Description de la Chine (La Haye)/Des Ou poey tse, drogue Chinoise

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Scheuerlee (3p. 615-625).


DES OU POEY TSE.


Drogue chinoise.


Cette drogue n’est pas tout à fait inconnue en Europe : elle est tombée entre les mains d’un célèbre académicien[1] sous la qualité d’une drogue que les Chinois emploient dans les teintures. Après l’avoir examinée en très habile physicien, il lui a paru qu’elle avait beaucoup de conformité avec ces excrescences qui naissent sur les feuilles des ormes, appelées ordinairement vessies d’ormes ; il l’a trouvé très acerbe au goût, et d’une astriction si forte, qu’elle est en cela préférable à toutes les autres espèces de galles, dont se servent les teinturiers : c’est pourquoi il regarde cette drogue comme un des puissants astringents qui soient dans le genre végétal, d’où il conjecture, ce qui est effectivement vrai, qu’elle pourrait avoir quelque usage dans la médecine.

Il est vrai que la forme des ou poey tse est inégale et irrégulière, comme celles des vessies d’ormes ; qu’ils sont couverts au dehors d’un duvet qui les rend doux au toucher ; qu’ils sont tapissés par dedans d’une poussière blanche et grise, semblable à celle qui se trouve dans les vessies d’ormes ; que parmi cette poussière on remarque de petits insectes desséchés, et qu’on n’y découvre aucun vestige d’ouverture par où ils aient pu s’échapper ; que ces espèces de vessies ou de pelotons se durcissent en se desséchant, et que leur substance, qui est une membrane résineuse, est transparente et cassante.

Cependant, nonobstant ces rapports avec les vessies d’ormes, ils ne sont pas regardés à la Chine comme une excrescence ou une production de l’arbre yen fou tse, où on les trouve : on y est persuadé que ce sont de petits vers, habitants de cet arbre, où ils produisent de la cire, qui se construisent ce petit logement, pour y avoir une retraite dans leur vieillesse, de même que les vers à soie forment les cocons où ils se logent : c’est-à-dire, que de leur bave gluante, qu’ils tirent des sucs de l’arbre, ils se bâtissent sur les feuilles et sur les branches une solitude, où ils puissent opérer en repos leur métamorphose, ou du moins y pondre sûrement leurs œufs, qui sont cette poussière dont les ou poey tse se trouvent remplis.

Aussi l’Herbier chinois les compare-t-il au nid de certains petits oiseaux, dont la figure est tout à fait bizarre : et c’est pour cela qu’on les appelle tchung tsang. Il assure de plus que ce sont autant de petits domiciles que se pratiquent ces vers. Lorsque le temps de la ponte approche, dit-il, tsiang y louou, ils se bâtissent une maison, tso fang : les vers à cire produisent de leur substance cette petite maison, de même qu’ils produisent la cire ; kié tching : ce terme est commun à l’une et à l’autre opération. Ainsi il paraît que les ou poey tse font comme une espèce de cocons, où ces vers, après avoir produit leur cire sur l’arbre, se renferment pour y pondre leurs œufs.

Il se trouve de ces ou poey tse qui sont gros comme le poing, mais ce n’est pas l’ordinaire : cela peut venir de ce qu’un ver extrêmement robuste, ou associé à un autre, comme il arrive quelquefois aux vers à soie, s’est renfermé dans le même domicile.

Le livre chinois dit : que l’ou poey tse est d’abord petit ; que peu à peu il se gonfle, il croît, et prend de la consistance ; qu’il devient quelquefois gros comme le poing ; que les moindres sont de la grosseur d’une châtaigne ; que la plupart ont une figure ronde et oblongue, que néanmoins il est rare qu’ils se ressemblent dans la figure extérieure ; que d’abord il est d’un vert obscur, de la couleur sans doute du ver qui l’a produit ; que dans la suite il devient un peu jaune ; qu’alors cette coque, bien qu’assez ferme, est pourtant très cassante ; qu’elle est creuse et vide en dedans, ne contenant qu’un ver ou de petits vers ; car le caractère chinois a l’une et l’autre signification.

Les gens de la campagne ont soin de cueillir les ou poey tse avant les premières gelées ; ils les font passer au bain-marie ; c’est-à-dire, qu’ils les exposent à la fumée de l’eau qui bout sous un tamis d’osier, où ils sont couverts. Cette opération fait mourir les vers. Sans cette précaution, ils ne manqueraient pas de percer leur fragile logement, qui éclaterait ensuite, et le détruirait aisément. Ce serait une perte ; car outre que cette drogue est propre à la teinture, elle est d’un grand usage dans la médecine.

