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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Rivoli (rue de)

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Rivoli (rue de).

Commence à la rue Rohan ; finit à la rue de Saint-Florentin, no 2. Pas de numéro impair ; ce côté est bordé par le palais et le jardin des Tuileries ; le dernier pair est 58. Sa longueur est de 950 m.1er arrondissement, quartier des Tuileries.

Cette voie publique a été ouverte sur l’emplacement de l’ancienne cour des écuries du roi, sur la cour du manège et sur une partie des couvents des Feuillants, des Capucins et de l’Assomption. Nous avons parlé de cette dernière communauté religieuse à l’article de l’église de l’Assomption. L’origine du couvent des Capucins a été rappelée à la rue du Mont-Thabor. Nous n’avons plus à nous occuper ici que du couvent des Feuillants. C’était une congrégation particulière de religieux réformés de l’ordre de Citeaux, qui tirait son nom de l’abbaye des Feuillants en Languedoc, diocèse de Rieux. Jean de la Barrière, abbé des Feuillants, auteur de cette réforme, s’était acquis une si haute réputation d’éloquence et de sainteté, que le roi Henri III voulut l’avoir auprès de lui. Ce prédicateur refusa d’abord de rester à Paris. Enfin, en 1587, il accéda au désir du roi, et le 9 juillet cet abbé fit une entrée solennelle dans la capitale, à la tête de 62 religieux chantant l’office. Henri III les reçut à Vincennes. Le couvent qu’on leur destinait n’étant point encore achevé, ils habitèrent deux mois le prieuré de l’ordre de Grandmont, au bois de Vincennes. La règle des Feuillants était d’une rigueur excessive. Les premiers de ces religieux marchaient nu-pieds et la tête découverte ; ils mangeaient à genoux du pain le plus grossier ou quelques herbes cuites ou crues et buvaient de l’eau dans des crânes humains. En une semaine il mourut quatorze de ces Feuillants, et leur règle fut adoucie. Cette nouvelle congrégation fut approuvée par le pape Sixte V, et érigée en titre par une bulle du 3 novembre 1587, sous le nom de Congrégation de Notre-Dame des Feuillants. Henri IV posa en 1601 la première pierre de l’église, qui fut achevée en 1608. Le portail du monastère fut construit en 1673. Cette communauté religieuse, supprimée en 1790, devint propriété nationale et servit aux séances du club dit des Feuillants.

« Paris, le 17 vendémiaire an X de la république. Les Consuls de la république arrêtent : … Art. 4e. Il sera percé une rue dans toute la longueur du passage du Manège jusqu’à celle Saint-Florentin. Les bâtiments qui se trouvent dans son alignement seront vendus avec charge aux acquéreurs de bâtir sur les plans et façades donnés par l’architecte du gouvernement. Le premier consul, signé Bonaparte. »

