De la baguette divinatoire/Partie 4/Chapitre 5

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CHAPITRE V.

APPLICATION DU PRINCIPE DU PENDULE EXPLORATEUR AU MOUVEMENT DES TABLES TOURNANTES.

249.Rappelons les faits exposés dans le Ier paragraphe de la IIIe partie consacrée aux tables tournantes (178 et 179).

Premier et deuxième faits, — Une personne applique la main sur un guéridon, une petite table ronde, etc. ; il arrivera que le meuble restera en repos ou qu’il tournera sur lui-même.

Troisième et quatrième faits, — Plusieurs personnes appliquent les mains sur un guéridon ou une table ronde, de manière à établir une chaîne continue parce qu’elles se touchent par les doigts, ou bien elles les y appliquent sans se toucher ; le meuble restera en repos ou prendra un mouvement de rotation.

Je rappelle encore que le mouvement est produit lorsque la pression cessant d’être perpendiculaire à la surface de la table, une partie de l’action agit dans le sens latéral, que la résultante n’est pas égale à zéro, et qu’elle suffit pour vaincre l’inertie de la table.

250.Les personnes qui appliquèrent mon explication du mouvement du pendule explorateur à celui des tables comprirent les choses de la manière que je vais dire ; je distinguerai comme précédemment la circonstance où il y a repos de celle où il y a mouvement (178 et 179).

251.Première circonstance : repos.

On conçoit qu’il peut y avoir repos dans les trois cas suivants :

Premier cas. — Les mains sont appliquées perpendiculairement sur la table ; dès lors sa stabilité dans la position où elle est, se trouve augmentée de cette pression.

Deuxième cas. — Les mains appliquées sur la table cessent de la presser perpendiculairement, il y a donc action latérale. Comme il y a plusieurs mains, si l’action latérale de gauche à droite neutralise la pression latérale de droite à gauche, ou, en d’autres termes, si la résultante des forces est égale à zéro, il ne peut y avoir de mouvement.

Troisième cas. — La résultante des forces latérales n’étant pas égale à zéro est insuffisante pour vaincre l’inertie de la table.

252.Deuxième circonstance : mouvement.

Il y a mouvement de la table toutes les fois :

1°. Que les mains ne pressent pas perpendiculairement la table ;

2°. Que la résultante des forces agissant latéralement n’est pas égale à zéro ;

3°. Que cette résultante est assez énergique pour vaincre l’inertie de la table.

253.Bien des gens qui n’ont jamais cherché à se rendre compte de la manière dont un corps en repos reçoit le mouvement, sont extrêmement surpris de certains phénomènes produits par une cause motrice, dont l’action, très-faible dans une seconde, se continue durant un certain temps.

Par exemple, la pression d’un doigt sur un bloc de ^ pierre de quelques décimètres cubes devient sensible au moyen d’un index, comme Fraunhoffer l’a démontré au moyen d’un appareil très-ingénieux, dont M. Œrstedt avait vu les effets avec admiration.

Un pendule ordinaire, dont les points de suspension sont pris dans un mur, communique son mouvement d’oscillation à un pendule placé semblablement de l’autre côté du mur.

Le frottement exercé à l’extrémité d’une barre de fer longitudinalement met l’autre extrémité en vibrations sonores.

Ces faits démontrent comment des efforts excessivement faibles, mais continus et multipliés dans un même sens, peuvent mettre un corps en mouvement, dont la masse parait hors de proportion avec la cause motrice.

Enfin, il est bon de rappeler le cas suivant :

Un régiment marchant au pas militaire sur un pont suspendu, communique aux matériaux de ce pont des vibrations qui, suffisamment répétées, en opèrent la rupture, parce que la résultante de ces vibrations porte les molécules hors de leur sphère de cohésion. Or, cette rupture n’aurait point eu lieu si le pas du régiment eut été irrégulier, parce qu’alors si la résultante n’eût pas été égale à zéro, elle aurait été tout à fait incapable de surmonter la résistance des matériaux du pont.

