Description de la Chine (La Haye)/Extrait d’un ancien livre

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Scheuerleer (2p. 250-267).


Extrait d’un ancien livre chinois, qui enseigne la manière d’élever et de nourrir les vers à soie, pour l’avoir et meilleure, et plus abondante.


L’auteur chinois commence d’abord à traiter de quelle manière on doit cultiver les mûriers, dont les feuilles servent de nourriture aux vers à soie, parce que ces insectes, dit-il, de même que les autres animaux, ne sont capables d’un travail utile, qu’autant que les aliments qu’on leur donne, sont proportionnés à leurs organes et à leurs fonctions. Il distingue deux sortes de mûriers, les uns qui sont véritables, et qui se nomment sang, ou ti sang : mais il ne faut pas s’imaginer qu’ils donnent de grosses mûres, comme en Europe : on n’a besoin que de leurs feuilles, et c’est en vue de faire pousser les feuilles en quantité, qu’on s’applique à la culture de ces arbres.

Il y a d’autres mûriers sauvages qu’on nomme tche, ou ye sang. Ce sont de petits arbres qui n’ont ni la feuille, ni le fruit du mûrier. Leurs feuilles sont petites, âpres au toucher, et de figure ronde, qui se termine en pointe. Elles ont dans le contour des portions de cercle rentrant. Le fruit du tche ressemble au poivre, il en sort un au pied de chaque feuille. Les branches épineuses et épaisses viennent naturellement en forme de buisson. Ces arbres veulent être sur des coteaux, et y former une espèce de forêts.

Il y a des vers à soie, qui ne sont pas plus tôt éclos dans la maison, qu’on les porte sur ces arbres, où ils se nourrissent, et font leurs coques. Ces vers campagnards et moins délicats, deviennent plus gros et plus longs que les vers domestiques ; et quoique leur travail n’égale pas celui de ces derniers, il a pourtant son prix et son utilité, comme on le peut juger de ce que j’ai dit de l’étoffe nommée kien tcheou. C’est de la soie produite par ces vers, qu’on fait les cordes des instruments de musique, parce qu’elle est forte et résonnante.


Des mûriers sauvages

Au reste, il ne faut pas croire que ces arbres tche, ou mûriers sauvages, ne demandent aucun soin, et qu’il suffise de les charger de vers à soie. Il faut ménager dans ces petites forêts quantité de sentiers en forme d’allées, afin de pouvoir arracher les mauvaises herbes qui croissent sous les arbres. Ces herbes sont nuisibles, en ce qu’elles cachent des insectes, et surtout des serpents, qui sont friands de ces gros vers. Ces sentiers sont encore nécessaires, afin que les gardes parcourent sans cesse le bois, ayant le jour une perche à la main, ou un fusil, pour écarter les oiseaux ennemis de ces vers ; et battant la nuit un large bassin de cuivre, pour éloigner les oiseaux nocturnes. On doit prendre cette précaution chaque jour, jusqu’au temps où l’on recueille les coques travaillées par les vers.

Il est à observer que les feuilles, auxquelles les vers n’ont point touché au printemps, doivent être arrachées pendant l’été. Si on les laissait sur l’arbre, les feuilles qui renaîtraient le printemps suivant, auraient des qualités vénéneuses et malfaisantes. On trouve dans un livre chinois sur les plantes, la circulation de leur suc clairement exprimée. On juge sans doute que ce suc qui circule, et qui des vieilles feuilles coulerait dans la matrice, nuirait par sa grossièreté à la sève, qui monte de la racine de l’arbre jusqu’à l’extrémité de ses branches.

Pour rendre les arbres tche plus propres à nourrir des vers domestiques, il est bon de les cultiver à peu près de même que ses mûriers véritables. Il est surtout à propos de semer du mil dans le terroir, où on les aura planté un peu au large. Le mil corrige l’âpreté des petites feuilles de l’arbre de tche qui deviennent plus épaisses et plus abondantes ; les vers qui s’en nourrissent, travaillent les premiers à leurs coques, et leur soie en est plus forte.

Peut-être ferait-on quelques découvertes semblables en Europe, si l’on observait sur les arbres les coques de vers qui y sont attachées. Il faudrait les prendre avant que les vers fussent changés en papillons ; car quand ils sortent de leurs coques, ils n’y laissent pas leurs œufs, que divers incidents font périr en grande partie. Il faudrait aussi ramasser plusieurs de ces coques animées, afin d’avoir des papillons mâles et femelles ; et les œufs étant éclos l’année suivante, on les répandrait sur les arbres d’où on les aurait tirés, et ils s’y nourriraient sans peine. Il y a apparence que c’est ainsi qu’on a fait à Chine la découverte des vers à soie.

On a fait une observation, dont l’auteur chinois ne parle point, et qui peut néanmoins avoir son utilité, c’est qu’au lieu de l’arbre tche, dont les feuilles nourrissent les vers, qui travaillent à la soie propre à faire des kien tcheou, on peut employer les feuilles de chêne. Le feu empereur Cang hi en a fait l’expérience. Une année qu’il passa l’été et l’automne à Ge ho, en Tartarie, il fit nourrir des vers à soie sur des chênes ; sans doute que c’était des premières feuilles encore tendres, que ces vers se nourrissaient.

Mais, enfin l’épreuve en a été faite, et peut-être que si on hasardait de mettre des vers à soie domestiques sur un jeune chêne, quelques-uns d’eux s’accoutumeraient à ce genre de vie rustique ; de même qu’on voit des enfants de famille, qui ont été élevés délicatement, s’endurcir aux fatigues et à la nourriture du simple soldat. Des œufs qu’ils produiraient, on verrait sortir sans doute des vers campagnards, tels que ceux dont on tire la soie, qui sert à faire le kien tcheou. Du moins on pourrait essayer si ces premières feuilles de chêne seraient du goût des vers à soie domestiques ; et si cela était, elles pourraient suppléer à celles des mûriers, qui en certaines années sont plus tardives.


Des mûriers véritables.

On vient ensuite aux mûriers véritables ; tout ce qu’en dit l’auteur chinois peut se réduire aux articles suivants : quelle est la bonne ou la mauvaise espèce des mûriers ; de quelle manière on peut les rendre meilleurs par le choix et la culture du terroir, par l’adresse qu’on apporte à les effeuiller, à les enter, et surtout à les tailler ; enfin comment il faut s’y prendre pour multiplier la bonne espèce.

On doit rejeter les mûriers qui commencent par pousser des fruits, et ensuite des feuilles, parce que ces feuilles sont d’ordinaire très petites et malsaines, et que d’ailleurs cette espèce de mûriers n’est pas de longue durée, et périt en peu d’années. Dans le choix des jeunes plans, il faut laisser ceux qui ont la peau ridée, parce qu’ils ne produiront que des feuilles petites et minces. Au contraire on doit se fournir de ceux dont l’écorce est blanche, qui ont peu de nœuds, et de grands bourgeons. Les feuilles en sortiront larges et épaisses, et les vers qui s’en nourriront, produiront en leur temps des coques serrées et abondantes en soie.

