Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/ACCOMPAGNER

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 69-70).

ACCOMPAGNER. v. a. Marcher de compagnie avec un autre. Comitari. Un Religieux doit être toujours accompagné d’un Frère. Cette femme jalouse accompagne par-tout son mari.

Ce verbe est employé dans plusieurs acceptions, qui ne sont distinguées que par des nuances très-légères.

Accompagner. Suivre par honneur. La Noblesse accompagnoit le Gouverneur de la Province. On accompagne le Saint Sacrement.

Accompagner. Conduire en cérémonie. Deducere, C’est un Prince qui accompagne l’Ambassadeur à l’Audience.

Accompagner. Reconduire une personne donc on a reçu visite : ce Président a accompagné cette Dame jusqu’à son carrosse.

Accompagner, se dit généralement de la suite, du cortége, de l’escorte qu’on donne à quelqu’un, ou pour l’observer, ou pour lui faire honneur, ou pour l’assurer en sa marche. C’est en ce sens qu’on dit accompagner le Saint Sacrement, quand on le porte aux malades. Rodolphe, Comte de Habsbourg, rencontrant à la campagne un Curé, qui portoit le Saint Viatique à un malade par des chemins très-mauvais, lui donna son cheval, & accompagna le Saint Sacrement à pied. C’est à cette action de piété qu’on attribue son élévation, & celle de la Maison d’Autriche, dont il est le chef. On a remarqué que le Roi fit quelque chose de semblable peu de temps avant que le Duc d’Anjou parvînt à la Couronne d’Espagne. Ce Seigneur marche toujours accompagné de six Gentilshommes, &c. Les Maréchaux de France envoient un garde à ceux qui ont querelle, pour les accompagner par-tout. Quand le Roi alla à la conquête de Flandre, il étoit bien accompagné, il avoit une nombreuse armée. On envoya un corps de Cavalerie pour accompagner ce convoi, c’est-à-dire, pour l’escorter.

Accompagner, se dit aussi de ce qui orne ou décore quelque chose, & qui est bien assorti. Dans ce sens, on le joint avec bien. Condecorare. Ces deux pavillons accompagnent bien ce bâtiment, ils font une belle symétrie. Cette garniture accompagne bien son habit, cela est bien assorti. Lorsqu’elle joue, le thuorbe accompagne parfaitement son chant ; mais sa personne accompagne encore mieux le thuorbe. Le Ch. d’H.

On dit dans ce sens, que les cheveux accompagnent bien le visage.

Accompagner, se dit figurément en choses morales, de ce qui est joint ensemble. Consociare, conjungere. Il accompagne tout ce qu’il dit de tant de grâces & de tant d’honnêtetés, que cela gagne les cœurs. La colère & l’emportement accompagnent d’ordinaire le jeu. S. Evr. L’admiration qu’on a pour les actions glorieuses, est souvent accompagnée d’un secret dépit de n’en pouvoir faire autant. Cost. Il a accompagné le compliment qu’il lui a fait faire d’un présent considérable. La vieillesse, par les infirmités qui l’accompagnent, ressemble plus à la mort qu’à la vie. Ablanc.

Accompagner, en termes de Musique, se dit de celui qui joue du clavecin dans un concert, ou de celui qui joue de la flûte, ou du violon, ou de quelque autre instrument, pendant que quelqu’un chante, ou que quelque instrument joue le sujet. C’est une science particulière, de bien accompagner une voix. Un habile Musicien accompagne de génie, & sur le champ, toutes sortes d’airs.

Accompagner en Peinture. Ce Peintre accompagne bien ses tableaux, Voyez Accompagnement en Peinture.

Accompagner. Terme de Soierie, signifie l’action de passer l’accompagnage. Voyez ce mot.

s’Accompagner. v. récip. Mener quelques gens avec soi pour quelque dessein. Il se prend le plus souvent en mauvaise part. Il s’accompagna de gens de main pour faire ce coup-là. Il se dit peu.

ACCOMPAGNÉ, ÉE. part.

Accompagné, en termes de Blason, se dit, lorsqu’autour d’une pièce principale, comme le sautoir, la bande, la fasce, le chevron, le croissant, le lion, l’aigle, &c. il y a plusieurs autres pièces qui sont auprès en séantes partitions. De Neufville Villeroi porte d’azur au chevron d’or, accompagné de trois croix ancrées de même. On le dit particulièrement des croix, sautoirs, chevrons, perles, &c. quand ces choses sont également disposées dans les quatre cantons de l’écu qu’elles laissent vides.