Description de la Chine (La Haye)/Des devoirs du mari et de la femme

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Scheuerlee (3p. 166-173).


Des devoirs du mari et de la femme.


Quand on traite de mariage, ce qu’il faut principalement considérer, c’est si les humeurs du futur époux et de la future épouse sympathisent ; s’il y a conformité d’inclination et de tempérament, en un mot s’ils semblent faits l’un pour l’autre. Mais c’est à quoi souvent l’on n’a point d’égard : on n’envisage d’ordinaire que de légères convenances : tantôt c’est le rang et les emplois, ou bien d’anciennes liaisons que la proximité entre les deux familles a fait naître : tantôt c’est la société qu’ils ont contractée ensemble, ou bien le même penchant que les pères ont pour les belles-lettres, et pour la philosophie.

La promesse de mariage une fois conclue par un de ces motifs, ces deux familles se traitent comme alliées, et s’entr’aident mutuellement, avant même que la fille passe chez son prétendu époux. L’union paraît très étroite : mais combien durera-t-elle de temps après les noces ? Ses parents qui l’accompagnent, voudraient que les festins et les comédies qui se donnent dans la maison, ne finissent de longtemps : ils diffèrent le plus qu’ils peuvent de s’en retourner chez eux : le long séjour et la dépense produisent le dégoût : on en vient à se plaindre des entremetteurs de l’alliance : on murmure sur la dot, sur les présents des fiançailles.

Est-on de retour chez soi, on repasse tous ces sujets de chagrin ; on les grossit : si l’on se visite dans la suite, il semble qu’on porte dans son sein comme un paquet d’épines. Souvent on passe auprès de la maison sans y entrer ; ou si l’on y entre, on paraît avec un air froid et indifférent ; on ne daigne pas même prendre un peu de thé.

La jeune épouse est la plus à plaindre : elle passe souvent d’une maison opulente dans une famille peu aisée : tous les embarras du ménage roulent sur elle : quelque bonne volonté qu’elle ait, elle ne peut suffire à tant d’occupations : elle s’aperçoit du refroidissement de son mari, elle n’ose s’en plaindre : peu éloignée de la maison de sa mère, elle ne peut ni la voir, ni l’entretenir : enfin elle traîne une vie languissante dans les soupirs et dans les larmes, sans nulle douceur ni consolation : plus elle a été chérie dans la maison paternelle, plus sa condition lui devient dure.

Le mariage a été établi pour affermir la société entre les hommes. Les alliances se contractent pour former des liens plus étroits. A présent les pernicieuses maximes qui se sont introduites, réduisent tout à des vues intéressées, qui divisent ceux qui auparavant étaient très unis. Ce désordre est presque universel, mais il règne davantage dans la ville de Yang tcheou.

Je voudrais que ceux qui se marient, fissent de sérieuses attentions à la nature de cette grande action. Un jeune homme ne doit songer qu’à trouver dans une compagne vertueuse, le secours qui lui est nécessaire pour bien gouverner sa maison. Une fille doit se proposer de trouver un appui solide dans un époux sage et fidèle. Voilà le plan d’un parfait mariage, qui serait infailliblement suivi de la fécondité conjugale.

Un mari ne doit pas trop se fier à sa femme sur le compte qu’elle lui rend de la conduite de ses enfants : elle sera toujours portée à lui cacher, ou à lui dissimuler leurs mauvaises qualités : au contraire si c’est une femme qu’il a épousée en secondes noces, il ne doit pas la croire trop légèrement sur les fautes qu’elle voudrait imposer aux enfants du premier lit. On a raison de dire : le principal soin d’un mari, est de rendre sa femme vertueuse.

Quelque sage que vous paraisse votre femme, ne la faites point entrer dans vos affaires du dehors : quelques talents qu’aient vos esclaves et vos valets, ne leur communiquez rien de ce qui regarde votre personne et votre femme. Gens mariés, c’est ici un article qu’il ne vous est pas permis d’ignorer.

Pour ce qui est de ceux qui marient leurs filles dans les pays éloignés, ils ne sauraient prendre assez de précautions. Vous aurez vu par hasard un jeune homme, il vous aura agréé : vous lui aurez trouvé du mérite ; et aussitôt vous vous persuadez que vous allez faire un mariage aussi heureux, que le fut autrefois celui d’un Tchu et d’une Tchin. Vous lui livrez votre fille, vous la faites partir. Croyez-vous que son cœur ait consenti à cet éloignement ?