254.Voyons le rapport de ces faits avec l’influence que j’attribue à l’idée d’un phénomène du monde extérieur dépendant de nous-même et occupant notre pensée, lorsque celle-ci, sans être une volonté, donne lieu pourtant au mouvement musculaire nécessaire à a production du phénomène (207).

255.Si on suppose maintenant que des personnes aient les mains sur une table, d’après ma manière de voir, elles se représentent la table tournant de droite à gauche ou de gauche à droite, puisqu’elles s’y sont placées pour être témoins de ce mouvement ; dès lors, à leur insu, elles agissent pour imprimer à la table le mouvement qu’elles se représentent. Si elles n’agissent pas dans le même sens, il pourra se faire qu’il n’y ait pas de mouvement, c’est ce que j’ai observé. Cinq personnes faisant la chaîne sur un petit guéridon, une d’elles désirait vivement qu’il tournât, et, malgré cela, il resta immobile pendant une heure. Après une demi-heure, on reforma la chaîne, et trois quarts d’heure s’écoulèrent sans qu’il se mît en mouvement. Si les quatre personnes qui coopéraient à l’expérience n’avaient pas un désir égal à celui de la première de voir tourner le guéridon, aucune assurément n’était animée d’un désir contraire.

256.Lorsque les personnes désirent que la table tourne, le mouvement doit être plus fréquent que le repos, par la raison qu’il suffit que l’une d’elles remarque un certain mouvement dans une autre pour qu’elle-même suive ce mouvement par une imitation dont elle ne se rend pas compte, mais qui n’en est pas moins réelle, d après la tendance au mouvement que détermine en nous la vue d’un corps qui se meut (288).

257.Dans la comparaison que je fais des tables, tournantes avec la baguette divinatoire et du pendule, on ne doit jamais perdre de vue la différence très-grande qui peut exister, d’une part, entre les tables aux phénomènes desquelles plusieurs personnes concourent, et, d’une autre part, la baguette et le pendule au mouvement desquels n’intervient qu’une seule personne.

En effet, la cause de l’assurance avec laquelle j’ai exposé mon explication du mouvement du pendule explorateur, tient à cette circonstance principale, qu’ayant été seul à expérimenter sur ce phénomène, i aucune certitude ne peut dépasser celle que j’ai acquise en soumettant des conclusions tirées de ma propre observation aux expériences de contrôle que j’ai rapportées, et, en outre, que personne aussi bien que moi ne peut apprécier le désir qui m’animait de connaître la vérité, abstraction de tout intérêt et de toute hypothèse.

Or, cette conscience d’avoir fait seul des expériences sans aucune influence étrangère, d’avoir recherché la vérité pour elle-même, en ne reculant devant aucune épreuve propre à dissiper des doutes, vous ne l’avez plus, du moins au même degré, avec des coopérateurs, lors même que vous leur accordez l’intelligence et la bonne foi. Que sera-ce si, les connaissant peu, vous élevez des doutes sur leur bonne foi, leur gravité et leur capacité ?

258.Cette difficulté d’apprécier l’exactitude d’expériences résultant du concours de plusieurs personnes, est la raison pourquoi tout esprit sérieux refusera de se rendre dans un salon pour y voir, dit-on, des expériences auxquelles coopéreront plusieurs personnes qui lui sont aussi inconnues que le maître de la maison où on le prie d’aller. Jamais, dans une telle réunion, des expériences ne deviendront un sujet d’étude ; les convenances vous ôtant toute liberté de les répéter, de les modifier, et de les soumettre à un contrôle suffisant pour vous donner une conviction.

259.Enfin, un motif aurait diminué beaucoup le désir que j’aurais pu avoir de multiplier mes observations sur les tables tournantes, c’est la connaissance que j’ai eue des expériences de M. Faraday : leur conformité avec celles que j’avais imaginées, ma grande estime pour leur auteur, l’analogie de l’interprétation qu’il en a donnée avec mon explication du pendule explorateur, m’ont fait penser que de nouvelles expériences de ma part auraient été tout à fait superflues.

