Description de la Chine (La Haye)/Exemples tirés des Auteurs modernes

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Scheuerleer (2p. 453-458).


CHAPITRE SECOND.
Exemples tirés des auteurs modernes.


PARAGRAPHE I.
Exemples sur l'éducation de la jeunesse.


Un lettré nommé Liu, né dans la ville de Lien tang, avait fait avec plusieurs de ses concitoyens une espèce de société pour travailler de concert à leur perfection : ils étaient convenus des lois suivantes qui devaient être inviolablement observées. 1° Tous les membres de cette société devaient s’assembler souvent pour se porter les uns les autres, et s’exciter à la vertu. 2° Ils devaient s’avertir de leurs défauts. 3° Ils devaient se réunir dans les fêtes et les solennités, et les passer ensemble. 4° Ils devaient s’assister dans leurs besoins, et se prêter un mutuel secours dans leurs peines et leurs afflictions. 5° Si quelqu’un de la société faisait quelque action digne d’éloge, on l’écrivait dans le registre pour en conserver la mémoire. 6° De même si quelqu’un tombait dans quelque faute considérable, elle était aussitôt écrite dans le même registre. 7° Enfin tout membre de la société qui avait été averti jusqu’à trois fois de ses fautes, et qui y retombait, était pour toujours exclus de la société, et son nom biffé du registre.

Le mandarin Hou yuen se plaignait souvent de ce que les jeunes gens, qui s’appliquaient aux sciences, et aspiraient à la magistrature, ne s’attachaient qu’à une vaine éloquence, sans se mettre en peine d’approfondir la doctrine des anciens sages et de se former sur leurs exemples. C’est pourquoi il n’expliquait à ses disciples que ce qu’il y a de plus important dans les anciens livres sur le règlement des mœurs, et sur les vertus qu’on doit acquérir pour bien gouverner ; dans ses discours, il ne cherchait qu’à développer le sens des anciens livres, et méprisant les fleurs de l’éloquence, il n’avançait rien qui ne fût appuyé sur des raisonnements solides. Sa réputation se répandit bientôt de toutes parts ; et en très peu de temps on compta plus de mille disciples qui firent de grands progrès sous un maître si habile.

Lorsqu’il était mandarin des lettrés dans la ville de Hou tcheou, il érigea deux écoles : dans l’une on ne recevait que ceux qui avaient un esprit éminent, et on s’y appliquait à pénétrer bien avant dans la doctrine des anciens, et à approfondir ce qu’elle renferme de plus sublime. On admettait dans l’autre ceux qui se distinguaient par leur prudence : on leur enseignait l’arithmétique, les exercices de la guerre, les règles du gouvernement, etc. Ce grand nombre de disciples se dispersèrent par tout l’empire. Et comme ils se distinguaient du commun par leur sagesse, leur modestie, et l’intégrité de leurs mœurs, seulement à les voir on jugeait qu’ils étaient les disciples du mandarin Hou yuen.


PARAGRAPHE II.
Exemples sur les cinq devoirs.