Quand elle sera rendue dans la maison de son mari, espérez-vous que l’union et la paix y régnera longtemps ? Lorsque viendra le jour de la naissance de ses parents, ou bien une de ces fêtes annuelles de réjouissance, que toute la parenté se réunit dans la maison paternelle, pour y passer le jour dans la joie et le divertissement ; elle sera désolée de ne pouvoir s’y trouver avec eux : placée sous un autre ciel, ses yeux ne sauraient plus rencontrer ceux de sa mère : jugez quelle est sa peine.

Si au bout de quelques années on lui permet de faire un tour chez ses parents : un mois est à peine écoulé, qu’on l’en retire, sans qu’elle sache en combien de temps on lui procurera une seconde fois cette consolation. Dans ce triste instant de séparation on lui arrache l’âme du corps : en chemin elle tourne à tout moment la tête vers l’endroit qu’elle quitte, et où elle laisse ses chers parents : toute sa tendresse se renouvelle, et lui cause un serrement de cœur, qui ne peut guère s’exprimer. C’est ainsi que par trop de précipitation un père a rendu sa fille malheureuse.

Si l’on ne se propose dans le mariage que d’acquérir des richesses, la grande doctrine du mari et de la femme ne saurait subsister ; de même si dans les obsèques des parents, on n’a pour but que d’attirer des bénédictions sur la famille, dès là les devoirs d’un fils à l’égard de son père sont anéantis. Quand est-ce qu’une femme méprise son mari ? C’est lorsqu’elle est fière de ce qu’elle a fait sa fortune. Qu’est-ce qui porte un fils à conserver si longtemps le corps de son père sans l’enterrer ? C’est souvent parce qu’il craint de l’ensevelir dans un lieu qui lui porte malheur. C’est ainsi que le propre intérêt détruit toute vertu.

On en voit néanmoins plusieurs qui sont assez attentifs sur le choix d’un gendre, mais qui ne le sont guère sur celui d’une belle-fille. Cependant l’un est encore plus difficile que l’autre : car on peut aisément démêler quel est le caractère d’un gendre ; celui d’une fille n’est pas si facile à connaître, et c’est cependant une chose importante.

Si celui qui veut épouser une jeune personne, ne s’attache qu’à ce qu’elle apportera ; ou si celui qui veut marier sa fille, ne pense qu’aux présents qu’on fera, ou en argent, ou en bijoux, c’est-à-dire, qu’il n’estime que les richesses, et qu’il n’a nul égard au mérite, voilà justement ce qui ruine les familles, et ce qui divise et désunit les parents les plus proches.

On devrait faire réflexion qu’une femme bien née est une source assurée de bonheur : on ne devrait envisager dans une épouse que la vertu, et la préférer à la naissance et aux grands biens. C’est une grande acquisition qu’une demoiselle sage, vigilante, appliquée, chaste, obéissante, qui ne se dément jamais, qui est toujours égale dans la bonne ou la mauvaise fortune. Quand on en a trouvé une de ce caractère, on peut dire qu’on a un trésor dans sa maison.

La jalousie est un grand malheur pour une famille, quand elle s’empare de l’esprit des femmes, surtout si elles n’ont point d’enfants. Une femme légitime voyant que son mari grisonne et s’afflige de n’avoir point d’héritier, ne peut souffrir qu’il approche d’une concubine ou d’une esclave : elle n’oublie rien pour l’en empêcher. Que si la concubine, ou l’esclave devient enceinte, elle est capable d’employer des breuvages et d’autres moyens pour la faire avorter, et tuer l’enfant dans son sein.

C’est pour prévenir ce malheur que le mari est souvent contraint de nourrir hors de la maison sa concubine. Si elle vient à accoucher d’un fils, cette jalouse change de personnage : elle se contrefait, en donnant des marques d’une joie feinte : elle se sert des termes les plus tendres, pour qu’on la rappelle : mais son dessein est de lui tendre des pièges, et de la faire périr. Si son stratagème ne lui réussit pas, la rage s’empare de son cœur ; elle crie, elle tempête, elle menace du feu et des accidents les plus sinistres. Un pauvre mari est effrayé, et se rend : il rappelle la mère et l’enfant : bientôt la femme jalouse a recours aux plus criantes calomnies, pour accabler cette faible concubine : elle la frappe, elle la roue de coups, jusqu’à ce qu’enfin on l’ait chassée de la maison.