Les meilleurs mûriers sont ceux qui donnent peu de mûres, parce que le suc est moins partagé. Il y a un moyen, à ce qu’on assure, de les rendre stériles en fruits, et féconds en feuilles : c’est de faire manger aux poules des mûres, soit qu’elles soient fraîchement cueillies, soit qu’elles aient été séchées au soleil : on ramasse la fiente de cette volaille, on la délaye dans l’eau, on met dans cette eau la graine de mûriers pour la macérer, après quoi on la sème.

On distingue en général deux bonnes espèces de mûriers, qui ont pris leurs noms de la province, d’où ils sont sortis originairement, Les uns se nomment king sang : king est le nom d’une contrée de la province de Hou quang. Ses feuilles sont minces et peu pointues, et ressemblent en petit dans leurs contours aux feuilles de courge. La racine est durable, et le cœur du tronc solide. Les vers nourris de ces feuilles filent une soie forte, et très propre à faire le cha et le lo cha, (c’est une espèce de gaze et de crêpe qui a du corps). Les feuilles du king conviennent surtout aux vers nouvellement éclos ; car chaque âge a une nourriture qui lui est proportionnée, et dont il s’accommode mieux.

Les mûriers de Lou, ancien nom de la province de Chan tong, ne sont pas chargés de mûres ; leur tronc s’allonge, leurs feuilles sont grandes, fortes, fermes, rondes, épaisses, pleines de suc : les branches sont saines et vigoureuses, mais la racine et le cœur ne sont pas solides et de durée : quoique leurs feuilles soient bonnes pour tout âge, elles sont néanmoins plus propres à nourrir les vers qui sont déjà un peu grands.

Parmi ces sortes de mûriers, il y en a qui poussent des feuilles de très bonne heure : ce sont ceux-là qu’il faut choisir ; pour les avoir près de sa maison, afin de pouvoir plus aisément en préserver le pied des méchantes herbes, le fumer, l’arroser dans les temps de sécheresse, et avoir comme à sa main les premières provisions de vivres pour ces précieux insectes.

Les jeunes arbrisseaux qu’on a trop effeuillés avant qu’ils eussent trois ans, se ressentent dans la suite de cet épuisement : ils deviennent faibles et tardifs. Il en arrive de même à ceux dont on ne coupe pas bien net les feuilles et les branches, qu’on emporte tout effeuillées. Quand ils ont atteint trois ans, ils sont dans leur grande vigueur, mais ils commencent à la perdre vers l’âge de cinq ans, lorsque leurs racines s’entrelacent. Le remède qu’on y apporte, c’est de déchausser ces arbres vers le printemps, de couper les racines trop entrelacées, et de les couvrir ensuite d’une terre préparée, qui se lie aisément par le soin qu’on prend de l’arroser.

Quand ils vieillissent, il y a un art de les rajeunir ; c’est de couper toutes les branches épuisées, et d’y enter des jets bien sains : il se glisse par là dans tout le corps de l’arbre un ferment qui le vivifie : c’est au commencement de la seconde lune qu’il faut enter, c’est-à-dire, au mois de mars.

Pour empêcher que ces arbres ne languissent, il faut examiner de temps en temps si de certains vers ne les ont pas percés, pour y déposer leurs semences. On fait mourir ces vers, en y insinuant un peu d’huile du fruit de l’arbre tong. Toute autre huile forte produirait sans doute le même effet.

Le terroir convenable aux mûriers ne doit être ni fort, ni trop dur. Un champ qui a demeuré longtemps en friche, et qu’on a nouvellement labouré, y est très propre. Dans les provinces de Tche kiang et de Kiang nan, d’où vient la meilleure soie, on a soin d’engraisser la terre de la boue qu’on tire des canaux, dont le pays est coupé, et qu’on nettoie tous les ans. On peut y employer les cendres et la fiente des animaux, sans oublier celle des vers à soie. Les petits légumes qu’on sème entre ces arbres, ne leur font aucun tort, pourvu néanmoins qu’on soit attentif à ne pas labourer la terre près de l’arbre, car le soc endommagerait les racines.

Mais voici ce qu’il y a de principal, et ce qui apporte le plus de profit ; c’est d’avoir l’œil à ce que les mûriers soient taillés à propos, et par une main habile : l’arbre en est, et plus tôt, et plus chargé de feuilles : ces feuilles sont mieux nourries, et d’un goût plus propre à réveiller l’appétit des vers. On ne doit pas craindre d’éclaircir les branches, et surtout celles du cœur de l’arbre, afin d’y laisser une place vide et libre. Celui qui est chargé de faire la provision des feuilles, étant placé dans le centre de l’arbre, les cueille bien plus commodément. Il ramasse plus de feuilles en un jour, qu’un autre qui n’aurait pas pris cette précaution, n’en ramasserait en plusieurs jours. Ce qui n’est pas une petite épargne.

D’ailleurs quand les vers sont affamés, on ne court point le risque de les faire souffrir de la faim : leur repas est bien plutôt préparé, que s’il fallait faire la provision de feuilles fraîches, sur un mûrier épais comme un buisson. Pour faciliter la cueillette autour de l’arbre, on se sert d’une échelle fourchée, qui se soutient elle-même sans appuyer sur le mûrier, de crainte de lui nuire. Notre auteur prétend qu’un mûrier bien taillé en vaut deux autres, et rend un double profit.

C’est au commencement de janvier, ou dans tout ce mois-là qu’on taille les mûriers : on les taille de la même façon qu’on taille les vignes, et en particulier les treilles. Il suffit que les branches qu’on laisse aient quatre yeux. Le surplus doit être rejeté. On coupe entièrement quatre sortes de branches : 1° Celles qui sont pendantes et qui penchent vers la racine. 2° Celles qui se jettent en dedans, et qui tendent vers le tronc. 3° Celles qui sont fourchues, et qui sortent deux à deux du tronc de l’arbre : l’une de ces branches doit être nécessairement retranchée. 4° Celles qui d’ailleurs viennent bien, mais qui sont trop épaisses et trop garnies.

On ne laissera donc que les branches qui se jettent en dehors de l’arbre : au printemps suivant elles auront un air vif et brillant, et les feuilles qui auront le plus poussées, avanceront la vieillesse des vers, et augmenteront le profit de la soie.

Notre auteur qui compte beaucoup sur l’art de tailler les mûriers, ainsi qu’il se pratique dans son pays de Nan king et au voisinage de Tche kiang, dit hardiment que ceux de la province de Chan tong qui en usent autrement, devraient éprouver cette méthode, et ne pas s’en tenir opiniâtrement à leurs anciennes pratiques.

Sur la fin de l’automne, et avant que les feuilles des mûriers jaunissent, il faut les cueillir, les faire sécher au soleil, puis les battre et les briser en petites parties, les conserver dans un lieu non fumé, et même les enfermer dans de grands vases de terre, dont on bouchera l’ouverture avec de la terre grasse. Au printemps ces feuilles brisées seront réduites en une espèce de farine. On la donne aux vers après qu’ils ont mué. J’expliquerai en son lieu la manière de la donner, et les bons effets qu’elle produit.

