Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/Tome 2/531-540

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Fascicules du tome 2
pages 521 à 530

Dictionnaire de Trévoux, 1771
Tome 2, pages 531 à 540

pages 541 à 550


rafraîchissantes. On en met aussi dans les viandes.

CHIAOUS. s. m. Terme de Relations. C’est un Officier de la Porte du Grand-Seigneur, qui fait l’Office d’Huissier. Turcicæ aulæ foribus Præfectus. C’est comme un Exemt des Gardes en France. Il porte des armes offensives & défensives. Il assigne les particuliers pour accommoder leurs différens ; & les prisonniers de distinction sont mis en sa garde. Le Grand-Seigneur a coutume de choisir quelqu’un de ce rang pour envoyer en ambassade vers les autres Princes. Les Chiaous portent à la main un baton couvert d’argent, qui a un bouton au haut ; & ils sont armés de cimeterres, d’arcs & de flèches.

Chiaous est un mot Turc, qui signifie Envoyé. Vigenère & Méninski écrivent Chaou. Voyez Chalcondyle au commencement de son IXe Livre. Chiaous en Turc, גאוש, Apparitor, qui ante Dominum præcedit, viam parat ; & recedere jubet eos qui in via sunt ; & stator, famulus Aulicus, vulgò Ciaus, dit Méninski.

CHIAOUS (Orta) s. m. C’est le second Officier des Janissaires, & il a le troisiéme sous ses ordres. Ils ne sont Capitaines ni l’un ni l’autre ; mais leur emploi est de faire exécuter les sentences des Capitaines contre les soldats coupables ; car les soldats ont le privilège singulier d’être jugés par leurs propres Officiers. Ces deux Officiers doivent faire observer l’ordre des marches à toute l’infanterie, & principalement lorsqu’elle passe devant le Général. L’Orta-Chiaous doit saluer le premier avec les mains jointes.

CHIAOUS BASCHI. s. m. Officier qui marche à la tête des Chiaous, & qui assiste au Divan, où il introduit ceux qui y ont des affaires. Ciausiorum Præfectus, Prætor rerum capitalium, Mareschallus, dit Meninski. Il accompagne ordinairement les Ambassadeurs à l’Audience du Grand-Seigneur.

☞ CHIAPA. Province de la Nouvelle Espagne, dans l’Amérique septentrionale, capitale. Ciudad-Réal.

☞ CHIARI. Petite ville d’Italie, sur les terres de la République de Venise, dans le Bressan.

☞ CHIARTACHAR ou CHIARACHAR. Charachatra. Ville du Zagathai, Contrée de la grande Tartarie, aux confins de la Perse.

CHIARVATAR. s. m. On nomme ainsi en quelques lieux de Perse, ce qu’on nomme en France un Douanier. Il lève sur toutes les choses qui entrent, même sur les personnes, un droit proportionnel au poids.

CHIASSE. s. f. Ecume de métaux. Chiasse de fer, de cuivre, &c. La chiasse de fer est ce qu’on appelle dans les petites forges mâchefer, & sornes dans les grosses, & ce que les gens de Lettres appellent scorie ; mais parmi le vulgaire, on l’appelle chiasse. On appelle chiasse de mouche, de ver, les excrémens de la mouche, du ver. Quand on veut dire qu’un homme est très-méprisable, on dit qu’il est la chiasse du genre humain. Un Abbé & un Chevalier se querelloient fortement ; & comme toute la compagnie représentoit au Chevalier que l’Abbé avoit un caractère, & qu’il avoit tort de le traiter de la sorte : parbleu, dit-il, voilà un plaisant homme à caractère, c’est la chiasse du Paradis. Furetiriana. Expression digne de la Place Maubert.

☞ CHIAVARI. Ville d’Italie, dans l’Etat de Gênes, à vingt-cinq milles de Gênes.

☞ CHIAVENNE. Clavenna. Ville de Suisse, chez les Grisons, au pié des Alpes Rhétiques, dans un petit Comté de même nom, qui occupe la partie orientale de la grande vallée qui s’étend en longueur au pic des Alpes Rhétiques.

☞ Il y a un lac de même nom.

☞ CHIAURLIC. Voyez Chiourlic.

CHIBON gummi, ou gomme de gommier, est une gomme ou résine blanche, qui découle en abondance d’un grand arbre de l’Amérique. Son bois est blanc ; ses feuilles sont semblables à celles du laurier, mais beaucoup plus grandes. Quelques Marchands vendent cette gomme pour celle d’elemi, & les autres pour celle dite animée, & d’autres pour du tacamahaca. Cette gomme est résolutive, nervale & fortifiante.

CHIBOU. Nom de lieu dans l’île du Cap Breton. Il y a le grand & le petit Chibou. Le grand Chibou est l’entrée du Havre de Ste Anne. Le petit Chibou est l’entrée de Labrador.

CHIC ou CHIQUE. s. m. Mot du style populaire pour signifier chicane, finesse, subtilité. On dit qu’un homme entend le chic ; pour dire, qu’il est versé dans les détours de la chicane, ou qu’il est fin, rusé, adroit.

☞ CHICACHAS. Peuple de l’Amérique, dans la Louisianne, assez près du grand fleuve de Missisipi.

CHICAMBAUT ou CHICABAUT. s. m. Le dernier est le plus usité. Terme de Marine. C’est une longue & forte pièce de bois vers l’avant d’un petit vaisseau, pour lui servir de poulain ou d’éperon. Nicod. Rostrum minoris navis, rostellum.

