Description de la Chine (La Haye)/Du Gin seng

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Scheuerlee (3p. 567-586).


Du Gin seng, plante du premier ordre dans la médecine chinoise ; de sa nature ; de ses qualités ; et des différentes recettes qui apprennent l’usage qu’on en fait.


Le livre intitulé, Pie lo, dit : Le gin seng croît dans les montagnes de Chang tang, et dans le Leao tong. On en arrache la racine durant les premiers dix jours du second, quatrième, et huitième mois. On la met sécher au soleil, sans l'exposer au vent. La racine a la figure d’un homme, et elle est spiritueuse.

Pou dit : il croît aussi à Han chan. Dans le troisième mois il pousse des feuilles qui sont petites, et terminées en pointe. Les branches en sont noires, et la tige couverte de poil. On cueille la racine au troisième et au neuvième mois. Cette racine a des mains, des pieds, un visage, et des yeux comme un homme ; elle abonde en esprits.

Hong king dit : Chang tang est au sud-ouest d’Y tcheou. Celui qui en vient aujourd’hui est long, et de couleur jaune. Il ressemble au simple appelé Fang fong. Il est plein de suc solide et doux. Celui qu’on estime le plus présentement, est celui de Pé tsi. Il est menu, ferme, et blanc ; il n’a pas le goût si fort que celui de Chang tang.

On donne le second rang dans l’usage à celui de la Corée, et à celui de Leao tong. Sa racine est grande ; mais vide de suc, et molle : elle n’est pas comparable à celle de Pé tsi, non plus qu’à celle de Chang tang. Ce simple ne pousse qu’une tige qui s’élève à plomb. Les feuilles sont ou quatre à quatre, ou cinq à cinq. La fleur est de couleur violette.

Les habitants de la Corée, dans l'éloge qu’ils ont fait du gin seng, disent : Les branches qui naissent de ma tige, sont au nombre de trois, et mes feuilles sont cinq à cinq. Je tourne le dos au Midi, et je regarde le Nord. Celui qui veut me trouver, qu’il cherche le kia chu, Le kia chu et le gin seng se recherchent. Ce kia ressemble à lou tong[1]. Il croît fort haut, et jette une grande ombre. Dans ces sortes d’endroits le gin seng croît en abondance. Il y a beaucoup d’art à cueillir le gin seng, et à le préparer. On en trouve présentement dans les montagnes voisines de la province de Kiang nan ; mais il n’est pas d’usage.

Cong dit : Le gin seng dont on se sert, vient presque tout de la Corée et de Pé tsi. Celui qui croît sur les montagnes Cai han, dans le territoire de Lou ngan fou, et sur les montagnes de Tseë touen, se nomme Tseë touen seng, ou le seng de Tseë touen.

Sun dit : Le gin seng que le royaume de Sin lo paye de tribut, a des pieds et des mains, et ressemble à un homme. Il a plus d’un pied de long : on le garde pressé entre des planches du bois de l’arbre appelé Cha mou, qui est une espèce de sapin, liées et enveloppées avec de la soie rouge. Le gin seng de Chao tcheou a la racine petite et courte : il m vaut rien pour l’usage.

Song dit : Tout le territoire de Chan si, qui est à l’orient de la rivière jaune, et le mont Tai chan, produisent du gin seng. Celui qu’on apporte des parties de Chan si, et du Ho nan, qui sont au nord de la rivière jaune, aussi bien que de Fo kien, sous le nom de gin seng de Sin lo, ne vaut pas celui de Chan tong. Il commence à pousser au printemps. Il s’en trouve beaucoup dans les parties septentrionales des grandes chaînes de montagnes. Il naît proche du Kiang, et dans les lieux marécageux.

Quand il commence à croître, et qu’il n’a guère encore que trois ou quatre pouces de haut, il pousse une branche avec cinq feuilles ; au bout de quatre ou cinq ans il en pousse une seconde, avec un pareil nombre de feuilles ; cependant il n’a point encore de tige ni de fleurs. Après dix ans accomplis, il pousse une troisième branche ; et après une longue suite d’années, il en pousse une quatrième : chacune a ses cinq feuilles. Alors il commence à s’élever une tige du milieu, qu’on appelle ordinairement pe tché chu, c’est-à dire, pilon de cent pieds.

Durant le troisième et le quatrième mois, il porte de petites fleurs de la grandeur d’un grain de millet, dont les filaments ressemblent à de la soie : elles sont de couleur violette, tirant sur le blanc. Elles portent de la semence après l’automne, au nombre de six ou sept grains, de la grosseur du ta teou, espèce de pois ou de fèves. Cette semence est d’abord verte, et devient rouge, à mesure qu’elle mûrit ; lorsqu’elle est tout à fait mûre, elle se détache, et tombe d’elle-même, et la plante se reproduit.

La racine a la figure de l’homme, et est spiritueuse. La tige et les feuilles du gin seng qui croît dans le mont Tai chan, sont de couleur violette : la racine est de couleur blanche. De plus, dans le territoire qui est entre les fleuves Hoai et Kiang, il naît une autre espèce de gin seng, dont la tige, quand elle commence à pousser, est haute d’un ou de deux pieds. Elle porte des feuilles de la figure de petites cuillers à thé, mais plus petites, et semblables à celles du ki ken[2]. Dans un même endroit il croît cinq ou sept de ces plantes à la fois. La racine ressemble à celle du ki ken, mais elle est plus molle, et la saveur en est plus douce et plus agréable. Dans l’automne elle porte des fleurs d’une couleur violette, tirant sur le vert. On bêche la racine au printemps ; et dans l’automne les gens du pays la mêlent avec d’autres racines, et la vendent.

Pour connaître le véritable gin seng de Chang tang, on fait l’expérience suivante. Deux personnes faisant voyage de compagnie, l’un marche avec du gin seng dans la bouche, tandis que l’autre marche la bouche vide. Au bout d’une demi-lieue, celui qui a du gin seng dans la bouche, ne se sent point la respiration embarrassée, et l’autre, au contraire, est las et tout hors d’haleine. C’est là une marque certaine de la bonté du gin seng.

Tsong tchi dit : Le gin seng de Chang tang a la racine longue et déliée : elle entre quelquefois plus d’un pied avant en terre, et elle se partage souvent en dix branches : il se vend au poids de l’argent[3]. Il est un peu difficile à trouver : quand les gens du pays ont découvert l’endroit où il y en a, et qu’ils en ont ramassé une quantité suffisante, ils le mettent entre de petites planches, qu’ils enveloppent dans du taffetas.