Dans les provinces de Tche kiang et de Kiang nan qui produisent la meilleure soie, on est attentif à empêcher les mûriers de croître : on les taille pour qu’ils ne viennent qu’à une certaine hauteur. Les branchages qu’on ramasse avec soin, sont de plus d’un usage ; car les Chinois savent mettre tout à profit. 1° Dans les endroits où le bois est rare, ils servent à faire du feu pour chauffer l’eau où l’on met ses bonnes coques de soie, afin de les dévider plus aisément. 2° De la cendre de ces branches, on en fait une lessive, où l’on jette les coques percées par les papillons, et celles qui sont défectueuses. Avec le secours de cette lessive où elles cuisent, elles s’élargissent extraordinairement, et deviennent propres à être filées pour faire de la filoselle, ou être préparées pour la ouate qui tient lieu de coton. 3° Enfin avant que de destiner au feu ces branchages, il y en a qui les dépouillent de leur peau, dont ils font du papier qui est assez fort pour couvrir les parasols ordinaires, surtout quand il est huilé et coloré.

Comme les mûriers vieillissent, et qu’en vieillissant leurs feuilles deviennent moins appétissantes, on doit avoir soin de les renouveler : outre la manière de les rajeunir par l’enture, comme je l’ai expliqué, on se procure de nouveaux plans, soit en entrelaçant des branches vives et saines dans de petites tonnes faites de deux pièces d’un gros bambou qu’on remplit de bonne terre ; soit en recourbant au printemps de longues branches qu’on a laissées au temps de la taille, et qu’on plonge par la pointe dans une terre préparée ; au mois de décembre suivant ces branches auront pris racine de bouture. Alors on les retranche du corps de l’arbre en les coupant adroitement, et on les transplante dans la saison.

On sème aussi des graines de mûrier : il faut les choisir des meilleurs arbres, et du fruit qui vient au milieu des branches. Cette graine doit se mêler avec la cendre des branches qu’on a brûlés ; le lendemain on agite le tout dans de l’eau : lorsque l’eau vient à se rasseoir, la graine inutile surnage : celle qui va au fond doit être séchée au soleil, puis on la sème avec du mil à parties égales et mêlées ensemble. Le mil est ami du mûrier, et en croissant il le défend des ardeurs du soleil ; car dans ces commencements il veut de l’ombre. Lorsque le mil est mûr, on attend qu’il fasse du vent, et alors on y met le feu. Au printemps suivant, les mûriers poussent avec beaucoup plus de force.

Quand les jets sont montés à une juste hauteur, il faut en couper la pointe, afin qu’ils se fournissent par les côtés, de même qu’on a soin de couper les branches qui naissent, jusqu’à ce que l’arbre parvienne à la hauteur qu’on souhaite. Enfin on transplante ces jeunes mûriers en différentes lignes, à la distance de huit à dix pas. Chaque plan d’une ligne sera éloigné de quatre pas de son voisin. Il faut éviter que les arbres d’une ligne ne répondent directement à ceux de la ligne opposée ; apparemment qu’on affecte ce défaut de symétrie, afin que ces arbres ne se fassent pas de l’ombre les uns aux autres.


Du logement des vers à soie.

Ce n’est pas assez d’avoir cultivé des mûriers, propres à fournir la nourriture convenable aux vers à soie, il faut encore préparer à ces précieux insectes, un logement qui soit conforme aux diverses situations où ils se trouvent, et au temps où ils sont occupés de leur ouvrage. Ces habiles ouvriers qui contribuent de leur substance, au luxe et à la délicatesse de nos habits et de nos meubles, méritent qu’on les traite avec distinction. Les richesses qu’ils fournissent, se mesurent sur les soins qu’on prend d’eux : s’ils souffrent, s’ils languissent, leur ouvrage souffrira et languira à proportion.

Il y a quelques auteurs chinois, qui ont parlé du logement propre pour les vers à soie ; mais ils n’ont écrit que pour ceux qui suivent une certaine routine, par rapport à une petite quantité de soie proportionnée à leur loisir, à leurs facultés, et à leur étroite habitation : car il y a certaines provinces, où presque dans toutes les maisons on élève des vers à soie. L’auteur qu’on suit ici, et qui parvint à être un des premiers ministres de l’empire, a traité la matière à fond, et n’a écrit que pour les grands laboratoires, où l’on fait de la dépense, mais dont on est dédommagé dans la suite avec usure.

Il faut, dit notre auteur, choisir un lieu agréable pour le logement des vers à soie, et avoir soin que ce logement soit un peu élevé, sur un terrain sec et dans le voisinage d’un ruisseau ; car comme il est nécessaire de baigner et de laver plusieurs fois les œufs, l’eau vive est celle qui convient davantage. Le quartier où l’on bâtira ce logement, doit être retiré, et surtout éloigné des fumiers, des égouts, des troupeaux, et de tout fracas. La mauvaise odeur, et les moindres surprises de frayeur, font d’étranges impressions sur une engeance si délicate : l’aboiement même des chiens, et le cri perçant du coq, sont capables de les déranger, quand ils sont nouvellement éclos.

On bâtira donc une chambre carrée, qui peut avoir d’autres usages hors de la saison des vers à soie. Comme l’air y doit être chaud, on aura soin que les murailles soient bien conditionnées. L’entrée sera tournée au midi, du moins au sud-est, et jamais au nord. Il y aura quatre fenêtres, une à chaque côté de la chambre, pour admettre l’air de dehors selon le besoin, et lui donner un libre passage : ces fenêtres qu’on tient presque toujours fermées, seront d’un papier blanc, et transparent, parce qu’il y a des heures où la clarté est nécessaire, et d’autres où il faut de l’obscurité : c’est pourquoi il est à propos qu’il y ait des nattes mobiles derrière les châssis.

Ces nattes serviront encore à défendre le lieu des vents contraires, tels que sont les vents du sud et de sud-ouest, qui n’y doivent jamais pénétrer : et comme on a besoin quelquefois d’un zéphir rafraîchissant, et que pour cela il est nécessaire d’ouvrir une des fenêtres, si c’était dans un temps où l’air fut rempli de moucherons et de cousins, ce serait autant de vers perdus ; s’ils se jettent sur les coques de soie, ils y causent des tares, qui rendent la soie d’une difficulté extrême à dévider : le mieux, et ce qui se pratique ordinairement, c’est de hâter l’ouvrage avant la saison des moucherons. On ne doit pas être moins soigneux à défendre l’entrée de la chambre aux petits lézards, et aux rats, qui sont friands des vers à soie, et pour cela il faut se pourvoir de chats actifs et vigilants.

Il est important, comme on le verra dans la suite, que les œufs s’éclosent en même temps, et que les vers dorment, se réveillent, mangent, et muent tous ensemble ; et pour cela il faut que dans leur logement il règne une chaleur toujours égale et constante. Le moyen que notre auteur suggère pour l’y conserver, c’est de bâtir aux quatre angles de la chambre, quatre espèces de petits poêles, c’est-à-dire, des creux maçonnés chacun de tous les côtés, où l’on allume du feu ; ou bien d’avoir un bon brasier portatif qu’on promènera dans la chambre, et qu’on retirera, lorsqu’on le jugera à propos. Mais ce brasier doit être allumé au dehors de la chambre, et enseveli sous un tas de cendres ; car une flamme rouge, ou bleuâtre, nuit beaucoup aux vers.

