Des bienfaits/1

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Des bienfaits 2


DES BIENFAITS.

LIVRE I.

I. Parmi tant de causes diverses d’erreurs où nous jette l’absence de méthode et de réflexion dans la vie, ô vertueux Libéralis[1], la plus humiliante, j’ose presque le dire, est que nous ne savons ni donner ni recevoir. Qu’arrive-t-il en effet ? Que, mal placés, nos bienfaits sont mal reconnus : on ne nous rend point, et nous nous plaignons, mais trop tard : tout était perdu à l’instant même où nous donnions.

Ne t’étonne point que des vices monstrueux qui pullulent ici-bas nul ne soit plus commun que l’ingratitude. J’en vois plusieurs motifs : d’abord nos bienfaits ne vont pas chercher les plus dignes ; et nous qui, pour conclure un prêt, nous enquérons si scrupuleusement du patrimoine et du mobilier de l’emprunteur, nous qui ne confions aucune semence à un sol stérile ou ruiné, bienfaiteurs sans discernement, nous jetons au hasard plutôt que nous ne donnons.

Et puis j’aurais, peine à dire lequel est le plus honteux de méconnaître un bienfait, ou d’en réclamer le prix. Car ici la nature du contrat défend d’exiger plus qu’on ne veut bien nous rendre ; d’autre part, le nier devient une banqueroute[2] odieuse ; par cela même qu’il n’est pas besoin d’argent pour se libérer, que le cœur suffit, et que c’est payer un service que d’aimer à le reconnaître1.

Mais si celui-là est coupable qui ne paye pas même d’un aveu, nous aussi nous avons nos torts. Nous rencontrons beaucoup d’ingrats, nous en faisons davantage2 : reproches amers, exigences sans fin, humeur changeante et qui se repent d’une bonne œuvre à peine faite, esprit chagrin qui incrimine les moindres retards ; voilà ce qui tue toute reconnaissance, non-seulement après le bienfait, mais au moment même où l’on donne. Près de qui en effet suffit-il d’une simple ou d’une première demande ? Au seul soupçon qu’on vient nous prier, qui de nous par un front rembruni, des regards distraits, des prétextes d’affaires, des discours sans fin calculés de manière à ne pas conclure, ne ferme d’avance la bouche à la supplication, ou n’esquive par mille détours l’abord des plus pressantes misères ? Serré de près et pris au dépourvu, ce sont des délais que j’appelle de lâches refus ; ou, si l’on promet, n’est-ce point d’un air de répugnance, le sourcil froncé, avec ces sèches paroles qui ont peine à sortir ? Or comment se sentir obligé par des services bien moins obtenus qu’arrachés ? Peut-on montrer de la reconnaissance à qui laisse tomber ses faveurs du haut de son orgueil, à qui les jette avec humeur, à qui donne par lassitude, pour n’être plus importuné ? Quelle erreur d’espérer du retour quand on m’a excédé de remises, torturé par3 l’attente ! Les sentiments de l’obligé se règlent sur ceux du bienfaiteur ; ne soyez donc point tièdes à obliger ; on ne doit plus qu’à soi-même ce qu’on a reçu d’un indifférent. Gardez aussi de trop tarder : l’intention faisant le prix du service, accorder tard, c’est avoir longtemps refusé. Surtout n’humiliez point : car l’injure, tel est le cœur humain, pénètre plus avant que la bienfait ; en moins de rien celui-ci4 s’efface, le souvenir de l’autre est tenace et fidèle. Or qu’attendre d’un homme que l’on offense en l’obligeant ? C’est bien assez pour vous s’il vous pardonne vos bienfaits.

Qu’au reste la foule des ingrats ne ralentisse point notre générosité. Car nous les premiers, je le répète, nous contribuons à les multiplier ; et puis, voit-on les dieux eux-mêmes se départir de leur munificence, nécessité pour eux si douce, parce que certains hommes les outragent ou les oublient ? Les dieux suivent leur nature : ils versent leurs dons sur l’univers et jusque sur ceux qui mésinterprètent leurs bontés. Prenons-les pour guides5, autant que nous le permettent nos imperfections : donnons, ne plaçons point à usure. Nous méritons d’être déçus, si nous avançons un bienfait dans l’espoir qu’il nous reviendra. « Mais il nous a mal réussi ! » Nos enfants aussi et nos femmes trompent nos espérances : nous prenons néanmoins les titres de pères et d’époux ; et l’expérience nous trouve si rebelles, que nous revolons aux combats après la défaite et sur les mers après le naufrage6. Ah! c'est plutôt en libéralité qu'il est beau d'être opiniâtre. Qui refuse parce qu'on ne lui rend point n'avait donné que pour recevoir : il fait bonne la cause des ingrats, qui ne s'avilissent à ne pas rendre que quand on les en laisse libres. Que de gens sont indignes du jour! et pourtant le jour luit pour eux. Que d'hommes se plaignent d'être nés ! et la nature n'en crée pas moins de nouvelles générations, et elle laisse vivre ceux même qui voudraient n'avoir jamais été.