On ne voit pas néanmoins que les teinturiers de Peking s’en servent pour teindre les toiles de coton, les étoffes de laine, les feutres, les tcheou se, qui est une espèce de taffetas souple : ils trouvent que les ou poey tse ne rendraient pas la teinture assez forte : ils employent l’indigo, qui est excellent à la Chine ; et pour le noir, ils se servent du siang ouan tse ; c’est le fruit d’un arbre nommé siang, qui leur tient lieu de noix de galle. Il a la forme et la grosseur d’une châtaigne ; il en a même à peu près la couleur, avec une double écorce ; et il y a quelque apparence que c’est ce que nous appelons la châtaigne chevaline.

L’arbre siang, qui est d’abord chargé de chatons, produit ensuite son fruit : c’est uniquement l’hérisson ou les deux godets qui le renferment, qu’on emploie à la teinture. Quoique ce fruit soit fort âpre, les cochons s’en nourrissent. Des montagnards de la Chine rapportent, qu’après l’avoir dépouillé dans l’eau chaude de sa peau intérieure, et l’avoir fait bouillir dans une seconde eau avec du vinaigre, ils en mangent volontiers.

Comme on assure qu’aux environs de Constantinople la châtaigne chevaline est bonne aux chevaux poussifs, il se pourrait faire que ce fruit serait un bon remède pour préserver ces montagnards, qui travaillent aux mines de charbon de pierre, de l’asthme, ou de la difficulté de respirer, que ce travail continuel leur procurerait.

Quoi qu’il en soit, cet arbre est aussi haut et aussi gros que nos châtaigniers ; il croît aisément dans le nord de Peking, et dans la province de Tche kiang ; il est à croire qu’il viendrait aussi facilement dans les contrées montagneuses et stériles de l’Europe.

Je reviens aux ou poey tse. On les emploie à Peking pour donner au papier un noir foncé, et qui soit de durée. Dans les provinces de Kiang nan et de Tche kiang, d’où viennent ces grandes et belles pièces de satin, on s’en sert pour la teinture des soies, avant qu’on les travaille sur le métier.

Des lettrés chinois s’en servent pareillement pour teindre en noir leur barbe, lorsqu’elle devient blanche. Ils ont souvent intérêt de cacher leur âge, ou pour obtenir de l’emploi, ou pour se maintenir dans celui qu’ils ont.

De jeunes étudiants, pour se divertir, les emploient quelquefois à former des caractères magiques. Ils trempent un pinceau neuf dans de l’eau où l’on a fait bouillir les ou poey tse, et ils tracent des caractères sur du papier blanc. Lorsque tout est sec, on n’aperçoit aucune lettre. Prenant ensuite de l’eau un peu épaissie par l’alun, ils lavent cette écriture, et les caractères deviennent très lisibles. De même quand ils écrivent avec de l’eau, où ils ont trempé de l’alun, on ne distingue aucun caractère : mais aussitôt qu’ils lavent cet écrit avec de l’eau, où l’on a mis tremper des ou poey tse, les caractères paraissent très noirs.

Les ou poey tse sont aussi d’un grand usage parmi les teinturiers de la Chine, pour teindre en noir du damas blanc. Voici de quelle manière ils s’y prennent.

Ils en plongent une pièce jusqu’à vingt fois et davantage dans une chaudière, ou bain de tien, c’est-à-dire, de pastel, et la laissent sécher après chaque teint. A la fin elle prend la couleur d’un noir, mêlé de rouge, semblable à celle de certains raisins. On prépare en même temps le teint en beau noir de la manière suivante.

D’abord on y fait entrer une livre de vitriol, qu’on nomme hé fan, vitriol noir, ou lou fan, vitriol vert : le Mars y domine, mais il est mélangé d’un blanc obscur. On fait fondre ce vitriol tout seul dans un bassin d’eau chaude, et quand l’eau est reposée, on en jette le marc. Ensuite on prend trois onces de ou poey tse, et trois livres de siang ouan tse : le bain de ces deux drogues se prépare, en les infusant ensemble dans un panier qu’on suspend dans une cuve, où on les fait bouillir.