Pour ce qui est de l’enfant, on dirait à ses manières qu’elle est pleine de tendresse pour lui ; tandis que dans le fonds du cœur elle l’abhorre, et songe peut-être à s’en défaire secrètement par le poison. Si elle en vient à bout, la voilà contente ; et elle ne se soucie pas de se voir réduite à n’avoir point d’enfant, qui puisse la servir et la soulager dans sa vieillesse.

Il y a encore une espèce de méchante femme : ce sont celles qu’un mari a épousées en secondes noces, et qui ne peuvent souffrir la bonne réputation de la défunte à qui elles ont succédé : la rage qu’elles en conçoivent, les porte à perdre les enfants du premier lit, afin que cette première femme si estimée, ne soit pas honorée selon la coutume de l’empire, et qu’on ne pense plus à elle. C’est là un excès d’inhumanité, dont quelques femmes sont capables, et dont on a vu plusieurs exemples dans le monde.

Quand il s’agit de prendre une femme, on ne saurait donc assez examiner si elle est d’un caractère susceptible de jalousie, sans quoi on s’expose à être malheureux. Si l’on est marié, et qu’on n’ait point d’enfants, il faut bien penser, avant que de prendre une concubine, si l’on pourra parer aux inconvénients, qui ont coutume de s’en ensuivre.

Mais celui qui a des enfants de son mariage, s’il fait réflexion aux suites funestes de la jalousie si naturelle aux femmes, fera sagement d’étouffer ses inclinations, ou pour une concubine, ou pour une seconde femme, et de vaincre l’attrait au plaisir par l’amour de son repos et de sa conservation.

On distingue les femmes en grandes et petites, c’est-à-dire, en légitimes, et en celles qui ne le sont pas. Mais il n’y a point une pareille distinction entre les enfants. C’est la grande doctrine de l’empire. Cependant on ne confond point dans l’usage ordinaire les enfants de la femme légitime, et ceux des concubines : c’est ce qui donne à la vraie femme le rang de supériorité sur ses compagnes.

Anciennement l’empereur et les princes de l’empire prenaient sept épouses ; les grands seigneurs, et les mandarins en avaient trois ; les simples lettrés et le peuple n’avaient qu’une femme légitime ; les autres, s’ils en avaient au-delà, étaient censées concubines. On ne manque point, quand on vient à faire mention de sa femme ou de sa concubine, à prendre un air grave, à mesurer ses mots, à parler en maître de la maison, où chacun tient le rang qui lui convient. On veut faire entendre par là qu’on n’a pris une concubine que pour les besoins du ménage, afin qu’elle s’occupe des fonctions les plus basses et les plus pénibles ; qu’elle serve avec soin le père et la mère, qu’elle aime, qu’elle nourrisse, et qu’elle élève les enfants.

Mais si cette concubine a contribué par ses peines et par ses soins à accroître le bien de la famille ; si par son moyen vous êtes devenu riche, et plus respecté, ne convient-il pas qu’elle se sente de cet heureux changement de fortune ? Cependant combien en voit-on qui en usent tout autrement, qui renvoient sans aucun égard une concubine, après en avoir eu des enfants, et en avoir tiré de longs et d’importants services ? A les en croire, ils ne songent en la congédiant, qu’à relever davantage leur femme légitime, et à honorer les nœuds du mariage. Mais ne sait-on pas que dans les grandes familles, les enfants et les petits-fils qui parviennent aux degrés et aux charges, ce sont ceux de la femme légitime ? On a plus de soin de pousser leur fortune. Cependant plusieurs de ceux qu’on a eus des concubines, y parviennent aussi, et obtiennent des marques de distinction et de noblesse pour leur mère naturelle ; l’éclat et la splendeur de ses enfants rejaillit sur elle ; leur élévation l’annoblit.

On voit certains pères de famille se piquer de fermeté et de résolution, qui cependant ne laissent pas de livrer à la discrétion de leurs femmes une pauvre concubine qu’ils ont aimée. Cela est sujet à une infinité d’inconvénients : les affaires domestiques ne doivent se régler que par les ordres du maître de la maison : il ne convient point qu’une femme se mêle de gouverner, et parle d’un ton absolu.

