De la baguette divinatoire/Partie 4/Chapitre 2

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CHAPITRE II.

APPLICATION DU PRINCIPE DU PENDULE EXPLORATEUR AUX EXPÉRIENCES FAITES AVANT 1812 AVEC CE MÊME PENDULE.

218.Le passage d’Ammien-Marcellin, reproduit précédemment (158) quelle qu’en soit l’obscurité, offre la preuve que le pendule explorateur était employé dans l’art divinatoire au ive siècle.

219.Le pendule explorateur dont parle le père S’chott se composait d’un fil et certainement d’un anneau. Celui-ci avait-il quelque rapport avec les anneaux constellés ? je l’ignore. Quoi qu’il en soit, c’était un instrument de divination. Tenait-on l’anneau suspendu dans un verre ou une coupe, il frappait un certain nombre de coups contre la paroi du vase en réponse aux questions qu’on lui adressait, absolument comme font les tables parlantes d’aujourd’hui. Le passage de la Physica curiosa, du père S’chott, que j’ai cité[1], apprend qu’on en faisait usage pour savoir l’heure qu’il est.

Entre les doigts d’une personne de bonne foi, le pendule frappait un certain nombre de coups, conformément, selon moi, à une pensée qui n’était pas une volonté, mais une simple présomption de l’heure réelle ; ou bien si la présomption n’existait pas, une circonstance indépendante d’une conjecture déterminait le nombre des coups : par exemple, quelque disposition physique des doigts qui ne durait qu’un moment, une circonstance fortuite, dont l’expérimentateur ne se rendait pas un compte exact. Ce que je dis n’est point une vague allégation, ce sont des faits observés sur moi-même.

220.Les recherches expérimentales de Gerboin rentrent dans mon explication. Qu’on les lise attentivement et l’on sera convaincu que rien ne prouve que les phénomènes décrits dépendent d’un fluide, ni que les corps qualifiés de dynamiques aient la moindre action sur le pendule. Qu’on lise ensuite mes observations, et sans doute on m’approuvera d’avoir dit que si je n’avais pas suivi le précepte donné par la méthode expérimentale, savoir : le contrôle des inductions déduites de mes premières expériences, j’aurais refait en 1812 le livre de Gerboin imprimé quatre ans auparavant.

J’ajouterai, conformément à ma manière de voir, de nouvelles observations et quelques citations du livre de Gerboin.

221.Gerboin, après avoir observé que le pendule tenu au-dessus d’un disque de zinc décrit un cône en allant de gauche à droite, tandis qu’au-dessus d’un disque d’argent il le décrit en allant de droite à gauche (pag. 35 et 36), dit (note pag. 45 et 46) : « … Dans toutes celles (les expériences) qui ne demanderont pas une forme particulière de mouvement, on cherchera à faire naître un mouvement circulaire régulier ; à cet effet, on pourra placer au-dessous du pendule un disque de zinc ou d’argent. »

En faisant anciennement cette expérience, je constatai que la nature des corps était indifférente, pourvu qu’ils présentassent une forme ronde. Aussi l’expérience répétée avec des disques de divers métaux, des gâteaux de résine, des disques de verre, des cercles de papier et de carton, et un simple trait circulaire tracé sur une planche, réussit-elle toujours. Mon intention était évidemment d’observer des oscillations coniques, ou, ce qui revient au même, de voir le pendule décrire des cercles. Eh bien, la vue fixée sur une forme circulaire déterminait le mouvement musculaire propre à l’effectuer.

222.Gerboin rapporte une expérience différente de la précédente, mais qui y est tout à fait analogue par l’explication qu’elle m’a suggérée, quoique je ne l’aie pas répétée.

Un disque d’argent ou de zinc est placé à 38 centimètres d’un couple voltaïque, argent et zinc ; on tient le pendule suspendu entre eux. Le mouvement devient circulaire, parce que la pile a plus d’intensité, suivant Gerboin, que le disque. Mais si on superpose sur celui-ci un second disque qui en fasse un couple voltaïque identique au premier, le pendule, également attiré par les deux piles, oscillera dans le plan vertical qui les sépare, et les oscillations ne seront plus coniques mais planes.

Selon moi, la pile, pas plus qu’un seul disque, n’a d’action sur le pendule. Mais Gerboin ayant pensé que la première devait l’emporter en puissance sur le second, le mouvement a eu lieu conformément à cette pensée. Dans la seconde expérience, suggérée par l’idée d’égalité de puissance de deux piles semblables, le mouvement, conformément à l’idée, a dû procéder d’une action moyenne dont la conséquence pour Gerboin a été des oscillations planes, et notons en outre que la vue dirigeait le mouvement que la pensée concevait possible.

225.Gerboin dit que les oscillations cessent lorsqu’on ferme les yeux brusquement, résultat conforme à mon observation ; mais la conséquence de ce fait est loin d’avoir été pour lui ce qu’elle a été pour moi. La raison en est simple. Gerboin a fait cette expérience d’après une théorie préconçue, si vraie à ses yeux, que toutes ses recherches n’ont eu qu’un but, celui de l’étendre ; et toujours avant d’exécuter une expérience, il a eu la pensée ou l’intention d’obtenir un tel résultat, tandis qu’en faisant cette expérience, mon but a été le contrôle d’une induction déduite d’expériences antérieures.

224.Le livre de Gerboin, aussi bien que celui de [illisible] de Tristan, sont des faits les plus propres, à ma connaissance, à démontrer que des expériences entreprises et continuées sans l’esprit de critique, ne font qu’éloigner de plus en plus l’expérimentateur de la vérité, parce que chaque expérience que lui suscite une certaine pensée, n’étant que le développement de cette pensée, ne doit dans son esprit qu’ajouter à sa conviction, tandis qu’en réalité c’est une erreur qui s’ajoute à une autre.


  1. Voir la note de la page 138.