Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 2/511-520

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Fascicules du tome 2
pages 501 à 510

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 2, pages 511 à 520

pages 521 à 530


En parlant des anciens Hébreux, on dit le peuple chéri, chéri de Dieu.

Hélas ! ce peuple ingrat a méprisé ta loi :
La Nation chérie a voilé la foi. Racine.

☞ CHÉRIQUANES, sauvages de l’Amérique méridionale dans l’audience de los Charcas. Ils sont si avides de chair humaine, qu’ils n’épargnent pas même les nations alliées.

☞ CHERYAR, ville de Perse dans la Province de Teren, dont elle est capitale. Quelques-uns lui donnent le nom de la province.

☞ CHERINOS, peuple de l’Amérique méridionale au Pérou, à sept lieues de la contrée de Chuquimayo.

☞ CHÉRISSABLE, adj. Qui doit être chéri. On ne le dit plus.

CHERLESQUIER, CHERLESKER ou CHERLESQUER, s. m. Nom de dignité militaire chez les Turcs, Lieutenant général des armées du Grand Seigneur. Legatus Imperatoris in exercitu Turcico. Quelques-uns le nomment Scadiaquer. Ar. Thomas.

CHÉRON, s. m. nom d’homme, Caronus. S. Chéron vivoit vers le Ve siècle. Il convertit un grand nombre des habitans du pays Chartrain. Il fut martyrisé en venant à Paris pour y prêcher.

CHERPILLE, s. f. Il y a dans la banlieue de Villefranche, capitale du Beaujeaulois, un usage fort singulier. Lorsque le petit peuple croit que les grains sont mûrs, il va les couper sans la permission du propriétaire ; il les lie, & se paye de sa peine, en emportant la dixième gerbe. Cette manière de moissonner s’appelle la Cherpille, & a toujours fort déplu aux propriétaires ; mais jusqu’à présent, ç’a été en vain. Descript. de la France.

☞ CHER-PRIX, s. m. Terme de coutume, dans le Blesois & le Dunois. C’est la même chose que le chercens dans la coutume d’Orléans. Voyez Chercens au mot cens.

CHERQUEMOLLE, s. f. Etoffe des Indes Orientales, partie soie, partie écorce.

CHERRÉE, s. f. voyez Charrée. C’est ainsi qu’il faut écrire.

☞ CHERSO. Île de la mer Adriatique, dans le golfe de Quamero, sur la côte de Croatie. La capitale, située vers le milieu de l’Île, s’apelle aussi Cherso ou Cherzo. Elle appartient aux Vénitiens.

CHERSONÈSE. Terme de Géographie. Prononcez Kersonèse. M. Tillemont, contre l’usage général, & contre la raison & l’étymologie, écrit Quersonèse. C’est une péninsule ou continent, qui est presque tout environné des eaux de la mer, & qui ne tient au reste des terres que par un isthme, ou petit détroit. Chersonesus. Le Péloponnèse est une Chersonèse, ou presqu’Île, ou péninsule. Ainsi l’on a donné ce nom dans l’antiquité à plusieurs contrées qui sont entourées de la mer, & ne sont attachées à la terre ferme que par un isthme ; & on s’en sert encore aujourd’hui fort bien pour signifier ces presqu’îles des Anciens. Les plus célébres sont,

La Chersonèse du Péloponnèse, Chersonesus Peloponnesiaca, qui s’appeloit aussi simplement le Péliponnèse, étoit ce que nous appelons aujourd’hui la Morée. La Chersonèse de Thrace, Chersonesus Thracica, ou de l’Hellepont, Hellespontiaca, c’est une partie de la Thrace, qui se nomme aujourd’hui le Bras de Saint-George, ou la presqu’île de la Romanie, qui s’étend du midi au septentrion, & qui étoit baignée à l’occident par le golfe de Mélane, & à l’Orient par la Propintide. La Chersonèse Cimbrique, Chersonesus Cimbrica, on l’appeloit ainsi, parce que les Cimbres habitoient ce pays ; c’est le Jutland. Cette opinion est générale, cependant Rudbecks, dans son Atlantique, prétend que c’est la Scandinavie. Voyez le Cimbricæ Chersonesi Prodromus de Jean Mollerus, & l’Isagoge ad Historiam Chersonesi Cimbricæ du même. La Chersonèse Taurique, Chersonesus Taurica, étoit entre le Pont-Euxin & la Palus Méotide, & dunt ainsi nommes des Taures ou Turiens, Tauri, qui l’habitoient ; nous l’apelons aujourd’hui Crimée. La Chersonèse d’Or, Chersonesus Aurea, c’est la péninsule de l’Inde au-delà du Gange est le Royaume de Malada, & la partie méridionale de celui de Siam, & qui aboutit vers l’île de Sumatra, s’étendant du septentrion au midi. Ce nom de Chersonese d’Or, a fait croire à bien des Auteurs que c’étoit l’Ophir de Salomon. On a aussi donné ce nom à quelques promontoires, ou caps, & à quelques villes bâties sur des pointes ou langues de terre qui s’avançoient dans la mer, comme on le peut voir dans Hoffman & dans d’autres ; mais nous ne nous servons pas de ce nom en françois pour ces lieux, comme nous faisons pour ceux dont on vient de parler. La petite Chersonèse, Chersonesus parva, c’est un promontoire d’Egypte vers l’occident, que les Anciens appeloient ainsi, & qui se nomme aujourd’hui Bosire, dit Vigenère, ou plutôt Bochir, comme écrit Sanson dans ses Cartes. C’étoit une péninsule qui s’avançoit dans la mer devant Alexandrie, & dans laquelle étoit le Phare. Voyez Ptolom. Liv. IV, c. 5. & les Tables de Bertius. P. Mela, L. II, c. 3, appelle encore Chersonèse un promontoire de la côte orientala du Péloponnèse : c’est le cap de Schilli.

Ce mot vient du grec Χηρσόνησος qui signifie la même chose.

CHERSYDRE. s. m. Serpent amphibie, ainsi appelé, parce qu’il naît dans les lieux humides, d’om il est appelé hydrus, hydre ; & qu’il change dans la suite de demeure, & vit dans les lieux secs. Χέρσυδρος. Ce mot vient de χέρσος, terre, & ὕδωρ, eau. Ce serpent est plus vénimeux lorsqu’il est dans les lieux secs, qu’il ne l’étoit auparavant ; car, ne prenant dans les lieux aqueux qu’une nourriture humide, son poison est moins pur : au contraire il se purifie & s’exalte, lorsqu’il habite la terre. Il ressemble à un petit aspic terrestre, à l’exception qu’il n’a pas le cou si gros, c’est la seule différence remarquable qu’il y ait entr’eux. Dict. de James.

☞ CHERTÉ. s. f. Prix excessif des choses qui sont à vendre. Excès réel ou d’opinion du prix d’une chose. Voyez Cher. Cherté des vivres. Annonæ difficultas, caritas, gravitas. Les pauvres souffrent beaucoup pendant la cherté des vivres.

Ce mot vient du latin caritas.

On dit proverbialement que cherté foisonne, pour dire, qu’on ménage les choses quand elles sont chères, & que le bon prix amène l’abondance, parce que les Marchands apportent de tous côtés des marchandises aux lieux où elles se vendent bien.

En parlant de certaines marchandises, on dit que la cherté y est, pour dire que la presse y est ; & je n’y mettrai pas la cherté, pour dire, je n’en acheterai pas. Acad. Fr.

CHÉRUBIN. s. m. Esprit céleste, qui dans la Hiérarchie est le premier après les Séraphins. Cherubus. On les peint rouges, pour signifier qu’ils sont enflammés de l’amour de Dieu : & on dit d’une personne haute en couleur, ou qui rougit de honte, qu’elle est rouge comme un Chérubin. Moïse mit l’Arche sous les aîles des Chérubins, qu’il fit élever dans le sanctuaire.

Ce mot vient de l’hébreu כרוב, Cherub, dont le pluriel est cherubim.

Chérubin, Ordre militaire en Suède, autrement appelé l’Ordre des Séraphins. Ordo militaris à Cherubis nuncupatus. Il fut institué par Magnus IV, en 1334, & aboli par Charles IX. Le collier étoit composé de Chérubins d’or émaillés de rouge & de croix patriarchales d’or sans émail, en mémoire du siége métropolitain d’Upsal. De ce collier pendoit un ovale d’or émaillé d’azur, dans lequel étoit un nom de Jesus en or ; au-dessous du nom de Jesus, il y avoit quatre petits clous émaillés de blanc & de noir. Favin parle de cet Ordre.

Chérubin, en Architecture, est la tête d’un enfant, avec une aîle de chaque côté. Alatum juvenis caput, Cherub, Cherubinus. Cela sert d’ornement aux clefs des arcs.

Chérubique, Hymne chérubique. C’est un Hymne qui est fort célèbre dans la Liturgie Grecque. Il se chante avec beaucoup d’apparat & de solennité dans le temps que les saints dons sont portés du petit Autel de la Prothèse au grand Autel, où l’on doit célébrer la Liturgie, & qui s’appelle l’Autel du Sacrifice. Aussi-tôt que les Chantres voient sortir de ce petit Autel les saints dons, ils entonnent cet hymne, qui est appelé Chérubique, parce qu’il y est parlé du Chœur des Anges & des Chérubins, lesquels accompagnent Jesus-Christ qui va être immolé. Consultez là-dessus l’Eucologe du P. Goar, & les notes du P. Simon sur l’Apologie de Gabriel, Archevêque de Philadelphie. Hymnus Cherubicus.

CHERVI ou CHERVIS. s. m. Chervis est plus usité. Sisarum ou siser vulgare. Plante ombellifère, dont les racines sont de petits navets, gros & longs comme le doigt, blanchâtres en dehors, plus blancs en dedans, douçâtres & aromatiques. Ces petits navets sont ramassés en botte à leur collet, d’où sortent des feuilles qui ressemblent à celles de la berle, d’un goût & d’une odeur aromatique. De leur milieu sort une tige haute de deux piés au plus, branchue, noueuse & cannelée, terminée par des ombelles de fleurs à cinq petits pétales blancs. Leurs semences sont menues comme celles du persil ; elles sont un peu étroites, cannelées sur le dos, plus brunes, plus longuettes, & d’un goût un peu âcre & aromatique. On mange les racines de chervis ; elles sont fort douces. Après les avoir fait cuire dans l’eau, on les assaisonne comme les autres racines. On le met aussi en pâte : leur douceur paroît fade à bien des gens. Le chervis ne se multiplie que de graine ; sa graine est ovale, longuette, assez menue & étroite, rayée dans sa longueur, d’une couleur de feuille morte, d’un blanc grisâtre, plate par une de ses extrémités. La Quint.