Nous voyons dans les histoires anciennes, que les filles de rois, mariées à des personnes d’un rang inférieur, se comportaient en femmes modestes, sans jamais s’enorgueillir de la noblesse de leur extraction ; quels autres exemples doit-on suivre ? Est-ce la conduite des gens du commun ? N’est-ce pas plutôt celle des sages et des Grands qu’on doit imiter ? Je voudrais que les jeunes filles missent leur gloire et leur noblesse à être douces et obéissantes : les parents ne peuvent jamais mieux leur marquer leur tendresse, qu’en les formant de bonne heure à la civilité et à la vertu.

Nous n’avons point de livre des premiers temps, qui parle en termes exprès du mariage : ce n’est que sous la dynastie des Tang, qu’un nommé Liu tsai a écrit sur ce sujet : mais on l’a redressé sur plus d’un article. Maintenant on en voit plusieurs qui consultent les astres, et qui s’imaginent y trouver l’union ou la discorde, la bonne ou la mauvaise fortune des personnes qui se marient. Folle imagination ! Abus très pernicieux ! Ce sont ces vaines observations qui rompent de bons mariages prêts à se conclure, ou qui en font faire de très mal assortis.

Autre erreur de nos temps. A quoi bon attendre, dit on, qu’un jeune homme et une jeune fille aient vingt ans pour les marier ? C’est là ignorer nos anciens rits, qui disent que c’est à trente ans qu’on doit marier son fils, et à vingt qu’il faut marier sa fille. Peut-on lire dans nos anciens livres ces maximes de nos sages, et suivre des idées nouvelles ?

Autrefois, et ceci est à remarquer, quand on avait jeté les yeux sur un gendre, qui permettait à sa fille de l’entrevoir pour la première fois dans la salle des hôtes à travers un petit trou qu’on avait fait au paravent, placé devant la porte de l’appartement intérieur : dans ce choix on ne regardait pas comme un point capital, d’examiner les huit[1] lettres de bonheur, pour en conclure l’heureux ou le malheureux sort des personnes prêtes à s’unir par le lien conjugal : on examinait si la fille était vertueuse, et si le jeune homme avait de la conduite ; si l’âge, l’humeur, les inclinations convenaient ensemble ; et certainement c’est à quoi on doit uniquement faire attention. On peut ensuite choisir un mois et un jour heureux, pour accomplir le mariage par le rit ordinaire, en faisant boire l’un et l’autre dans la même coupe : pourquoi vouloir ajouter des usages populaires, bizarres, et sujets à mille inconvénients ?

Dès que la cérémonie est finie, c’est l’usage des honnêtes familles, que la jeune épouse se retire dans son appartement, et ne se mêle plus avec le reste de la famille, avec les beaux-frères, ni même avec le beau-père : cependant il s’est introduit presque de nos jours parmi le peuple une coutume détestable, que je défie de trouver dans aucun de nos livres, et qui ne convient qu’à des Barbares nourris et élevés dans les forêts. On diffère de trois jours la séparation de l’appartement, et c’est ce qu’on appelle les trois jours de franchise : et pendant ce temps-là quelles extravagances ne se permet-on pas ? L’épouse est assise sur son lit nuptial. On vient autour d’elle faire cent singeries : l’un lui tire en badinant ses souliers, et on les cache dans sa manche : l’autre lui enlève le voile qui lui couvre le visage : un troisième lui serre la tête, flaire ses cheveux, et s’écrie qu’il en sort un parfum admirable : on en voit qui contrefont les insensés, et qui cherchent à la faire rire par des grimaces et des bouffonneries indécentes : on boit en même temps force rasades : et c’est là ce qu’on appelle se réjouir et se divertir.

Mais qui sont ceux qui jouent ces indignes farces ? Les plus proches parents, le beau-père et les oncles, qui oubliant et leur âge et leur rang, franchissent toutes les bornes de la bienséance et de la pudeur. Ce sont de jeunes étourdis, qui ont donné entrée à ces désordres : c’est aux sages lettrés à en arrêter le cours dans les lieux où ils demeurent : par là ils se feront véritablement estimer dans la secte littéraire, qui est chargée de réformer les mœurs du peuple.

Lorsqu’on observe exactement les rits sur le mariage, on a lieu d’espérer qu’il sera heureux, et que les deux personnes qui s’unissent, feront la joie l’une de l’autre, et parviendront à une extrême vieillesse. Parmi les gens mariés, le discours tombe souvent sur leur noblesse et sur les richesses de leur maison. Il ne convient point qu’un mari recherche trop curieusement quels ont été les parents et les ancêtres de sa femme ; s’ils ont possédé des charges ; s’ils ont mené une vie obscure : ces recherches mettent ordinairement la dissension entre l’épouse et les sœurs du mari.

