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De la génération des vers dans le corps de l’homme (1741)/Chapitre 05/Article 1

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Veuve Alix ; Lambert et Durand (Tome Ip. 371-376).
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Chapitre V



ARTICLE PREMIER.

Des signes des Vers qui sont ailleurs que dans les intestins.



La plûpart de ces signes sont particuliers, parce que la différence des Vers qu’ils dénotent, ne se prend guère que du lieu où ils sont, & que ces signes qui les dénotent marquent toujours le lieu.

Nous commencerons par les signes des Vers du cerveau ; & nous viendrons ensuite aux signes de tous les autres Vers qui se trouvent dans les différentes parties du corps.

Ceux par lesquels on peut conjecturer qu’il y a des Vers dans le cerveau, sont de violentes douleurs de tête, & de violens élancemens dans cette partie. Ces maux arrivent souvent par d’autres causes que par celles-là ; mais quand ils s’opiniâtrent extrêmement, & qu’ils ne cèdent à aucun remede, il se peut faire alors qu’ils viennent de quelques Vers. Je dis qu’il se peut faire, parce que ce signe n’est pas toujours certain ; & je me souviens que comme j’étois à Lyon, il y a plusieurs années, un enfant de quatre ans, fils d’un riche Marchand, nommé M. Bon, étant mort d’une maladie qu’une étrange douleur de tête avoit fait croire à tout le monde venir de quelque Ver dans la tête ; on ouvrit la tête de l’enfant dans laquelle au lieu d’un Ver, on ne trouva qu’un amas d’eau. Ce que je dis des Vers du cerveau, je le dis des Vers du nez, & de ceux des oreilles ; je le dis des Vers du foie, de ceux des reins, & des autres parties.

Quant aux Vers du nez, en voici les signes. 1o. On sent une douleur vive au bas du front, près du nez, ou près de l’œil, soit du côté droit, soit du côté gauche, selon la situation du Ver, (car ce Ver loge dans une cavité creusée sous le front, au-dessus du nez, appellée Sinus frontal, laquelle s’étend à droite & à gauche.

2o. La douleur dont il s’agit, n’occupe d’abord qu’un petit espace ; puis elle s’étend peu à peu jusqu’à la tempe.

3o. Elle tourmente plus dans des temps que dans d’autres.

4o. Elle est intermittente au commencement ; mais après un certain nombre de mois, ce qui va quelquefois jusqu’à deux ans, elle devient continue.

5o. Elle est alors accompagnée de convulsions & d’insomnies.

6o. Après ce temps-là, il arrive souvent qu’elle augmente si fort, que la raison en est attaquée.

7o. On sent quelquefois un bourdonnement considérable dans l’oreille du côté de la douleur, & en même temps, une douleur si excessive dans l’œil du même côté, qu’il semble qu’on aille perdre l’œil.

Pour ce qui est des Vers des oreilles, les signes qui les dénotent, sont, 1o. Des douleurs assez légères, qui prennent de moment en moment le long des muscles crotaphites, jusqu’à la suture coronale, & depuis cette suture jusqu’à la racine du nez. 2o. Des augmentations de douleurs, & des insomnies qui surviennent quelque temps en suite.

Au regard des Vers ophthalmiques, ou Vers des yeux, ils sont très-difficiles à connoître ; veu que, selon ce qu’en rapportent les Auteurs qui en parlent, ils ne causent aucune douleur dans la partie.

Pour les Dentaires, comme ils se produisent sous la carie des dents, & qu’ils font leur niche dans le corps même de la dent, il est difficile qu’ils ne soient indiqués par de grandes douleurs de dents.

Quant aux Vers des reins, une longue douleur de reins, accompagnée d’un sentiment d’érosion & de piquure, est quelquefois une marque de Vers en ces parties. Un Malade que le célébre Jacques d’Alechamps traitoit un jour à Lyon d’une douleur semblable, sans qu’aucun remede le pût soulager, rendit enfin par l’urètre un petit Ver, qui avoit une tête pointue avec des cornes, & un corps couvert d’une écaille comme une Tortue. Jacques d’Alechamps fit sécher ce Ver, pour le conserver, & le montroit par curiosité à tous les Sçavans ; il le fit voir entr’autres, à Vidus Vidius le jeune, lequel en a fait la description comme d’une chose qu’il a vue[1].

Il n’y a constamment que les Vers sanguins qui ne causent point de douleur, & qui par conséquent sont plus difficiles à deviner ; ils nagent dans les vaisseaux sans se faire sentir.

A l’égard des Vers cutanés, comme les Crinons, les Bouviers, &c. on en peut connoître les signes par les effets que nous en avons rapportés au Chapitre troisième. J’ajouterai seulement ici que les Crinons se manifestent par des marques sensibles, lorsque l’on met le corps de l’enfant dans de l’eau tiéde ; car alors ils poussent à travers la peau une pointe qui les rend faciles à discerner. Nous parlerons des remedes propres contre toutes ces sortes de Vers, dans le Chapitre neuviéme ; venons aux signes des Vers qui sont dans les intestins.


  1. Vidus Vidius junior, lib. 10. cap. 14. de curat. membratim.