Kia meou dit : Le gin seng de Tseë toen ressemble à l’homme : il est de couleur violette et un peu plat. Celui de Pé tsi est ferme, blanc, et parfaitement rond : on le nomme pé tsiao sen, corne de bélier. Celui du Leao tong est jaune, plein de suc, long et délié. Il a des fibres en forme de barbe : on le nomme ordinairement hoang seng, ou gin seng jaune : il est meilleur que les autres.

Le gin seng de la Corée tire un peu sur le violet : il n’est pas ferme. Celui de Sin lo est d’un jaune d’étain, il n’a pas grand goût : sa figure a de la ressemblance avec celle de l’homme, et il est fort spiritueux. Celui de cette espèce, qui a la figure d’un pied de poule, a une vertu extraordinaire.

Che tchin dit : L’ancien pays de Chang tang, est ce qu’on appelle aujourd’hui Lou tcheou. Le peuple regarde le gin seng comme la ruine du pays où il croît, parce que sans doute ce qu’on en ramassait, était tout pour l’empereur. C’est pourquoi il a cessé de le cultiver.

Celui dont on use maintenant, vient de Leao tong, de la Corée, de Pé tsi, et de Sin lo, qui sont sous la dépendance de Tchao sien, ou King ki tao, capitale de la Corée. De celui que les peuples viennent vendre à la Chine, on peut tirer de la graine, et la semer vers la dixième lune, avec les mêmes façons qu’on a coutume de faire quand on sème des herbes potagères.

Celui qui se cueille dans l’automne et dans l’hiver, est ferme et plein de suc. Celui au contraire qui est cueilli durant le printemps et l’été, est molasse et vide. Cette différence vient, non pas de la bonne ou mauvaise qualité du terroir, mais du temps dans lequel on le cueille.

Le gin seng de Leao tong, lorsqu’il a encore sa peau, est d’un jaune lissé comme le Fang fong. Quand on lui a ôté la peau, il est ferme et blanc comme la farine de pois. Ceux qui le débitent, le mêlent avec ces trois sortes de racines ; savoir, le cha seng, le tse ni, et le ki keng. La racine du cha seng, est d’une substance vide de suc, n’a point d’âme ou de cœur, et a le goût fade. Celle du tse ni n’a point de suc ni de cœur. Celle du ki ken est ferme, mais le goût en est amer. Pour ce qui est du gin seng : il est d’une substance succulente : il a un cœur : la saveur, qui en est douce, est jointe à une petite amertume qui le rend agréable au goût.

Celui dont le goût est exquis, se nomme ordinairement, puits d’or à balustrade de pierres précieuses. Celui qui a la figure de l’homme, se nomme hai elh seng, ou gin seng d’enfant. De celui-ci il s’en trouve encore beaucoup plus de falsifié, que des autres.

Celui dont on voit la figure dans l’Herbier de Song sou song, fait sous la dynastie des Song avec des planches, et qui, sous le nom de gin seng de Lou ngan fou, est gravé avec trois branches, dont les feuilles sont cinq à cinq, est le véritable gin seng.

Celui de Tchou tcheou a la tige et les feuilles semblables à celles du cha seng, le germe et les feuilles du tse ni.

Celui qu’on appelle gin seng du territoire qui est entre les fleuves Kiang et Hoai, est pareillement le tse ni. On confond d’ordinaire les uns avec les autres, faute de les bien examiner.

On n’en trouve plus maintenant à Lou ngan fou ; et l’on se doit bien donner de garde de prendre pour du véritable gin seng, celui qui vient des autres endroits. Aujourd’hui il se trouve des affronteurs, qui, faisant infuser le gin seng dans l’eau, en tirent tout le suc, qui le font sécher ensuite, et le vendent. Il n’a nulle force, et ne peut être d’aucun usage. C’est pourquoi il faut bien l’examiner, de peur d’y être trompé.

Tche yong, qui a été autrefois officier dans le collège des médecins de la cour, nous a laissé un traité du gin seng, divisé en deux volumes, où il décrit dans un grand détail toutes les particularités du gin seng. On en a tiré les plus remarquables, qu’on trouvera dans les paragraphes suivants.


Manière de conserver le gin seng.


Song king dit : Le gin seng engendre aisément des vers. Si on le veut conserver durant un an, sans qu’il se gâte, on n’a qu’à l’enfermer dans un vase tout neuf, qu’on bouchera bien ensuite.

Ping dit : Quand le gin seng est continuellement exposé au vent et au soleil, il engendre facilement des insectes : pour l’en préserver, il faut l’enfermer dans un pot de terre qui ait servi à garder de l’huile de gergelin, après l’avoir bien lavé auparavant, et fait tremper, jusqu’à ce qu’il soit net : après quoi on le fait sécher au feu, il faut ensuite mêler avec le gin seng du hoa yn et si sin[4] ; et enfin bien fermer l’ouverture du pot. Alors on peut le conserver durant une année entière. On peut aussi le garder dans de la cendre ordinaire, après l’avoir bien lavé et séché au feu, en renfermant l’un avec l’autre dans un vaisseau bien bouché.

Li yen dit : Le gin seng croît de telle manière que le dos de ses feuilles regarde le ciel : il n’aime ni le soleil ni le vent. Toutes les fois qu’on le prend cru, on le met dans la bouche, sans autre préparatif, et on le mâche.

Quand on veut qu’il soit préparé, il faut le sécher au feu sur une feuille de papier, ou bien le mettre tremper dans une sorte de vin, nommé chun tsiou : puis on l’écrase ; et après l’avoir fait chauffer, on en use.

Le gin seng ne doit pas être gardé dans des vaisseaux de fer, ni être préparé avec des instruments de même métal. J’en ai vu couper néanmoins assez souvent sans toutes ces précautions, et avec le couteau.


La saveur et les qualités de la racine de gin seng.


La racine en est douce, et tant soit peu rafraîchissante. Elle n’a point de qualité nuisible.

Pou dit : Chin nong attribue un léger degré de froid au gin seng ; Tong kiun et Luei cong lui attribuent de l’amertume. L’empereur Hoang ti avec Ki pé lui attribuent de la douceur, et n’y ont reconnu aucune qualité nuisible, ou poison.