Celles qui avec tout leur mérite s’aperçoivent qu’on connaît la bassesse de leur extraction, s’imaginent qu’à tout moment on la leur reproche, et qu’on les regarde avec dédain. De là les dégoûts, les chagrins cuisants, les soupçons cruels qui rongent le cœur, et quelquefois les desseins d’une vengeance secrète. Le ver-luisant tire son éclat d’un tas d’herbes pourries où il est engendré ; les fleurs les plus odoriférantes tirent du fumier leur beauté et leur parfum ; la lumière sort du sein des ténèbres ; la meilleure eau de source est celle qui se puise à l’ouverture de la terre, d’où elle sort et jaillit.

Le premier état qui s’est trouvé dans le monde, est celui du mari et de la femme ; sont venus ensuite le père et les enfants, puis les frères ; après quoi les hommes se sont unis par les liens d’amitié ; les sociétés s’étant formées et multipliées, on a fixé l’état du prince et des sujets. Aussi dit-on que le principal soin du sage a pour objet l’état du mariage : l’union même du ciel et de la terre est le modèle d’une parfaite union conjugale. Nos livres classiques regardent le bon ordre de cet état particulier, comme la source du bon ordre en général.

La perfection de l’état du mariage, c’est par rapport au mari de vivre dans une étroite union avec sa compagne, de la traiter toujours avec honneur, sans trop se familiariser, de trouver en elle sa joie et son plaisir, sans se livrer à une trop grande passion.

Pour ce qui est de la femme, il faut qu’elle se distingue par une douceur mêlée de gravité, et par une complaisance respectueuse, qui ne donne point dans la basse flatterie. Anciennement quand le mari et la femme s’entretenaient ensemble sur quelque affaire, ils étaient assis vis-à-vis l’un de l’autre, et ils se parlaient avec le même respect que s’ils eussent entretenu des hôtes respectables, qui fussent venus leur rendre visite : conduite charmante !

Une femme a trois devoirs à remplir : elle doit savoir conduire le ménage, rendre des services assidus à son beau-père et à sa belle-mère, et enfin porter un grand respect à son mari comme à son maître. Si elle s’acquitte de ces trois devoirs, c’est une femme accomplie.

Au regard du mari, son vrai caractère doit être la fermeté pour maintenir le bon ordre dans sa famille : pour cela il doit tenir le rang de supériorité qu’il a, et être bien maître de lui-même dans l’usage des plaisirs les plus permis. De là naîtra l’union conjugale, qui sera suivie de tous les autres avantages du mariage.

Si, selon la louable coutume, c’est le père qui choisit à son fils une épouse, et la mère qui donne un gendre à sa fille, ce seront là deux garants de la mutuelle concorde des jeunes mariés ; ce qui y contribuera encore beaucoup, ce sera si dès le commencement la nouvelle fiancée n’écoute pas légèrement des soupçons peu fondés, le repentir viendrait ensuite, mais trop tard.

Pour ce qui est des concubines, on voit beaucoup de pères de famille qui savent les maîtriser ; mais il y en a peu qui aient l’adresse de les maintenir tranquilles dans la maison : c’est qu’il est rare que la première femme soit solidement vertueuse : les femmes sont la plupart susceptibles d’une étrange jalousie. Ainsi si l’on a des enfants d’une femme de mérite, il ne convient pas de penser à une concubine.

Que si le mari ayant atteint sa quarantième année, se voyait sans enfants, alors il peut prendre une concubine ; les lois le lui permettent ; parce qu’elles regardent comme un grand malheur de ne point laisser après soi de postérité. Si la femme transportée de jalousie, se gendarme, et se met en fureur au seul nom de concubine, le mari informera les parents de la résolution qu’il a prise, et des raisons qu’il a eues de la prendre : et si leurs exhortations ne produisent rien sur l’esprit de la femme, et qu’elle continue de s’opposer aux vues de son mari, il aura recours au magistrat ; il citera sa femme à son tribunal, et là se fera le divorce dans les formes : car enfin il n’est pas obligé de ménager sa femme jusqu’au point de se rendre coupable à l’égard de ses ancêtres, en ne faisant pas ce qui dépend de lui, pour perpétuer leur postérité.


  1. Coutume superstitieuse de ceux qui disent la bonne aventure.