Le jeune Sie pao n’avait d’autre soin que de se rendre habile, et d’acquérir la vertu : son père qui avait passé à de secondes noces, le prit tellement en aversion qu’il le chassa de la maison. Le jeune homme qui ne pouvait se séparer de son père, pleurait nuit et jour, et y demeurait toujours. Le père en vint aux menaces et aux coups ; et le fils obligé de se retirer, se bâtit une petite hutte auprès de la maison paternelle, et allait tous les matins la nettoyer, et balayer les salles, comme il avait accoutumé de faire auparavant. Le père n’en fut que plus irrité ; et dans la colère où il était, il fit abattre la hutte, et éloigna tout à fait son fils de sa présence. Sie pao ne se rebuta point : il chercha un logement dans le voisinage, et matin et soir il venait se présenter à son père pour lui rendre les devoirs. Une année se passa ainsi, sans que les manières dures avec lesquelles on le recevait, pussent diminuer sa tendresse et sa piété. Enfin son père fit des réflexions sur l’injustice de sa haine ; et après avoir comparé la dureté de sa conduite avec le tendre amour que lui portait son fils, il se rendit aux sentiments naturels, et rappela son fils auprès de sa personne. Dans la suite Sie pao perdit ses parents ; après avoir satisfait au deuil triennal, les frères cadets lui proposèrent de partager l’héritage, il y consentit : mais quelle fut sa conduite ? Voilà, leur dit-il, un nombre de domestiques qui sont dans un âge décrépit, et hors d’état de servir ; je les connais depuis longtemps, et ils sont faits à mes manières ; pour vous, vous auriez de la peine à les gouverner ; ainsi ils demeureront avec moi. Voila des maisons à demi ruinées, et des terres stériles ; je les cultive depuis ma plus tendre jeunesse, ainsi je me les réserve. Il ne reste plus à partager que les meubles, je prends pour moi ces vases à demi brisés, et ces anciens meubles qui tombent en morceaux, je m’en suis toujours servi, et ils entreront dans mon lot. C’est ainsi que quoiqu’il fût l’aîné de la famille, il prit pour son partage tout ce qui était de rebut dans la maison paternelle. Bien plus, ses frères ayant bientôt dissipé tous leurs biens, il partagea encore avec eux ce qui lui restait.

Huen yu, qui s’est rendu si célèbre dans l’empire, rapporte que c’est aux sages conseils de sa mère, qu’il est redevable de toute la splendeur de sa maison. Un jour, dit-il, elle me prit en particulier, et me parla ainsi : Étant allée voir un de mes parents premier ministre, après les civilités ordinaires : Vous avez un fils, me dit-il, s’il parvient jamais à quelque dignité, et que vous entendiez dire qu’il est dans le besoin, et qu’à peine a-t-il de quoi subsister, tirez-en un bon augure pour la suite de sa vie. Si au contraire on vous dit qu’il a des richesses immenses, que son écurie est remplie des plus beaux chevaux, qu’il est magnifique dans ses habits ; regardez ce luxe et ces richesses, comme le présage certain de sa ruine prochaine. Je n’ai jamais oublié, ajouta-t-elle, une réflexion si sensée. Car comment se peut-il faire, que des personnes constituées en dignités, envoient tous les ans à leurs parents des sommes considérables et de riches présents ? Si c’est là un effet de leur épargne, et le superflu de leurs appointements, je n’ai garde de les blâmer : mais si c’est le fruit de leurs injustices, quelle différence y a-t-il, entre ces mandarins et les voleurs publics ? Et s’ils sont assez habiles pour se dérober à la sévérité des lois, comment peuvent-ils se souffrir eux-mêmes, et ne pas rougir de confusion ?

Du temps que régnait la dynastie des Han, une jeune fille nommée Chin, épousa à l’âge de seize ans un homme, qui aussitôt après son mariage fut obligé de partir pour la guerre. Comme il était sur son départ, Je ne sais, dit-il à sa femme, si je reviendrai de cette expédition : je laisse une mère fort âgée, et je n’ai point de frères qui puissent prendre soin d’elle : puis-je compter sur vous, si je venais à mourir ; et voudriez-vous bien vous charger de ce soin ? La jeune dame y consentit de tout son cœur, et son mari partit sans inquiétude. On apprit peu de temps après sa mort : la jeune veuve tint sa parole, et prit un soin particulier de sa belle mère : elle filait tout le jour, et faisait des étoffes, pour avoir de quoi fournir à sa subsistance. Enfin, après les trois années de deuil, les parents prirent le dessein de lui donner un nouveau mari : mais elle rejeta bien loin cette proposition, alléguant la promesse qu’elle avait faite à son mari, et assurant qu’elle se donnerait plutôt la mort, que de consentir à de secondes noces. Une réponse si précise ferma la bouche à ses parents ; et devenue par-là maîtresse de son sort, elle passa 28 ans auprès de sa belle-mère, et lui procura tous les secours qu’elle aurait pu attendre du meilleur fils ; cette belle-mère étant morte âgée de plus de 80 ans, elle vendit ses terres, ses maisons, et tout ce qu’elle possédait, pour lui faire des obsèques magnifiques, et lui procurer une honorable sépulture. Une action si généreuse frappa tellement l’esprit du gouverneur des villes de Hoai ngan et de Yang tcheou, qu’il en fit le récit à l’empereur dans une requête qu’il lui présenta, à ce sujet : et Sa Majesté, pour récompenser la piété de cette généreuse dame, lui fit donner 4.240 onces d’argent, et l’exempta pendant sa vie de tout tribut.