Yuen fou dit : Sa nature est tempérée, elle a de la douceur, mêlée d’un peu d’amertume, sa saveur et ses esprits sont légers et subtils : ils s’élèvent aisément. C’est le plus pur esprit de la matière grossière (de l’imparfait Yn). Il dit ailleurs, c’est l’esprit le moins pur de la matière subtile (du parfait Yang).

Tchi tsai dit : Le fou lin et le ma lin[5] sont les officiers du gin seng. Cette racine a de l’antipathie avec les sels et les terres pleines de vitriol. Le Li lou[6] lui est contraire.

Yuen fou dit : Le gin seng, joint avec le chin ma[7] qui lui sert de véhicule, et pris par la bouche, répare les esprits de la poitrine, et dissipe la chaleur étrangère du poumon.

Le gin seng pris avec le fou lin, répare l’humide radical du bas-ventre, et dissipe la chaleur des reins. Il dissipe la chaleur des reins étant pris avec la scorsonère. Il fait revenir le pouls, si on le joint au gingembre sec, il fortifie les esprits vitaux et animaux.

Meou dit : Le gin seng pris avec le hoang ki et la réglisse, est un remède doux. Comme cette composition est tempérée, elle apaise les ardeurs de la fièvre : elle fait exhaler les vapeurs chaudes et humides : elle restaure l’humide radical. C’est aussi un excellent remède pour traiter ceux qui ont des clous et des apostumes.

Tchin ken dit : Le li lou[8], a une grande opposition avec le gin seng. Il ne faut que joindre la dixième partie d’une once, de celui-là à une once de celui-ci, pour lui ôter toute sa vertu.


Les vertus, les propriétés, et les effets de la racine de gin seng.


Il fortifie les parties nobles : il entretient l'embonpoint ; il fixe les esprits animaux ; il arrête les palpitations, causées par des frayeurs subites. Il chasse les vapeurs malignes ; il éclaircit la vue ; il ouvre et dilate le cœur ; il fortifie le jugement. Quand on le prend de suite durant longtemps, il rend le corps léger et dispos, et prolonge la vie. Ceci est de l’auteur même, c’est-à-dire, de Chi tchin.

Il échauffe l’estomac et les intestins refroidis ; il guérit les douleurs et les enflures de ventre ; il remédie aux maux de cœur, aux obstructions de la poitrine, et au dévoiement qui opère, soit par les selles, soit par les vomissements. Il rétablit l’orifice supérieur de l’estomac ; il empêche l’hydropisie ; il lève les obstructions des vaisseaux ; il résout les callosités qui se forment au-dedans des intestins : il pénètre dans le sang et dans les veines, et il étanche la soif. Ceci est tiré de divers auteurs.

Il est excellent pour guérir toutes sortes de maladies qui affaiblissent et exténuent le corps, de même que les épuisements, causés par des travaux excessifs de corps ou d’esprit. Il arrête les vomissements et les maux de cœur. Il fortifie les parties nobles, et généralement tous les viscères. Il dissout les phlegmes de l’estomac : il guérit la faiblesse des poumons. Il est bon contre les fièvres malignes des saisons froides, quand elles sont accompagnées de vomissements ; contre les défaillances, contre le sommeil interrompu et troublé par des songes et des fantômes. Il faut continuer longtemps les prises. Ceci est tiré de l’auteur Tchin kiuen.

Il aide à la digestion ; il ouvre l’appétit ; il tempère l’orifice supérieur du ventricule ; il rétablit les esprits vitaux et animaux. C’est un contre-poison contre le venin tiré des pierres et des métaux. Ceci est de Ta ming.

Il fortifie les poumons débilités ; il remédie à la respiration faible et précipitée, à l’asthme et à la courte haleine. Il dissipe les chaleurs de cœur, de poumons, de rate, et d’estomac. Il apaise la soif, et produit de la lymphe dans le sang. En un mot, il est bon contre toutes sortes de maladies de l’un et de l’autre sexe, quand elles proviennent de défaut d’esprits et de faiblesse. Il guérit les fièvres accompagnées de sueurs. Il est bon contre les vertiges et les éblouissements, contre les douleurs de tête, contre le dérangement d’estomac et les vomissements, contre les fièvres intermittentes, contre la diarrhée et les ténesmes invétérés, contre les épuisements de force et lassitude, contre les vents et chaleurs d’entrailles, contre les crachements et les vomissements de sang, contre le flux de sang, et contre toutes sortes de maladies de femmes, tant avant qu’après la grossesse.


Recettes.

Il y en a neuf anciennes ; et soixante-huit nouvelles.


Électuaire du gin seng.


Prenez dix onces de gin seng, coupez-le par petites tranches ; mettez-le infuser dans vingt porcelaines médiocres d’eau de fontaine ou de rivière, jusqu’à ce qu’il en soit pénétré, et versez le tout dans un vase d’argent ou de pierre ; faites-le bouillir à un feu lent de bois de noyer ou de mûrier, jusqu’à consomption de la moitié de l’eau. Puis ayant tiré ce qui reste de suc, versez sur le marc dix porcelaines médiocres d’eau, faites les bouillir jusqu’à ce qu’elles soient réduites à cinq. Prenez ce suc, et ajoutez cinq tasses d’eau aux dix porcelaines que vous avez auparavant tirées. Faites les bouillir à petit feu, jusqu’à ce qu’il se forme un électuaire, que vous serrerez dans un vase. Servez-vous de cet électuaire, en délayant une dose convenable dans un bouillon propre à la maladie qui surviendra.

Tan ki dit : Un homme tout à fait affaibli par la débauche, était tombé dans une maladie incurable : par le moyen de bouillons, faits avec du gingembre vert, et de l’écorce d’un fruit, appellé cou pi[9], où je fis délayer de l’électuaire de gin seng, je le guéris parfaitement.

Tching hiong était attaqué d’une espèce de ténesme que lui avait causé un excès de débauche. Il tomba tout à coup en syncope, et perdit le sentiment. Il avait les mains extraordinairement roides, et les yeux éteints : il sortait de son corps une sueur abondante. Les phlegmes faisaient dans sa gorge le même bruit que fait une scie en mouvement. Il ne retenait plus son urine : il avait le pouls élevé, et tout à fait déréglé. Tous ces symptômes marquaient évidemment un épuisement presque entier de l’humide radical. Je fis préparer promptement de cet électuaire de gin seng ; je lui appliquai dix-huit boutons de feu d’une espèce d’armoise, sur le réservoir qui est dans l’abdomen directement au-dessous du nombril, et que l’on nomme la mer des esprits. La main gauche recouvra aussitôt le mouvement. Après avoir appliqué deux autres boutons, les lèvres et la bouche commencèrent à se remuer un peu. Je lui fis prendre aussitôt une porcelaine médiocre d’électuaire de gin seng. Vers minuit je lui en fis prendre trois autres, après quoi les yeux commencèrent à se mouvoir. Il n’en eut pas pris trois livres que la parole lui revint, et il demanda un bouillon de riz cuit dans l’eau en forme de bouillie. Après en avoir pris cinq livres, le ténesme s’arrêta ; et après en avoir pris dix livres, il se trouva parfaitement guéri. Si on l’eut traité comme on traite ceux qui sont tombés en apoplexie, c’était un homme mort.