Après ces premières opérations, on prend la pièce de damas, qui a déjà été dans le grand teint, et on la met dans l’infusion bouillante des ou poey tse et des siang ouan tse : le damas y change de couleur, et devient tout à fait noir : alors on le retire, on le tord, et on le laisse sécher. On le baigne ensuite une fois dans l’eau de vitriol, qu’on a conservée chaude, et après l’avoir laissé égoutter, on l’expose à l’air. Puis on revient au bain des deux autres drogues, où le damas prend divers bouillons, et devient beaucoup plus noir : alors on jette dessus une grande cuillerée de l’eau de vitriol : il faut avoir soin que la pièce de damas s’imbibe également partout.

Enfin on réitère une troisième fois le bain des ou poey tse et siang ouan tse, qu’on fait encore bouillir ; on y enfonce le damas de tous les côtés, mais sans y jeter de l’eau de vitriol. Seulement dans la cuve, où l’on a mis à part certaine quantité de la teinture des drogues, on jette le poids de trois onces de farine de petits pois verts, nommés lou teou fuen, qu’on mêle bien ensemble, en empêchant que l’eau ne s’épaississe. On y plonge la pièce de damas, avec attention qu’elle en soit également pénétrée. Quand on l’a retirée, on la tord, et on la laisse sécher. On lui donne sa perfection, en passant par dessus, d’une manière douce et uniforme, le carreau chaud dont se servent les tailleurs.

Mais ce qui mérite le plus d’attention, et ce qui fait bien plus estimer les ou poey tse ; c’est que cette drogue contient beaucoup de vertus médecinales, et qu’on l’emploie utilement pour la guérison des maladies, tant internes, qu’externes.

Selon le livre chinois, les ou poey tse sont propres à restreindre les évacuations excessives qui se font par les diarrhées, par les dysenteries, par les pertes de sang des hémorroïdes, après de larges blessures, par le crachement de sang, ou par les saignements de nez. Ils sont spécifiques pour apaiser les inflammations, pour guérir les ulcères malins et chancreux, pour servir de préservatif contre les venins. Ce sont des remèdes, non seulement astringents et incrassants, mais encore rafraîchissants, fortifiants, atténuatifs, incisifs, qui dissolvent les humeurs crasses et glutineuses, afin qu’elles se dissipent par elles-mêmes, ou qu’elles se jettent au-dehors.

Enfin on les emploie utilement pour l’hydropisie, la phtisie, l’épilepsie, les catarrhes, les maux de cœur, les fluxions sur les yeux et les oreilles, etc.

On les prend, ou en poudre, ou en bolus, ou en décoction. Comme dans les recettes que donnent les Chinois, ils font entrer avec les ou poey tse, plusieurs autres drogues dont les noms sont inconnus en Europe, je me contenterai d’en rapporter quelques-unes des plus simples.


DIFFÉRENTES RECETTES.
OÙ L’ON EMPLOYE LES OU PŒI TSE.


Pour les sueurs trop fréquentes.

Soit que ces sueurs viennent le jour, ce qui est moins à craindre, soit qu’elles prennent durant la nuit, et qu’elles soient violentes, ce qui annonce des suites fâcheuses ; prenez des ou poey tse, et les ayant réduits en poudre, liez-les avec la salive en forme de pâte, appliquez cette pâte au creux du nombril, et qu’elle y demeure toute la nuit, les sueurs cesseront.

On assure pareillement que ce topique, appliqué de la même manière, arrête les cris importuns et continuels des petits enfants durant la nuit.


Pour les maux de cœur, et les douleurs de bas-ventre.

Réduisez les ou poey tse en une poudre très fine, la prise doit être du poids d’une drachme : mais auparavant mêlez cette poudre dans une cuillère de fer, que vous tiendrez sur le feu, jusqu’à ce qu’il s’en élève une fumée noire, alors versez doucement dans la cuillère une tasse de bon vin : avalez le tout, et à l’instant le mal finira.


Pour apaiser la soif importune, et la faim canine.

Prenez trois fois par jour une bonne cuillerée de poudre d’ou poey tse, que vous mêlerez dans de l’eau, afin de l’avaler plus aisément.


Pour le fréquent vomissement des petits enfants.

Vous prendrez des ou poey tse, partie tels qu’ils sortent de la boutique, et partie que vous aurez fait chauffer. Vous y ajouterez plein le creux de la main de réglisse : vous envelopperez le tout dans du papier un peu mouillé ou humecté, que vous ferez rôtir sur des cendres chaudes ; après quoi vous le réduirez en poudre, et vous le ferez avaler avec de l’eau où le riz a bouilli avant sa parfaite cuisson. On regarde ce remède comme très efficace.