☞ CHEVINSKO. Ville de Pologne, au Duché de Mazovie, sur la Vistule, à trois lieues au dessous de Zakrocim.

☞ CHERZ, (chez les Polonois Gzerko) Ville de Pologne, dans la Masovie, sur le chemin de Warsovie à Léopold.

CHÉSAL. s. m. Vieux mot françois, qui signifioit autrefois maison & église. Domus, casale, casalagium, templum. Il est encore en usage en plusieurs Provinces, d’où vient qu’on dit encore la Congrégation de Chésal-Benoît, qui est une union en Congrégation de quelques Abbayes régulières de l’Ordre de S. Benoît, comme S. Sulpice de Bourges, S. Augustin de Limoges, &c. L’Abbaye de Chésal-Benoît, qui est le chef de la Congrégation du même nom, fut fondée en 1908, dans le Diocèse de Bourges, du temps de l’Archevêque Léger. On tira du Monasère de Cornéliac un Moine de Vallombreuse pour l’en faire Abbé, & y établir les observances religieuses. En 1505, les Abbés de Chésal-Benoît, de S. Sulpice de Bourges, de S. Alire de Clermont, & de S. Vincent du Mans, avec quatre Religieux députés des mêmes Abbayes, s’assemblèrent à S. Sulpice de Bourges, pour réformer l’Ordre ; l’Abbaye de S. Martin de Séez fut agrégée peu après à ces quatre autres ; & en 1310, l’Abbaye de S. Germain des Près à Paris y fut encore unie. En 1511, les Abbés des cinq premiers Monastères résolurent de faire ériger leurs Abbyes en Congrégation, ce qui leur fut accordé en 1516, par L&on X. On écrit quelquefois chésal par un z, & l’on dit chéseau ou chéséolage, pour chésal. ☞ Cette Abbaye a été long-temps régulière & électrice. Par arrêt du Parlement de Paris, rendu le [illisible], elle est à la nomination du Roi, ainsi que les quatre autres dont on vient de parler, que les Bénédictins prétendoient y soustraire, comme ayant été exceptés par le Concordat.

Ce mot vient du latin casata, ou casale. Dans les Capitulaires de Charlemagne, on appelle une Eglise Casa Dei ; c’est le nom que porte encore l’Abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne.

CHÉSÉOLAGE. s. m. Voyez Chésal.

☞ CHESHIRE. Province maritime d’Angleterre, dans le Diocèse de ce nom. Capitale, Chester.

CHÉSEAU. s. m. Voyez Chésal.

CHESMER. Voyez Chémer.

CHESNAIE. Voyez Chênaie.

CHESNE. Voyez Chêne.

CHESNEAU. Voyez Chêneau.

CHESNEGHIR-BASCHI. s. m. Terme de relation. Nom d’un des douze principaux Officiers de la Porte. Ce nom, composé d’un mot persan chesné, qui signifie l’essai qu’on fait des viandes ou de la boisson ; & de ghir, qui vient du verbe gristen, prendre ; ce nom, dis-je, signifie celui qui fait l’essai des viandes que l’on sert au Grand-Seigneur. Quelques-uns l’appellent Chesgighir, de cheshide, goûter. Le Chesneghir-baschi est le chef de ceux qui font l’essai des viandes. Ricaut, de l’Emp. Ottom.

CHESNON. Voyez Chênon.

CHEST. Vieux mot. On disoit autrefois chest pour ce. M’entremit de chest œuvre faire, dit un vieux Traducteur d’Esope.

CHESTER. Cestria. Ville d’Angleterre dans le Comté du même nom ou Cheshire, sur la Dée. Elle se nommoit autrefois, Deva ou Deuva. C’est un Evêché fondé en 1541, par Henri VII, de la suppression du Monastère de sainte Werbuge qui étoit dans la même ville. On dit que cette ville, ou pour le moins le château & quelques maisons, où l’on prétend reconnoître encore l’architecture romaine, furent bâties par Ostorius, qui commandoit en Angleterre, sous l’Empereur Claude, & qu’il fit élever cette forteresse dans le Royaume de Mercie sur les frontières de celui de Galles, pour tenir les peuples de ce dernier dans le respect.

☞ CHESTERFIELS. Chesterfida. Ville d’Angleterre en Derbyshyre, dans la vallée de Scardale, sur les frontières du Comté d’Yorck.

☞ CHESTERSHIRE. Voyez Cheshire.

CHÉTEL. s. m. C’est ainsi qu’on prononce & même qu’on écrit aujourd’hui ce mot. Voyez Chepteil, pour l’explication.

CHÉTIF, IVE. Qui est de peu de valeur : il se dit des personnes & des choses. Vilis, miser, macilentus, informis. Cet homme est bien chétif, maigre, mal fait, misérable. Il a fait un présent bien chétif, qui n’est d’aucune considération. Cet habit, cette étoffe est bien chétive.

Il vint des partis d’importance,
La belle les trouva trop chétifs de moitié.

La Font.

Combien de temps faut-il ? Un temps proportionné à notre durée vaine & chétive. Pascal.

Il vient de l’italien cattivo, selon Pasquier. Mais Ménage tient que ce mot vient de captivus, & prouve que chétif signifioit autrefois captif : ce qui est d’autant plus vraisemblable, qu’on a dit chétif-votson pour captivité. Autrefois on disoit chaitis. Borel le fait venir de captivus, aussi-bien que Ménage ; & il remarque que chaitim se dit en gascon pour chaitis, & que ces mots signifient misérable. Chaitis n’est plus en usage ; chétif se dit encore, mais rarement.

☞ Corneille a employé ce mot très-heureusement dans Pompée, dans ce vers où il est parlé des cendres de ce grand homme.

Dans quelque urne chétive en ramasser les cendres.

☞ Le mot de chétive ne passeroit pas aujourd’hui. Il me paroît qu’il fait ici un très-bel effet, par l’opposition d’une fin si déplorable, à la grandeur passée de Pompée. voltaire condamne l’usage qu’a fait Corneille de ce mot dans la même pièce. D’une flamme pieuse autant comme chétive, cela n’est, dit-il, ni françois ni noble. Ce mot chétive a été heureusement employé au second acte. Le même terme peut faire un bon & un mauvais effet, selon la place où il est. Une urne chétive qui contient la cendre du grand Pompée, présente à l’esprit un contracte attendrissant. Mais une flamme n’est point chétive. Dans ce vers, l’expression autant comme est un barbarisme. Il faut dire autant que.

☞ Le mot chétif, dit M. l’Abbé Girard, commence à vieillir : il n’est pas néanmoins tout-à-fait suranné, & il se trouve encore des places où il figure assez bien. Il le compare ensuite avec méchant, dans ce qu’il a de synonyme, c’est-à-dire, autant que ce dernier marque une certaine incapacité à être avantageusement placé ou mis en usage. Sous ce point de vue, l’inutilité ou le peu de valeur rendent une chose chétive. Les défauts & la perte de son mérite la rendent mauvaise. Un chétif sujet, est celui qui n’étant propre à rien, ne peut rendre aucun service dans la République. Un mauvais sujet est celui qui, se laissant aller à un penchant vicieux, ne veut pas travailler au bien ; qui est chétif, est méprisable, & devient le rebut de tout le monde ; qui est mauvais, est condamnable, & s’attire la haine des honnêtes gens.

☞ En fait de choses d’usage, le terme de chétif enchérit sur celui de mauvais. Ce qui est usé, mais qui peut encore servir au besoin, est mauvais. Ce qui ne peut plus servir, & ne sauroit mis honnêtement, est chétif. Un mauvais habit n’est pas toujours la marque du peu de bien. Il y a quelquefois sous un chétif haillon plus d’orgueil, que sous l’or & sous la pourpre.

CHÉTIFVOISON. s. f. Vieux mot, Captivité. On l’a dit aussi pour misère.

CHÉTIVEMENT. adv. D’une manière chétive. Miserabiliter. Les Pédans nourrissent leurs écoliers fort chétivement. Parcè.

CHÉTOLIER. s. m. Terme de Coutume. Celui qui prend des bestiaux à chetel.

CHÉTRON. s. m. C’est une petite layette en forme de tiroir, qu’on fait au haut des côtés d’un coffre, pour y mettre à part les choses qu’on veut trouver sous sa main en l’ouvrant, & les séparer du reste de ce qu’on y serre. Capsula arcæ intestina.

CHEVAGE. s. m. Droit, subside qui se levoit autrefois sur les étrangers pour leur séjour dans le Royaume. Vectigal à peregrinis exigi solitum. Payer le chevage. Bacquet.

chevage, est aussi un droit de douze deniers parisis, qui se paye sous peine d’amende tous les ans au Roi, en quelques Provinces, par les bâtards & aubains mariés, qui s’y sont établis. Ce droit s’appelle chevage, parce que chaque chef marié veuf le doit, au cas qu’il soit bâtard ou aubain.

CHEVAGIER. s. m. On appelle ainsi dans les Ordonnances ceux qui doivent le droit de chevage.

CHEVAL. s. m. Animal à quatre piés, qui hennit, & qui rend de grands services à l’homme, dont la cavalle est la femelle. Equus, equa. Il sert à la chasse, à la guerre, au labour & aux voitures. Un cheval, pour être bon, doit avoir trois parties correspondantes à trois de la femme, la poitrine, le fessier & les crins ; c’est-à-dire, poitrine large, croupe remplie, & les crins longs : trois du lion, le maintien, la hardiesse & la fureur : trois du bœuf, l’œil, la narine, la jointure : trois du mouton, le nez, la douceur, la patience : trois du mulet, la force, la constance au travail, & le pié : trois du cerf, la tête, la jambe, & le poil court : trois du loup, la gorge, le cou & l’ouie : trois du renard, l’oreille, la queue, le trot : trois du serpent, la mémoire, la vue, le contournement : trois du lièvre ou du chat, la course, le pas, la souplesse. Les chevaux ont du jugement, dit Solin ; ils connoissent leurs maîtres & leurs ennemis. Quelques-uns n’ont pas souffert que d’autres les montassent. Quelques-uns ont pleuré la mort de leurs maîtres, & d’autres se sont laissé mourir de faim après les avoir perdus. Alexandre fit faire de magnifiques funérailles à son cheval ; il fit bâtir une ville en son honneur, qu’il nomma Bucéphalie. Caligula voulut faire nommer son cheval Consul. Les Tartares & les Turcs portent pour enseigne, à la guerre, une queue de cheval attachée au bout d’une pique.