Une personne avait un abcès derrière le dos ; après avoir pris le remède appelle neui to ché suen, l’abcès creva, et jeta quantité de pus ; ce qui fut suivi de grands vomissements, et de la fièvre. Les six pouls[10] des deux mains étaient profonds, roides et forts. Ces symptômes sont mauvais dans ces sortes de conjonctures. Je lui fis prendre aussitôt de l’électuaire de gin seng, délayé dans l’eau qui distille du bambou, quand il est fraîchement coupé. On dépensa jusqu’à seize livres de gin seng, et on coupa plus de cent pieds de bambou. Après cela il se trouva bien.

Dix jours après, un vent furieux s’étant élevé, l’abcès se forma une seconde fois, et se remplit de matière. Il paraissait au milieu une ligne rouge, qui passant par-dessous les omoplates, allait aboutir aux côtes droites. J’ordonnai sur-le-champ qu’on fit de l’électuaire de gin seng, et qu’on lui en fît prendre dans des bouillons de cong couei, et de peau d’écorce d’orange, et qu’on mît dans ces bouillons de l’eau de bambou, et du jus de gingembre. Après avoir bu trois livres pesant de cette drogue, l’abcès s’ouvrit, et le malade ayant ensuite été bien traité, il guérit.

Que si après que les abcès se sont ouverts, le malade se sent épuisé de sang et d’esprits ; s’il vomit, et ne peut rien prendre ; si enfin il a divers autres symptômes peu favorables, il faut prendre du gin seng, du hoang ki, du tan couei et du pé tchu en égale quantité ; et ayant fait cuire le tout jusqu’à la consistance d’électuaire, en faire prendre au malade. Ce remède est excellent.


Bouillon stomacal.


Song dit : Pour guérir l’oppression de poitrine, les obstructions d’estomac et les pleurésies, on se sert du bouillon suivant. On prend du gin seng, du pé tchu[11], du gingembre sec, et de la réglisse, le poids de trois onces de chaque sorte, qu’il faut faire bouillir dans huit grandes porcelaines, où il y ait huit mesures d’eau, jusqu’à ce que le tout soit réduit à trois mesures. On en donne une mesure à chaque prise, et trois prises par jour, augmentant ou diminuant la dose, suivant les symptômes qui surviendront.

Depuis les Dynasties des Tsin et des Song, jusqu’à celle des Tang, il ne se trouve aucun médecin de réputation qui ne se soit servi constamment de ce remède dans toutes les maladies qui affectent le ventre et le cœur, faisant tantôt des bouillons de ces quatre espèces, et tantôt une espèce de pilules liées avec du miel, et quelquefois les réduisant en farine. Il produit des effets extraordinaires en chacune de ces manières.


Bouillon des quatre sages.


Ce bouillon est bon pour ceux qui ont l’estomac faible, et qui ont de la peine à boire et à manger.

Il est excellent pour toutes les maladies qui viennent d’inanition et d’épuisement d’esprits. On prend une drachme de gin seng, deux drachmes de pé tchu, une drachme de fou lin blanc, cinq gros de réglisse séchée au feu, trois tranches de gingembre vert, une jujube et deux tasses d’eau, qu’on fait bouillir jusqu’à diminution de la moitié. Il faut prendre ce remède tiède et à jeun, augmentant ou diminuant la dose, suivant la grièveté de la maladie.


Pour ouvrir l’appétit, et dissoudre les phlegmes.


Quand on a perdu l’appétit[12], prenez deux onces de gin seng séché au feu, que vous ferez infuser dans du jus de gingembre et de pen hia[13], faite-les sécher, et prenez-en le poids d’une demie once que vous réduirez en poudre : puis prenant de la fleur de farine, vous y renfermerez cette poudre, et vous en ferez des pilules de la grosseur des petits pois, que vous ferez prendre au malade dans un bouillon de gingembre, au nombre de trente-cinq à la fois, après le repas, et cela trois fois le jour.


Contre la faiblesse, et épuisement de l’estomac.


Quand vous ne vous sentez point d’appétit, prenez une demie livre de gingembre cru ; exprimez-en le jus ; plus, dix onces de miel, et quatre onces de poudre de gin seng. Faites cuire le tout dans un poêlon d’argent jusqu’à consistance d’électuaire. Prenez-en la grosseur d’une noisette délayée dans de l’eau chaude, ou dans de l’eau de riz cuit, et le faites prendre au malade.


Pour les estomacs affaiblis, et pour les maux de cœur.


Quand dans les choses qu’on a rendues par le vomissement, il se trouve des phlegmes mêlés, prenez le poids d’une once de gin seng, et deux tasses d’eau ; mettez-le tout ensemble sur le feu, et le laissez jusqu’à consomption de la moitié : mêlez-y ensuite une petite tasse d’eau de bambou, et trois cuillerées de jus de gingembre vert : donnez-le à boire au malade longtemps après qu’il a mangé, et qu’il ne cesse pas d’en prendre que le mal n’ait cessé. Ce remède a plus d’effet sur les vieillards, que sur les autres.


Pour les estomacs refroidis qui ne retiennent aucune nourriture.


Quand un malade ne peut digérer les aliments, il faut prendre du gin seng, des clous de girofle, du bois de senteur nommé co hiang, deux drachmes et demie de chacun : plus, cinq drachmes de peau d’écorce d’orange, et trois tranches de gingembre vert. Faites bouillir le tout en trois tasses d’eau, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une, et faites-la boire toute chaude au malade.


Pour les vomissements causés par un renversement d’estomac.