Du temps que régnait la dynastie des Tang, le premier ministre de l’empire nommé Ki çié avait une sœur qui était dangereusement malade : comme il lui faisait chauffer un bouillon, le feu prit à sa barbe : sa sœur touchée de cet accident : hé ! mon frère, lui dit-elle, nous avons un si grand nombre de domestiques, pourquoi vous donner vous-même cette peine ? Je le sais bien, répondit-il, mais nous sommes vieux l’un et l’autre, et il ne se présentera peut-être plus d’occasion de vous rendre mes petits services.

Pao hiao so étant gouverneur de la ville de King sao, qui s’appelle maintenant Si ngan, un homme de la lie du peuple vint le trouver. J’ai eu autrefois un ami, lui dit-il, qui m’envoya cent onces d’argent ; il est mort, et j’ai voulu rendre cette somme à son fils, mais il ne veut pas absolument la recevoir : faites-le venir, je vous prie, et ordonnez-lui qu’il prenne ce qui lui appartient ; en même temps il dépose l’argent entre les mains du gouverneur. Celui-ci fait venir l’homme en question, qui proteste que son père n’a jamais envoyé à personne cent onces d’argent. Le mandarin ne pouvant éclaircir la vérité, voulait rendre l’argent tantôt à l’un, tantôt à l’autre, et aucun d’eux ne voulait le recevoir, disant qu’il ne lui appartenait pas. Sur quoi le docteur Liu yang s’écrie : Qu’on dise maintenant, qu’on dise qu’il n’y a plus de gens de probité : qu’on dise qu’il n’est pas possible d’imiter les empereurs Yao et Chun. Si quelqu’un avançait ce paradoxe, je ne veux que cet exemple pour confondre.

Sou quang, qui avait été précepteur du prince héritier, présenta une requête à l’empereur Siuen ti, où après avoir exposé qu’il était d’un âge fort avancé, il lui demandait la permission de se retirer dans sa maison : l’empereur le lui accorda, et lui fit présent d’une grosse somme d’argent : le prince héritier lui fit aussi un présent considérable. Ce bon vieillard se trouvant dans sa patrie, ordonna que sa table fût toujours bien servie, afin de pouvoir régaler ses proches et ses anciens amis. Il demandait de temps en temps à son intendant, combien il lui restait encore d’argent, et il lui ordonnait d’acheter ce qu’il trouverait de meilleur.

Cette dépense alarma ses enfants : ils allèrent trouver les amis de son père,  pour les engager à lui faire sur cela des représentations. Nous espérions, leur dirent-ils, que notre père comblé d’honneurs et de biens ne penserait qu’à établir solidement sa famille, et à nous laisser un riche héritage. Cependant vous voyez quelle dépense il fait en festins et en réjouissances : n’emploierait-il pas bien mieux son argent à acheter des terres et des maisons ? Ces amis promirent de parler au vieillard : et en effet ayant trouvé un moment favorable, ils lui insinuèrent le sujet de plainte qu’il donnait à ses enfants.

J’admire mes enfants, leur répondit-il ; ils pensent, je crois, que je radote, et que j’ai perdu le souvenir de ce que je dois à ma postérité. Qu’ils sachent que je leur laisserai en terres et en maisons ce qui suffit et au-delà pour leur entretien, s’ils savent les faire valoir ; mais qu’ils ne se persuadent pas qu’en augmentant leurs biens, je contribue à fomenter leur paresse. J’ai toujours entendu dire que de donner de grandes richesses à un homme sage, c’est énerver et affaiblir sa vertu ; et que d’en donner à un insensé, c’est augmenter ses vices. En un mot cet argent que je dépense, l’empereur me l’a donné pour soulager et récréer ma vieillesse ; n’est-il pas juste que j’en profite, selon ses intentions ; et que pour passer plus gaiement le peu de temps qui me reste à vivre, je m’en divertisse avec mes parents et mes amis ?