« Paris, le 1er floréal, l’an X de la république. — Les Consuls de la république arrêtent : Article 1er. Les terrains appartenant à la république, situés dans le cul-de-sac du Manège, longeant la terrasse des Feuillants, tous les terrains occupés par les Feuillants, les Capucins et l’Assomption, seront mis en vente. — Art. 2e. Le plan annexé au présent arrêté sera suivi et exécuté dans toutes ses parties et servira de base pour dresser le cahier des charges, etc… — Art. 7e. Tous les fonds provenant des ventes ordonnées par le présent arrêté seront versés dans la caisse du trésorier du gouvernement, à la charge de pourvoir à toutes les dépenses que nécessiteront ces travaux. Le ministre des finances et le gouverneur du palais sont chargés de l’exécution du présent arrêté. Le premier consul, signé Bonaparte. » — En vertu de cet arrêté, un plan fut dressé le 2 frimaire an XI, par MM. Percier et Fontaine, architectes du palais, et les couvents des Feuillants, des Capucins et de l’Assomption furent mis en vente. La largeur de la rue de Rivoli fut fixée à 20 m. 85 c. Les conditions ci-après furent insérées dans chaque contrat d’aliénation : « Article 1er. De bâtir les façades en pierre d’après les plans et dessins des architectes du palais, approuvés par le gouvernement. — Art. 2e. De daller en pierre dure le sol de la galerie. — Art. 3e. De paver la rue dans la largeur vis-à-vis chaque division de terrain, conformément aux règlements établis à ce sujet. — Art. 4e. Les maisons ou boutiques qui seront construites sur ce lot ne pourront être occupées par des artisans et ouvriers travaillant du marteau. — Art. 5e. Elles ne pourront non plus être occupées par des bouchers, charcutiers, pâtissiers, boulangers, ni autres artisans dont l’état nécessite l’usage d’un four. — Art. 6e. Il ne sera mis aucune peinture, écriteau ou enseigne indicative de la profession de celui qui occupera sur les façades ou portiques des arcades qui décoreront le devant des maisons sur la dite rue projetée. » — « Paris, le 30 pluviôse an XII. — Au nom du peuple français, Bonaparte, premier consul, proclame loi de la république le décret suivant, rendu par le Corps Législatif, le 30 pluviôse an XII, conformément à la proposition faite par le gouvernement, le 23 dudit mois, communiquée au Tribunat le même jour.

» Décret. Article 1er. Le gouvernement est autorisé à concéder aux propriétaires limitrophes, les portions de terrains qui resteront disponibles après le percement de la rue parallèle à celle de Saint-Florentin et qui longe les derrières de l’hôtel de l’Infantado, ainsi que les portions qui s’étendent depuis le palais du troisième consul, jusqu’à la rue de la Convention, ensemble les terrains qui se trouvent contigus et dans l’alignement de la propriété du citoyen Boivin. — Art. 2e. Le prix de ces concessions sera fixé d’après une estimation rigoureuse, et le montant en sera acquitté en trois paiements égaux, savoir : le premier, dans le mois de la vente, et les deux autres de trois mois en trois mois. — Art. 3e. Les acquéreurs seront tenus d’élever à leurs frais, dans le délai de deux années, à compter du jour de la vente, les constructions désignées aux plans arrêtés par le gouvernement, sous peine de déchéance, avec perte des termes payés, ou de payer les constructions des façades que le gouvernement serait autorisé à faire. — Art. 4e. Les ventes faites et celles à effectuer des domaines nationaux situés entre la rue Saint-Florentin, la rue Neuve, la rue Saint-Honoré et la rue de l’Échelle, qui avaient été réservés par la loi du 3 nivôse an VIII, soit par enchères, soit par estimation, sont pareillement approuvées et autorisées, pour le produit en être employé jusqu’à due concurrence aux constructions et embellissements dont les plans ont été ou seront approuvés par le gouvernement, etc… »

L’aliénation des domaines nationaux provenant des trois communautés religieuses dont nous avons parlé s’opérait difficilement, le décret suivant fut promulgué pour en faciliter la vente.

— « Au palais des Tuileries, le 11 janvier 1811. Napoléon, etc… Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : — « Article 1er. Tous les propriétaires de terrains, rue et place de Rivoli et rue Castiglione qui y construiront des maisons, seront exempts pendant trente ans, à raison desdites maisons, cours, jardins, appartenances et dépendances, de la contribution foncière et de celle des portes et fenêtres. Les trente ans commenceront à courir du jour de la publication du présent décret. — Art. 2e. Les dispositions de l’article précédent sont applicables aux propriétaires des maisons anciennement construites, ayant, soit leurs façades, soit leurs jardins ou dépendances sur les rues et place désignées en l’article 1er, à la charge par eux de construire sur la rue de Rivoli, selon le plan arrêté, en arcades extérieures. » Les constructions furent alors commencées. — Égout. — Conduite d’eau. — Éclairage au gaz (compe Anglaise).