Notre auteur voudrait même, autant qu’il est possible, que le feu qui exhausse la chambre, se fît de fiente de vache. Il conseille d’en ramasser pendant l’hiver, de la détremper, de la mettre en briques, et de la faire sécher au soleil. On rangera ces briques sur des couches de bois dur, qu’on aura mis dans les cavités maçonnées, on y mettra le feu, lequel produira une chaleur douce, et convenable aux vers, qui se plaisent à l’odeur de cette fiente, mais en prenant bien garde que la fumée ne pénètre dans le logement ; car ils ne peuvent la souffrir. Ce feu se conserve longtemps sous les cendres, ce qui n’est pas un petit avantage. Enfin, pour préserver le lieu de toute humidité, sans quoi il y aurait peu de profit à espérer, il faut que la porte ait par dehors un paillasson piqué, qui empêche que la fraîcheur de l’air ne s’y insinue.


Des meubles des vers à soie.

Il s’agit maintenant de meubler le logement, et d’y tenir prêts les instruments nécessaires, pour fournir aux besoins et à l’entretien des vers à soie. On disposera par étage neuf ou dix rangs de planches, plus ou moins, à la distance de neuf pouces les uns des autres. Là seront placées des claies faites de joncs à claires voies, en sorte que le petit doigt puisse passer dans chaque trou, afin que la chaleur du lieu y pénètre plus aisément, et que la fraîcheur y succède de même. Ces divers étages seront rangés de telle manière, qu’ils formeront une enceinte dans la chambre, au milieu, et autour de laquelle on puisse agir. C’est sur ces claies qu’on fait éclore les vers, et qu’on les nourrit jusqu’à ce qu’ils soient prêts à faire leur soie ; car pour lors la scène change.

Au reste, ces claies étant comme le berceau de ces vermisseaux extrêmement tendres, on y met une espèce de matelas, dit le Chinois, c’est-à-dire, qu’on y répand une couche de paille sèche, et hachée en petites parties, sur laquelle on étend une longue feuille de papier, qu’on adoucit en la maniant délicatement. Quand la feuille est salie par leurs crottes, ou par les restes de leur repas, c’est-à-dire, par les fibres des feuilles auxquelles ils ne touchent point, on la couvre d’un filet, dont les mailles donnent un libre passage : on jette sur ce filet des feuilles de mûriers, dont l’odeur fait monter aussitôt ce peuple affamé : ensuite on lève doucement le filet, qu’on place sur une claie nouvelle, tandis qu’on nettoie l’ancienne pour s’en servir une autre fois.

Voilà bien des précautions à garder pour le logement des vers : notre auteur les pousse encore plus loin. Il veut qu’autour du bâtiment, et à peu de distance, on élève une muraille, ou une épaisse palissade, surtout du côté de l’ouest, afin que si l’on est obligé de faire entrer de l’air de ce côté-là, le soleil couchant ne donne pas sur les vers à soie.


Cueillette des feuilles.

Quand il s’agit de ramasser les feuilles de mûriers, il conseille de se servir d’un large réseau, qui s’ouvre et se ferme à peu près comme une bourse, afin que les feuilles ne soient pas étouffées, et que dans le transport leur humidité se dessèche, sans qu’elle soit en danger de se faner.

Comme dans les premiers jours, après que les vers sont éclos, ils ont besoin d’une nourriture plus délicate et préparée, il veut qu’on coupe les feuilles en petits filaments très déliés, et que pour cela on y emploie un couteau très affilé, qui ne presse pas ses feuilles en les coupant, et qui leur laisse toute la finesse de leur goût.

On voit assez souvent que les plantes dégénèrent, et que la semence ne répond pas à la bonté de la première origine : il en arrive de même aux papillons ; il y en a de faibles et de languissants : on ne doit pas en attendre une postérité vigoureuse. Il est donc important de les choisir : ce triage se fait à deux reprises.


Manière de distinguer les bons papillons d'avec les mauvais.

1° Avant qu’ils soient sortis de leurs coques, et c’est alors qu’on doit distinguer celles des mâles, et celles des femelles. Voici la manière de les connaître : les coques un peu pointues, qui sont serrées, fines, moins grandes que les autres, contiennent les papillons mâles. Les coques plus arrondies, plus grandes, plus épaisses et plus négligées renferment les femelles. A parler en général, les coques qui sont claires, un peu transparentes, nettes, et solides, sont les meilleures.

2° Ce choix se fait encore plus sûrement lorsque les papillons en sont sortis, ce qui arrive peu après le quatorzième jour de leur solitude. Ceux qui sortent les premiers, et qui devancent les autres d’un jour, ne doivent point être employés à multiplier l’espèce ; attachez-vous à ceux qui sortent en foule le jour suivant : les plus tardifs doivent être rejetés. Voici un autre indice pour ne pas se tromper dans ce triage : les papillons, dont les ailes sont recourbées, qui ont les sourcils chauves, la queue sèche, le ventre rougeâtre et nullement velu, ne doivent pas être gardés pour la multiplication de l’espèce.


De leur multiplication.

Lorsque ce triage est fait, on approche les mâles des femelles qu’on place sur diverses feuilles de papier, afin qu’ils s’accouplent. Ce papier doit être fait, non de toile de chanvre, mais d’écorce de mûriers : Il faut les fortifier par des fils de soie ou de coton collés par derrière, parce que quand elles seront chargées d’œufs elles doivent être plongées jusqu’à trois fois dans l’eau pour donner aux œufs un bain salutaire. On étendra ces feuilles de papier sur des nattes chargées de paille épaisse. Après que les papillons auront été unis ensemble environ douze heures, il faut séparer les mâles. S’ils demeuraient plus longtemps unis, les œufs qui viendraient, étant plus tardifs, ne pourraient éclore avec les autres, et cet inconvénient doit s’éviter. Les papillons mâles seront mis à quartier avec ceux qu’on aura rejetés dès le commencement.

Afin que les femelles pondent plus avantageusement, on avertit de les mettre au large, et de les couvrir : l’obscurité les empêche de trop éparpiller leurs œufs. Quand elles en seront entièrement délivrées il faut les tenir encore couvertes durant quatre ou cinq jours. Après quoi tous ces papillons joints à ceux qu’on aura mis à l’écart, ou qu’on tirera morts des coques, seront mis profondément en terre, car ce serait une peste pour les animaux qui y toucheraient. Il y en a qui assurent que si on les enfouit en divers endroits dans un champ, ce champ pendant quelques années ne produira ni ronces, ni aucuns autres arbrisseaux épineux. Il y en a d’autres qui les jettent dans des étangs domestiques, et ils prétendent qu’il n’y a rien de meilleur pour engraisser les poissons.

Quant à cette riche semence qui reste attachée sur les feuilles de papier, il peut y en avoir encore de rebut : les œufs, par exemple, qui étant collés ensemble forment des espèces de grumeaux, doivent être rejetés ; l’espérance de la soie est dans les autres, et c’est de ceux-ci qu’on doit prendre un très grand soin. Sur quoi notre auteur s’étonne, que les vers étant si sensibles aux impressions de l’air tant soit peu froid ou humide, leurs œufs au contraire se trouvent fort bien de l’eau et de la neige : Ne semble-t-il pas, dit-il, qu’ils soient de deux natures différentes ? Il compare les changements qui arrivent aux vers, qu’on voit devenir successivement fourmis, chenilles, et enfin papillons, aux changements qui arrivent par ordre aux plantes, par le développement de leurs parties qui sont compactes dans une situation, et qui se dilatent dans une autre, dont les unes sèchent et tombent, au moment que d’autres paraissent et sont dans toute leur vigueur.