Il est d'une âme et grande et bonne de cultiver la bienfaisance, non pour ses fruits, mais pour elle-même, et de chercher, après tant d'ingrats, l'âme qui doit nous répondre. Où serait la gloire de l'homme généreux, s'il n'était jamais dupe ? Ici-bas la vertu consiste à répandre des bienfaits, dussent-ils ne pas nous revenir; mais tout noble cœur en recueille le prix à l'instant même. Oui, loin que l'ingratitude doive nous décourager ou ralentir en nous l'essor de la plus belle des vertus, si l'on m'ôtait l'espoir de trouver un homme reconnaissant, j'aimerais mieux n'être point payé de retour que de ne pas faire le bien. Car ne point obliger, c'est devancer le tort de l'ingrat. Je dis là ma pensée : qui ne rend point est plus coupable; qui ne donne point l'est plus tôt.

II.

Quand ton or sur la foule en bienfaits se répand,
Pour en bien placer un il en faut perdre cent.

Dans le premier vers deux choses sont à reprendre : ce n'est pas sur la foule qu'il faut répandre ses bienfaits; et puis jamais en rien, en bienfaisance moins qu'en tout le reste, la prodigalité n'est louable. Otez le discernement, ce n'est plus la bienfaisance; elle encourt toute autre qualification. Le second vers est admirable : par un seul service bien placé, il console de la perte de cent autres. Mais vois, je te prie, s'il ne serait pas plus vrai, et plus séant à la dignité de l'homme généreux, de l'exhorter aux bonnes œuvres, dût-il n'en bien placer aucune. Car il est faux de dire : on en perd cent. Aucune ne périt ; qui croit perdre avait compté gagner, La bienfaisance ne tient point de parties doubles; elle ne sait que débourser ; s'il rentre quelque chose, c'est pur gain : s'il ne rentre rien, il n'y a point perte. Je donne pour donner ; on ne porte pas ses bonnes œuvres sur son livre d'échéances; on ne se fait pas exacteur avare, au jour et à l'heure assignés. L'honnête homme n'y pense plus, si on ne le lui rappelle en s'acquittant: autrement le don se transforme en créance. C’est une usure honteuse que de compter ses bienfaits comme avances. Quel que soit le sort des premiers, ne cesse point d’en répandre ailleurs de nouveaux. Mieux vaut qu’ils demeurent oubliés chez l’ingrat ; car la honte, l’occasion, l’exemple peuvent quelque jour le ramener. Ne te lasse point, poursuis ton œuvre et remplis ton rôle d’homme de bien. Aide tes semblables de ta bourse, de ta signature, de ton influence, de tes lumières, de tes salutaires avis.

III. La brute même est sensible aux bons traitements : point de si farouche animal qu’on n’apprivoise à force de soins et dont on ne puisse gagner l’attachement. Le lion laisse manier impunément sa gueule par son maître ; un peu de nourriture obtient du sauvage éléphant toutes les complaisances de la domesticité7. Tant les êtres les plus éloignés de comprendre et d’apprécier un bienfait sont vaincus cependant par une bonté assidue et persévérante. L’ingrat a tenu bon contre un premier service ? il ne tiendra pas contre un second. Cette deuxième épreuve échoue-t-elle encore ? une troisième peut rappeler les deux premiers qui ont échappé. Celui-là perd, qui croit trop vite avoir perdu. Mais qu’on persiste, qu’on verse bienfait sur bienfait, on arrache enfin la reconnaissance au cœur le plus dur et le plus oublieux. Cet homme ne lèvera point un œil rebelle sur tant de bons offices : n’importe où il se tourne pour échapper à ses souvenirs, qu’il t'y retrouve : investis-le de tes bienfaits.

Quel est le pouvoir, quel est le caractère de la bienfaisance, je vais le dire, si tu me permets de passer sur ces questions qui n’importent pas au sujet : pourquoi il y a trois Grâces ; pourquoi elles sont sœurs et se tiennent par la main ; pourquoi on les peint riantes, jeunes et vierges, sans ceinture et en robe transparente. Selon les uns, elles figurent celui qui donne, celui qui reçoit, et celui qui rend ; selon d’autres, les trois manières de faire le bien : obliger, rendre, puis recevoir et rendre tour à tour. Quand je suivrais l’une ou l’autre opinion, que nous sert ce puéril savoir ? Que signifient ces mains entrelacées et oe chœur dansant qui revient sur lui-même ? Que la chaîne du bienfait qui passe d’une main à l'autre remonte toujours au bienfaiteur, que tout le charme est détruit, si elle se brise en un point, que sa beauté vient de l’union et de la succession des rôles. Aussi les Grâces sont-elles riantes ; mais le sourire de l'aînée a quelque chose de plus noble, comme l’est celui du bienfaiteur. Leur figure est épanouie : ainsi l'est ordinairement l'air de ceux qui donnent comme de ceux qui reçoivent. Elles sont jeunes : la mémoire du bienfait ne doit pas vieillir. Vierges : il doit être irréprochable, pur, sacré pour tous; ni gêne, ni entrave ne lui sied; voilà pourquoi leurs robes n'ont point de ceinture. L'étoffe en est transparente : car les bienfaits ne craignent pas le grand jour.