Ce mot vient de caballus, qui signifioit autrefois cheval de bagage ou petit cheval, qui servoit au moulin & aux voitures. Nicod, Isidore & Papias dérivent celui ci ex eo quod ungulà terram cavet.

Les Latins disoient en proverbe, le cheval de Sejus, quand ils vouloient donner à entendre une chose qu’il est dangereux de posséder. C. Sejus avoit un des plus beaux chevaux qu’on puisse voir ; mais il n’en fut pas long-temps le maître, Marc-Antoine l’ayant fait mourir. dolabella ayant acheté ce cheval, mourut bientôt après de mort violente. Cassius, qui en fut ensuite le maître, périt d’une façon tragique. Marc-Antoine, qui le posséda aussi, est connu par sa fin déplorable. Nigidius, Chevalier d’Asie, l’acheta après la mort de Marc Antoine, & le cheval & l’homme se noyèrent dans le fleuve Marathon. Ce proverbe revenoit à un autre qu’ils avoient, qui étoit l’or de Toulouse, dont l’on verra l’explication au mot Or.

Le cheval se nomme diversement, suivant son poil, sa taille, son usage, ses vices ou maladies.

On dit un cheval blanc, candidus ; gris, laucophæus ; pommelé, equus coliris cinerei scutulis distinctus ; roux, rufi coloris, rufus ; bai-brun, coloris phœnicei saturioris, pressioris ; bai-clair, coloris phœnicei dilutioris ; bai-doré, aurei coloris ; alezan ou alezan rouge sore ou saure, equus russeus, ruber ; alezan brûlé, alezan fort brun, rubidus ; alezan chargé, russei coloris, sed saturi ; alezan lavé, coloris russei sed dilutioris. Cheval-bai d’une sorte de rouge éclatant en divers degrés, equus badius ; brûlé, rufus atrore, nigrore multo mustus ; aubère, grisâtre, ayant de grandes taches noires, equus leucophæus grandibus maculis iisque nigris distinctus ; cheval pie, nigro & alto picarum in morem distinctus ; soupe de lait, equus aldibus ; isabele, coloris melini subalbidi ; roan ou tête de Maure, equus atro capite, toto corpore niger, sed capite nigriori ; mirouette, equus pilis quibusdam in partibus magis quam in aliis nitentibus, speculorum instar distinctus, maculis nitentibus variegatus ; zain, equus unicolor, unius coloris ; balzan, equus quatuor pedibus albis, &c. Tous les mots & les suivans sont expliqués à leur ordre alphabétique. On a donné aux chevaux des noms propres, comme à celui d’Alexandre, Bucephale. Roland appeloit son cheval, Mellendis ; & Renault, l’un des quatre fils Aymond, appeloit le sien Bayard.

A l’égard de la taille on dit un cheval nain, pumilus ; ragot, brevi densoque corpore ; haut-jointé, altis articulis ; court-jointé, depressis articulis ; cheval entier, equus non castratus, non exsectus ; hongre, canterius ; courtaut, equus quadratæ sed brevioris corporaturæ. Par courtaux on peut encore entendre qui n’a point de queue, caudis mutilus ; coureur, cursor ; roussin, caballus. Cheval d’Espagne, iberus ; barbe, Numidicus ; guilledin d’Angleterre, asturco Britannicus. Les chevaux Irlandois passoient autrefois pour être des meilleurs qu’il y eût en europe ; aussi étoient-ils fort chers : & l’histoire d’Irlande fait mention d’un de leurs Seigneurs, qui combattant pour Richard II Roi d’Angleterre, montoit un cheval qu’il avoit acheté 400 bœufs. Larrey. Cheval Persan, Persicus, cheval Turc, Turcicus. Vigenere dans ses Illustrations sur l’Hist. de Chalcond. p. 343 & suiv. parle fort en détail des chevaux Turcs, & de la manière dont on les nourrit & on les panse. Cheval de manège, tractabilis, frænis parens, exercitotus ; cheval de pas, gradarius equus ; cheval de selle, equus sessilis, idem & carrucarius ; cheval de charrette, de trait, d’attelage, equus jugatorius ; limonier, temonem utrumque sustinens ; cheval de charrue, arator equus ; cheval d’amble ou haquenée, asturco ; cheval de poste, veredus ; cheval de louage, conductitius, meritorius ; cheval de bagage, equus sarcinarius, dossurarius ; cheval de relais, veredus gradarius ; chevaux de poste & de relais, equi publici.

On appelle courbe de chevaux, deux chevaux attelés ensemble pour remonter des bateaux, bigæ ; cheval de haras ou étalon, equus admissarius ; cheval de main, equus honorarius ; cheval de parade, anciennement palefroi, equus ad pompam.

On appelle cheval de bataille, non seulement le cheval fort & choisi qu’on réserve pour les grandes occasions, mais encore figurément toutes les choses de parade, de faste, ou propres à faire remporter quelque avantage dans une dispute où il s’agit de la gloire, Bellator equus. Quand on prie un tel Auteur de dire quelques-uns de ses vers, il récite un tel Sonnet, c’est son cheval de bataille. Ce Musicien chante un tel air, c’est son cheval de bataille.

A l’égard des bonnes qualités, on dit, cheval fier, ardent, plein de feu, souple, léger à la main, obéissant, fidèle, qui porte bien sa tête, fort déchargé.

A l’égard des défauts, on dit, un cheval vicieux, vitiosus ; ombrageux, meticulosus, restitans ; fort en bouche, duri & contumacis oris ; fourbu, præproperâ aquatione perfusus equus ; morveux, mucosus ; poussif, anhelator, suspiriosus, cheval élancé, amaigri de faim & de travail, sirigosus equus, macie confectus ; outré, longioris itineris labore exhaustus ; cheval qui est sur les dents, enectus inedia, labore confectus ; ruiné des jambes, perditus cruribus ; qui est pesant à la main, gravis ad manum ; cheval refait & engraissé, refectus ac saginatus ; cheval neuf, novus, intractatus ; fougueux & indompté, asper & indomitus ; cheval qui rue & qui mord, mordax & calcitro ; cheval qui se couche, cubitor ; cheval qui bronche, offensator ; cheval qui prend le frein aux dents, qui contra fræna tendit ; qui jette son homme par terre, sternax : boiteux, claudus ; borgne ou déferré d’un œil, unoculus, altero oculo captus. Un cheval chargé de ganache ; cheval vairon, bégu, cujus alter oculus alteri dissimilis est. Celui qui est trompé dans l’achat d’un cheval vicieux, peut intenter l’action redhibitoire, pour contraindre le vendeur à le reprendre. Si le vice est apparent, par exemple, si le cheval est borgne, comme l’acheteur a pu s’en appercevoir, il ne doit s’en prendre qu’à lui-même ; mais pour les vices latents, comme la ppousse, la morve & la courbature, l’acheteur a l’action redhibitoire dans les huit jours de la vente, dans quelques coutumes ; & dans les quarantes jours en d’autres cooutumes, parce que ces vices peuvent être cachés & suspendus pendant quarante jours.

Monter à cheval, signifie non-seulement, monter en selle, mais encore apprendre le manége, in equum ascendere, equum conscendere ; equos domandi, regendi artem perdiscere. Un tel Seigneur monte à cheval chez un tel Ecuyer, il sait bien manier un cheval.

On dit picquer un cheval, pour dire, l’essayer, tractare. Promener un cheval entre deux talons, agere, agitare. Panser, curare ; ferre, calceare ; étriller, distringere, strigili defricare ; brider, frenare ; seller un cheval, sternere, ephippio instruere ; dresser un cheval, domare, condocefacere. Pousser vertement un cheval, commencer un cheval, travailler un cheval, acheter un cheval, mettre un cheval dans la main, mettre un cheval dans les talons, assembler un cheval. Combat à cheval, pugna ex equo. Bon logis à pié & à cheval, hospitium equiti & pediti commodum. On appelle un bon homme de cheval, celui qui sait bien dompter & manier un cheval. Equitandi peritus. Être bien à cheval.

☞ Être bel homme de cheval, avoir bonne grace à cheval. Comme il n’y avoit point de Seigneur à la cour qui fut plus curieux que lui de beaux chevaux, personne aussi n’étoit mieux à cheval.

☞ Commencer un cheval, en termes de Manége, c’est le mettre au pilier, entre deux piliers, le dresser à toute sortes d’airs & de manéges. Monter à cheval, apprendre à monter à cheval. Il monte sous un tel. Uti aloquo equitandi magistro. Mettre quelqu’un à cheval, lui enseigner à monter à cheval. C’est tel Ecuyer qui l’a mis à cheval.

☞ Être à cheval, être monté sur un cheval, ou sur quelque autre animal, ou même sur toute autre chose, jambe deçà jambe delà. A cheval sur une muraille, sur une poutre, sur un bâton.

☞ Dans l’Art militaire, être à cheval sur une rivière, c’est en occuper les deux rives avec des troupes.

☞ Tirer à quatre chevaux. Supplice qu’on fait souffrir aux criminels de léze-Majesté au premier chef. Écarteler un criminel, en attachant un cheval à chaque membre, à chaque jambe & à chaque bras, & les faisant tirer chacun de son côté en même temps. Voyez Écarteler.

Chevau-Léger, est un cavalier ordinaire & légèrement armé, qu’on appelle autrement Maître, & qui est dans un corps de Régiment. Levis armaturæ eques. On l’appelle ainsi, par opposition aux Gens d’armes, qui étoient autrefois des gens pesamment armés & de toutes pièces. Il y a pourtant plusieurs compagnies d’ordonnances qu’on appelle particulièrement Chevaux-légers, qui n’entrent jamais en corps Régiment, qui sont les Chevaux-légers de la Garde du Roi, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin, de Monsieur, &c. & on dit au singulier un Chevau-léger, & au pluriel, vingt & un chevaux. Eques levis armaturæ è Regis Custodia. Le Roi est Capitaine des Chevaux-légers. Il y a sous lui un Capitaine-Lieutenant. On dit Chevaux-légers, & Cehvaux-légers de la Garde. Contre l’ordre, de ce pluriel s’est formé le singulier, Chevaux-léger, & l’on dit, c’est un Chevau-léger, il est Chevau-léger de la Garde. Le Dict. de l’Acad. Françoise met Chevau-légers au pluriel, & cette ortographe paroît la plus suivie. Chaque Chevau-léger a 540 liv. par an, 90 à chaque montre de deux en deux mois.