Le premier soin qu’on doit prendre, c’est de suspendre ces feuilles chargées d’œufs à la poutre de la chambre qui sera ouverte par devant, afin que le vent passe, sans pourtant que les rayons du soleil donnent dessus : il ne faut pas que le côté de la feuille où sont les œufs, soit tourné en dehors. Le feu dont on échauffe la chambre ne doit jeter ni flamme, ni fumée : on doit aussi prendre garde qu’aucune corde de chanvre n’approche ni des vers, ni des œufs : ces avertissements ne se répètent pas sans raison. Quand on a laissé durant quelques jours les feuilles ainsi suspendues, on les roule d’une manière lâche, en sorte que les œufs soient en dedans de la feuille, et on les suspend encore de la même manière durant l’été et l’automne.

Le huitième de la douzième lune, c’est-à-dire, à la fin de décembre, ou dans le mois de janvier, lorsqu’il y a un mois intercalaire, on donne le bain aux œufs dans de l’eau froide de rivière, s’il est possible, ou bien dans de l’eau où l’on aura dissous un peu de sel, ayant l’œil que cette eau ne se glace. Les feuilles y resteront deux jours, et de peur qu’elles ne surnagent, on les arrête au fond du vase, en mettant dessus une assiette de porcelaine. Après les avoir retirées de l’eau, on les suspend de nouveau, et lorsqu’elles sont sèches, on les roule d’une manière un peu serrée, et on les enferme séparément et debout dans un vase de terre. Dans la suite, environ tous les dix jours une fois, lorsque le soleil après un temps pluvieux se montre avec force, on expose les feuilles à ses rayons dans un lieu couvert où il n’y ait point de rosée : on les y laisse ainsi exposées environ une demie heure, et puis on les enferme comme on a fait auparavant.

Il y en a dont la pratique est différente : ils plongent les feuilles dans de l’eau, où ils ont jeté des cendres de branches de mûriers, et après les y avoir laissées un jour entier, ils les en retirent pour les enfoncer quelques moments dans de l’eau de neige, ou bien ils les suspendent durant trois nuits à un mûrier, pour y recevoir la neige ou la pluie, pourvu qu’elle ne soit pas trop forte.

Ces bains ou d’une espèce de lessive et d’eau de neige, ou d’eau de rivière, ou d’eau empreinte de sel, procurent dans son temps une soie facile à dévider, et contribuent à la rendre plus liée, plus forte, et moins poreuse dans sa substance. Ils servent principalement à conserver dans les œufs toute leur chaleur interne, en quoi consiste leur vertu prolifique.

Lorsqu’on voit sur les mûriers des feuilles naissantes, il est temps de songer à faire éclore les œufs : car on les hâte, ou on les retarde, selon les divers degrés de chaleur ou de fraîcheur qu’on leur donne : on les hâte, si l’on déploie souvent les feuilles de papier, et si en les fermant, on les roule d’une manière fort lâche. En faisant tout le contraire, on les retarde.

Voici quelle doit être l’occupation des trois derniers jours, qui précédent la naissance des vers. Il importe beaucoup qu’ils viennent à éclore tous ensemble. Quand ils sont prêts de naître, on voit les œufs se gonfler, et dans leur rondeur devenir un peu pointus : le premier de ces trois jours sur les dix à onze heures, lorsque le Ciel est serein et qu’il fait un petit vent tel qu’il y en a pour lors, on tire du vase ces précieux rouleaux de papier, on les étend en long, on les suspend, en sorte que le dos soit tourné au soleil, on les y tient jusqu’à ce qu’ils aient une chaleur douce et tempérée. On les roule ensuite d’une manière serrée, et on les remet de leur hauteur dans le vase en un lieu chaud, jusqu’au lendemain qu’on les retire de la même façon, et qu’on fait la même manœuvre.

On remarquera ce jour-là que les œufs changent de couleur, et deviennent d’un gris cendré. Alors on joint les feuilles de papier deux à deux, on les roule plus serrées, on lie même les deux extrémités. Le troisième jour sur le soir on déplie les feuilles et on les étend sur une natte fine : les œufs paraissent alors noirâtres : s’il y avait quelques vers d’éclos, ils doivent être réprouvés : la raison est qu’ils ne seraient jamais vers de communauté : l’expérience a appris que ces sortes de vers, qui ne sont pas éclos en même temps que les autres, ne s’accordent jamais avec eux pour le temps de la mue, du réveil, des repas, ni, ce qui est de principal, pour le temps où se fait le travail des coques : ces vers bizarres multiplieraient les soins et les embarras, et par ce dérangement causeraient de la perte : c’est pourquoi on les bannit de bonne heure. Cette séparation étant faite, on roule trois feuilles ensemble d’une manière fort lâche, qu’on transporte dans un lieu bien chaud, et qui soit à l’abri du vent du midi. Le lendemain sur les dix à onze heures on tire les rouleaux, on les déplie, et on les trouve pleins de vers qui sont comme autant de petites fourmis noires, et c’est en effet le nom qu’on leur donne, he y : les œufs qui environ une heure après ne seront point éclos, doivent être abandonnés. Si parmi ces vers nouvellement nés, on en distingue qui aient la tête plate, qui soient secs et comme brûlés, qui soient d’un bleu céleste, ou jaunes, ou de couleur de chair, ne songez point à les élever ; les bons sont ceux qui paraissent de la couleur d’une montagne qu’on voit de loin.

Ce qu’on conseille d’abord de faire, c’est de peser dans une balance la feuille qui contient les vers nouvellement éclos. Ensuite on présentera cette feuille inclinée, et à demi renversée, sur une longue feuille de papier semée de feuilles de mûriers, et préparée de la manière que j’ai dit ci-devant : l’odeur de ces feuilles attirera ces petits vers affamés : on aidera les plus paresseux à descendre avec une plume de poule, ou en frappant doucement sur le dos de la feuille renversée, Aussitôt après on pèsera séparément cette feuille vide, pour savoir précisément le poids des vers qu’on a eu. Sur quoi on réglera à peu près la quantité de livres de feuilles qu’il faudra pour leur nourriture, et le poids des coques qu’on en doit retirer, s’il n’arrive point d’accident.


Du régime qu'on doit faire garder aux vers.

Il s’agit maintenant de faire garder à ces vers un bon régime, et de tempérer à propos la chaleur de leur logement. Pour cela on donne aux vers à soie une mère affectionnée et attentive à leurs besoins et c’est ainsi que notre auteur l’appelle, tsan mou, mère des vers.

Elle prend donc possession du logement, mais c’en est qu’après s’être bien lavée, et avoir pris des habits propres, et qui n’aient aucune mauvaise odeur. Il ne faut pas qu’elle ait mangé depuis peu de temps, ni qu’elle ait manié de la chicorée sauvage : cette odeur est très préjudiciable à ces tendres élèves. Elle doit être vêtue d’un habit simple et sans doublure, afin qu’elle juge mieux par le sentiment, des degrés de chaleur du lieu, et qu’elle puisse augmenter ou diminuer le feu qui l’échauffe : mais elle évitera avec soin de causer de la fumée, ou d’exciter de la poussière, ce qui serait très contraire à la délicatesse de ces petits insectes, et qui veut être extrêmement ménagée avant les premières mues. Chaque jour, dit un auteur, est pour eux comme une année, et en a, pour ainsi dire, les quatre saisons ; le matin, c’est le printemps ; le milieu du jour, c’est l’été ; le soir, c’est l’automne et la nuit, c’est l’hiver.