Tang teou avait deux filles fort jeunes, l’une de 19 ans et l’autre de 16, toutes deux d’une rare beauté et d’une vertu encore plus grande, quoi qu’elles n’eussent eu d’autre éducation que celle qu’on donne communément à la campagne. Dans le temps qu’une troupe de brigands infestait l’empire, ils firent une irruption soudaine dans le village de ces jeunes filles : elles se cachèrent dans des trous de montagnes, pour se dérober à leurs insultes et à leurs cruautés. Les brigands les eurent bientôt déterrées, et les emmenèrent avec eux comme des victimes destinées à assouvir leur brutale passion. Après avoir marché quelque temps, ils se trouvèrent sur les bords d’un précipice : alors l’aînée de ces deux filles s’adressant à la sœur : Il vaut beaucoup mieux, dit-elle, perdre la vie que la pudicité, et à l’instant elle se jeta dans l’abîme : la cadette imita aussitôt son exemple ; mais elle ne mourut pas de cette chute comme sa sœur : elle en fut quitte pour avoir les jambes cassées. Les brigands effrayés à ce spectacle continuèrent leur route, sans examiner ce qu’elles étaient devenues. Le gouverneur de la ville voisine instruisit l’empereur de ce qui venait d’arriver : et Sa Majesté, pour éterniser la mémoire d’une si belle action, fit un éloge magnifique de la vertu de ces jeunes filles, et exempta à perpétuité de tout tribut leur famille et leur village.

Leao yung était fort jeune quand il perdit ses parents : il avait quatre frères, avec qui il était très uni : ils vivaient ensemble dans la même maison, et leurs biens étaient communs. Il arriva que ces quatre frères se marièrent : leurs femmes troublèrent bientôt la concorde : elles ne pouvaient se supporter l’une l’autre, c’était à tout moment des disputes et des querelles. Enfin elles demandèrent qu’on fit le partage des biens, et qu’on se séparât d’habitation.

Leao yung fut sensiblement affligé de cette demande ; et pour mieux faire connaître jusqu’à quel point son cœur était touché : il assemble ses frères et leurs femmes dans son appartement ; il ferme la porte ; il prend un bâton, et s’en frappant rudement la tête : Ah ! Malheureux Leao yung, s’écria-t-il, que te sert-il de veiller continuellement sur toutes tes actions, de t’appliquer à l’étude de la vertu, de méditer sans cesse la doctrine des anciens sages ? Tu te flattes de réformer un jour par ton exemple les mœurs de l’empire, et tu n’es pas encore venu à bout de mettre la paix dans ta maison ?

Ce spectacle frappa vivement ses frères, et leurs femmes : ils se jetèrent tous à ses pieds ; et fondant en larmes ils lui promirent de changer de conduite. En effet on n’entendit plus de bruit comme auparavant : la bonne intelligence se rétablit dans la maison, et on y vit régner une parfaite union des cœurs.


PARAGRAPHE III.
Exemples sur le soin avec lequel on doit veiller sur soi-même.


Quelqu’un demandait un jour au mandarin Ti ou lun, si depuis qu’il travaillait à acquérir la vertu, il était venu à bout de se dépouiller de toute attache et de toute affection particulière. Je m’aperçois que je n’en suis pas encore là, répondit-il, et voici à quoi je le reconnais. Une personne m’offrit il y a du temps un cheval si léger et si vif, qu’il faisait mille stades en un jour : quoique j’aie refusé ce présent d’un homme qui pouvait avoir des vues intéressées, cependant dès qu’il s’agit de proposer quelqu’un pour remplir une dignité vacante, son nom me vient toujours à l’esprit. D’ailleurs, que mon fils ait quelque légère incommodité, quoique je sache bien que sa vie n’est nullement en danger, je ne laisse pas de passer toute la nuit sans dormir, et dans je ne sais quelle agitation qui me fait bien connaître que mon cœur n’est pas encore dépris de toute affection peu réglée.