Qu'il se trouve d'assez serviles partisans des Grecs pour croire tout cela fort essentiel, aucun pourtant ne dira qu'ici il soit à propos de connaître les noms qu'Hésiode a imposés aux Grâces. Il appelle l'aînée Aglaé, la cadette Euphrosyne, la plus jeune Thalie. Chacun tourmente et explique ces noms à sa guise; c'est à qui en tirera un sens quelconque, tandis que le poëte a donné à ses jeunes filles le nom qui lui a plu. Ainsi encore Homère changea le nom de l'une d'elles en celui de Pasithéa et lui donna un mari, pour faire savoir qu'elles ne sont pas vestales. Je citerais même un poëte qui leur accorde des ceintures et des robes phrygiennes épaisses de broderies d'or. On place Mercure dans leur compagnie, non parce que la logique ou la rhétorique donne du relief au bienfait, mais c'est que telle a été l'idée du peintre. Chrysippe même, ce génie subtil qui pénètre les vérités les plus abstruses, qui ne parle que dans un but sérieux et ne donne aux mots que ce qu'il faut pour l'intelligence, a rempli tout son livre de ces inepties. Il ne dit que très peu de choses sur la manière de donner, de recevoir et de rendre, et intercale non les fables dans les préceptes, mais les préceptes dans les fables. Car, outre ces détails transcrits par Hécaton, Chrysippe dit que les Grâces sont filles de Jupiter et d'Eurynome, plus jeunes que les Heures, mais d'un peu meilleure mine et, à ce titre, données pour compagnes à Vénus. Il juge même que le nom de la mère importe beaucoup à la chose. Ce nom est Eurynome, vu que dans une famille nombreuse il faut d'amples distributions ; comme si c'était l'usage de nommer les mères après la naissance de leurs filles, oomme si les poëtes, rapportaient bien fidèlement les noms. De même que le nomenclateur, faute de mémoire, paye d'effronterie et vous applique un nom quelconque quand il ne peut trouver le vôtre, les poëtes ne pensent pas que dire la vérité soit leur affaire8 ; mais, contraints par les besoins du mètre ou séduits par l'éclat d'un mot, ils donnent de leur chef à toute chose tel nom qui fait bien pour le vers. Et on ne leur impute point à fraude une désignation portée pour une autre sur leurs registres ; car le premier poëte qui va suivre en crée de sa façon une troisième. Pour preuve voici Thalie, dont il est ici question : dans Hésiode c’est l’une des Grâces, et dans Homère, une Muse.

IV. Or, pour ne point faire ce que je blâme, je laisse là ces vétilles, tellement hors de mon sujet qu’elles ne l’avoisinent même par aucun point. Mais défends-moi, si l’on vient à me faire un crime d’avoir rappelé à l’ordre Chrysippe, esprit supérieur il est vrai, mais qui n’en était pas moins grec, et dont la subtilité s’émousse par trop de finesse et se replie souvent sur elle-même : ses traits en apparence les plus vigoureux piquent, mais ne percent point. Veut-on un exemple de cette subtilité ? C’est la bienfaisance qu’il a prise pour texte : il veut donner les règles du contrat qui lie le plus fortement la société humaine, fixer une loi de conduite telle qu’on ne prenne pas pour bonté de cœur cette facilité irréfléchie qui séduit ; il veut que la libéralité, laquelle ne doit ni tarir en nous ni se répandre sans mesure, ne soit pas restreinte par la circonspection, qui la tempère ; il veut enseigner à recevoir de bonne grâce, à rendre de même ; il veut proposer aux hommes cette noble lutte qui tend, de fait et d’intention, non-seulement à égaler, mais à vaincre le bienfaiteur, car la reconnaissance n’est jamais au niveau du service, si elle ne le dépasse ; il veut enfin apprendre aux uns à ne pas compter qu’on leur doive, aux autres à amplifier leur dette.

Cette glorieuse émulation de surpasser le bienfait par un bienfait plus grand, comment Chrysippe croit-il l’inspirer ? Il dit que les Grâces étant filles de Jupiter, on doit craindre, en montrant peu de gratitude, de commettre un sacrilège et de faire injure à de si belles vierges. Eh ! enseigne-moi quelque moyen d’être plus libéral et plus dévoué envers ceux qui m’ont obligé, d’établir entre eux et moi une rivalité telle qu’ils oublient, eux, ce qu’ils ont fait, et que j’en garde, moi, un persévérant souvenir. Pour ces futilités, laissons-les aux poëtes, dont l’unique but est de charmer l’oreille et d’ourdir une fable amusante. Mais que ceux qui veulent guérir les âmes, maintenir parmi nous l’empire du devoir et inculquer aux hommes la mémoire des bons offices, que ceux-là parlent au sérieux et plaident cette cause de toutes leurs forces, à moins que par hasard tu ne penses que de frivoles et fabuleux propos, des raisonnements de vieille femme, peuvent conjurer le fléau le plus désastreux, la banqueroute des bienfaits. V. Mais si je passe les discussions oiseuses, je dois en revanche établir qu’avant tout il nous faut savoir quelle dette un bienfait reçu nous impose. Je dois, dit l’un, telle somme qu’on m’a donnée ; un autre, le consulat ; celui-ci, le sacerdoce ; celui-là, un gouvernement : mais ce sont là les signes extérieurs du bienfait, non le bienfait même. Le bienfait ne peut se toucher de la main : c’est dans le cœur qu’il loge. Il y a loin de la matière de l’acte à l’acte lui-même. Ce n’est ni or, ni argent, ni quoi que ce soit, si grand qu’il paraisse [3], qui constitue le bienfait, c’est l’intention de celui qui donne9. Le vulgaire, il est vrai, n’y voit que ce qui s’offre aux yeux, ce qui se livre et se possède : pour ce qui s’y trouve de vraiment cher et précieux, il en tient peu compte. Mais ces objets que nous saisissons, que nous contemplons, auxquels se prend notre cupidité, sont périssables ; la Fortune, l’injustice nous les peuvent ravir : or le bienfait survit à la perte de la chose donnée10. C’est en effet un acte moral, que nulle puissance n’anéantit. J’ai racheté mon ami des mains des pirates, un autre ennemi le prend et le jette en prison ; ce n’est pas ma bonne œuvre, c’est seulement le fruit de cette bonne œuvre qui est perdu. J’ai rendu à un père ses enfants arrachés au naufrage ou à l’incendie ; qu’ensuite une maladie, un accident les lui enlève, une chose leur survit, le mérite de les avoir sauvés. Donc tout ce qui usurpe à faux le nom de bienfait n’est que le moyen de manifestation d’une pensée bienveillante.

