Description de la Chine (La Haye)/De l’éducation de la jeunesse

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Scheuerleer (2p. 437-439).


PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE PREMIER.


De l’éducation de la jeunesse.


Il cite le livre des rits, qui prescrit les règles suivantes, qu’on doit observer, pour bien élever ses enfants. Une mère dans le choix qu’elle fait d’une femme pour allaiter et instruire son enfant, ne doit jeter les yeux que sur une personne qui soit modeste, d’un esprit paisible, vertueuse, affable, respectueuse, exacte, prudente, et discrète dans ses paroles.

Dès qu’un enfant peut porter la main à la bouche, qu’on le sèvre, et qu’on lui apprenne à se servir de la main droite. A l’âge de six ans, qu’on lui enseigne les nombres les plus communs, et le nom des parties les plus considérables du monde ; à l’âge de sept ans, qu’on le sépare d’avec ses sœurs, et qu’on ne lui permette pas de s’asseoir, ni de manger avec elles. A l’âge de huit ans, qu’on le forme aux règles de la civilité et de la politesse qu’il doit garder, lorsqu’il entre ou qu’il sort de la maison, et lorsqu’il se trouve avec des personnes âgées. A neuf ans, on lui apprendra le calendrier. A dix ans, qu’on l'envoie aux écoles publiques, et qu’on ne lui donne point d’habits gonflés de coton : ils seraient trop chauds pour son âge. Le maître lui donnera la connaissance des livres, et lui apprendra à écrire et à compter. A 13 ans, on lui fera étudier la musique, afin que chantant des vers, les sages maximes qui y sont renfermées, se gravent mieux dans sa mémoire. A 15 ans, il apprendra à tirer de l'arc et à monter à cheval. A 20 ans, on lui donnera le premier bonnet avec les cérémonies accoutumées : il pourra porter des habits de soie et de fourrure, et il se donnera tout entier à l’étude jusqu’à 30 ans, qu’on le mariera[1] : il s’appliquera alors à bien gouverner sa maison, et il continuera à se perfectionner dans les lettres. A 40 ans, il pourra être élevé aux charges et aux dignités, mais on ne le fera point premier ministre qu’il n’ait 50 ans. Qu’il se démette de son emploi, dès qu’il sera septuagénaire.

Pour ce qui est des filles, quand elles auront atteint l’âge de dix ans, on ne les laissera plus sortir de la maison. On leur apprendra à avoir un air affable, à parler avec douceur, à filer, à dévider de la soie, ou en écheveaux, ou en pelotons, à coudre, à faire des tissus de soie ou de chanvre : enfin, on les appliquera à tous les autres ouvrages propres du sexe ; et on les mariera à 20 ans.

Le premier président du tribunal suprême des rits doit établir dans chaque district des officiers, qui veillent à ce qu’on enseigne principalement trois choses aux peuples. 1° Les six vertus ; savoir, la prudence, la piété, la sagesse, l’équité, la fidélité, la concorde. 2° Les six actions louables : savoir, l’obéissance envers les parents, l'amour envers les frères, la concorde entre les proches, l’affection pour ses voisins, la sincérité entre les amis, et la miséricorde à l’égard des pauvres et des malheureux. 3° Les six sortes de connaissances dont on doit s’instruire, et qui consistent à apprendre les rits, la musique, à tirer de l’arc, à monter à cheval, à écrire, et à compter.

La doctrine du maître, dit un autre livre, c’est la règle du disciple. Quand je vois un jeune homme qui s’y rend attentif, et qui s’efforce de la mettre en pratique ; qui écoute le matin les leçons de son maître, et qui les lui répète le soir ; qui se forme sur la conduite des sages, et qui tâche de les imiter ; qui ne donne aucun signe d’orgueil, et dont tout l’extérieur est composé ; qui veille sur ses regards, et qui ne jette jamais les yeux sur aucun objet tant soit peu déshonnête ; qui parmi ceux de son âge ne fréquente que les plus sages et les plus vertueux ; qui ne parle qu’à propos, et toujours d’une manière respectueuse ; je juge alors qu’infailliblement il fera de grands progrès dans la sagesse et la vertu.



  1. La coutume a changé : à présent on les marie de bonne heure, et même dès l'âge de quinze ans.