Quand une personne rend la nourriture incontinent après l’avoir prise, et qu’elle se sent extrêmement abattue, sans force, et comme à-demi morte, il faut prendre trois onces du meilleur gin seng, l’écraser à coups de marteau, le mettre dans une grande écuelle d’eau, qu’on fera bouillir jusqu’à ce qu’elle soit réduite à deux petites tasses, et les donner toutes chaudes à boire au malade deux fois le jour. Prenez ensuite du suc de gingembre ; mettez-le dans du riz. Joignez-y un blanc d’œuf avec du blanc de couei[14], et faites-en un riz liquide, que vous lui donnerez à boire.

Un nommé Li, mandarin du tribunal des armes, est auteur de cette recette. Étant allé par ordre de la cour dans le Ho nan, il se trouva attaqué pendant plus de deux mois de cette maladie, sans recevoir aucun soulagement de tous les remèdes qu’on lui donna : ce qui lui fit imaginer cette recette, par le moyen de laquelle il fut aussitôt guéri : et environ dix jours après, étant retourné à la cour, il la communiqua aux médecins les plus célèbres.


Pour le dévoiement d’estomac.

Prenez deux onces de gin seng. Vous les ferez bouillir dans une tasse et demie d’eau, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une tasse. Mêlez-y un blanc d’œuf : remettez-la sur le feu ; puis faites-la prendre toute chaude. Il y en a qui ajoutent le clou de girofle.


Pour les envies de vomir.

Prenez demie once de gin seng, autant du cœur de l’arbre qui porte la cannelle. Il y a de la cannelle à la Chine dans la province d’Yun nan ; mais elle est extraordinairement grosse, et apparemment l’arbre est d’une espèce différente de celui de la cannelle. Du moins à en juger par l’écorce, cela doit être ainsi. Faites bouillir le tout dans deux médiocres porcelaines d’eau, et donnez-le à boire au malade.


Pour le dévoiement par haut et par bas.

Quand le dévoiement est opiniâtre, prenez deux onces de gin seng, trois onces de peau d’écorce d’orange, une once de gingembre vert. Faites cuire le tout dans six mesures d’eau, et faites-en trois prises.


Pour l’épuisement des forces, et pour la courte haleine.

Quand le malade sue, et que la sueur rentre ; quand il a les respirations courtes, et qu’il sent des éblouissements et des tournoiements de tête, il faut prendre une demie once de gin seng, une once de fou tse préparé. Divisez le tout en quatre parts : à chaque part ajoutez dix tranches de gingembre vert avec deux tasses d’eau vive, faites-le bouillir jusqu'à diminution de moitié, que vous donnerez au malade, longtemps après qu’il aura mangé.


Pour l’asthme des femmes accouchées.

Cela vient lorsque le sang remonte vers la poitrine, et entre dans les sinus des poumons. Cette maladie est dangereuse : prenez une once de gin seng pulvérisé, deux onces de sou meou[15]. Versez dessus deux grandes tasses d’eau, et faites bouillir le tout jusqu’à diminution de moitié. Ajoutez-y encore du gin seng réduit en poudre, et faites-le prendre à la malade. Ce remède opère sur-le-champ.


Pour une femme, après l’accouchement, lorsqu’elle sent que le sang est dans l’agitation.

Prenez une once de gin seng, une demie once de tse fou[16] trois petites tasses d’urine d’enfant, de vin, et d’eau. Faites bouillir le tout et donnez-le à boire à la malade.


Pour toutes les sortes d’abattements qui suivent les couches.

Quand les nouvelles accouchées ont la fièvre et suent beaucoup, il faut prendre du gin seng et du tang couei[17], en égale quantité, et les pulvériser. Ensuite vous couperez un rein de cochon en petites tranches, dont vous aurez auparavant ôté la membrane, et vous le ferez cuire dans trois écuelles d’eau, avec une bonne cuillerée de riz, appelé no mi, et deux têtes de ciboules. Quand le riz sera cuit, vous en tirerez une médiocre porcelaine du jus, que vous mêlerez avec les drogues susdites, et vous les ferez ainsi bouillir jusqu’à ce que ce jus soit réduit à huit parties. Cela se doit prendre chaud et à jeun.


Pour les femmes qui, après l’enfantement, ont de grandes pertes de sang.

Quand les femmes ont perdu beaucoup de sang, prenez du gin seng, du chenevis dépouillé de sa peau, de l’écorce de tse, et du son : rôtissez le tout dans le poêlon jusqu’à ce qu’il soit réduit en poudre. Faites-en des pilules de la grosseur d’un petit pois, avec du miel cuit et purifié. Donnez-en cinquante à chaque prise ; et servez-vous de bouillon de riz pour les faire avaler.


Pour les femmes lorsqu’elles enfantent leur fruit de travers, ou que les pieds de l’enfant sortent les premiers.

Prenez une drachme de gin seng, et autant d’encens pulvérisé, du minéral appelé tan cha, le poids d’une demie once. Broyez le tout ensemble : puis délayez-le avec un blanc d’œuf et du jus de gingembre vert, environ une demie-cuillerée, et donnez-le froid à boire à la personne malade. La mère et l’enfant seront aussitôt soulagés ; le remède opère sur-le-champ.


Contre la mélancolie et l’oppression du cœur.

Faites cuire une once de gin seng pulvérisé, et dix onces de graisse de porc. Faites-en une mixtion parfaite avec du bon vin. A chaque prise donnez-en au malade une petite tasse, deux fois le jour. Quand il en aura pris durant cent jours de suite, il aura les yeux perçants, et l’oreille fine. Les os seront remplis de moelle, la peau et les chairs pleines de suc. Il pourra apprendre par cœur mille vers en un jour. Ce remède a encore la vertu de guérir les maladies causées par des vents, par un excès de chaleur, et par les phlegmes.


Pour la maladie que les Chinois appellent li hoen y tchi, et les Portugais pesadelo.

C’est une espèce de syncope, de léthargie, ou d’assoupissement, qui fait que l’âme semble se retirer de son siège. Ceux qui sont attaqués de cette maladie, s’imaginent pendant leur sommeil qu’ils ont quelqu’un couché à côté d’eux. Ils ne peuvent parler, ni par conséquent demander qu’on les soulage du poids qu’ils sentent sur la poitrine. Quand on dort, l’âme se retire dans le foie, siège de l’âme ; tant que le foie est vide d’esprits, l’âme ne retourne point dans sa demeure ordinaire ; et c’est ce qui a donné lieu de nommer cette maladie li hoen, éloignement de l’âme.