En bien d’autres matières encore il arrive que le signe est fort distinct de la chose. Un général décerne des colliers, une couronne murale ou civique ; que vaut en soi une couronne, une prétexte, des faisceaux, un tribunal, un char ? Rien de tout cela n’est l’honneur, je n’y vois d’honneur qu’en symbole. De même ce qui frappe nos yeux n’est pas le bienfait, c’en est le vestige et la marque.

VI. Qu’est-ce donc que le bienfait ? Un acte de bienveillance qui rend heureux du bonheur qu’on procure, une œuvre d’inclination, un élan spontané du cœur. Ce n’est donc pas la chose faite ou donnée qui importe, c'est l’intention, puisque le bienfait consiste, non dans la chose donnée ou faite, mais dans la pensée de celui qui fait ou qui donne. Grande est ici la différence, et elle ressort de cette vérité que le bienfait est toujours un bien, tandis que la chose faite ou donnée n'est ni un bien ni un mal. C’est l’intention qui relève les plus petites choses, ennoblit les plus communes, ravale les plus grandes et les plus estimées : les objets de nos convoitises, neutres par leur nature, ne sont ni bons ni mauvais : tout dépend de l’intention dirigeante, qui donne aux choses leur caractère. L’essence du bienfait n’est donc pas ce qui se compte et se délivre ; tout comme ce n’est pas la victime, fût-elle des plus grasses et toute brillante d’or, qui honore les dieux, mais bien la volonté pieuse et droite des adorateurs. Avec un peu de farine ou un grossier gâteau les bons sont toujours assez religieux11, tandis que le méchant ne laverait pas son impiété, quand il inonderait les autels du sang des hécatombes.

VII. Si les bienfaits consistaient dans les choses non dans la volonté, ils seraient d’autant plus grands que l’on recevrait davantage : or cela n’est pas. Souvent l’homme qui mérite le mieux de moi est celui qui donne peu, mais avec grandeur, et dont le bon vouloir équivaut aux largesses des rois[4] ; son présent est modique, mais il vient du cœur ; il a oublié sa pauvreté en voyant la mienne ; il avait non la volonté seulement, mais la passion d’être utile ; en m’obligeant, il s’est cru lui-même l’obligé ; il donnait comme s’il était sûr de tout recouvrer, il se voyait rendre comme s’il n’eût pas donné ; enfin il a saisi, il a provoqué l’occasion de me servir. Mais, je le répète, qu’elles ont peu de charme, bien que par le fait et l’apparence elles semblent de grand prix, les grâces qui sont arrachées ou qui échappent par mégarde, et combien ce qn’on donne facilement touche plus[5] que ce qu’on jette à pleines mains12 ! L’offrande de l’un est exiguë, mais il n’a pu faire davantage ; celle de l’autre est riche, mais il a hésité, différé ; mais il a plaint ce qu’il a donné ; ses secours superbes, dont il a fait parade, ne cherchaient point la satisfaction de l’homme auquel ils s’adressaient : c’étaient des gratifications pour sa vanité, non pour moi13.

VIII. Un jour que les disciples de Socrate lui faisaient en foule mille offres de tout genre, chacun selon ses moyens, Eschine qui était pauvre, lui dit : « Je ne saurais te rien donner qui fût digne de toi, et c'est par là seulement que je sens ma pauvreté. Reçois donc la seule chose qui m’appartienne : je me donne à toi tout entier. Puisse mon offre t’agréer, toute faible qu’elle est ; et songe que si d’autres t’ont donné beaucoup, ils se sont réservé davantage. — Eh ! crois-tu, répliqua Socrate, ne m'avoir pas fait là un riche cadeau, ou par hasard t’estimerais-tu si peu ? Eh bien donc, je prendrai à tâche de te rendre à toi-même meilleur que je ne t’aurai reçu. » Eschine par un tel présent l’emporta sur Alcibiade, aussi généreux que riche, et sur toute la munificence d’une jeunesse opulente.