Pour le flux de ventre, causé par la chaleur.

Si durant cette incommodité l’on ne rend que des eaux, la poudre des ou poey tse, liée avec du riz cuit, dont on forme des pilules de la grosseur d’un bon pois, est un très bon remède. Chaque prise sera de vingt pilules dans une décoction de feuilles de nénuphar.


Pour la dysenterie, ou le ténesme.

Si cette maladie vient de chaleur, joignez à une once d’ou poey tse, cinq drachmes d’alun brûlé, jusqu’à ce qu’il se noircisse : ce mélange se réduira en une poudre très fine, et en y mêlant quelque liqueur, on en fera des pilules grosses comme des grains de poivre. Il en faut cinquante pour la prise, qu’on avalera dans de l’eau de la première et légère cuisson du riz.

Si le ténesme est rebelle à ce remède, prenez une once des ou poey tse à demi crus et à demi rôtis, dont vous ferez des pilules de la grosseur d’un grain de poivre. Trente composent la prise. Si les matières que vous rendez, sont teintes de sang, avalez cette prise avec de l’eau-de-vie. Si ce sont des glaires blanches, le véhicule sera de vin d’eau (on le nomme ainsi, parce qu’il est très faible). Si le malade ne rend que des eaux, le remède se prend avec de l’eau de riz.

Il y a une autre manière d’apprêter ce remède, lorsque le ténesme est glaireux, c’est de rissoler les ou poey tse avec un peu de vinaigre, et ayant réitéré cette opération jusqu’à sept fois, on les réduit en poudre qu’on boit avec de l’eau de riz. Si le malade, soit qu’il soit âgé, soit qu’il soit jeune, rend du sang après la sortie des matières fécales, il faudrait lui donner une drachme de la poudre de ou poey tse dans une potion d’armoise.


Pour les hémorroïdes.

On bassine l’endroit avec une lotion, où l’on a fait bouillir les ou poey tse ; on peut aussi y faire des fumigations en brûlant cette drogue.

Dans la chute opiniâtre du fondement, jetez un morceau d’alun sur deux drachmes de ou poey tse en poudre : faites bouillir le tout dans une petite écuelle d’eau, vous en laverez avec succès la partie malade.

Il y en a qui ayant fait bouillir dans de l’eau une demie livre de ou poey tse jusqu’à la réduire en pâte, versent le tout dans un vase, sur lequel on tient assis le malade, et tant que la mixtion est tiède, on remet doucement le boyau en sa place.


Pour les apostumes qui viennent aux oreilles.

S’il y a tumeur et douleur, délayez de la poudre de ou poey tse avec de l’eau froide, et appliquez sur l’oreille cette mixtion humide, qu’on retire, et qu’on renouvelle, lorsqu’elle devient sèche.

S’il sort du pus de l’oreille, il faut y souffler de la même poudre, pour dessécher l’humeur, et en tarir la source. Un autre moyen, est de rôtir un peu les ou poey tse, afin de les rendre plus secs, du poids d’une once ; d’y joindre des scorpions entiers également rôtis du poids de trois drachmes : le tout pulvérisé sert à des injections dans l’oreille qui est sujette à suppurer.


Pour le violent saignement de nez.

Il faut souffler, ou insérer dans les narines, de la poudre de ou poey tse. L’effet en sera plus sûr, si en même temps on avale deux drachmes de cette poudre, avec une égale quantité de coton brûlé, le véhicule sera de l’eau de riz.


Pour la douleur des dents.

Si la douleur est vive, et qu’il y ait tumeur, faites rôtir une once de ou poey tse : appliquez-en une demie drachme sur l’endroit où vous sentez de la douleur, vous jetterez à l’instant une bave ou salive gluante, et la douleur cessera, ou diminuera considérablement.


Pour les apostumes malignes, qui viennent au gosier.

Il vient quelquefois au gosier une apostume comme chancreuse : la langue s’enfle, et il y a danger que le passage ne se ferme, ce qui cause de cuisantes douleurs. Alors prenez de la poudre de ou poey tse ; joignez-y des vers à soie, morts peu avant que de commencer leurs cocons, et qu’on aura conservés secs : pulvérisez-les ; mêlez-y de la poudre de réglisse, le tout parties égales : enfin prenez de la pulpe battue du fruit des ou moei tse[2], formez-en des pilules : elles se roulent dans la bouche, s’y fondent, l’apostume s’ouvre, et l’on est guéri.