Pour guérir celui qui en est attaqué, prenez du gin seng, des dents de dragon, du tche fou lin rouge, de chacun le poids d’une drachme, que vous ferez bouillir dans une tasse d’eau jusqu’à diminution de la moitié. Vous y ajouterez une drachme de tchu cha minéral rouge bien pulvérisé. Donnez ce remède au malade lorsqu’il est prêt de dormir. Une prise suffit à chaque nuit. Au bout de trois jours le malade sentira du soulagement et de la joie.


Pour les palpitations de cœur, accompagnées de sueurs.

Quand le cœur manque d’esprits, préparez cinq drachmes de gin seng, et autant de tang couei. Prenez ensuite deux rognons de porc, que vous ferez cuire dans deux tasses d’eau, jusqu’à ce qu’elle soit réduite à une tasse et demie. Puis tirant les rognons, vous les couperez en petites tranches, que vous ferez bouillir, conjointement avec le gin seng et le tang couei que vous aurez préparé, jusqu’à ce que le tout soit réduit à huit parties de dix. Mangez ces rognons à jeun avec le bouillon. Après quoi, prenez le marc de cette composition : faites-le sécher au feu, et pulvérisez-le : vous en ferez des pilules avec de la poudre de chan yo[18] de la grosseur d’un bon pois. Il en faut prendre cinquante à chaque prise, à l’aide d’un peu de tisane de jujubes, et cela longtemps après le repas. Deux prises de ce remède le guériront. Il y en a qui y font entrer deux drachmes d’encens.


Pour les fièvres qui viennent d’inanition.

Il faut prendre du gin seng de Chang tang, du tchai hou d’Yin tcheou, trois drachmes de chacun : de plus, une grosse jujube, et trois onces de gingembre vert. Faites bouillir le tout dans une tasse et demie d’eau, jusqu'à ce que de dix parts il en reste sept. Ce remède doit se donner tiède au malade, et longtemps après qu’il a mangé ; il faut lui donner deux prises par jour, et l’on ne cesse qu’après que le malade est guéri.


Pour le poumon épuisé par la courte haleine, et autres incommodités invétérées de la respiration.

Prenez trois onces de gin seng pulvérisé, avec de la gelée de corne de cerf rôtie et broyée en poudre, le poids d’une once sur une prise de trois drachmes. Vous prendrez une tasse de bouillon de po hi[19], et de teou che[20], avec un peu d’oignon. Faites bouillir le tout un ou deux bouillons : vous le verserez ensuite dans la porcelaine où est la drogue en question ; et quand vous vous sentirez envie de tousser, vous en prendrez quatre ou cinq gorgées. Ce remède est excellent.


Pour arrêter la toux et dissoudre les phlegmes.

Prenez deux onces d’alun de roche bien transparent : mettez-les dans deux pintes de bon vinaigre[21], que vous ferez bouillir jusqu’à la consistance d’électuaire ; joignez-y une once de gin seng en poudre, puis avec du miel faites-en des pilules de la grosseur des noisettes. On prend une de ces pilules, et on la met sous la langue du malade. Ce remède arrête aussitôt la toux, et dissout les phlegmes.


Pour l’asthme avec toux sèche, accompagnée de crachement de sang, et d’un pouls faible.

Prenez trois drachmes de poudre de gin seng, que vous délaierez dans un blanc d’œuf, et vous le donnerez au malade au commencement de la cinquième veille[22] ; après quoi le malade se mettra au lit : vous le laisserez dormir la tête basse, sans oreiller, et couché sur le dos. Il sera guéri dès la première prise. Il en faut deux pour ceux qui sont avancés en âge. Ceux qui jettent beaucoup de sang à la fois par la bouche, seront parfaitement guéris après en avoir pris une once.

Il y en a qui prennent un œuf de poule noire, qui le battent longtemps dans l’eau, et qui y mêlent de la poudre de gin seng. C’est un excellent remède. Le vinaigre, les viandes salées, celles qui engendrent la pituite, comme le poisson, etc. doivent être défendues dans ces sortes de maladies.


Pour la phtisie, accompagnée de vomissement de sang.

Quand le mal presse, il faut auparavant arrêter le crachement de sang avec le che yo fan[23]. Après quoi le malade doit être extrêmement fatigué. Le gin seng cru sera le plus efficace remède : il en faut prendre du meilleur, le poids d’une once ; plus, cinq grosses jujubes, avec deux tasses d’eau, qu’il faudra faire bouillir jusqu’a ce qu’il n’en reste qu’une, ce qui fera une prise ; après laquelle le sommeil survenant, la maladie se dissipera. On ne laissera pas de continuer d’en prendre encore cinq ou six fois, et l’on se souviendra qu’il faut vivre de régime.


Pour les hémorragies, ou pertes de sang.

Lorsque dans les maladies qui sont causées par quelque agitation extraordinaire des passions, ou par quelque excès de débauche, il arrive que par la rupture de quelque vaisseau, le malade jette beaucoup de sang par la bouche ou par le nez, si on ne le secourt promptement, le mal deviendra plus fort que tous les remèdes. En voici un excellent.

Il consiste à prendre du gin seng, et le faire sécher au feu ; du cyprès qu’il faut faire cuire au bain de vapeur, puis le sécher au feu ; plus du king kiai[24] rôti ; plus du tsun sing ; de chaque sorte une demie once, qu’il faut réduire en poudre, et les mêler avec trois drachmes de fleur de farine, les délayant dans de l’eau fraîche : en sorte qu’il s’en fasse une espèce de colle claire, qu’il faut faire prendre au malade de moment en moment à petites gorgées. La première fois qu’on en prendra, le sang s’arrêtera à l’instant.


Pour le saignement de nez, qu’on ne saurait arrêter.

Prenez du gin seng, quelques branches de saule, planté dans les quinze jours après l’équinoxe du printemps ; réduisez l’un et l’autre en poudre ; donnez-en une drachme à chaque prise, et trois fois par jour, dans de l’eau de rivière ou de ruisseau, qui ait son cours vers l’orient. Au défaut du saule, on peut se servir du cœur de ces petites noisettes que produit le nénuphar d’orient.


Pour les hémorrhagies de gencives.

Prenez du gin seng, du fou lin rouge, et du me men tong[25] deux drachmes de chacun. Faites cuire le tout dans une tasse d’eau, jusqu’à ce qu’il n’en reste que sept parties de dix. Donnez ce remède ainsi préparé tout chaud au malade, réitérant chaque jour la même prise. Sou tong po, après avoir trouvé ce remède, avait coutume de dire qu’il était divin et admirable.