On se sert aussi du nom de chevaux en général, pour désigner la cavalerie, des gens de cheval. Equitatus, equites. Il y avoit dans cette armée trente mille hommes de pié, & dix-mille chevaux, c’est-à-dire, deux mille combattant à cheval. Un escadron de deux cens chevaux. Ac. Fr. Les gens de guerre disent Capitaine de chevaux, pour dire, Capitiane de cavalerie : cela est du style familier.

Le cheval est un animal guerrier, & un symbole de la guerre. Le cheval, dans les médailles Puniques, est le symbole de Carthage, bâtie selon l’Oracle, au lieu où l’on trouva une tête de cheval. Les chevaux paissans marquent la paix & la liberté, ou simplement un pays abondant en pâturages. Le cheval bondissant marque l’Espagne, où il se trouve d’excellens chevaux ; quelquefois les victoire remportées aux jeux publics ; comme sur les médailles du Roi Hiéron. Quelquefois c’est le Bucéphale d’Alexandre, ou simplement le symbole des Rois de Macédoine, où il se trouve de très-beaux chevaux. P. Jobert.

Les Incitati à Rome ont pour devise un cheval barbe courant, avec ce mot, dant animos plagæ. Et les Erranti de Bresce, un barbe aussi ; & pour arme, velocitate palmam. Un cheval de bataille tout armé, avec cet hémistiche de Virgile, 2. Georg. v. 145. Capo sese arduus infert, est la devise d’un grand Capitaine.

Cheval de Frise, en termes de Fortification, est une grosse pièce de bois percée & traversée de plusieurs pieux armés de pointes de fer, & longs d’environ cinq ou six piés. Ericius. Il sert à défendre un passage, ou à boucher une brèche, ou à faire un retranchement pour arrêter la cavalerie. On en met aussi sur des roues avec des feux d’artifice, pour faire rouler en bas dans les assauts. Le Prince d’Orange fermoit son camp avec des chevaux de Frise, en les faisant accrocher les uns aux autres, à ce que dit Jean Errard. On les appelle chevaux de Frise, parce que cette machine a été inventée en Frise

On a remarqué sur une médaille de Licinius une espèce de cheval de Frise, fait avec des pieux entrelacés ; c’est la marque d’un camp fortifié & palissadé pour la sûreté des troupes. P. Job.

On appelle cheval de bois, une figure de cheval qui se hausse & se baisse par le moyen de quelques chevilles de fer. Equus ligneus. Il sert dans le Manège à faire des exercices pour voltiger.

☞ On appelle encore cheval de bois, un instrument de châtiment militaire qu’on a coutume d’exercer sur les Soldats & sur les filles débauchées qui suivent l’armée. C’est une pièce de bois taillées en arrête, & posée sur des trétaux, avec une tête de cheval.

Cheval de Terre. Terme de marbrier. Grand vide rempli de terre, que rencontrent dans un bloc ceux qu’on emploie à tirer les marbres des carrières. Moles terrea.

Cheval Pégase, est un cheval que les Poëtes ont feint avoir des aîles, & avoir fait naître la fontaine d’Hippocrene en frappant du pié sur le mont Parnasse. Pegasus. Il servit de monture à Bellérophon quand il alla combattre la chimère. Depuis on a feint qu’il s’est envolé au ciel, où il y a une constellation de ce nom.

En cet âge brutal,
Pégase est un cheval qui porte
Les grands hommes à l’hôpital.Main.

Il n’appartient pas.
A notre Pégase comique,
De prendre un galop héroïque ;
Car il n’est qu’un cheval de pas. Scar.

Athénée appelle le vin, le grand cheval des Poëtes.

Chevaux du Soleil. Ovide les nomme Eoüs, Piroïs, Æthon & Phlegon, noms grecs, dont l’étymologie marque la qualité. Ils sont nommée ailleurs Erythoüs ou le rouge, Acteon ou le Lumineux, Lampos, ou le resplendissant, & Philogeus, qui aima la terre. Le premier désigne le lever du Soleil, dont les rayons sont rougeâtres. Actéon marque le temps où ces mêmes rayons sortis de l’atmosphère sont plus clairs, vers les neuf ou dix heures du matin. Lampos figure le midi, où la lumière du soleil est dans toute sa force, & Philogéus représente son coucher, lorsqu’il semble s’approcher de la terre.

Chevaux de Mars. Servius les nomme demos & phobos, la crainte & la terreur : mais dans Homère, ce sont là les noms des Cochers de Mars, & non de ses chevaux.

Cheval de Pacolet, est un cheval de bois, fabuleux, qui alloit dans les airs, & qui se conduisoit avec une cheville, dont il est fait une ample mention dans le Roman de Valentin & autres. Equus fabulosus.

Cheval de Troye, est un grand cheval de bois, par le moyen duquel les Grecs ont feint que Troye avoit été prise ; ayant été introduit dans la ville comme une offrande à Pallas. Equus Trojanus. Il y avoit plusieurs grecs cachés dans le ventre de cette machine, qui en étant sortis surprirent les habitans.

Cheval Fondu, est un jeu d’enfans, où les uns sautent sur la croupe des autres qui sont courbés.

En termes de Blason, on appelle cheval ou poulain gai, celui qui est peint nu, sans bride ni licou. Liber equus. Et on dit cheval effrayé, ou cabré, quand il est peint rampant. Equus arrectus. On dit aussi animé, pour exprimer que son œil est d’un autre émail, animatus ; & armé, en parlant du pié que la nature lui a donné pour se défendre, quand il est aussi d’un émail différent. Armatus. On le blasonne aussi bradé, houssé & caparassonné. Equus demisso amploque ornatus ac coopertus stragulo, stragulatus.

Cheval de rivière, que quelques-uns appellent hippopotame. Voyez ce mot.

Cheval Marin ou Bœuf Marin ou Morse. Frédéric Martens, de Hambourg, dans le Journal de son voyage au Spitzberg & au Groenland fait en 1671, appelle cet animal cheval ou bœuf marin, ne distinguant point deux espèces, & n’en faisant qu’un même animal. Il le distingue du Veau marin. Le cheval marin, dit-il, ressemble assez au veau marin, si ce n’est qu’il est beaucoup plus gros, puisqu’il est de la grosseur d’un bœuf. Ses pattes sont comme celles du veau marin. Celles de devant, comme celles de derrière, ont cinq doigts ou griffes, mais les ongles en sont plus courts. Il a aussi la tête plus grosse, plus ronde, & plus dure encore que celle du veau marin. La peau de cet animal a bien un pouce d’épaisseur, sur tout autour du cou. Les uns l’on couverte d’un poil de couleur de souris, les autres d’un poil rouge, les autres gris, & les autres ont très-peu de poil. Ils sont ordinairement pleins de gales & d’écorchures qu’ils se font à force de se grater, de sorte qu’on diroit qu’on leur a enlevé toute la peau. Par-tout autour des jointures ils ont la peau fort ridée. Ils ont à la mâchoire d’en haut deux grandes & grosses dents, qui leur descendent même au dessous des babines inférieures, & qui ont un pié de long, quelquefois deux, & quelquefois plus. Les jeunes n’ont point ces défenses, elles leur viennent avec l’âge. Quoique les vieux soient naturellement munis de deux semblables défenses, j’en ai pourtant vû qui n’en avoient qu’une ; mais il se peut qu’ils les perdent en se battant, ou en vieillissant. J’en vis en effet qui avoient les dents gâtées, creuses & pourries. Ces deux dents sont si blanches, qu’elles sont plus estimées & plus cheres que l’ivoire. Elles sont solides en dedans & pesantes. On en fait des manches de couteau, des boîtes, &c. & des autres dents, les habitans du Jutland en font des boutons pour leurs habits. Ces animaux ont l’ouverture de la gueule aussi large que celle d’un bœuf : & au dessus & au-dessous des babines, ils ont plusieurs soies, qui sont creuses en dedans, & de la grosseur d’une paille. De ces soies les Matelos se dont des bagues qu’ils portent au doigt, pour se garantir de la crampe, à ce qu’ils disent. Ces bœufs marins ont au dessus de la barbe d’enhaut deux naseaux en forme de demi-cercle par où ils rejettent l’eau, comme les baleines, mais avec bien moins de bruit. Leurs yeux sont assez élevés au dessus du nez, & ils ont des sourcils comme les autres animaux à quatre piés. Ces yeux sont aussi rouges que du sang. Quand ils les tournent en jetant la vue sur quelqu’un, ils paroissent encore plus affreux. Leurs oreilles sont un peu plus élevées que leurs yeux, mais elles sont peu éloignées, & ressemblent à celles des veaux marins. Leur langue est pour le moins aussi grosse que celle d’un bœuf. Si on la fait bouillir d’abord, on en peut manger ; mais si on la garde deux ou trois jours, elle devient rance & sent l’huile de poisson. Ils ont le cou si épais, qu’ils ont de la peine à tourner la tête, ce qui les oblige à tourner extrêmement les yeux. Ils ont la queue courte comme celle des veaux marins.

On ne peut point leur enlever la graisse, comme on fait aux veaux marins, parce qu’elle est entrelardée avec la chair comme la graisse de pourceau à laquelle elle ne ressemble pas mal. Le cœur & le fois sont assez bons.

Il y a apparence qu’ils vivent d’herbe & de poisson. Leur viande ressemble à celle du cheval : l’oiseau appelé bourgmaître s’en nourrit. Ils font d’horribles meuglemens. Ils dorment & ronflent non-seulement sur la glace, mais dans l’eau. Ils sont furieux & courageux. Si l’on en prend, ou si l’on en blesse quelqu’un, tous les autres font des efforts pour monter dans la chaloupe, malgré tous les coups qu’on leur porte ; ils la percent par dessous avec leurs défenses, & n’abandonnent jamais la partie. Si la chaloupe prend la fuite, ils la suivent tant qu’ils peuvent l’appercevoir, mais ils ne sauroient aller si vîte qu’elle, parce qu’érant toujours en très-grand nombre, ils s’embarrassent les uns les autres.

