Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/BÉGUINE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 1p. 836-837).

BÉGUINE. s. f. Nom qui se donne aux filles d’une ancienne Congrégation séculière établie en plusieurs lieux de Flandre, de Picardie & de Lorraine. Beguina. Il y a des Auteurs au nombre desquels est le P. Thomassin, qui ont regardé les Béguines comme des espèces de Chanoinesses ou de Bénéficières. Quelques Ecrivains ont prétendu qu’elles avoient eu pour Fondatrice sainte Begghe, Fondatrice des Chanoinesses d’Ardennes. D’autres prétendent plus vraisemblablement qu’elles ont commencé à Liégé, par les libéralités d’un homme riche de cette ville, nommé Lambert le Bégue, qui fonda dans cette ville deux Communautés, l’une d’hommes l’an 1150, l’autre de Béguines l’an 1172. De-là les Béguinages se répandirent non-seulement à Nivelle, & en plusieurs autres lieux des Pays-Bas, mais encore en France & en Allemagne. Caons, Chanoine de la Cathédrale d’Anvers, dans une dissertation qu’il donna en 1620 sur l’origine de ces Béguines, apporte plusieurs raisons pour prouver qu’elles n’ont point eu sainte Begghe pour Fondatrice, & que bien loin de pouvoir être regardées comme Chanoinesses, elles ont des observances toutes opposées à la vie canoniale. Elles ne font que des vœux simples entre les mains du Curé de la paroisse où elles sont situées ; ce Curé est Supérieur du Béguinage, & il ne se fait aucune affaire sans le conseil de huit Béguines. Elles étoient autrefois habillées de différentes manières & de différentes couleurs ; elles sont aujourd’hui presque toutes habillées de noir. Lorsqu’elles sortent, elles portent une certaine toque noire & plate sur la tête, avec un toupet de soie au sommet. Elles ont aussi un manteau noir, qui leur couvre la tête, & descend jusques aux talons. Elles ont différens réglemens en différens lieux. Voyez Béguinage, & le P. Héliot, T. VIII, C. 1. Il est parlé de ces Béguines dans l’extravagante de Jean XXII, Ratio recta. Elles vivent du travail de leurs mains, ont un genre de vie qui tient le milieu entre le laïque & le religieux. Il y en avoit autrefois en France, dont les maisons ont été données à des Sœurs du Tiers-Ordre de S. François, comme sont à Paris les Filles de l’Ave-Maria. Elles vivoient en commun & étoient gouvernées par des hommes d’une grande piété.

Béguine. Nom d’une secte hérétique. Beguina. Quelques-unes des Béguines dont nous venons de parler, établies en Allemagne donnerent au commencement du XIIe siècle dans des erreurs extravagantes. Elles se persuaderent que l’on pouvoit dans la vie présente, arriver à la souveraine perfection, parvenir à l’impeccabilité, à la claire vue de Dieu, & à un degré si éminent de contemplation, qu’il n’étoit plus besoin de jeûner, ni de se soumettre à la direction & à l’obéissance des hommes mortels. Le Concile de Vienne tenu sous Clément V, les condamna, & on les abolit en 1311, & bientôt après il n’y en eut plus en France. Elles se maintinrent ailleurs, & Jean XXII, successeur de Clément V, expliqua le décret de son prédécesseur, & déclara qu’il n’y avoit de sociétés éteintes, que celles dont les Béguines étoient tombées dans l’hérésie. Thomassin. La porte de Béguines étoit une porte près de la ville de Paris, ainsi nommée, parce que la demeure des Béguines en étoit proche. C’étoit le Monastère de l’Ave-Maria.

Le nom de Béguines est venu à ces Communautés de filles, selon quelques-uns, de Lambert le Bégue, Prêtre & Religieux, qui en fit l’institution : Borel le dérive de Louis le Bégue Roi de France ; ou plutôt de beguin, qui est leur coiffure. Mais d’autres prétendent que cette coiffure a pris leur nom d’elles, & non pas les Béguines de cette coiffure. Joach. Hopperus tire ce nom du verbe allemand beguinen, qui signifie commencer, parce que c’est un commencement de l’ordre monastique ; Quod initium, dit-il, rei monasticæ ponant. En Flandre, où les Beguines sont en grand nombre, l’opinion constante est que leur nom vient de Begga, ou de Begge, leur institutrice, fille de Pepin de Landen, & qui étoit fils du Duc Carloman, & petit-fils de Charles Comte de Hesbaye dans le pays de Liége. Cette Begge étoit sœur de sainte Gertrude, Abbesse, & conjointement avec sa mere Irte, ou Juberge, femme de Pepin de Landen, fondatrice du célèbre Monastère de Nivelle. Car il ne faut pas distinguer Begge, sœur de sainte Gertrude, de Begge fille de Pepin, comme on a fait dans la première édition de ce Livre ; ni prendre ce Pepin pour un de nos Rois de France. Celui-ci fut seulement Maire du Palais sous Sigebert. Cette dernière étymologie paroît la plus vraie.

Beguine. s. f. est aujourd’hui en France au moins en plusieurs endroits, un terme de mépris ☞ dont on se sert, dans le discours familier, pour désigner une dévote qui s’attache à des pratiques minutieuses, qui s’en occupe. C’est une béguine, une vraie béguine.

On appelle aussi quelquefois en général beguine, tout Religieuse ou fille de Communauté, de quelque Ordre ou Congrégation qu’elle soit ; & il a encore en ce sens quelque chose de méprisant. Ce sont des beguines, disent les gens du monde en parlant des Religieuses, qui paroissent s’attacher à des choses qui leur semblent petites & légères, qui sont des vétilles à leurs yeux.

Beguine. s. f. Femme de la secte des Beguins ou Beguards. Beguina. Quelques-uns écrivent aussi Begghines, mais cela n’est bon qu’en Flamand, ou en Allemand ; en François il faut écrire Beguin ou Beguine. Voyez Beguard, & Beguin. Quelques-uns écrivent Bequins & Bequines, mais mal.