IX. Vois comme le cœur trouve de quoi se montrer libéral, même dans la gêne la plus étroite. Je me figure Eschine disant : « C’est en vain, ô Fortune ! que tu as voulu me faire pauvre : je trouverai en dépit de toi un présent digne de Socrate ; et si je ne puis rien offrir du tien, c’est du mien que je donnerai. » Or ne crois pas qu’il se jugeât sans valeur en se donnant ; lui-même pour prix de ses progrès : c’était l’ingénieux moyen d’obtenir Socrate en retour… Il faut examiner qui donne, et non le prix de ce qui est donné…

L’homme adroit fait un accueil facile aux prétentions immodérées ; et tel vœu téméraire, qu’au fond il ne secondera nullement, il l'encourage par ses discours. Pire est encore, à mon avis, l’homme au rude langage, aux airs importants, avec son odieux étalage de crédit. Car on courtise et l’on déteste le favori de la Fortune, et ceux qui, s’ils pouvaient, agiraient comme lui, s’indignent de ses façons d’agir… Tel qui, sans se cacher de rien, affichait la femme d’autrui, abandonne aux autres la sienne. On est rustre, on ne sait pas vivre, on est homme à mauvais procédés, et un détestable parti, comme disent nos matrones, quand on ne veut pas que sa femme s’étale en litière ; spectacle ambulant pour les curieux qu’elle admet à la voir sous tous les aspects en robe diaphane. Celui qu’aucune maîtresse n’a mis en relief, qui n’entretient pas quelque femme mariée, nos grandes dames l’appellent homme de mauvais ton, de passions ignobles, coureur de chambrières. Ainsi le genre de fiançailles le plus honnête est l’adultère ; ainsi, veuf et célibataire par mutuel accord, on ne prend plus pour femme que celle qu’on a prise à autrui. On pille et l’on dissipe, et la cupidité rapace tente de ressaisir ce qu’elle a dissipé ; on ne se fait conscience de rien ; on méprise la pauvreté chez les autres, on la craint pour soi comme le pire des maux ; mille attentats troublent la paix publique ; le faible est opprimé par la force et par la terreur. Car que l'on dépouille les provinces, et qu’entre deux enchérisseurs qu'elle écoute, une justice vénale s’adjuge au plus offrant, cela n’a rien d’étrange : vendre ce qu’on a acheté n’est-ce pas le droit des gens ?

X. Mais l’indignation provoquée par le sujet même, m’emporte trop loin de mon but. Arrêtons-nous, et pourtant ne souffrons pas que le blâme pèse tout sur notre époque. Ç’a été la plainte de nos aïeux, c’est la nôtre, ce sera celle de nos descendants, que les mœurs sont perverties, que l’iniquité triomphe, que le monde est de plus en plus dépravé et que toute vertu s’en va. Cependant à cet égard tout reste et restera au même point, sauf de légers mouvements en deçà ou au delà14, comme ceux des eaux que le flux amène et pousse au loin sur la grève, que le reflux ramène et fait rentrer dans leur lit intérieur. Tantôt l’adultère sera plus fréquent que les autres crimes et la pudeur brisera tous ses freins ; tantôt la fureur des banquets prévalant, les patrimoines iront honteusement s’engloutir dans les cuisines ; ici les soins excessifs du corps et de la beauté physique trahiront la difformité de l’âme ; là une liberté mal réglée éclatera en licence et en audace ; tantôt l’esprit de cruauté emportera les individus comme les peuples, et dans la frénésie des guerres civiles tout ce qu’il y a d’inviolable et de saint sera profané ; l’ivrognerie pour un temps sera en honneur, et beaucoup absorber de vin sera la mesure du mérite. Jamais stationnaires, les vices sont toujours mobiles et discordants et en lutte flagrante, tour à tour envahissants et dépossédés. C’est au surplus toujours la même sentence que nous devons porter contre nous : nous sommes méchants, nous l’avons été, et, je souffre à le dire, nous le serons encore. Il y aura encore des homicides, des tyrans, des larrons, des adultères, des ravisseurs, des sacrilèges, des traîtres ; après eux tous arriverait l’ingrat, si tous ces méfaits ne venaient de l’ingratitude sans laquelle peut-être pas un grand crime n’a surgi15. Garde-toi, comme de l’immoralité la plus grave, de l’admettre en ton âme : pardonne-la, comme une faute légère, à qni l’aura commise. Car à quoi se réduit le dommage ? À un bienfait perdu. Mais le meilleur nous en reste : nous avons donné. Et si, d’une part, nos bienfaits doivent chercher de préférence ceux qui y répondront dignement, parfois aussi nous obligerons, dussions-nous mal augurer du retour ; nous donnerons à ceux que nous jugerons devoir être ingrats, à ceux même que nous saurons l’avoir été. Si je puis par exemple, rendre à un père ses fils que je sauverais d’un grand péril sans rien risquer moi-même, je n’hésiterai point. À l'homme reconnaissant je prodiguerai jusqu'à mon sang pour le défendre, et je prendrai ma part de ses dangers; pour l'ingrat, si je peux par un cri l'arracher aux brigands, ce cri qui doit sauver un homme je le proférerai de grand cœur.

