que vous êtes obligé de vous donner tout entier ; c’est en moi plûtôt qu’en vous même que vous devez vivre : c’est sur moi enfin qu’il faut désormais que vous vous reposiez de tout.

  1. Psal. 101. 8.