Pour les chancres qui viennent dans la bouche des enfants.

Mêlez de l’alun à des ou poey tse calcinés, réduisez le tout en poudre, et mettez cette poudre sur l’endroit malade.


Pour toutes sortes de tumeurs malignes.

Les ou poey tse rissolés, jusqu’à ce qu’ils prennent une couleur violette, tirant sur le noir, et étant liés avec du miel, sont très salutaires.


Pour les dartres.

Après avoir tiré des ou poey tse la matière fine qu’ils renferment, ce qui ne se fait que pour ce seul remède, on les rôtit avec de l’alun, parties égales, et après les avoir réduites en poudre, on en frotte les dartres. Si elles sont tout à fait sèches, on délaie les poudres avec de l’huile : l’huile de noix serait meilleure que l’huile de la Chine. Ensuite on applique cette mixtion sur le mal.


Pour les apostumes et les ulcères.

Il faut réduire les ou poey tse en poudre, avec de la cire, et du marc qui se trouve au fond des vases où l’on met du vinaigre, et entourer l’ulcère de cet onguent.


Pour les plaies faites par le fer.

Il y en a dont il n’est pas aisé d’arrêter le sang : la poudre des ou poey tse peut y être appliquée avec succès. Si la respiration était gênée, on ajoutera à une prise de cette poudre, du poids de deux drachmes, un peu plus ou moins de celle d’une drogue nommée long kou, c’est-à-dire, os de dragon.


Pour la toux violente, surtout des personnes âgées, et la phtisie accompagnée de toux, mais sans crachement de sang.

Prenez des ou poey tse une ou plusieurs livres, comme vous le jugerez à propos ; brisez les morceaux, gros comme des fèves, et mettez-les dans un mortier. D’une autre part, faites cuire du riz appelé no mi[3]. Faites cuire ce riz en forme de bouillie, presque aussi claire que du bouillon. Quand elle est chaude, versez-la doucement sur les ou poey tse, de telle sorte qu’elle les surmonte de la hauteur d’un pouce ; ensuite, placez le mortier à l’écart sans y toucher. Après dix ou douze jours, examinez s’il paraît sur la surface de la liqueur une pellicule jaunâtre qui la couvre entièrement, et si les ou poey tse en sont bien pénétrés et amollis, sans quoi vous attendrez encore quelques jours. Quand vous les trouverez au point de perfection, broyez-les jusqu’à les réduire en une espèce de purée, et exposez cette mixtion au soleil. Quand la surface sera de nouveau couverte d’une pellicule, broyez encore le tout, et remettez-le au soleil. Cette opération se réitère jusqu’à ce que la matière prenne de la consistance, et soit sur le point de sécher. Alors formez-en des pilules, chacune du poids d’un denier. Lorsque ces pilules auront été bien séchées au soleil, renfermez-les, et conservez-les avec soin.

Lorsque vous serez tourmenté de la toux sèche, prenez, avant que de vous coucher, une de ces pilules que vous laisserez fondre dans la bouche. Vous éprouverez que son goût aigre-doux a une vertu singulière, pour attirer une humeur propre à dissoudre les phlegmes, à arrêter la toux, et à tempérer la chaleur interne dans son principe : la respiration deviendra libre, et les poumons reprendront une meilleure situation.

Ce remède est principalement utile aux personnes âgées. Il ne convient pas de le donner à ceux qui auraient une toux, laquelle proviendrait d’un grand épuisement de forces, et de causes froides internes et habituelles. Si néanmoins la toux venait de ce que par hasard on aurait été surpris d’un vent froid, ce remède serait encore d’usage. Il convient principalement à la toux sèche, qui est produite par la pituite, laquelle dénote un feu interne immodéré.


TABLETTES MÉDECINALES
OÙ DOMINENT LES OU POEI TSE.


Ces tablettes sont d’un grand usage à la Chine, et l’on en fait beaucoup de cas. Un certain temps de l’année, l’empereur en fait présent aux Grands de sa cour ; et quelquefois même aux Européens de Peking, quand il veut leur donner des marques de distinction. On en vend chez les droguistes, mais comme le degré de leur bonté dépend des grands soins et de l’attention qu’on y apporte, celles qui se font dans le palais par ordre de l’empereur, sont préférées à toutes les autres.