260.M. Faraday, après avoir constaté que dans le mouvement de la table déterminé par des personnes de parfaite bonne foi, il n’y avait aucun effet électrique ni magnétique, a parfaitement démontré que le phénomène est produit par une pression des mains, qui est dirigée latéralement ou, comme il le dit, horizontalement. Il fit deux expériences principales pour mettre cette pression latérale en évidence.

La première consistait à superposer quatre ou cinq morceaux de carton à surface polie, entre chacun desquels il mettait de petites pelotes d’un mastic de cire et d’huile de térébenthine ; le carton inférieur posait sur une feuille de papier de verre appliquée la table. Les cartons diminuaient d’étendue du supérieur à l’inférieur, et une ligne tracée au pinceau indiquait leur position primitive. Le mastic était tel, qu’il faisait adhérer les cartons ensemble avec une force insuffisante cependant, pour ne pas céder à une action latérale exercée durant un certain temps.

Lorsque ce système de cartons eut été examiné après le mouvement de la table, on constata qu’il y avait eu un déplacement plus grand dans le carton supérieur que dans le carton inférieur, de sorte que la table ne s’était mue qu’après les cartons, et ceux-ci après les mains.

Lorsque la table n’avait pas été mise en mouvement, le déplacement des cartons indiquait cependant une action de la part des mains.

261.La seconde expérience de M. Faraday a eu pour objet de montrer aux yeux par un index, si c’était la main ou la table qui se mouvait d’abord, ou bien si elles commençaient en même temps à se mouvoir.

Qu’on se représente une tige verticale fixée à la table, visible à l’œil et touchant à un index de papier de 11 pouces de longueur qui est fixé lui-même au bord d’une feuille de carton poli mis sur la table, à laquelle elle adhère au moyen de petites pelotes de mastic. Une marque indique sur la table la position de la feuille de carton et de l’index. C’est sur cette feuille que les mains sont appliquées. L’index peut être visible ou caché à l’œil de l’opérateur à la volonté de l’observateur.

Dans le cas où l’index était caché, la table tournait, et l’index indiquait toujours alors qu’il y avait eu pression latérale. On pouvait constater encore que l’index indiquait cette pression avant que la table tournât.

Dans le cas où l’index était visible, tout mouvement cessait, lors même que le carton poli étant dépourvu de mastic, n’avait plus d’adhérence à la table et pouvait dès lors glisser au moindre effort.

262.Quelle est l’explication de ce dernier fait ? La voici par M. Faraday.

Si la table ne tournait plus lorsque l’opérateur voyait l’index, c’est que le déplacement de l’index contrebalançait la tendance de l’opérateur, qui s’apercevait ainsi que sans en avoir la conscience, il avait exercé un effort latéral.

263.Conçoit-on une confirmation plus satisfaisante de l’explication du mouvement du pendule explorateur donnée vingt ans avant la précédente ? Je ne le pense pas.

En effet, lorsque j’ai eu les yeux ouverts et que ma pensée s’est représenté le mouvement d’un pendule dans un sens déterminé et dans le lieu que je voyais, le pendule s’est mû en ce sens et dans ce lieu, par un acte de mes muscles dont je n’avais pas eu conscience. Le mouvement a cessé lorsque ma pensée a été qu’il pouvait cesser. Enfin, lorsque mes yeux ont été fermés et que ma pensée a cessé de voir le pendule et le lieu où il pouvait se mouvoir, il est resté en repos.

Dans la dernière expérience décrite par M. Faraday, l’opérateur croit que la table tourne sans qu’il produise d’effort ; il est donc dans la condition où je me trouvais lorsque le pendule oscillait entre mes mains. Maintenant l’opérateur aperçoit-il un index apte à lui rendre sensible le moindre mouvement qu’il fait pour que la table tourne ; cette vue paralyse une action dont il n’avait pas conscience auparavant, et la table ne tourne plus.

L’explication des tables tournantes par M. Faraday est donc identique à celle que j’ai donnée du pendule explorateur.