Pour les pertes de sang par la voie des urines, pour la gravelle, et pour la pierre.

Prenez du gin seng, et faites-le sécher au feu : plus, du hoang ki[26], qu’on aura cuit dans de l’eau salée, jusqu’à ce qu’il devienne tout sec. Broyez l’un et l’autre, et réduisez-le en poudre ; puis prenez une rave rouge, coupez-la en quatre tranches : prenez chaque tranche l’une après l’autre, et faites-les cuire dans deux onces de miel, jusqu’à parfaite sècheresse ; faites-les frire une seconde fois sans les laisser brûler. Recommencez cette opération jusqu’à ce que le miel soit entièrement consumé. A chaque fois on donne une tranche de cette rave préparée de la sorte au malade, qu’on lui fait avaler avec un peu de bouillon ou d’eau salée.


Pour aider à la digestion.

Prenez du gin seng en poudre, et délayez-le dans un blanc d’œuf : il en faut donner trois ou quatre prises par jour, et une once à chaque prise.


Pour l’hydropisie.

Tchin dans les remèdes pour l'hydropisie qu’il a reçus de père en fils par tradition, ordonne qu’on prenne une once de gin seng, deux onces de fen tsao[27] ; plus une demie drachme de cervelle de cochon, qu’on fasse infuser dans du fiel du même animal, et qu’on pulvérise après l’avoir rôtie. Il fait de tout cela des pilules de la grosseur d’une noix avec du miel. Il en donne une à chaque prise dans de l’eau froide.


Pour les fièvres intermittentes, qui dégénèrent en continues.

Prenez deux drachmes de gin seng, du hing hoang[28], cinq drachmes ; pulvérisez le tout ; prenez ensuite des bouts de branches de palmiers, que vous cueillerez le cinquième jour de la cinquième lune, et que vous pilerez bien. Faites de tout cela des pilules de la grosseur d’un petit pois : prenez-en sept le jour de la fièvre, de grand matin, dans de la fleur d’eau de puits[29]. Prenez-en une seconde fois avant l’accès. Avec ce remède il ne faut rien donner de chaud au malade. Il a son effet sur-le-champ. Quelques-uns y font entrer du chin kio (levain divin) en même quantité que ces autres drogues.


Pour le ténesme qui procède du froid.

Quand le pouls du malade est faible, et presque tout absorbé, prenez du gin seng, et du ta fou tse, de chacun une once et demie. Il en faut une demie once à chaque prise ; plus, dix tranches de gingembre vert, quinze clous de girofle, et une pincée de bon riz. Vous ferez cuire le tout dans deux tasses d’eau, jusqu’à diminution de trois parts sur dix. Vous ferez prendre cette potion toute chaude et à jeun au malade. Six prises suffiront pour le guérir.


Pour un vieillard attaqué de ténesme, et épuisé.

Quand avec cette incommodité le malade ne peut ni boire ni manger, prenez de la poudre du gin seng de Chang tang, une once sur une demie-once de corne de cerf dépouillée de sa peau, qui aura été rôtie, broyée, et réduite en poudre. Faites-en avaler peu à peu au malade, à la saveur d’un bouillon de riz. On en donne trois prises chaque jour.


Pour les fièvres malignes.

Ce remède est excellent pour toutes sortes de personnes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, femmes enceintes ou non ; quoique la maladie soit griève, et menace d’une mort prochaine, que le pouls soit éclipsé, et que le malade ait perdu la connaissance, après sept jours de maladie, il n’y a personne qu’on ne puisse guérir par le moyen de cette recette, et d’une centaine de malades, on n’en manquera pas un. C’est pour cela qu’on appelle cette recette to ming san, c’est-à-dire, remède qui ramène une vie qui s’échappe.

Prenez une once de gin seng, que vous ferez cuire dans deux tasses d’eau à un feu violent jusqu’à diminution de la moitié : faites-la rafraîchir dans de l’eau de puits, puis donnez-la au malade à boire : peu de temps après il lui sortira une sueur de dessus le nez, le pouls lui reviendra, et il sera guéri à l’instant.

Sou tao cong, président d’une des six cours souveraines, dit : Je me suis servi de ce remède, pour secourir près de cent personnes. Lorsque j’étais gouverneur d’une ville du troisième ordre, la femme et les enfants du second de mes assesseurs, étaient attaqués depuis plus d’un mois d’une fièvre pourprée et pestilente : je leur fis prendre ce remède, et ils guérirent.


Pour le mal caduc des enfants quand ils s’agitent en étendant et retirant les bras et les jambes.

Prenez du gin seng, de la poudre d'écaille d’huîtres, une grenouille séchée et du chin cha en égale quantité : pulvérisez le tout. Prenez ensuite le cœur d’un cochon de lait ; et avec le sang de cet animal faites-en des pilules de la grosseur d’un petit pois. Donnez-en cinquante à chaque prise dans un bouillon d’or et d’argent[30]. Il en faut prendre deux fois en dix jours. Ce remède a des effets admirables.


Pour les maux de rate des enfants, causés par des vents.

Prenez du gin seng, des pépins de citrouilles, de chacun une demie-once ; plus, une once de nan sin ; après avoir fait cuire tout cela dans de l’eau de tsian, vous le pulvériserez. Cela se doit prendre chaud, et à chaque fois une drachme dans huit gros de l’eau de tsian.


Pour l’aveuglement causé par le vin.

Il y avait un homme vigoureux qui aimait à boire le vin extrêmement chaud. Il fut frappé soudainement d’une maladie qui l’aveugla. Il avait le pouls âpre et inégal. C’était l’effet de l’excès qu’il avait fait de vin chaud. Il avait l’estomac gâté, et le sang y croupissait, et s’y corrompait, ce qui causait tout son mal. L’on fit un bouillon de bois de Brésil, dans lequel on mit une drachme de gin seng en poudre. Au second jour qu’on lui en donna, le nez et la paume des mains lui devinrent livides, ce qui venait de ce que le sang qui croupissait dans l’estomac, commençait à circuler. Ensuite on prit du bouillon, dans lequel on mit du bois de Brésil, des pépins de pêches, du hong hoa, de la vieille peau d’écorce d’orange, pour assaisonner la poudre de gin seng. Après en avoir pris durant quelques jours, le malade se trouva guéri.