XI. Il nous reste à dire quelle sorte de bienfaisance il faut pratiquer, et de quelle manière. D'abord donnons le nécessaire, puis l'utile , ensuite l'agréable, et, le plus possible, ce qui doit durer. Il faut commencer par le nécessaire; car ce qui apporte la vie nous affecte bien autrement que ce qui n'est que l'embellissement de la vie, un accessoire. On peut se montrer dédaigneux appréciateur d'une chose dont on se passerait sans peine, de laquelle on pourrait dire : « Reprenez-la; je n'en ai nul besoin : ce que j'ai me suffit. » On est tenté parfois, non-seulement de rendre ce qu'on a reçu, mais de le jeter loin de soi.

Dans la foule des choses nécessaires s'offrent en première ligne celles sans lesquelles on ne peut vivre; puis celles sans lesquelles on ne le doit pas; et enfin celles sans lesquelles on ne voudrait plus vivre. Mettons dans la première classe l'acte qui nous sauve des mains de l'ennemi, des fureurs d'un tyran, de la proscription, de tant d'autres périls divers, à mille faces, qui assiègent la vie humaine. Dissipons n'importe lequel de ces périls : plus il était grave et terrible, plus nous aurons de titres à la reconnaissance. Car alors on se représente la grandeur du mal auquel on échappe, et le charme du bienfait s'augmente de toute la crainte qui a précédé. N'allons pas toutefois, quand nous pourrons nous hâter, différer jamais le salut d'un homme, et vouloir que son effroi donne plus d'importance à notre service. Immédiatement après viennent Ces choses sans lesquelles la vie est à la vérité possible, mais une vie pire que la mort: telles sont la liberté, la pudeur, la bonne conscience. Nous compterons en troisième lieu ce que d'étroits liens, le sang, le long usage, l'habitude nous ont rendu cher, comme nos enfants, nos femmes, nos pénates, tous les objets auxquels notre âme s'est si intimement attachée, qu'il nous semblerait plus affreux de les perdre que d'être arrachés de la vie.

Arrive ensuite l'utile, matière aussi variée qu'elle est vaste. De ce genre est l'argent, quand ce n'est pas outre mesure, mais dans un esprit de modération qu'on l'amasse; tels sont, un honneur, un avancement pour qui vise à monter : car la première utilité, c'est l'utilité personnelle. Le reste n'est que superflu : élément de sensualité. Ici la règle à suivre est de saisir l’à-propos qui flatte : que ce soient des choses non vulgaires, rares pour tous les temps, du moins pour le nôtre, ou que peu d’hommes en aient de pareilles, ou que, si elles n’ont point de valeur par elles-mêmes, le choix du temps ou du lieu leur en donne. Cherchons l’objet dont l’offre doit le mieux plaire, qui frappera souvent les yeux du possesseur ; qu’il croie toujours nous voir en le voyant. N’allons pas surtout en envoyer d’inutiles, comme à une femme ou à un vieillard un équipement de chasse, à un homme illettré des livres, à un amateur de l’étude et des lettres des filets. D’un autre côté prenons garde qu’en voulant faire un envoi qui plaise, nous n’ayons l’air de rappeler un défaut personnel : n’offrons pas des vins à un ivrogne, des médicaments à un valétudinaire. C’est presque une satire, ce n’est plus un don, quand l’homme qui le reçoit y voit une allusion à son côté faible.

XII. Si nous avons le choix, donnons de préférence des choses de durée, afin que nos dons ne meurent point, s’il est possible. Peu d’hommes sont assez reconnaissants pour songer à ce qu’ils ont reçu, quand ils ont cessé de le voir. L’ingrat même retrouve le souvenir en même temps que nos présents ; dès qu’ils s’offrent à sa vue, l’oubli ne lui est plus possible : ils lui retracent, ils lui inculquent le nom de leur auteur. Il faut d’autant plus chercher à faire des présents qui durent, que jamais on ne doit les rappeler : laissons l’objet lui-même réveiller la mémoire assoupie. Je donnerai plus volontiers de l’argenterie que de l’argent ; plus volontiers des statues qu’un vêtement, que tout ce que l’usage détériore trop vite. Chez peu de gens la gratitude survit au don ; chez la plupart il ne demeure pas dans l’âme plus longtemps que dans les mains. Je ne veux donc pas, s’il se peut, que mon présent s’anéantisse : je veux qu’il subsiste, qu’il s’attache à mon ami, qu’il vive avec lui.

Il n’est point d’homme si peu sensé qu’il faille lui recommander de ne pas envoyer, les fêtes terminées, des gladiateurs, des bêtes féroces, ni des costumes d’été en hiver, ou d’hiver en été. Qu’en tout ceci le bon sens nous guide : ayons égard aux temps, aux lieux, aux personnes : car selon les circonstances les mêmes choses plaisent ou désobligent. N’est-on pas mieux venu en donnant à un homme ce qu’il n’a pas que ce qu’il possède en abondance, ce qu’il a cherché longtemps sans le rencontrer que ce qu’il verra partout ? Il faut dans un présent, non pas tant la magnificence, que la rareté et une certaine recherche qui lui fassent trouver place même chez le riche : ainsi les fruits les plus communs, qui quelques jours plus tard seront dédaignés, flattent dans leur primeur. Ce qui relève aussi un présent, c'est qu'on ne l'ait reçu que de nous, ou que nous ne l'ayons fait à personne.