En général voici des règles pratiques qui sont fondées sur l’expérience, et auxquelles il est bon de se conformer. 1° Lorsqu’on conserve les œufs jusqu’au temps qu’ils doivent éclore, ils veulent un grand froid. 2° Lorsqu’ils sont éclos et qu’ils ressemblent à des fourmis, ils demandent beaucoup de chaleur. 3° Quand ils sont devenus chenilles, et vers le temps de la mue, ils ont besoin d’une chaleur modérée. 4° Après la grande mue, il leur faut de la fraîcheur. 5° Lorsqu’ils sont sur le déclin et prêts de vieillir, on doit les échauffer peu à peu. 6° Enfin une grande chaleur leur devient nécessaire, lorsqu’ils travaillent aux coques.

La délicatesse de ces petits insectes, demande aussi qu’on ait grand soin d’écarter tout ce qui peut les incommoder. Car ils ont leurs dégoûts et leurs antipathies : ils ont surtout aversion du chanvre ; des feuilles humides ou échauffées par le soleil ; de la poussière, si l’on balaie, lorsqu’ils sont nouvellement éclos ; de l’humidité de la terre ; des moucherons et des cousins ; de l’odeur du poisson grillé et des cheveux brûlés, du musc, de la fumée, de l’haleine qui sent le vin, du gingembre, de la laitue ou de la chicorée sauvage, de tout grand bruit, de la malpropreté, des rayons du soleil ; de la lueur de la lampe, dont la flamme tremblante ne doit pas durant la nuit leur frapper les yeux ; des vents coulis, du grand vent, du froid, du chaud, et principalement du passage subit d’un grand froid à une grande chaleur : tout cela est contraire à ces tendres vermisseaux.

Au regard des aliments, les feuilles chargées de rosée, celles qui ont été séchées au soleil, ou à un grand vent, ou bien qui sont empreintes de quelque mauvaise odeur, sont la cause la plus ordinaire de leurs maladies. Il est à propos de cueillir les feuilles deux ou trois jours d’avance, et de les tenir au large dans un lieu bien net et bien aéré ; sans oublier de ne donner dans les premiers jours que des feuilles tendres et coupées en petits filaments.

Au bout de trois ou quatre jours, quand ils commencent à devenir blancs, on doit augmenter la nourriture et la donner moins fine. Ils tirent ensuite un peu sur le noir, il faut alors leur donner des feuilles en plus grande quantité, et telles qu’on les a cueillies. Ils redeviennent blancs, et mangent avec moins d’avidité, diminuez un peu les mets ; ils jaunissent, diminuez les davantage ; ils deviennent tout à fait jaunes, et sont, selon le langage chinois, à la veille d’un des trois sommeils, c’est-à-dire, qu’ils sont prêts à muer, retranchez tout repas. Toutes les fois qu’ils muent, il faut les traiter de même à proportion de leur grandeur.

Entrons dans un plus grand détail : ces vers mangent également le jour et la nuit : dès qu’ils sont éclos, il leur faut quarante-huit repas par jour, deux par heure. Le second jour on leur donne trente fois des feuilles, mais qui sont coupées moins menues. On leur en distribue encore moins le troisième jour. Ces petits insectes ressemblent alors aux enfants nouvellement nés, qui veulent toujours être à la mamelle, sans quoi ils languissent. Si la nourriture n’était pas proportionnée à leur appétit, il leur viendrait des échauffaisons qui ruineraient les plus belles espérances. On conseille dans ces premiers jours de leur donner des feuilles, que des personnes saines aient conservées quelque temps dans leur sein. Les petits vers s’accommodent fort de la transpiration du corps humain.

Aux temps des repas, il faut répandre également partout les mets qu’on leur donne. Un ciel sombre et pluvieux affaiblit d’ordinaire leur appétit : le remède est d’allumer immédiatement avant le repas, un brandon de paille bien sèche, et dont la flamme soit égale, et de le passer par dessus les vers, pour les délivrer du froid et de l’humidité qui les engourdit. Ce petit secours les met en appétit et prévient les maladies. Le grand jour y contribue pareillement, aussi lève-t-on pour lors les paillassons des fenêtres.

Mais à quoi bon se donner tant de soins, pour faire manger souvent ce petit troupeau ? C’est afin de hâter sa vieillesse, et de le mettre plutôt en état de travailler aux coques : c’est en ces soins que consiste le grand profit qu’on en espère. S’ils vieillissent dans l’espace de 23 ou de 25 jours, une claie couverte de vers, dont le poids, lorsqu’on les a pesés d’abord, aura été d’un mas, c’est-à-dire, d’un peu plus d’une dragme, produira 25 onces de soie au lieu que si faute de soins et de nourriture, ils ne vieillissent que dans 28 jours, on n’aura que 20 onces de soie, et s’ils ne vieillissent que dans un mois ou 40 jours, on n’en retirera qu’environ dix onces.

Quand ils approchent de la vieillesse, donnez-leur une nourriture facile, en petite quantité, et souvent, à peu près comme dans leur enfance. S’ils avaient des indigestions dans le temps qu’ils commencent à faire leurs coques, ces coques seraient humides et imbibées d’une eau salée, qui rendrait la soie très difficile à dévider. En un mot quand ils ont vécu 24 ou 25 jours depuis qu’ils sont éclos, plus ils diffèrent leur travail, plus ils dépensent de feuilles, moins ils donnent de soie, et les mûriers pour avoir été effeuillés trop avant dans la saison, pousseront plus tard leurs bourgeons l’année suivante.

Après leurs mues, et lorsqu’ils ont quitté leurs dépouilles, il faut leur donner peu à peu, mais souvent, des feuilles menues : c’est comme une seconde naissance, ou selon d’autres auteurs, une espèce de convalescence. Lorsque les vers, dit-il, sont sur le point de muer, ils ressemblent à un homme malade, on dirait qu’il va se faire de grands changements dans tout son corps, et que tout est prêt à se dissoudre ; mais s’il peut dormir une seule nuit, il devient tout autre, il ne s’agit plus que de réparer ses premières forces par un sage régime.

Mais il y a d’autres maladies qu’il faut prévenir ou guérir : elles viennent ou du froid, ou de trop de chaleur. C’est pour prévenir les premiers accidents, qu’on recommande de donner au logement des vers, un juste tempérament de chaleur. Si cependant le froid avait surpris ces petits ouvriers, ou faute d’avoir bien fermé les fenêtres, ou parce que les feuilles de mûriers n’étaient pas bien sèches, ce qui leur cause un dégoût total, et une espèce de dévoiement ; car au lieu de crottes, ils ne rendent que des eaux et des glaires ; alors faites brûler des quartiers de fiente de vache auprès des malades, sans pourtant qu’il y ait de fumée. On ne saurait croire combien l’odeur de cette fiente brûlée leur est salutaire.