Pour les apostumes causées par le vin, (le poison du vin).
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Il y avait une femme qui aimait extraordinairement le vin : il lui vint une apostume à la poitrine avec un pouls fort vite. On se servit de gin seng et de rhubarbe, l’un et l’autre rôti à sec dans le poêlon, après avoir été été trempé dans le vin, de chacun une égale quantité. On pulvérisa ensuite le tout : on lui fit prendre une drachme de cette poudre dans du bouillon de gingembre. Elle cracha incontinent, sua, et fut guérie.


Pour les morsures de chien.

Quand la plaie est enflée, et cause de la douleur, prenez du gin seng, et mettez-le sur des charbons ardents de bois de mûrier, et brûlez-le ; en sorte qu’il ne se réduise pas en cendre. Couvrez-le ensuite avec une porcelaine ; peu de temps après, pulvérisez-le ; jetez-en sur la plaie, et le malade guérira à l’instant.


Quand les entrailles sortent par le côté.

Faites rentrer les entrailles au plus tôt, en les pressant avec les mains frottées d’huile. Mêlez du bouillon de gin seng avec du jus de keou ki, lavez-en la partie offensée. Faites manger au malade du riz cuit à l’eau en consistance de bouillie claire, où l’on aura fait cuire des rognons de mouton ; il sera guéri en dix jours.


Remarques.

Les noms des maladies sont difficiles à bien entendre en chinois : peut-être se sera-t-on trompé en nommant quelques-unes de ces maladies. On n’a traduit ces recettes mot à mot, que pour donner une idée de la manière dont pensent les Chinois, et dont ils composent leurs remèdes.

Aujourd’hui le gin seng paye de gros droits à l’empereur. L’on assure même qu’il y va de la vie de frauder ces droits. Le gin seng vient à Peking de plusieurs endroits, comme du Leao tong, de la Corée, et de la Tartarie septentrionale. Il en vient aussi du Japon, mais je crois qu’il n’est pas si estimé. A présent le bon gin seng est très cher : on l’achète au moins six fois son poids d’argent, et il y en a à Peking qui se vend même huit poids d’argent, et quelquefois plus. Voici comme on le prépare. On le coupe en petites tranches avec un couteau ; ensuite on le fait cuire dans un peu d’eau sans autre façon ; le pot doit être de terre, et couvert. Les personnes riches ont un vase d’argent fait exprès. On donne le bouillon à prendre au malade. On ne jette pas le marc, mais on remet encore un peu d’eau dessus, et on le fait cuire de nouveau, pour achever de tirer le suc de la racine.

La dose ordinaire est un mas, ou la dixième partie d’une once.

Quand on veut faire entrer le gin seng dans les remèdes, on ne fait ordinairement qu’y verser ce bouillon ; la dose n’est point réglée ; elle passe passe pour extraordinairement forte à une drachme et demie. J’en ai vu prendre jusqu’à trois drachmes : mais il faut pour cela être entièrement épuisé. On en donne quelquefois jusqu'à cinq drachmes et plus ; mais c’est dans des occasions périlleuses, comme serait l’apoplexie, encore faut-il avoir égard à l'âge, à la constitution, etc.

Un missionnaire demeurant dans la province de Chan si, s’informa d’un médecin du pays, s’il y avait encore du gin seng ; il répondit qu’il y en avait, mais qu’il était sauvage et de nul usage dans la médecine ; qu’il était même défendu sévèrement d’en arracher.

La livre chinoise pèse dix-neuf onces quatre drachmes de nos onces, quelques grains moins. L’once est la seizième partie de la livre ; la drachme, la dixième partie de l’once ; le grain, la dixième partie de la drachme ; et ainsi toujours en diminuant, à proportion de dix. Partout où l’on trouvera ces termes de drachmes, onces, etc. on les doit réduire aux nôtres, suivant la règle que j’ai marquée.

Les Chinois nomment la livre, king, l’once, leang ; la drachme, tsien ; la dixième partie de la drachme, fuen. Ces termes de poids sont communs à l’argent et à l’or, parce que dans le trafic on se sert de trébuchet pour les peser.

Il y a un grand nombre d’Herbiers chinois. Le dernier qui ait été fait, et dont ces recettes ont été tirées, est intitulé Pen tsao can mou, Herbier à maîtresse corde et à mailles ; c’est-à-dire, que comme le filet a une maîtresse corde et des mailles, de même cet Herbier a des titres généraux, sous lesquels sont rangées les matières qu’on y traite, comme les mailles sont rangées et attachées à la maîtresse corde.

L’on remarquera en passant, qu’il n’y a point de nation au monde qui soit plus féconde en titres bizarres de livres, que la nation chinoise. Les noms qu’ils donnent aux pays, et à plusieurs autres choses, se ressentent de cette bizarrerie. Ce n’est pas que souvent ces noms ne renferment un bon sens.


  1. Lou tong est une espèce de sycomore.
  2. Nom de plante.
  3. Cela était vrai autrefois ; mais maintenant il se vend presque au poids de l’or.
  4. Noms de plantes.
  5. Deux noms de plantes.
  6. Nom de plante.
  7. Graine de plante.
  8. Sorte d'herbe.
  9. Orange.
  10. Quand les Chinois tâtent le pouls, ils le font aux deux mains, l’une après l’autre. Ils appliquent trois doigts sur la veine. L’index à la racine du poignet, celui du milieu, et l’annulaire ; et ces trois doigts se touchent. Le pouls qui répond à chaque doigt a un nom particulier, ce qui fait trois pouls à chaque main, et six en tout. Ils prétendent que chacun de ces pouls marque la disposition de celles des parties vitales qui lui répondent.
  11. Racine d’herbe.
  12. Ceci est également pour les personnes avancées en âge et pour les enfants.
  13. Sorte d’herbe.
  14. Espèce de ciboule.
  15. Bois de Brésil.
  16. Nom d’herbe.
  17. Nom d'herbe.
  18. C’est une espèce de racine.
  19. Nom d’herbe.
  20. Nom de fève.
  21. Le vinaigre des Chinois n'est pas de vin.
  22. La cinquième veille finit à l'aurore.
  23. C’est une poudre de dix ingrédients.
  24. Nom de plante.
  25. Espèce de scorsonère.
  26. Nom d’herbe.
  27. Nom d’herbe.
  28. Soufre mâle.
  29. C’est-à-dire, dans la première eau qui se tirera d’un puits qui aura reposé toute la nuit.
  30. C’est-à-dire, dans lequel on aura mis quelques pièces de ces deux métaux.