On ne les prend que pour leurs dents ; mais entre cent, on n’en trouvera quelquefois qu’un qui ait les dents bonnes, parce que les uns sont encore trop jeunes, que les autres n’on qu’une dent, & les autres point du tout. Leurs dents ne sont plus si estimées qu’elles étoient autrefois.

Quand on les apperçoit, ou qu’on les entend meugler sur la glace, où ils sont ordinairement en grand nombre, on s’en approche sans bruit avec les chaloupes ; mais je crois que pendant qu’ils dorment, il y en a toujours un qui fait sentinelle ; car j’ai souvent remarqué que lorsqu’on est tout proche, il y en a un qui donne un coup de dent à son voisin, & celui-ci à un autre, jusqu’au dernier. Dès qu’ils sont éveillés, ils se dressent sur leurs pattes de devant, & regardant affreusement & avec un mugissement terrible, ils frappent de leurs défenses sur la glace, comme s’ils les aiguisoient : c’est même avec l’aide de leurs dents qu’ils se traînent lorsqu’ils veulent courir vite, ou monter sur la glace.

Leur plus grande force gît dans leur tête ; & leur peau, qui est plus épaisse vers le cou, que sur le reste du corps, a autant d’épaisseur que celle d’un élan, & beaucoup plus de fermeté : de sorte que si on l’apprêtoit comme l’autre, on s’en pourroit servir pour faire des bufles. Lorsque le cheval marin est mort, on lui coupe seulement la tête, qu’on apporte à bord, l’on en arrache les dents, & on abandonne le reste du corps. Les deux longues dents ou défenses sont pour les Marchands ou propriétaires des vaisseaux : les autres ne sont que peu ou point estimées.

Cheval, (Queue de) est une herbe dont les feuilles ressemblent aux crins d’un cheval. On l’appelle autrement prêle. En latin, equisetum. Voyez Prêle.

Cheval, (Fer de) se dit, en termes d’Architecture civile & militaire, des ouvrages faits en rampe où on monte des deux côtés, qui représentent un fer à cheval. Structuræ genus ad soleæ ferreæ formam expressum. Il y en a dans des maisons de campagnes, & dans des dehors de quelques places, qui servent de demi-lune.

Cheval, (A) se dit adverbialement. A cheval, à cheval, se dit quand on commande à la cavalerie de se mettre en état de combattre, ou de partir. Equos conscendite.

Cheval se dit proverbialement en ces phrases. Il a changé son cheval borgne contre un aveugle ; pour dire, qu’il a perdu sur un troc qu’il a fait, soit de cheval, soit de toute autre chose. On dit, à cheval donné on ne regarde point à la bouche ; pour dire, qu’on reçoit les présens tels qu’ils sont : & ce proverbe se dit en italien & en espagnol de même : A caval donato non si guarda nella bocca. On dit aussi que l’œil du maître engraisse le cheval ; pour dire, qu’il ne faut point se reposer sur les valets du soin des chevaux, ni même de toutes les autres affaires d’une maison. On dit d’un homme, qu’il n’a ni cheval ni mule ; pour dire, qu’il n’a aucune monture, qu’il est contraint d’aller à pié, qu’il est gueux. On dit aussi qu’un homme est mal à cheval ; pour dire, qu’il n’est pas bien dans ses affaires, qu’il est proche de sa ruine. On dit aussi, qu’un homme fait le cheval échappé, quand il est libertin, emporté, incorrigible. On dit encore, je lui ferai voir que son cheval n’est qu’une bête, pour dire, je lui ferai voir qu’il n’a pas raison. On dit aussi, qu’il est aisé d’aller à pié, quand on tient son cheval par la bride ; pour dire, qu’on souffre bien de petites incommodités volontaires, quand on s’en peut délivrer si tôt qu’on le veut. On dit aussi, qu’il fait bon tenir son cheval par la bride, pour dire, qu’il ne se faut point dessaisir de son bien de son vivant. On dit aussi, qu’un homme monte sur ses grands chevaux ; pour dire, qu’il parle en colère & d’un ton hautain. On dit aussi, qu’un homme est bon cheval de Trompette, qu’il ne s’épouvante pas pour le bruit, lorsqu’il ne craint point les menaces ni les crieries. On dit aussi, qu’il parle à cheval ; pour dire, qu’il parle en maître, avec autorité, ou bien qu’il parle bien à son aise. On appelle un homme fort grossier & stupide, un cheval de carrosse, un cheval de bât, un gros, un franc cheval. On dit, il n’est si bon cheval qui n’en devint rosse ; pour dire, qu’on a fait travailler excessivement quelqu’un. On dit au contraire, que jamais cheval gentil ne devint rosse ; pour dire, qu’on donne même en sa vieillesse des marque de ce qu’on a valu dans sa jeunesse. On dit aussi, qu’il n’y a si bon cheval qui ne bronche ; pour dire, qua chacun est sujet à faire des fautes. On dit encore, des femmes & des chevaux, il n’en est point sans défauts. On dit qu’un cheval est chargé de maigre, qu’il vient de la Rochelle, d’un cheval qui n’est pas gras ; par allusion à un poisson qui est commun à la Rochelle, appelé maigre ; & aussi à cause de la disette qu’on avoit soufferte à ce siège. On dit aussi, jamais cheval ni méchant homme n’amenda pour aller à Rome. On dit aussi, il est bien temps de fermer l’étable quand les chevaux s’en sont enfuis, pour dire, qu’il n’est plus temps de chercher des précautions quand le mal est arrivé. On dit qu’un coup de pié de jument ne fait point de mal au cheval ; pour dire, qu’un homme doit prendre galamment toutes les malices que lui font les femmes. On dit aussi, qu’à un cheval hargneux il lui faut une étable à part ; pour avertir que quand on voit des grondeurs, il se faut séparer de leur compagnie. On dit encore que les chevaux courent les bénéfices, & que les ânes les attrapent. On dit, après bon vin, bon cheval ; pour dire, qu’un homme qui a bien bu, sait bien trouver des jambes à son cheval. On dit, pour se mocquer d’un train en désordre, c’est l’ambassade de Viarron, trois chevaux & une mule. On appelle une selle à tous chevaux, une chose qui peut servir à plusieurs usages, en plusieurs occasions, comme des lieux communs, de certains discours généraux, &c. On dit aussi, qu’on a cherché quelqu’un à pié & à cheval ; pour dire, qu’on a fait toutes les diligences possibles pour le trouver. On dit aussi, qu’un homme bride son cheval par la queue, quand il commence par où il doit finir. On dit encore, cheval de foin, cheval de rien : cheval d’avoine, cheval de peine, cheval de paille, cheval de bataille. On dit aussi, qui aura de beaux chevaux, si ce n’est le Roi ? quand on voit quelque chose de précieux entre les mains d’un homme riche. On dit d’un goinfre, d’un écornifleur, qu’il se tient mieux à table qu’à cheval. On dit aussi d’un travail qui demande peu de génie, mais qui donne beaucoup de fatigue, que c’est un travail de cheval. On dit aussi d’une médecine trop forte, que c’est une médecine de cheval. On appelle à Paris courtisans du cheval de bronze, les filous & les personnes de mauvaise vie qui fréquentent le pont-neuf pour y attraper quelqu’un. On dit d’une personne qu’on charge de toutes les affaires difficiles, fatigantes, d’une maison, d’une société, qu’il est le cheval de bât. A jeune cheval vieux Cavalier, pour dire, que dans les affaires épineuses & inconnues, il faut s’adresser à des gens d’expérience. A méchant cheval bon éperon, pour dire, qu’il faut un habile homme pour conduire une affaire douteuse.

On ne convient pas du temps auquel on a commencé à monter les chevaux. Le Scholiaste d’Euripide & Eustathe, sur le IIe Liv. de l’Illiade d’Homère, prétendent que les Anciens n’avoient point l’usage des chevaux de selle, ne se servant des chevaux que pour traîner leurs chariots. Ils soutiennent que les courses à cheval n’ont été introduites aux Jeux Olympiques, qu’en l’Olympiade 85. Mais cela ne peut être ; car les Centaures, auxquels on attribue l’invention de monter les chevaux, étoient avant ce temps-là. On prouve aussi par Pausanias, qu’au temps d’Hercule, qui institua les Jeux Olympiques, il y avoit des courses de chevaux.

Cheval, en termes d’Astronomie. Ce qu’on appelle le petit cheval, est une constellation de l’hémisphère septentrional, composée de dix étoiles. C’est, selon quelques-uns, le cheval dont Mercure fit présent à Castor : &, selon d’autres, celui dont Saturne prit la forme quand il fut surpris avec Philyra.

CHEVALEMENT. s. m. Terme d’Architecture. Espèce d’étaie composée d’une ou de deux pièces de bois, couverte d’un chapeau ou tête, & posée en arcboutant sur une couche, qui sert à retenir en l’air les encoignures, trumeaux, jambages sous poutres, &c. pour faire des reptiles par dessous œuvre. Tibicen. Voyez Chevalet.

CHEVALER. v. n. Courir çà & là, faire plusieurs allées & venues pour une affaire, pour obtenir quelque chose. Concursare huc & illuc ; molestum esse in postulando frequenter & enixè quidpiam. Il a chevalé pendant long temps pour obtenir une commission, un emploi. On lui a fait un procès qui le fera bien chevaler, bien courir. Ce mot est vieux. Mezeray s’en est servi dans le sens de, poursuivre à cheval. Aluquem equo persequi. Il les chevala tant, qu’il leur donna sur la queue.

☞ On s’est aussi servi de cette expression métaphorique pour signifier, questionner quelqu’un, tourner en différentes manières ce qu’on lui propose pour le faire tomber en contradiction. Jamais une personne accusée ne fut tant chevalée par un Juge. Recherches de Pasq. p. 461. Il ne vaut pas mieux d’une façon que de l’autre.

Chevaler, signifie aussi, étayer une maison, un mur qu’on reprend sous œuvre, qu’on soutient avec des chevalets. Ruentem domum fulcire tibicine. Il n’est pas usité. On dit mieux, étayer.