Les maladies qui leur viennent de chaleur, sont causées ou par la faim soufferte à contre-temps, ou par la qualité et la quantité des aliments, ou par une situation incommode, ou par l’air de dehors devenu tout à coup brûlant. En ce dernier cas, on ouvre une ou plusieurs fenêtres, mais jamais du côté que souffle le vent : il ne faut pas qu’il entre directement dans la chambre, mais par circuit, afin qu’il soit tempéré : par exemple, s’il fait un vent de midi, il faut ouvrir la fenêtre qui est au nord. Et même si le vent était trop chaud, il faudrait mettre devant la porte, ou devant la fenêtre un vase plein d’eau fraîche, afin que l’air puisse se rafraîchir au passage. On peut même jeter çà et là en l’air dans la chambre une rosée d’eau fraîche, en prenant bien garde qu’il n’en tombe aucune goutte sur les vers à soie.

Quant à l’excès de chaleur interne, on les guérit en leur donnant de la farine de feuilles de mûriers, qu’on aura recueillies durant l’automne, et qu’on aura réduites en une poudre très fine, ainsi que je l’ai expliqué au commencement de cet extrait. On humecte tant soit peu les feuilles destinées à leurs repas, et l’on sème dessus cette farine qui s’y attache : mais on diminue la quantité des feuilles à proportion de la farine qu’on y ajoute : par exemple, si l’on y mêle quatre onces de farine, on diminuera quatre onces de feuilles. Il y en a qui disent que la farine de certains petits pois verts, que les hommes mangent pour se rafraîchir, peut suppléer à la farine des feuilles : il est certain qu’elle est rafraîchissante pour les vers qui la prennent volontiers, et qu’ils en deviennent plus vigoureux.

Une situation incommode est souvent, comme je l’ai dit, la cause des échauffaisons qui rendent les vers malades, et cette maladie est la plus ordinaire et la plus dangereuse. Ils ne demandent à être pressés que quand ils sont enfermés dans les œufs. Dès qu’ils sont éclos, ils veulent être au large, surtout lorsqu’ils sont devenus chenilles, à cause de l’humidité dont ils abondent. Ces insectes, bien que malpropres d’eux-mêmes, souffrent beaucoup de la malpropreté. Leurs crottes qu’ils jettent en quantité, fermentent bientôt, et les échauffent considérablement, si l’on n’est pas exact à les en délivrer, soit en les balayant avec des plumes, soit, ce qui est encore mieux, en les transportant souvent d’une claie sur une autre.

Ces changements de claies sont surtout nécessaires lorsqu’ils sont devenus grands, et qu’ils approchent de la mue. Mais alors il faut y employer plusieurs personnes afin qu’ils soient transportés dans le même temps ; il faut les manier d’une main légère, ne les pas laisser tomber de haut, ne les pas placer rudement. Ils en deviendraient plus faibles, et plus paresseux au temps du travail. Le simple changement de claie est capable de les guérir de leurs indispositions. Pour donner un prompt soulagement aux infirmes, on jette sur eux des joncs secs, ou de la paille coupée un peu menue, sur quoi l’on semé des feuilles de mûriers : ils montent pour manger, et par là ils sortent du milieu des crottes qui les échauffent.

Toute la perfection de ce transport consiste à le faire souvent, en partageant ses services également à tous ; à le faire doucement, en mettant chaque fois les vers plus au large. Dès qu’ils deviennent un peu grands, il faut partager les vers contenus sur une claie, en trois autres claies nouvelles, comme en autant de colonies, puis en six, et l’on augmente jusqu’au nombre de vingt et davantage. Ces insectes étant pleins d’humeurs, on doit les tenir à une juste distance les uns des autres.

Mais ce qu’il y a de plus important, c’est de les transporter à point nommé, lorsqu’ils sont d’un jaune luisant, et prêts à travailler leurs coques. Il faut avoir disposé auparavant le logement propre à leur travail. Notre auteur propose une espèce de charpente négligée, ou de toit allongé et tant soit peu incliné, dont le dedans sera vide, et dont la pente sera divisée dans son circuit en plusieurs compartiments, qui auront chacun un petit rebord, où l’on placera les vers à soie, lesquels s’arrangeront ensuite d’eux-mêmes chacun dans leur district. On veut que cette machine soit creuse, afin qu’un homme puisse y entrer commodément sans rien déranger, et entretenir au milieu un petit feu qui préserve nos ouvriers de l’humidité et du froid si fort à craindre pour lors : j’ai dit, un petit feu, parce qu’il n’en faut qu’autant qu’il est nécessaire, pour procurer une chaleur douce, qui rende les vers plus ardents au travail, et la soie plus transparente. Cette nombreuse armée de vers étant ainsi rangée dans son logement, il faut l’environner de fort près d’une enceinte de nattes, qui couvrent même le haut de la machine, soit pour les défendre de l’air extérieur, soit parce qu’ils aiment à travailler en secret, et dans l’obscurité.

Cependant après la troisième journée du travail, on ôte les nattes depuis une heure jusqu’à trois, et l’on donne une libre entrée au soleil dans la chambre, sans néanmoins que les rayons donnent sur le logement de ces petits ouvriers ; et après ce temps-là on les couvre comme auparavant. S’il venait à faire du tonnerre, on les préserve de la frayeur que causent le bruit et les éclairs, en les couvrant des feuilles de papier, qui leur ont déjà servi, lorsqu’ils étaient sur les claies.

Au bout de sept jours l’ouvrage des coques est achevé, et après sept autres jours, ou environ, les vers quittent leur appartement de soie, et paraissent en sortant sous la forme de papillons. Quand on ramasse ces coques, c’est assez l’ordinaire de les mettre en monceaux, parce qu’il n’est pas possible de dévider d’abord toute la soie, et que pour lors on est distrait par d’autres occupations. Cependant cela a ses inconvénients : car si l’on diffère à choisir dans le monceau les coques, dont l’on veut laisser sortir les papillons pour la multiplication de l’espèce, ces papillons de coques emmoncelées ayant été pressés et échauffés, ne réussissent pas si bien ; les femelles surtout qui en auront été incommodées, ne donneront que des œufs infirmes. Il faut donc mettre à part les coques des papillons destinés à la multiplication de l’espèce, en les plaçant sur une claie bien au large, et dans un endroit où l’air soit libre et frais.

Pour ce qui est de la multitude des autres coques, qu’on ne veut pas laisser percer, il s’agit de les faire mourir, sans que l’ouvrage en soit endommagé. Elles ne doivent être mises dans la chaudière, qu’à mesure qu’on est en état de les dévider, car si elles y trempaient trop longtemps, la soie en souffrirait. Le mieux serait de les dévider toutes ensemble, si l’on pouvait y employer le nombre suffisant d’ouvriers : notre auteur assure, que cinq hommes peuvent dévider en un jour trente livres de coques et fournir à deux autres autant de soie qu’ils en peuvent mettre en écheveaux sur un rouet, c’est-à-dire, environ dix livres. Mais enfin comme cela n’est pas toujours possible, on donne trois moyens de conserver les coques, sans qu’elles soient en danger d’être percées.