XIII. Alexandre le Macédonien venait de vaincre l'Orient et s'élevait dans son orgueil au-dessus de la condition d'homme, quand les Corinthiens le complimentèrent par ambassadeurs et lui décernèrent le droit de cité dans leur ville. Il se mit à rire d'un pareil hommage ; mais l'un des ambassadeurs : « Ce titre de concitoyen, dit-il, Corinthe ne l'accorda jamais qu'à Hercule et à toi. » Le prince alors reçut avec joie le privilège qu'on lui déférait, admit les députés à sa table, et eut pour eux tous les égards possibles, considérant non plus qui lui envoyait ce titre, mais avec qui il le partageait. Et cet homme, esclave de la gloire, dont il ne connaissait ni la nature , ni les limites, lui qui marchant sur les traces d'Hercule et de Bacchus, ne s'arrêtait pas même où elles avaient cessé, reporta ses regards des Corinthiens à l'associé qu'ils lui donnaient ; il crut voir ce ciel qu'ambitionnait sa présomptueuse pensée s'ouvrir pour lui parce qu'on l'accolait à Hercule. En quoi donc ressemblait à Hercule ce jeune insensé dont la seule vertu fut une heureuse témérité ? Hercule ne vainquit jamais pour lui-même : il traversa le monde non en conquérant, mais en libérateur. Qu'avait-il besoin de conquêtes, ce héros terrible aux méchants, vengeur des bons, pacificateur de la terre et des mers? Mais Alexandre ! brigand dès l'enfance, déprédateur des peuples, fléau de ses amis comme de ses ennemis, il fit consister le bien suprême à être la terreur des mortels, oubliant que non-seulement les animaux les plus féroces, mais les plus lâches même sont redoutés pour la malfaisance de leur venin.

XIV. Mais revenons à notre sujet. Des grâces jetées à tout venant ne sont des grâces pour personne. On ne se croit pas le convive d'un hôtelier, d'un cabaretier, ni de qui fête tout un public, quand on peut dire : « Quelle faveur m'a-t-il faite à moi, qu'il n'ait faite à tel ou tel qu'il connaît à peine, à un histrion[6], à un infâme ? Était-ce par estime pour moi ? Non certes : c'était pour complaire à sa manie.» Si tu veux que je prise tes dons ne les prostitue pas16. Se croit-on obligé pour des choses toutes banales ?

Qu’on n’induise pas de là que je veuille retenir l’élan de la libéralité et lui imposer un frein plus étroit. Non : qu’elle se porte aussi loin qu’elle voudra, mais qu’elle s’y porte sans écarts.

On peut donner de telle façon que, tout en recevant ce qu’ont reçu cent autres, chacun ne se croie pas confondu dans la foule, et puisse, au moyen de quelque marque particulière, se flatter d’une grâce spéciale. Qu’il puisse dire : « On m’a donné comme à tel autre, mais de tout cœur ; sans me faire trop attendre, et cet autre le méritait depuis longtemps. D’autres ont obtenu les mêmes choses, mais non accordées avec le même ton, ni la même prévenance ; ils n’ont obtenu qu’à leur prière, j’ai accepté à la sienne[7]. Ils ont reçu, mais ils étaient bien en état de rendre ; et leur vieillesse, libre d’héritiers, laissait beaucoup à espérer. C’était me donner plus que me donner autant : car on ne se promettait pas de retour. » La courtisane qui sait se partager entre plusieurs amants, accorde à chacun d’eux quelque gage particulier d’affection ; voulez-vous de même doubler le charme de vos services, trouvez, le moyen de contenter plusieurs à la fois, tout en ménageant17 à chacun de quoi lui faire croire qu’il est le préféré. Pour moi je ne prétends pas entraver la bienfaisance : plus elle se multiplie et grandit, plus elle devient honorable. Mais j’y veux du discernement : quel cœur en effet est jamais touché de ce qui se donne au hasard et à la légère ?

Que si donc quelqu’un s’imagine qu’en traçant ces préceptes nous voulons resserrer les bornes de cette vertu et lui ouvrir une moins vaste carrière, il prend nos conseils bien à contresens[8]. Car est-il une vertu plus vénérée, plus encouragée par nous ? Et de qui ces exhortations viendraient-elles plus convenablement que de nous qui cimentons par elle la société du genre humain ?

XV. Quelle est donc ma pensée ? Comme l’élan du cœur le plus noble cesse de l’être, bien qu’il parte d’une volonté droite, s’il dépasse cette mesure qui fait la vertu, je ne veux pas que la libéralité devienne profusion. Un bienfait n’est doux à recevoir et ne s’accueille avec une religieuse gratitude, qu’autant que la raison le dispense au mérite, et non lorsqu’il tombe à l’aveugle, étourdiment semé par l’irréflexion ; il faut qu’on puisse s’en faire gloire, et dire : « Il était pour moi. » Appelles-tu bienfaits des actes dont je rougirais d’avouer l’auteur ? Mais combien elles sont plus flatteuses, combien elles descendent plus avant dans l’âme pour n’en sortir jamais, ces grâces qui nous font songer avec délices moins à elles-mêmes qu’à celui de qui nous les tenons !