Le mandarin Lieu quon était devenu si maître de lui-même, que les événements les plus extraordinaires et les plus imprévus, n’étaient pas capables de troubler tant soit peu la paix, et la tranquillité de son âme. Sa femme entreprit un jour de le mettre en colère ; et pour y réussir, elle donna des ordres à sa servante, qui furent ponctuellement exécutés. Un jour que le mandarin se préparait à aller à la cour, et qu’il avait pris ses plus magnifiques habits, la servante renversa la marmite à ses pieds, en sorte que les habits du mandarin étant tout gâtés, il fut hors d’état de paraître ce jour-là devant le roi. Le mandarin ne changea pas même de visage ; il se contenta de dire à la servante avec sa tranquillité ordinaire : Est-ce que vous vous êtes brûlée la main ? Puis il se retira dans son appartement.

Le mandarin Yang chin avait fait de grands éloges d’un lettré nommé Vang mié, et ce témoignage porta l’empereur à confier au lettré le gouvernement de la ville de Chang. Un jour qu’Yang chin passait par cette ville le gouverneur qui lui devait sa fortune, vint aussitôt lui rendre ses devoirs, et lui offrit en même temps 160 onces d’argent. Yang chin jetant sur lui un regard sévère : Je vous ai connu autrefois, lui dit-il ; je vous ai pris pour un homme sage, et je vous ai recommandé à l’empereur ; comment se peut-il faire que vous ne me connaissiez pas ? Croyez-moi, reprit le gouverneur, recevez cette légère marque de reconnaissance ; il est nuit close, personne n’en saura jamais rien. Comment, reprit le mandarin ? Personne n’en saura rien ? est-ce que le Tien ne le saura pas ? est-ce que les esprits ne le sauront pas ? Ne le saurai-je pas moi ? Ne le saurez-vous pas vous-même ? Comment dites-vous donc que personne ne le saura ? Ces paroles couvrirent de honte le gouverneur, et il se retira tout confus.

Tchung yn eut jusqu’à trois fois la charge de général des troupes de l’empire. Dans cette élévation il ne se piqua jamais d’avoir de beaux chevaux, ni de porter sur lui des parfums ; quand il avait quelques moments de plaisir, il l’employait à la lecture : il ne faisait nul cas de ces vains présages qui se répandent quelquefois, et il se donnait bien de garde d’en informer l’empereur. Il avait en horreur les sectaires, surtout ceux qui suivent les sectes de Foë et de Tao ; il était rigide, lorsque ses subalternes tombaient en quelque faute ; et libéral, lorsqu’il fallait secourir les pauvres et les orphelins. Ses greniers étaient toujours pleins de riz, afin de pouvoir soulager le peuple dans un temps de famine. Il entretenait avec soin les hôtelleries publiques ; il était magnifique dans les festins qu’il donnait. Enfin dès qu’il apprenait qu’il se trouvait dans son ressort quelques filles d’honnête famille, mais pauvres, ou destituées de parents, il se chargeait de les pourvoir : il leur trouvait des maris de même condition, et il leur fournissait libéralement les habits de noces.

Dans les visites que le docteur Lieou rendait à ses amis, il passait quelquefois plus d’une heure à les entretenir, sans courber tant soit peu le corps, et ayant la poitrine et les épaules comme immobiles ; on ne lui voyait pas même remuer les mains ni les pieds : il était comme une statue parlante, tant il était modeste.

Li uen tcing se faisait bâtir une maison proche la porte du palais impérial : quelqu’un de ses amis l’ayant averti que le vestibule n’en était pas assez vaste, et qu’à peine un cavalier pourrait-il s’y tourner commodément ; il lui répondit en souriant : Cette maison appartiendra un jour à mes enfants ; le vestibule est assez vaste pour les cérémonies qui se pratiqueront à ma pompe funèbre.