Le premier moyen est de les exposer au grand soleil durant une journée entière : les papillons ne manquent pas de mourir, mais l’ardeur du soleil est nuisible aux coques. Le second est de les mettre au bain-marie : on recommande de jeter dans la chaudière une once de sel, et une demie once d’huile de navette : on prétend que les exhalaisons empreintes des esprits acides du sel, et des parties sulfureuses de l’huile, rendent les coques meilleures, et la soie plus facile à dévider ; c’est pourquoi on veut que la machine où sont les coques, entre fort juste dans la chaudière, et qu’on lute à l’entour les ouvertures, par où la fumée pourrait s’échapper. Mais si ce bain n’a pas été donné comme il convient, en quoi il y en a plusieurs qui se trompent, il se trouve un grand nombre de papillons qui percent leurs coques. Sur quoi l’on avertit 1° Que les coques fermes et dures ont d’ordinaire le contour de leur soie beaucoup plus gros, et par conséquent plus aisé à dévider, et que par la même raison on peut les laisser plus longtemps au bain-marie. Il n’en est pas de même des coques minces et déliées. 2° Que quand on a fait mourir les papillons au bain-marie, il faut mettre les coques sur des nattes, sans les y accumuler ; et que lorsqu’elles sont un peu refroidies, on doit les couvrir de petites branches de saules, ou de mûrier.

Le troisième moyen de faire mourir les papillons, et qu’on préfère aux autres, c’est de faire ce qui suit : on enferme les coques en de grands vases de terre, on jette dans chacun de ces vases quatre onces de sel sur dix livres de coques, et on les couvre de feuilles larges et sèches, telles que sont celles de nénuphar. Sur ces feuilles on met encore dix livres de coques, et quatre onces de sel : on fait ainsi diverses couches, puis on lute l’ouverture du vase, sans qu’en aucune sorte l’air y puisse pénétrer. Dès le septième jour les papillons sont étouffés. Si au contraire l’air s’y insinuait tant soit peu, par quelque fente, ils vivraient assez de temps pour percer leurs coques : comme ils sont d’une substance baveuse, et propre à se remplir d’air, le peu qui y entrerait, leur conserverait la vie.

Il est bon d’avertir qu’en mettant les coques dans les vases, il faut séparer celles qui sont excellentes, de celles qui sont moins bonnes. Les coques longues, brillantes, et blanches, donnent une soie très fine : celles qui sont grosses, obscures, et d’un bleu de couleur de peau d’oignon, ne fournissent qu’une soie grossière.


Du choix des saisons les plus propres aux vers.

Jusqu’ici on n’a parlé que de la manière d’élever les vers au printemps, et c’est en effet dans cette saison que le commun des Chinois s’occupe de ce travail. On en voit cependant qui font éclore des œufs en été, en automne, et presque tous les mois depuis la première récolte faite au printemps. Il faut pour cela trouver des ouvriers qui puissent soutenir un travail si continu, et des mûriers capables de fournir dans toutes ces saisons la nourriture convenable. Mais il est difficile que les mûriers y suffisent, et si on les épuise une année, ils dépérissent, et manquent tout à fait au printemps suivant.

Ainsi, selon notre auteur, il ne faut faire éclore que peu de vers pendant l’été, et seulement pour avoir des œufs dans l’automne : il cite même un autre auteur, qui conseille d’en élever dans cette saison, laquelle commence vers le 15 d’août ; mais il veut que pour leurs aliments, on ne prenne que les feuilles de certaines branches moins nécessaires à l’arbre. Les raisons qui lui font préférer l’automne au printemps pour élever les vers, sont : 1° Que le printemps étant d’ordinaire une saison pluvieuse et venteuse dans les parties méridionales, le profit qu’on attend du travail de ces vers, est plus incertain ; au lieu qu’en automne le temps étant presque toujours pur et serein on est plus sûr de réussir ; 2° Qu’à la vérité on ne peut pas donner aux vers pour leur nourriture, des feuilles aussi tendres qu’au printemps ; mais qu’ils en sont bien dédommagés, en ce qu’ils n’ont rien à craindre des moucherons et des cousins, dont la piqûre les fait languir, et leur est mortelle.

Si l’on élève des vers à soie en été, ils ont besoin de la fraîcheur, et il faut mettre des gazes aux fenêtres, qui les préservent des moucherons. Si on en élève dans l’automne, il faut d’abord les tenir fraîchement, mais après qu’ils ont mué, et lorsqu’ils font leurs coques, on doit leur procurer plus de chaleur qu’on ne fait au printemps dans les mêmes circonstances, parce que l’air de la nuit est plus froid. Ces vers d’automne devenus papillons, peuvent donner des œufs pour l’année suivante : néanmoins on croit qu’il est plus sûr de s’en pourvoir durant le printemps, parce que quelquefois ceux d’automne manquent à réussir.

Si l’on garde des œufs d’été pour l’automne et qu’il s’agisse de les faire éclore, il faut les mettre dans un vase de terre qu’on aura soin de bien couvrir, afin que rien n’y puisse pénétrer. On placera ce vase dans un grand bassin d’eau de source bien fraîche, à la hauteur des œufs renfermés dans le vase : car si l’eau était plus haute, les œufs mourraient, et si elle était plus basse, plusieurs n’auraient pas la force d’éclore avec les autres. S’ils venaient à éclore plus tard, ou les vers ne vivront pas, ou bien s’ils vivent, leurs coques seront très mal conditionnées. Si tout est bien observé comme on le prescrit, les œufs écloront au bout de 21 jours. Il y en a qui, au lieu de les mettre dans de l’eau fraîche, conseillent de les placer à l’ombre sous quelque arbre bien touffu, dans un vase de terre fraîche et non cuite. Ils prétendent qu’après y avoir été laissés 21 jours, on les verra éclore.

Lorsque les vers à soie sont prêts de travailler, on peut les placer de telle manière, qu’au lieu de faire des coques, selon leur coutume, lorsqu’ils sont abandonnés à eux-mêmes, ils font une pièce de soie plate, mince, et ronde, qui ressemble parfaitement au pain à chanter, fait en forme de grande hostie. Il ne faut pour cela que couvrir d’un papier bien juste, et sans que rien déborde, un vase de cette figure, et y placer le vers prêt à filer sa soie.

On retirerait plusieurs avantages d’un travail ainsi dirigé : 1° Ces pièces rondes et plates se dévident aussi aisément que les coques. 2° La soie en est pure, et l’on n’y trouve point cette humeur visqueuse, que le vers renfermé longtemps jette dans sa coque, et que les Chinois appellent son urine : dès qu’il a achevé son ouvrage, on le retire sans lui donner le loisir de salir son travail. 3° Il n’est pas nécessaire de se presser d’en dévider la soie, comme on est obligé de le faire par rapport aux coques, et l’on peut différer tant qu’on veut ce travail sans courir aucun risque.


Des opérations des Chinois autour de la soie.

Quand on a retiré la soie des coques, on ne songe plus qu’à la mettre en œuvre : les Chinois, comme je l’ai dit, ont des instruments très simples pour ce travail, il n’est guère possible d’en donner une explication qui forme des idées nettes et précises. Ce sont là de ces choses dont on juge mieux par les yeux, que par tout ce qu’on en pourrait dire ; c’est pourquoi on verra représenté dans les diverses figures suivantes, et les différents meubles dont ils se servent dans le temps qu’ils élèvent les vers, et les divers instruments qu’ils emploient, pour réussir dans ces beaux ouvrages de soieries qu’ils fournissent à l’Europe.