Chevaler, en termes de Manège, se dit de l’action du cheval, quand en passegeant au pas ou au trot, la jambe de dehors de devant croise ou enjambe à tous les seconds temps sur l’autre jambe de devant. Equum volutatim circumagere.

CHEVALERESSE. s. f. Un nouvel Historien s’est servi de ce mot pour signifier une femme qui a un Ordre de Chevalerie, comme ça été la coutume en Bretagne ; mais c’est être trop hardi, ou trop barbare, que de hazarder ce terme dans un ouvrage sérieux ; c’est tout ce qu’on pourroit faire en badinant dans la conversation.

Les Dames avoient ce privilège en Bretagne, qu’elles pouvoient être honorées du collier de l’Ordre des Ducs ; & l’on voit dans le catalogue des Chevaliers de cet Ordre, les noms de quelques-unes de celles que les Ducs ont jugées dignes de porter cette marque d’honneur & de distinction. Lobineau. T. I, p. 850.

CHEVALERIE. s. f. Ce mot a plusieurs acceptions différentes. Il signifie, ordre, honneur militaire, marque, degré de l’ancienne noblesse, & récompense de quelque mérite personnel. Equitum Ordo. Il y a quatre sortes de Chevalerie, la militaire, la régulière, l’honoraire & la sociale. Militaris, regularis, honoraria, socialis. La militaire est celle des anciens Chevaliers, qui s’acquéroit par des hauts faits d’armes. Les Chevaliers sont nommés milites dans les anciens titres ; & par-là ils sont distingués des Bacheliers & Damoiseaux. Les Princes mêmes étoient faits Chevaliers avec cérémonie. On leur ceignoit l’épée, & on leur chaussoit les éperons dorées : d’où vient qu’on les appeloit les Chevaliers du baudrier & les Chevaliers dorés. Les Rois ont souvent voulu recevoir eux-mêmes la chevalerie, & la faire donner à leurs enfans par les plus grands Capitaines de leur siècle. Bertrand de Guesclin, tenant l’an 1371 Louis de France I du nom, fils puîné de Charles V, sur les fonts baptismaux, en qualité de son second parrein, selon la coutume de ce temps-là, le fit Chevalier. Le Duc de Bourgogne fit Chevalier Louis XI, à son sacre à Reims. François I, en 1515, reçut la Chevalerie des mains du chevalier Bayard ; & Henri II, encore Dauphin, des mains d’Oudard de Biez, Maréchal de France, au camp d’Avignon. Saladin Soudan, d’Egypte, voulut recevoir l’honneur de la Chevalerie des mains d’Hugues de Saint Omer, Seigneur de Tabarie ou Tibériade, Chevalier Chrétien, & François de nation. La Chevalerie régulière est celle des Ordres Militaires où l’on fait profession de prendre un certain habit, de porter les armes contre les Infidèles, de favoriser les Pélerins allant aux lieux saints, & de servir aux Hôpitaux où ils doivent être reçus. La Chevalerie d’honneur est celle que les Princes communiquent aux autres Princes, aux premières personnes de leurs Cours, & à leurs favoris. La Chevalerie sociale est celle qui n’est pas fixe, & qui n’est ni confirmée par des Papes, ni réglée par des statuts qui soient de durée. Aussi il y en a plusieurs qui ont été faites pour des factions, pour des tournois, pour des mascarades, &c. dont il y a plusieurs exemples dans l’Histoire, & qui ont eu divers noms.

La Chevalerie s’obtient, on ne l’apporte point du sein de sa mère, comme la simple noblesse. Les fils des Rois, & les Rois même, avec tous les autres Souverains, ont reçu autrefois la Chevalerie comme une marque d’honneur. On la conféroit d’ordinaire après le Baptême des Princes, à leurs mariages, à leurs sacres, à leur couronnement, à une paix, devant ou après une bataille, ou une conquête considérable. La Chevalerie ne se peut point révoquer. Il y a des Chevaliers en loix, comme des Chevaliers d’armes ou d’épées. bien que les seuls Chevaliers puissent conférer la Chevalerie, les Papes & les Rois ne sont point sujets à cette règle.

Morisot, Hist. Orbis. Maritimi, Liv. II, c. 30, fait le dénombrement des Ordres de Chevalerie. Le catalogue le plus complet que nous en ayons trouvé, est celui que l’Abbé Bernardo Justiniani a mis à la tête de son Histoire des Ordres de Chevalerie. Il en compte 92. Favin en a donné deux volumes, sous le titre de Théâtre d’honneur & de Chevalerie ; Menenius, sous le titre de Deliciæ Equestrium Ordinum ; André Mendo, de Ordinibus Militaribus. Beloi a écrit de leur origine, & Geliot, dans son Indice Armorial, a donné le dénombrement & l’institution des Ordres de chevalerie. voyez encore un Traité de Noblesse imprimé à Orléans en 1682, & un autre du P. Menestrier, qui a pour titre, de la Chevalerie ancienne & moderne. Ajoutez encore Joseph de Michieli, Trés. Militaire ; Franc. Carro de Torrès, Histoire des trois Ordres Militaires. Jer. Caramuel, Theologia Regolare. Emmanuel Rodriguez, Question Regolar. Le P. André Mendo, De Ordinibus Militaribus. J. Soranzo, l’Idée du Chevalier. Mirœus, Origines Equestrirum sive Militarium Ordinum, L. II. Bernardo Justiniani, Historie Chronologiche del l’origine de gl’Ordini militari e di tutte le Religioni Cavalleresche. L’édition de Venise 1692, en deux Tom. in-fol. dédiée au Roi Louis XIV, est la plus ample. Voyez le Catalogue qui est à la tête du Ie Tom. de l’Hist. des Ordres Religieux.

Chevalerie se dit, par extension, de la bravoure & des exploits extraordinaires. Illustria facinova. Ce Roman contient plusieurs hauts faits d’armes & de Chevalerie. Un Espagnol a soutenu que l’histoire de Dom Quichotte a ruiné la Monarchie d’Espagne : car en tournant en ridicule les prouesses & les exploits de la Chevalerie, elle a fait honte aux Espagnols de cette bravoure amoureuse & romanesque ; & ils se sont laissé aller à l’indolence & à l’oisiveté. La plupart des Chevaleries avoient des marques de distinction, des livrées, des devises, & particulièrement des dorures & des fourrures de vair : ce qui donna lieu à la qualité de Chevaliers dorés. P. Menest.

Chevalerie s’est dit, en pays coutumier, des lieux & métairies chargées du logement des gens de guerre à cheval. Equitum hospitia. D’où vient que plusieurs portent le nom de la Chevalerie, ou des terres sujettes à ce droit-là.

Chevalerie. (Aide de) Taille qu’il est permis au Seigneur de lever, dans certaines coutumes, quand il fait son fils Chevalier.

CHEVALET. s. m. Banc ou tréteau qui sert à donner la question qui fait bander les cordes sur lesquelles les corps des criminels sont suspendus en l’air. Equuleus. Les rous ni les chevalets n’ont point ébranlé la constance des Martyrs.

Chevalet, chez les Anciens, étoit aussi une espèce de supplice ou torture, qui n’étoit autre chose qu’un cheval de bois fait en talus ou en dos d’ane, qui avoit un angle fort pointu sur lequel on mettoit le patient, auquel on attachoit des poids aux pieds. On en voit encore dans les corps de Gardes des citadelles. On y met les Soldats de la garnison, pour les punir des fautes qu’ils comettant. Il est ainsi décrit dans le livre de Hirronymus Magius de Equuleo, qu’il écrivit, dit-on, en prison chez les Turcs, aussi-bien que son Traité des Cloches, & sans autre secours que celui de sa mémoire. Sigonius a fait aussi un Traité sur le même sujet.

Chevalet, en termes de Charpenterie, se dit d’une pièce de bois assemblée en travers sur deux autres pièces à plomb, pour soutenir des planches, des solives, qui font des ponts sur les petites rivières, & qui servent en mille autres occasions. Canterius. C’est encore l’assemblage de deux roulets sur le faîte d’une lucarne. On appelle aussi chevalets, les étaies qu’on met aux batimens pour les reprendre sous œuvre, pour y mettre des poutres, &c. ☞ On en fait le synonyme de chevalement. Je croirois pourtant que le chevalet est l’étaie même qu’on met à un édifice pour le reprendre sous œuvre ; & chevalement, l’action de mettre cette étaie. Ce chevalement a tant coûté. En général les Artisans appellent chevalet, tout ce qui sert à élever ou baisser leur ouvrage, à le tenir à une hauteur convenable pour travailler plus commodément. Ainsi le chevalet est chez les Serruriers & Taillandiers, une petite machine de fer sur laquelle on met le foret pour percer le fer. Il y a aussi chez les Serruriers un chevalet à blanchir, c’est-à-dire, qui sert à blanchir le fer. C’est, chez les Tanneurs, une pièce de bois creuse & ronde, longue de quatre ou cinq piés, sur quoi on quioffe les cuirs. C’est, chez les Cordiers, une espèce de haute selle à cinq piés pour soutenir la sangle, lorsqu’on en fait. C’est, chez les Meûniers, un morceau de bois qui tient une corde soutenant l’auget de la tremier. Les Pilotes appellent chevalet, le clou qui attache l’alhidade à l’astrolabe : on l’appelle aussi écroue.

Chevalet est aussi une petite regle ou pièce de bois qu’on pose à plomb sur la table des instrumens de Musique, pour en soutenir les cordes. Fidium canteriolus. Le chevalet d’une épinette, d’un violon. Le chevalet mobile d’un monochorde fait voir la proportion que les tons ont avec les divisions de la ligne sur laquelle la corde est tendue. Le chevalet du luth, du théorbe, &c. est la partie où sont attachées les cordes par en bas. Le manicordion a cinq chevalets. Ce mot vient d’un diminutif de caballus, parce qu’il porte les cordes comme un cheval porte un homme. Ménage.

Les Imprimeurs appellent aussi chevalet, la partie de la presse sur laquelle s’arrête le barreau après qu’il a tiré. Il y a encore le chevalet du tympan.

