Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Voltaire (quai de)

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Voltaire (quai de).

Commence à la rue des Saints-Pères, no 2, et au quai Malaquais ; finit à la rue du Bac, no 1, et au Pont-Royal. Le dernier numéro est 25. Sa longueur est de 308 m.10e arrondissement, quartier du Faubourg-Saint-Germain.

Il était anciennement confondu avec le quai Malaquais, dont il portait le nom. En 1642, on l’appela quai des Théatins, en raison des religieux ainsi nommés, qui étaient venus s’y établir. Il a été construit en 1669, tel que nous le voyons aujourd’hui. — « Séance du 4 mai 1791. — Le procureur de la commune entendu, le corps municipal arrête : Le quai connu jusqu’ici sous le nom des Théatins, portera à l’avenir celui de Voltaire. » (Extrait des registres du corps municipal, tome 31, page 3,732.) — On sait que ce fut dans l’hôtel qui porte aujourd’hui le no 23, que le plus grand écrivain du XVIIIe siècle a passé les derniers mois de sa vie. C’est là que ce prodigieux génie tomba de l’ivresse du triomphe dans les angoisses de l’agonie ! C’est là que Voltaire est mort le 30 mai 1778. — Une décision ministérielle du 13 février 1810, signée Montalivet, et une ordonnance royale du 29 avril 1839, ont fixé la moindre largeur de ce quai à 21 m. Les propriétés riveraines ne sont pas soumises à retranchement. — Conduite d’eau entre les rues de Beaune et du Bac. — Éclairage au gaz (compe Française).

Au no 15 était située l’entrée du couvent des Théatins. Cet ordre fut institué en Italie, vers 1524, par Gaëtan, gentilhomme de Vicence, et Jean-Pierre Caraffe, archevêque de Théate (aujourd’hui Chieti). Ces religieux portaient le titre de Clercs Réguliers. Le cardinal Mazarin les fit venir à Paris, et leur acheta, en 1642, une maison située sur le quai Malaquais ; mais ce ne fut qu’en 1648 qu’ils obtinrent l’autorisation nécessaire. Le 7 août de la même année, le prieur de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés bénit leur chapelle, et le roi plaça lui-même la croix sur le portail de leur maison qui, d’après ses ordres, fut appelée Sainte-Anne-la-Royale. Les lettres-patentes confirmant cet établissement ne furent registrées au parlement que le 29 mai 1653. Lors de la disgrâce du cardinal-ministre, les théatins n’oublièrent point leur bienfaiteur, et voulurent le suivre lorsqu’il abandonna Paris. Mazarin redevenu tout puissant, se souvint de cette marque d’attachement, et leur légua 300,000 livres pour faire construire un nouvel édifice à la place de leur chapelle devenue trop petite. Les théatins en confièrent l’exécution au père Camille Guarini, qu’ils avaient fait venir exprès d’Italie ; non seulement cet architecte construisit un monument d’un mauvais goût, mais il voulut lui donner des proportions tellement gigantesques qu’il fallut bientôt, faute d’argent, suspendre les travaux. Ce ne fut qu’en 1714 qu’on put continuer les bâtiments au moyen d’une loterie que le roi accorda. Le portail sur le quai fut érigé en 1747, par les libéralités du Dauphin, père de Louis XVI. Les dessins en avaient été donnés par Desmaisons, architecte ; c’était un ouvrage médiocre. Le cœur du cardinal de Richelieu fut déposé dans cette église. — Il était défendu aux théatins de quêter par la ville ; ils vivaient de charités qu’on leur faisait, mais les personnes puissantes, instruites de la rigueur de leur règle, les soutenaient par de grandes libéralités. Ce couvent, le seul de cet ordre en France, fut supprimé en 1790. Devenus propriétés nationales, les bâtiments furent vendus le 19 frimaire an VI. Vers 1800, l’église fut transformée en salle de spectacle dans laquelle on ne donna pourtant que des bals et des fêtes. En octobre 1815, on y établit un café, appelé café des Muses. Les bâtiments ont été enfin démolis et reconstruits en 1822. Les maisons nos 15, 17, 19, 21 et 21 bis, occupent l’emplacement de cette ancienne communauté religieuse.