Description de la Chine (La Haye)/Huitième ode, avis à un roi

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Scheuerleer (2p. 379-380).


HUITIÈME ODE
Avis au roi.


O Grand et suprême Seigneur ! vous êtes le souverain maître du monde ; mais que Votre Majesté est sévère, et que vos ordres sont rigoureux ! Le Ciel donne, il est vrai, la vie et l’être à tous les peuples de la terre ; mais il ne faut pas entièrement compter sur sa libéralité et sur sa clémence. Je sais qu’il commence toujours en père, mais je ne sais pas s’il ne finira point en juge.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, vous êtes cruels, et vos ministres sont des tigres et des loups : vous êtes avares, et vos ministres sont autant de sangsues. Vous souffrez de telles gens auprès de vous. Vous les élevez aux premières charges : et parce que vous avez obligé le Ciel à faire tomber sur vous un esprit de vertige, vous mettez ces scélérats sur la tête de vos sujets.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, sitôt que vous vous voulez approcher de vous quelque homme sage, incontinent les méchants jurent sa perte, et ils répandent mille faux bruits, pour couvrir leur haine de prétextes spécieux. Vous les écoutez, vous les aimez : c’est loger dans votre palais une troupe de brigands et voilà pourquoi les imprécations du peuple n’ont point de bornes.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, vous êtes à l’égard de votre pauvre peuple, comme des bêtes féroces et affamées ; et vous mettez toute votre habileté à trouver des conseillers encore plus méchants que vous ; ne vous appliquant nullement à la vertu, vous êtes sans appui véritable et toute votre vie n’étant que mensonge, vous n’avez pour favoris que des trompeurs.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, les murmures de votre peuple sont comme les cris des cigales, et la colère bouillonne dans le milieu de son cœur. Vous touchez au dernier malheur, et vous ne changez point. La peste est dans le sein de l’empire, et gagne jusqu’aux barbares les plus éloignés.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, ce n’est pas le Seigneur que vous devez accuser de tant de maux ; ne vous en prenez qu’à vous-mêmes. Vous n’avez point voulu écouter les sages vieillards : vous les avez tous écartés ; mais bien que vous n’ayez plus auprès de vous de ces hommes respectables, vous avez encore les lois ; que ne les suivez-vous, pour détourner les fléaux qui sont prêts de vous accabler.

Ven vang s’écrie : Hélas ! Rois de ce monde, on le dit, et il n’est que trop vrai : ce qui a fait mourir ce bel arbre, ce n’est point qu’on en ait rompu les branches, ou qu’on en ait abattu les feuilles ; c’est que la racine était gâtée et pourrie. Comme vous devez vous regarder dans les rois qui vous ont précédé, et qui vous ressemblaient, de même vous servirez un jour d’exemple à ceux qui viendront après vous. Plus le monde vieillit, et plus il a d’exemples fameux pour s’instruire, et il n’en devient pas meilleur.

Voila ce qui concerne ces trois premiers livres classiques, sur lesquels je me suis un peu plus étendu, que je ne ferai sur les deux autres parce qu’il s’en faut bien que ceux-ci ne soient dans une égale considération, quoi qu’ils ne laissent pas d’être regardés comme des monuments très respectables.