Chevalet, en termes de Peinture, signifie aussi une machine de bois, espèce de pupitre en forme de trépié, sur lequel les Peintres posent leurs tableaux, dans le temps qu’ils y travaillent. Tous les ouvrages s’appellent tableaux de chevalet, parce qu’il ne s’en fait point d’autres sur le chevalet. Le Poussin n’a guère fait que des ouvrages de chevalet. Machina pictorum tabulas sustinens. Ils le haussent ou ils le baissent par le moyen de divers trous qui sont aux côtés du chassis. Les Sculpteurs le disent aussi du pié sur lequel ils posent leur modèle.

Chevalet, est aussi un échaffaut de Couvreurs, qu’ils nomment autrement triquet.

Chevalet, en Astronomie, est l’une des constellations septentrionales : on l’appelle autrement poulain mi-parti.

Chevalet, en termes de Marine, est une machine avec un rouleur mobile, qui sert à passer des cables d’un lieu à un autre.

Chevalet, terme de Guerre. Ce sont deux fourches sur lesquelles porte un travers, pour soutenir les armes du piquet. Les Sergens de piquet doivent détacher six hommes avec des haches & des serpes, pour aller couper au bois le plus prochain deux fourches & un travers pour faire le chevalet, qu’on mettra à la droite du camp de chaque bataillon, en travers de la première tente des Grenadiers, au premier faisseau, un pas en dehors. Sitôt qu’il sera fait, ils doivent faire reprendre les armes aux soldats, & les leur faire poser à droite & à gauche du chevalet. Lorsqu’on en aura le temps, il faudra y faire faire un abri couvert de branches d’arbres, ou de paille, pour garantir les armes de la pluie. Bombelles.

Chevalet, terme d’Histoire, Fête instituée à Montpellier depuis Pierre II Roi d’Arragon, qui avoit épousé Marie, fille unique de Guillaume Comte de Montpellier. Ce prince devint éperdument amoureux d’une jeune fille de Montpellier, nommée Catherine Rebuffe, & oublia bientôt la Reine son épouse. Son aversion pour elle augmentant tous les jours, la race des anciens Comtes de Marseille alloit être éteinte, sans le stratagéme dont se servit la belle Catherine, en mettant la Reine à sa place dans son lit, une nuit qu’elle attendoit le Roi. Pierre ne distingua point l’épouse, de la maîtresse ; & dans la suite il fut ravi de devoir à cette innocence tromperie la naissance d’un héritier légitime. Catherine n’en fut que plus considérée de tout le monde, & plus aimée du Roi qui voulut un jour entrer publiquement dans la ville de Montpellier, monté sur une haquenée blanche, portant sa maîtresse en croupe. Les habitans, flatés de l’honneur qu’avoit reçu leur concitoyenne, demandèrent au Roi cette même haquenée, qu’ils obtinrent, & imposèrent à la ville la charge de la nourrir. Elle vécut pendant près de vingt ans, & ne paroissoit que le même jour que le Roi avoit fait son entrée. On la promenoit autour de la ville, les chemins étoient jonchés de fleurs, & toute la jeunesse étoit autoir, chantant & dansant. On prit goût à cette fête ; & après la mort de cette pauvre bête, on s’avisa de remplir sa peau de foin, & de recommencer tous les ans la même cérémonie. C’est ce qui a donné naissance à la fête du chevalet. Un jeune homme proprement vêtu, monté sur un cheval de carton, lui fait faire le manège au son des hautbois & des tambourins : un de ses camarades tourne autour de lui, ayant un tambour de basque, dans lequel il fait semblant de vouloir donner de l’avoine au chevalet. L’adresse consiste à faire éviter l’avoine au ’chevalet sans se detourner de son exercice, & le donneur de civade doit le suivre dans toutes ses caracolles, sans s’embarrasser avec lui : ce qui se fait toujours en cadence. Vingt-quatre danseurs, vêtus à la légère, avec des grelots aux jambes, & conduits par deux Capitaines, se mêlent autour des deux autres & s’entrelacent en plusieurs façons, en dansant les mêmes rigaudons que le chevalet.

CHEVALEUREUX. adj. Vieux mot qui se disoit autrefois des grands exploits des Chevaliers, soit à la guerre, soit dans les tournois. Courageux. Illustris, egregius, nobilis.

Recevez-les, Prince chevaleureux ;
Pour faire vous (voire nous) bienheureux. Marot.

Les noms de bos Ayeux,
Depuis Hugues Capet toujours chevaleureux.

Rousseau.

CHEVALIER. s. m. Le premier degré d’honneur de l’ancienne milice, qu’on donnoit avec certaines cérémonies à ceux qui avoient fait quelque exploit signalé qui les distinguoit des autres gens de guerre. Eques. Ainsi on appelle Chevaliers, les gens issus de la haute & ancienne noblesse, ou qui ont été faits Chevaliers par les Princes. On faisoit bien des cérémonies pour la création d’un Chevalier. La principale étoit le soufflet, & un coup d’épée sur l’épaule. Ensuite on lui ceignoit le baudrier & l’épée dorée, & on l’ornoit de tous les habillemens militaires ; après quoi, étant armé Chevalier, il étoit mené en pompe à l’Eglise. Il falloit être Chevalier pour armer un Chevalier. Il y avoit des Chevaliers de robbe, aussi bien que d’épée ; il y en avoit même d’Ecclésiastiques. On trouve encore dans les Coutumes, qu’il étoit dû un certain droit par les vassaux à leur Seigneur, quand son fils aîné étoit fait Chevalier. On l’appelle aide cheval. Ce droit ne se paye plus que quand le Seigneur est fait Chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit. Le Roi anoblissoit un roturier, en le faisant Chevalier : ce pouvoir étoit attaché à la personne du Roi : car ceux qui étoient faits Chevaliers par tout autre que le Roi, n’étoient point anoblis par le seul honneur d’être Chevaliers. Il paroît même qu’il n’étoit pas permis à d’autres de faire des roturiers Chevaliers. Deux Arrêts du Parlement de Paris, donnés en 1280 & 1281, condamnent Guy Comtes de Flandre, & Robert Comte de Nevers son fils, à une amende envers le Roi, pour avoir fait Chavaliers des gens qui n’étoient pas Gentilshommes. Les Coutumes de Paris & d’Orléans portent que si quelqu’un étoit convaincu d’avoir surpris le titre de Chevalier, on le déclaroit indigne de noblesse, & l’on brisoit ses éperons sur un fumier. Cette qualité de Chevalier s’avilit par le nombre, & par la facilité que l’on apportoit à faire des Chevaliers. Monstrelet rapporte que Charles VI en fit 500 en un seul jour. On chercha donc quelques marques de distinction pour relever le titre de Chevalier. Le Roi, au lieu de l’accolade, leur donnoit un colier d’or, &c. Ces vieilles coutumes sont abolies. Voyez l’Ordonnance & la manière de faire de nouveaux Chevaliers, qui est écrite par Du Cange sur le mot miles. Le Chevalier Bayard fut surnommé le Chevalier sans peur & sans reproche. Cette qualité est au dessus de la qualité d’Ecuyer, ou de simple Gentilhomme, & est encore prise à présent par ceux qui possèdent les premières charges & dignités, tant d’épée que de robbe. Un Duc, un Comte, un Maréchal de France, prennent le titre de Chevaliers. Le Chancelier, le premier Président tout de même. Boutilier écrit qu’au seul Chevalier appartient de porter harnois doré en tous états, & habits, tant à cheval qu’à pié. En vieux françois on disoit Chal, pour dire, Chevalier, d’où est venu le mot de Sénéchal, quasi fenex Eques ; pour dire, vieux Chevalier.

Armer quelqu’un Chevalier, pour le faire Chevalier. Incontinent après la réduction de Ceuta, le Roi de Portugal Jean I, fit consacrer la grande Mosquée, que l’on dédia avec beaucoup de solennité à l’Apôtre S. Jacques. Le lendemain de cette cérémonie il y alla entendre la Messe, à l’issue de laquelle il arma Chevaliers les Princes ses fils, aussi-bien que plusieurs autres Seigneurs, qui tous s’étoient glorieusement signalés dans cette conquête. Le Quien de la Neuv.

La plus haute dignité où l’homme de guerre put aspirer, étoit celle de Chevalier. Il n’y avoit que les Chevaliers que l’on traitât de Messire & de Monseigneur ; & on ne traite encore aujourd’hui le Parlement de Nosseigneurs, qu’en mémoire des Chevaliers qui le composoient autrefois. Il n’y avoit que les femmes des Chevaliers qui se fissent appelle Madame. La dignité de Chevalier étoit si grande, que le Roi s’en faisoit honneur ; les Chevaliers mangeoient à sa table, avantage que n’avoient point ses fils, ses freres, ses neveux, qu’ils n’eussent été faits chevaliers. On ne faisoit point de Chevalier, qu’il ne fût noble de pere & de mere ; le moins c’étoit de trois races. On n’en faisoit aucun qui n’eût servi avec éclat, & qui ne fût en réputation d’homme incapable de commettre un crime ou une lâcheté. Il se faisoit des Chevaliers en temps de paix & en temps de guerre. A la guerre, sans grande façon, le Roi ou le Général, en faisoit avant le combat, & plus ordinairement après. Pour lors, toute la forme étoit de leur donner sur une épaule deux ou trois coups d’épée, en leur disant à haute voix : Je te fais Chevalier, au nom du Pere, & du Fils & du saint Esprit. Lorsque pendant la paix, à l’occasion d’un mariage ou de quelque autre solennité, il se faisoit une promotion, c’étoit avec plus de pompe & bien des formalités. Le Novice, je veux dire, le Gentilhomme qui devoit être fait Chevalier, passoit la nuit d’auparavant à prier Dieu dans une Eglise. Son habit, en ce premier jour, étoit une soutane brune, toute unie & sans ornement. Le lendemain, il communioit, puis il alloit au bain, où il quittoit la robbe brune, qui étoit l’habit d’Ecuyer ; celui de Chevalier étoit d’une forme particulière & d’une étoffe bien plus riche. Après s’être baigné, le Novice se mettoit au lit, afin d’y recevoir les visites de cérémonie. Quand elles étoient finies, venoit deux ou trois Seigneurs qui lui aidoient à s’habiller. Sa chemise étoit brodée d’or par le col & par les poignets. On lui mettoit sur sa chemise une manière de camisole faite de petits anneaux de fer joints ensemble, en forme de mailles. Par dessus cette jacque de maille, autrement appelée haubert, il avoit un pourpoint de buffle, sur ce buffle, un cotte d’armes, & sur le tout, un grand manteau taillé comme est aujourd’hui celui du Roi & des Pairs. Le Novice en cet équipage, qui étoit fort embarrassant, faisoit serment à genoux, de n’épargner ni vie ni biens, à défendre la Religion, à faire la guerre aux Infidèles, à protéger les orphelins, les veuves, les indéfendus. C’étoit là le but principal de l’ancienne Chevalerie. Le serment prêté, les Seigneurs les plus qualifiés lui chaussoient des éperons dorés ; d’autres lui présentoient le ceinturon, où pendoit une longue épée dans un fourreau couvert de toile, & semé de croisettes d’or. Il falloit que cette longue épée fût bénite par un Prélat, & qu’elle eût posé sur l’Autel pendant un temps considérable. Le nouveau Chevalier, si c’étoit un Prince ou un Roi, alloit la prendre sur l’Autel. Quelquefois c’étoit un Evêque qui la lui mettoit au côté ; plus ordinairement le Souverains qui faisoit la cérémonie, mettoit lui-même au Novice l’épée & le ceinturon ; puis après l’avoir embrassé, il lui donnoit sur les épaules deux ou trois coups de plat d’épée, Cette cérémonie, la plus grande qui fût alors, se faisoit au son des trompettes, des hautbois & autres instrumens, & étoit suivie de festins, de ballets & de mascarades. Il y avoit des grands & des petits Chevaliers. Les grands s’appeloient Bannerets ; les petits, Bacheliers. Le Gendre.

