Dictionnaire apologétique de la foi catholique/Fourmi biblique
FOURMI BIBLIQUE. — Le Sage parle de la fourmi en deux endroits du livre des Proverbes (vi, 6-8, et xxx, 26), et ce qu’il en dit a fourni prétexte aux ennemis de la foi pour attaquer la véracité de la Bible.
« La fourmi, dit le Sage, prépare sa nourriture en été, et ramasse au temps de la moisson de quoi se nourrir en hiver. » C’est ce qu’on avait toujours cru jusqu’au siècle dernier ; mais, dit-on aujourd’hui, tout est faux dans cette description biblique : la fourmi est carnivore, et, en fait de matières végétales, elle n’aime que celles qui sont sucrées ; de plus en hiver elle ne mange pas, elle reste engourdie. Quand tout cela serait toujours vrai, on n’aurait rien à en conclure contre la véracité de la Bible : l’auteur n’a pas entendu affirmer un fait de zoologie, mais une leçon morale, et il a pris comme exemple la fourmi, avec les mœurs que tout le monde alors lui attribuait. Mais de fait, l’assertion procède d’observations incomplètes. La vieille réputation de prévoyance des fourmis ne s’est pas affaiblie chez les modernes jusqu’au jour où Swammerdam, Buffon, Gould, Latreilie, Huber et autres entreprirent de renverser cet échafaudage séculaire, en affirmant tout à coup que les fourmis n’amassaient pas de provisions, et qu’il fallait faire table rase de toutes les anciennes croyances à cet égard. Émanant de savants autorisés, cette nouvelle doctrine fit école et la fourmi fut déchue de son antique réputation de sagesse et d’économie. Elle n’en continua pas moins son travail obscur et persévérant, sans se plaindre et sans interjeter appel de la décision des maîtres, espérant bien que l’avenir lui rendrait justice. La lumière se fit en effet, éclatante, irrécusable, et les écrits de Sykes, Lespès, Moggridge, Buckley, Lincecum, Mac Cook, Treat, etc., vengèrent la fourmi des injustices de ses détracteurs, en entourant son nom d’une auréole plus brillante que jamais. « Hâtons-nous toutefois d’ajouter à la décharge des vaincus que l’erreur ou étaient tombés ces grands naturalistes avait pour origine une généralisation trop absolue des faits observés par eux. Ils avaient eu le tort d’assimiler les mœurs des espèces habitant les pays chauds aux habitudes reconnues par eux chez les fourmis des régions froides ou tempérées, seul théâtre de leurs observations. En effet, dans les contrées où les hivers sont rigoureux, les fourmis, s’engourdissant pendant la saison froide, ne font pas de provisions, qui leur seraient inutiles, mais, dans les climats où le soleil est moins avare de ses rayons, il existe un grand nombre d’espèces moissonneuses ou agricoles, et c’est à l’étude des mœurs de quelques-unes d’entre elles que nous consacrerons ce chapitre, » (Ernest André, Les fourmis, Paris, 1885, pp. 281-282.)
Le voyageur Lortet affirme le même fait, en ajoutant que, lorsque la moisson n’est pas abondante, les pauvres vont chercher dans les greniers des fourmis les grains que celles-ci y ont entassés. — Voir Vigouroux, Manuel bibl., t. II, n. 839.