Crispus Passiénus18 répétait souvent qu’il préférait l’estime de certains hommes à leurs services, et les services de certains autres à leur estime. « Par exemple, ajoutait-il, à Auguste je lui demanderai plutôt son estime, à Claude ses services. » Je pense, moi, qu’il ne faut rien désirer de gens dont on dédaignerait l’estime. « Comment ? Fallait-il refuser les dons de Claude ? » Non, mais les recevoir comme ceux de la Fortune, sachant qu’elle peut l’instant d’après devenir hostile. Pourquoi donc séparerions-nous deux choses qui se fondent l’une dans l’autre ? Il n’y a pas de bienfait là où manque ce qui en est l’âme, le discernement. Autrement la somme donnée, fût-elle immense, dès que ce n’est pas la raison ni une intention pure qui l’offre, n’est pas plus un bienfait que ne le serait un trésor trouvé. Il est mille choses qui peuvent s’accepter, mais pour lesquelles on ne doit rien.


NOTES
SUR LES BIENFAITS.

LIVRE I.
1.

Vois-je pas vos bontés à mon aide paroître,
Et parler dans vos yeux un signe qui me dit
Que c’est assez payer que de bien reconnoître ? (Malherbe.)

Que doit donc un grand cœur aux faveurs qu’il reçoit ?
S’avouant redevable il rend tout ce qu’il doit.

(Corneil. Théodore, act. I., sc. ii.)

2. « Tel homme est ingrat qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien. » (La Rochefoucauld, Max. ccxxix.)

3. « J’ai usé mes forces à demander, a dit quelqu’un, il ne m’en reste plus pour remercier. »

4. On demandait à Aristote quelle est la chose qui vieillit le plus vite : « C’est un bienfait, » répondit-il. (Diog. Laërce.)

Si quid beneficias, levier pluma est gratia ;
Si quid peccatum est, plumbeas iras gerunt.

(Plaut., Pœnul., III, vi.)

5. Voyez liv. IV. Note 18.

6. Voir liv. IV, XXXiii, et VII, xxxi, et lettre LXXXI.

Scilicet et victus repetit gladiator arenam;
Et redit in tumidas naufraga puppis aquas.

(Ovid., Trist., II, i.)
7.

Monstre des bois, race farouche,
On peut vous gagner, on vous touche,

Vous sentez le bien qu’on vous fait.
Seul, des monstres le plus sauvage,
L’ingrat trouve un sujet de rage
Dans le souvenir d’un bienfait.

(Gresset, l'Ingratit. , ode.)
8.

Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.

(La Fontaine.)
9.

Affectus nomen imponit operi tuo.

(Saint Ambroise, De offic. ministror.)

10. « Le peuple n’appelle bienfaits que ceux qu’il manie et qui tombent sous les sens : il ne les mesure que par les succès qui sont au pouvoir de la fortune. Les spéculatifs montent plus haut : ils vont prendre les grâces dans l’intention, comme des actes purs et séparés de la matière, et ne remettent pas leur gratitude à l’événement, parce qu’ils la remettaient au hasard. » (Balzac, Lettre iii, liv. XIV.)

11. Voir lettres xcxv et cxv. « Celui qui rend grâce à Dieu offre la fleur de farine… » (Ecclesiast., xxxv, 4.)

Puras Deus, non plenas, adspicit manus.  (P. Syrus.)

Tel donne à pleines mains qui n’oblige personne ;
La façon de donner vaut mieux que ce qu’on donne ;

(Corneille, le Menteur, act. I, sc. i.)

Verbum melius quam datum. (Ecclesiast., xviii, 16.)

13. « Ce qu’on nomme libéralité n’est, le plus souvent, que la vanité de donner, que nous aimons plus que ce que nous donnons. » (La Rochefoucauld.)

14. Voir lettre xcvii. « Les inventions des hommes vont en avançant de siècle en siècle. La bonté et la malice du monde en général reste la même. » (Pascal, Pens. iio, part. XVII.)

Dixeris maledicta cuncta, quum ingratum dixeris.  (P. Syrus.)
Rarum esse oportet quod diu curum velis. (Id.)

Qu’à part ils pensent tous avoir la préférence,
Et paraissent ensemble entrer en concurrence ;
Que tout l’extérieur de son visage égal
Ne rende aucun jaloux du bonheur d’un rival ;
Que ses yeux partagés leur donnentde quoi craindre,
Sans donner à pas un aucun lieu de se plaindre ;
Qu’ils vivent tous d’espoir… (Corn., Mélite, act. IV, sc. i.)

18. Crispus Pssienus, beau-père de Néron et second mari d'Agrippine, qui l'empoisonna pour jouir plus promptement de l'immense fortune qu'il lui avait léguée. Homme de bien, habile orateur, esprit fécond en saillies ». (Voir Quest. nat., IV. Préface.)

  1. Ami de Sénèque, né à Lyon (Voy. lettre 91). Du reste inconnu dans l’histoire.
  2. Je lis avec deux Mss. decoquere vero. Lemaire : de quo queri vere
  3. Je lis, avec un Mss., pro maximis au lieu de o proximis.
  4. Virgil. Géorgiq. IV, 102.
  5. Je lis avec Fickert gratius au lieu de gravius.
  6. Je lis comme Muret et J. Lipse : mimicum au lieu de inimicum.
  7. Je lis quum rogarer, et non quum rogaret.
  8. Au lieu de : ne perperam exaudiat, je crois qu’il faut lire næ perperam exaudiet.