Chevalier Romain, étoit le second degré de Noblesse parmi les Romains, qui suivoit celui des Sénateurs. Eques Romanus. Dans le temps de la fondation de Rome, toute la milice de Romulus consistoit en trois mille hommes d’infanterie, & trois cens hommes de cheval. Or ces trois Centuries d’hommes à cheval sont la première origine des Chevaliers Romains. C’étoit le second Ordre qui suivoit le Sénat. Manuce & Sigonius ont cru que Romulus, outre l’Ordre Equestre, & ces Chevaliers qui marchoient après les Sénateurs, avoit institué une Chevalerie militaire opposée à l’infanterie. Mais les Auteurs ne font aucune mention d’une Chevalerie distincte pour la guerre, & d’aucun autre Ordre de Chevaliers du temps de Romulus, que des trois Centuries qui ont été la source & le fondement de l’Ordre Equestre. Ils avoient un cheval entretenu aux dépens du public ; mais ils quittoient le cheval public quand ils montoient au rang des Sénateurs. Ils déposoient les marques & les prérogatives de Chevaliers, quand ils étoient élevés à une dignité plus honorable. Ils ne retenoient que l’anneau d’or. Il falloit avoir un certain revenu prescrit pour être Chevalier, afin que la pauvreté n’en avilit point le rang : & si l’on n’avoit pas le revenu marqué, equestris census, l’on étoit effacé du rôle des Chevaliers par le Censeur, & l’on descendoit à l’ordre Plébéien. On a supputé qu’il étoit fixé à dix mille écus de revenu. L’Ordre des Chevaliers s’accrût si fort, qu’il balança depuis la puissance du Sénat & du peuple. Ils négligèrent les fonctions de la guerre, & s’occupèrent dans Rome à des emplois civils : ensorte que Pline a observé, que de son temps, les Chevaliers n’avoient plus de cheval entretenu du Trésor public. Grævus. D’autres soutiennent que l’Ordre des Chevaliers distinct du peuple, ne commença que du temps des Gracques. Alors on leur accorda le privilege, que les Juges ne pouvoient être pris que de leur Corps, & de leur Ordre. Depuis on leur donna entrée au Sénat. Du moins, sans qu’il fût nécessaire d’être descendu de ces anciens Chevaliers, il suffisoit d’avoir le revenu fixé, pour être mis par le Censuer sur le rôle des Chevaliers. Loyseau. Ovide étoit Chevalier Romain. Cicéron étoit Chevalier. Les Patriciens, c’est-à-dire, les descendans des premiers Sénateurs établis par Romulus, & les Chevaliers, c’est-à-dire, les descendans de ces trois Centuries, pouvoient seuls parvenir à la dignité de Sénateurs ; mais après l’expulsion des Rois, les familles Plébéiennes furent aussi admises au Sénat. Id.

Chevalier, est aussi celui qui est reçu dans quelque Ordre Militaire seulement, ou Militaire & Religieux tout ensemble, institué par quelque Roi ou quelque Prince, avec certaines régles & marques d’honneur. On ne reçoit dans les Ordres des Chevaliers, que ceux qui ont fait des preuves d’ancienne Noblesse. Chevalie des Ordres du Roi, est celui qui est Chevalier des Ordres du S. Esprit & de S. Michel. Eques Spiritus Sancti & Sancti Michaëlis. L’ordre des Chevaliers de S. Michel fut érigé par Louis XI, le premier d’Août 1469, à cause que S. Michel étoit Protecteur de la France : il fixa le nombre des Chevaliers à 37. L’ordre du S. Esprit a été institué par Henri III en 1588. L’ordre de S. Michel seul ne donne aucune prérogative, ni aucune préséance. On appelle Cordon bleu, celui est est Chevalier de l’Ordre du S. Esprit, parce que la marque de cet Ordre est une croix du S. Esprit attachés à un cordon bleu mis en écharpe, & une autre croix en broderie sur le manteau, & sur le juste-au-corps. Le Roi Jean en 1351, avoit établi l’Ordre de l’Etoile, ou de la Vierge Marie : il s’avilit bien tôt. On ne le donne qu’aux Chevaliers du Guet. Il y a des Chevaliers qui sont aussi Moines ou Religieux, & qui font des vœux : comme les Chevaliers de Malte, de S. Lazare, Eques Melitensis, Eques sancti Lazari, de S. Jean de Jérusalem, de l’Ordre Teutonique, &c. Ragueau fait mention des Chevaliers de Loix, après Froissard, des Chevaliers de la Cornette ou d’armes, & des Chevaliers des Bains, qu’on baignoit avant leur réception ; ces Chevaliers n’ont pas fait beaucoup de bruit dans l’Histoire.

Chevalier de l’Ordre. Dans les Ecrivains du dernier siècle, signifie Chevalier de l’Ordre du S. Esprit. Chevaliers des Ordres du Roi, signifie, que celui dont on parle est Chevalier des Ordres que le Roi confère, & dont il est Grand Maître. Chevaliers des trois Ordres du Roi, s’entend des Chevaliers des Ordres de S. Michel, du S. Esprit & de S. Louis.

Chevalier de S. Louis. Eques Sancti Ludovici. L’Ordre de S. Louis est un Ordre Militaire nouvellement institué par Louis XIV en 1693. La valeur & les services rendus dans les armées, sont les seuls titres pour y être admis. Le Roi est le Chef & le Grand Maître de l’Ordre. Les Grand-Croix au nombre de huit, & les 24 Commandeurs, portent un large ruban rouge en écharpe, d’où pend une croix d’or cantonnée de fleurs de lys d’or, chargée d’un côté de l’image de S. Louis, & de l’autre, d’une épée flamboyante, dont la pointe est passée dans une couronne de lauriers avec ces mots. Præmium virtutis bellicæ, c’est-à-dire, Récompense du mérite acquis à la guerre. Les simples Chevaliers portent seulement la croix attachée sur l’estomac avec un petit ruban de couleur de feu.

Chevalier d’Age, à l’égard de l’Ordre de Malte, est celui qui se présente au Chapitre du Grand Prieuré, pour être reçu suivant les status de l’Ordre. Qui cum ætate requisita ad Melitensem ordinem accedit ; & Chevalier de Minorité, est celui qui est reçu à l’âge de deux, de trois, ou de six ans, en vertu d’un Bref du Pape. Qui ante requisitam æratem obtento à Pontifice summo diplomate ad Melitensem ordinem accedit.

Chevalier de Justice. On appelle ainsi dans l’Ordre de Malte & dans d’autres Ordres Militaires, les Chevaliers qui sont obligés de faire les preuves de noblesse, à la différence des Frères servans, qui ne les font pas.

Chevalier, est aussi celui qui donne la main à la Reine pour marcher ; & on l’appelle son Chevalier d’honneur, Ductor honorarius. On le dit aussi de Madame la Dauphine & de Madame.

Chevalier, est aussi celui qui commande les Archers qui font la garde de nuit à Paris. Vigilum Præfectus. On l’appelle le Chevalier du Guet. On le trouve nommé Miles Gueti dès l’an 1254, dans une Ordonnance de S. Louis. Il est établi à Paris par le Roi, & porte le collier de l’Ordre de l’Etoile. On appelle sa femme la Chevalière du Guet. Quelques-uns croient que le Chevalier du Guet a tiré ce nom de l’abandon que Charles V lui fit de l’Ordre de l’Etoile, & que c’est là ce qui lui a donné le titre de Chevalerie : mais M. de la Mare, Tr. de la Pol. L. I, T. XIII, c. 2, prétend que non, parce que l’Ordre de l’Etoile ne fut institué par le Roi Jean que l’an 1351, & que le Commandant du Guet portoit le titre de Chevalier, long temps auparavant ; ce qu’il prouve, parce qu’il étoit appellé, comme nous avons dit, Miles Gueti, & que, selon M. de la Roque, dans son Traité de la Noblesse, on appelle en françois Chevalier celui qui étoit nommé par les Latins miles : il ajoute que ce titre vient de plus loin, & que selon toutes les apparences, il tire son origine de l’usage des Romains, qui ne confioient ce poste qu’à un homme de qualité, toujours choisi de l’Ordre des Chevaliers.

Le Chevalier du guet est, outre cela, obligé de prêter main forte à l’exécution des ordres & mandemens des Magistrats.

Chevalier errant, est un prétendu Ordre de Chevaliers, dont il est fait mention dans tous les anciens Romans. Eques errabundus. C’étoient des braves qui couroient le monde pour chercher des aventures, redresser les torts, & faire des prouesses & des actions insignes de valeur. Dom Quichotte étoit devenu fou pour avoir voulu imiter les Chevaliers errans. Le Chevalier du Soleil, ceux d’Amadis, &c. Cette valeur & cette bravoure romanesque des anciens Chevaliers, étoient autrefois la chimère des Espagnols. L’amour étoit le motif ordinaire de leurs exploits. Il n’y avoit point de


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