Ces tablettes se nomment clous précieux de couleur violette. Elles sont regardées, comme on regarde en Europe les confections d’Hyacinthe et d’Alkermes. Les médecins chinois assurent qu’elles sont d’un usage salutaire à une infinité de maux, tant internes qu’externes, et qu’on devrait s’en fournir dans toutes les maisons, et surtout quand on entreprend un long voyage.

La composition de ces tablettes consiste : 1° En deux onces de ou poey tse : 2° En deux onces de chan tse cou, dont on a ôté la peau, en les grillant. 3° En une once de tsien kin tse gin, après qu’on a ôté à ce petit grain, ou à son amande, ce qu’il y a d’huileux. 4° En une once et demie de hung ya ta kié ; on ôte aussi à cette écorce ce qu’elle a de superflu à l’extérieur. 5° En trois drachmes de musc.

Il faudrait avoir des montres de toutes ces drogues, afin de pouvoir les faire connaître. Tout ce que j’en puis dire, c’est que le chan tse cou et le tsien kin tse gin sont deux drogues laxatives, mais dont la force est tempérée par le ou poey tse, qui y domine. Le hung ya ta kié est l’écorce d’une plante ou roseau, qui a la vertu de dissiper les méchantes humeurs.

Après avoir réduit séparément toutes ces drogues en une poudre très fine, on les mêle ensuite, et on les réduit en pastilles ou trochisques, avec de l’eau où l’on a fait bouillir pendant quelque temps du sou mi, ou mil, jusqu’à en faire une purée très claire.

Le point essentiel est de ne point épargner sa peine, et de battre très longtemps cette espèce de pâte, qui est d’abord très déliée, après quoi on en forme des trochisques de la forme qu’on veut, mais communément on les fait de la figure d’un long et gros clou sans tête. Chaque tablette doit être du poids d’une drachme. On les fait bien sécher à l’ombre, afin qu’elles soient plus de garde.

En général, ces trochisques sont propres à réjouir le cœur, et à rétablir le tempérament, lorsqu’on y sent quelque dérangement. Il ne faut que mordre de la pastille, la mâcher, et en avaler un bon morceau.

Mais pour dire quelque chose de plus particulier de ses différents usages, ces trochisques, à ce qu’assurent les médecins chinois, sont très bons contre le venin, contre l’air contagieux, et lorsque par accident on a mangé ou bu quelque chose de vénéneux, ou de malfaisant ; alors broyez entièrement un de ces clous dans de l’eau fraîche, et avalez-le en une prise, infailliblement, ou il suivra un vomissement qui n’aura rien de fâcheux ni de violent, ou vous ferez quelques selles légères, et vous vous trouverez guéri.

Quand il survient des apostumes ou des clous vénéneux, dès qu’ils paraissent, appliquez dessus une pastille broyée, et dissoute dans du vin. Dans les maux de cœur on use de la même pastille dans du vin. Si l’on est attaqué d’apoplexie, il faut pareillement prendre une de ces pastilles dans du vin chaud.

Dans les fièvres ardentes et malignes, dans les enflures et inflammations de gosier, avalez la pastille dans de l’eau, où vous aurez fait bouillir du po ho, c’est à-dire, du pouliot. C’est aussi dans la décoction du pouliot qu’on prend le même trochisque, lorsqu’on a des diarrhées, des vomissements, et qu’on est attaqué de la dysenterie.

Si par désespoir un homme s’est étranglé, ce qui arrive assez souvent à la Chine, ou si par malheur il s’est noyé, pourvu qu’on lui sente un peu de chaleur à la région du cœur, on le sauvera en lui faisant avaler une pastille dans de l’eau froide. Il faut user du même trochisque, dissous dans de l’eau froide, lorsque la phtisie est formée.

Pour les fièvres intermittentes, en prévenant un peu l’accès, buvez une pastille dans du vin, ou bien dans quelque autre liqueur où vous ayez fait bouillir des bouts de branches d’un pêcher.

Pour l’hydropisie, servez-vous de ce trochisque, dans de l’eau où l’on aura fondu du sucre tiré de l’orge germé.


  1. M. Geoffroy.
  2. C'est à peu près ce que nous appelons pruna acida.
  3. C’est une espèce de riz, dont le grain est long, très blanc, luisant, et gluant. Il y en a, dit-on, de semblable en Italie.