Description de la Chine (La Haye)/De l’Ou kieou mou

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Scheuerlee (3p. 625-627).


DE L’OU KIEOU MOU,


ou arbre qui porte le suif.


On le nomme encore Ya kieou, dit Chi tchin, parce que les corneilles aiment fort ce fruit : c’est ce qui a fait entrer dans son nom le caractère Ya, qui signifie corneille. L’autre caractère Kieou, qui entre aussi dans la composition de son nom, signifie mortier propre à broyer le riz, pour en séparer l’écorce, parce que quand l’arbre est vieux, sa racine se noircit, se carie par-dessous, et se creuse en forme de mortier.

Cong dit : Cet arbre naît dans les plaines qui sont situées au pied des montagnes du côté du midi, et dont le terroir est humide : il est fort haut, ses feuilles ressemblent à celles de l’abricotier : il se couvre de petites fleurs d’un jaune pâle et blanchâtre durant la cinquième lune. Le fruit tire sur le noir.

Tson ki dit : Ses feuilles sont propres à teindre en noir ; on tire de l’huile de son fruit, qu’on emploie dans les lampes ; La lumière en est extrêmement claire.

Tsong ché dit : Ses feuilles ressemblent à celles d’un petit abricotier ; mais elles sont un peu moins épaisses, et leur vert est moins foncé. Son fruit est mûr dans le huitième ou neuvième mois : il est vert au commencement, et dans la suite il tire sur le noir : il est partagé en trois grains.

On trouve une quantité prodigieuse de ces arbres dans les provinces méridionales, on les plante dans les pays plats et humides. On en plante beaucoup dans la province de Kiang si. Les habitants en cueillent le fruit, et après l’avoir fait cuire, ils en tirent une huile, dont ils font des chandelles.


Qualités et effets de la racine d’Ou kieou mou.

Elle est amère et rafraîchissante de sa nature, sans aucune qualité nuisible : il faut la rôtir à un feu lent, jusqu’à ce qu’elle soit sèche, et un peu roussie. La peau blanche, ou l’aubier de sa racine est propre à guérir le flux excessif de l’urine, de même que les callosités, ou des squirres mobiles, qui se forment dans les intestins.

Chi tchin dit : le propre de la racine d’ou kieou, est de précipiter et d’élever en même temps : elle est également diaphorétique et diurétique. Un villageois, qui d’ailleurs avait de la force et de la vigueur, se trouva fort enflé : il fit fouir la terre, et en ayant tiré une de ces racines, il la broya jusqu’à ce qu’elle fut réduite en pâte : il la fit cuire ensuite dans de l’eau, et ayant pris une porcelaine de ce bouillon, qui lui procura plusieurs selles, il fut guéri.

On se sert utilement de la même racine pour se guérir de plusieurs maux.

1° Pour la rétention d’urine, faites bouillir de cette racine dans l’eau, et prenez-en le bouillon.

2° Pour la constipation, prenez environ un pouce en carré d’un morceau de cette racine, que vous ferez fendre, et ensuite cuire dans de l’eau, dont vous boirez la moitié d’une petite tasse.

3° Pour la rétention d’urine et la constipation, jointes ensemble. C’est un mal qui enlève son homme en deux ou trois jours. Prenez de la peau blanche d’une des racines de l’ou kieou qui regardent le Sud-Est, faites la sécher, pulvérisez-la ensuite, et prenez deux drachmes de cette poudre dans de l’eau chaude. Il faut auparavant faire un bouillon avec deux onces de man siao[1], et y mêler cette poudre ; c’est un puissant vomitif.

4° Pour les enflures flatueuses, causées par des vapeurs humides. Quand l’urine est brûlante, et fort difficilement, prenez de l’écorce d’ou kieou, et du bois d’arecquier, environ deux onces, que vous pulvériserez : prenez-en deux drachmes à chaque fois dans de l’eau où on a lavé le riz.

5° Pour les galles que les enfants apportent du ventre de leur mère, ou qui leur viennent incontinent après leur naissance. Quand ils en ont la tête pleine, prenez de la racine d’un ou kieou, qui soit planté sur le bord de l’eau, broyez-la, et mêlez-la ensuite avec du soufre mâle ; puis unifiez le tout avec de l’huile crue, et frottez-en le mal.


DE L’HUILE D’OU KIEOU.


Ses qualités et ses effets.


Elle est douce, froide, et n’a point de qualité nuisible. Quand on s’en frotte la tête, elle fait changer de couleur aux cheveux blancs, et les rend noirs. Si l’on en prend une mesure, elle fait uriner, et guérit les hydrocèles. On s’en sert utilement pour frotter toutes sortes d’enflures et de tumeurs qui renferment de la matière. On peut se servir aussi du bouillon, fait avec des fruits grillés du même arbre.

Pour la galle, dont la peau est mince et aisée à crever, prenez deux onces de cette huile, et deux drachmes d’argent vif, avec cinq drachmes de camphre : broyez le tout ensemble, et faites-y entrer de la salive, jusqu’à ce qu’il ne s’y élève plus de bubes : lavez et nettoyez bien les galles avec de l’eau chaude, et appliquez-leur cet onguent.

Pour les froncles des petits enfants, où il y a des vers, faites un habit de vieux taffetas, et ayant fait fondre de cette huile, frottez-en l’habit, et revêtez-en l’enfant. Le lendemain les vers seront sortis, et paraîtront au-dessus de l’huile.


  1. Espèce de salpêtre.