CHICANE. f. m. Subtilité captieuse en matière de procès ; abus de procédures judiciaires, quand on s’en sert pour dilayer, tromper, ou surprendre les Juges, & les parties. Litigatorum artes subdolæ, tricæ. Cet homme a fait un long combat de chicane sur la clause ambigue d’un contract. S. Evr. La chicane prend dans les loix mêmes qui sont faites pour la réprimer, des prétextes pour s’emparer du bien d’autrui. Ben. Il est bon de mêler quelquefois l’agrément des belles lettres à la sécheresse & à l’ennuyeuse chicane du Barreau. S. Evr. Les parties saisies se servent de toutes sortes de chicanes, pour se conserver en la possession de leur bien qu’on decrète ; ils font la chicane d’appeler de toutes les sentences qu’on rend contre eux.

Et dans l’amas confus de chicanes énormes,
Ce qui fut blanc au fond, rendu noir par les formes.

Boil.

Les Poètes personifient la chicane.

Là sur un tas poudreux de sacs & de pratique,
Hurle tous les matins une Sybille etique ;
On l’appelle Chicane, & ce monstre odieux,
Jamais pour l’équité n’eut d’oreilles, ni d’yeux.

Boil.

Déjà de tous côtés la Chicane aux abois,
s’enfuit au seul aspect de tes nouvelles loix. Id.

D’une gueule infernale,
La Chicane en fureur mugit dans la grand’Salle. Id.

On appelle gens de chicane, les Sergens, Procureurs, Solliciteurs, petites gens de pratique & autres qui inventent ordinairement les vaines subtilités qui sont la cause de la chicane. Accensi, Procuratores, Consultores.

Chicane, se dit, par extension, des sophismes qu’on fait dans les Colléges, des distinguo, & autres subtilités captieuses qui embarrassent les questions, & obscurcissent la vérité, comme la chicane du Palais fait à l’égard des procès & de la Justice. Cavillatio.

Chicane, se dit, dans le même sens, de toutes les disputes & contestations inutiles, ou mal fondées, qui s’élevent entre les Savans, ou même dans la conversation. Contentio, controversia. A la honte des Savans, une dispute de littérature dégénère bien souvent en chicane, & en injures. De Vill.

Chicane, se dit aussi des disputes qui arrivent dans le jeu. Contentio, rixa. Ce joueur dispute, fait une chicane pour cinq sous.

Chicane se dit aussi d’une manière de jouer au Mail. Jouer à la chicane. On le dit aussi au billard. Acad. Franç.

Chicane se dit à la guerre des petites actions de détail, soit pour l’attaque, soit pour la défense. Souvent pour les chicanes de guerre bien conduites il faut plus d’activité, plus de vigilance, plus d’habileté, que pour des adions plus brillantes. Fontenelle.

Chicane se dit aussi de plusieurs petits ouvrages de fortifications, faits pour disputer le terrain & le défendre pié à pié.

Chicane de fossé. Les chicanes de fossé ne sont pas communes ni chez les Anciens, ni chez les Modernes. Nos chicanes les plus ordinaires ne sont que de vigoureuses sorties, telles que celles que fit en 1743 M. le Maréchal de Broglie, qui obligea M. le Prince Charles de Lorraine de lever le siége de devant Prague. Les chicanes les plus ordinaires des Anciens dans leurs fossés, étoient d’aller par galeries, de la ville sous le comblement dont ils tiroient les terres, & pratiquoient dessous une ou plusieurs chambres. On étayoit les terres par des bois debout, & après les avoir remplies de bois sec & de matières combustibles, on y mettoit le feu, & les terres s’affaissoient tout d’un coup. Les machines qui étoient dessus s’enfonçoient avec les terres, & se renversoient dans le fossé avec un fracas épouvantable, & ce feu souterrain s’échappant par les ouvertures, se prenoit aux machines, ce qui étoit toujours suivi d’une grêle de traits & de flèches enflammées, & d’une sortie tout en même temps. On choisissoit la nuit pour ces sortes d’entreprises, qui est le temps le plus commode & le plus favorable.


CHICANER. v. n. Abuser des procédures judiciaires, former des incidens, faire des chicanes qui alongent les procès, qui offusquent la vérité. Callidè & fraudulenter litigare, litium, rixarum causas producere, protrahere. Cet homme est habile dans l’art de chicaner ; il ne fait que chicaner.

Chicaner se dit aussi dans les autres disputes, contestations, se servir de détours, de subtilités captieuses dans les contestations mal fondées. Rixari, cavillari. Je ne veux point traiter avec cet homme-là, il chicane sur tout. Les Hérétiques ne répondent pas aux argumens, mais ils chicanent. Chicaner au jeu. ☞ L’esprit de pédanterie met son plus grand plaisir à chicaner sur les petites choses, & à contredire sur tout avec une basse malignité. Nic. Philis , contre la mort vainement on chicane.

Chicaner est aussi verbe actif. Chicaner quelqu’un, lui susciter un procès sans sujet, sans raison, ou le tenir en procès mal-à-propos. Cet homme chicane tous ses voisins. Il n’a fait que me chicaner depuis mon acquisition.

☞ On dit d’un homme qui se défend bien, qu’il chicane sa vie.

Chicaner se dit encore activement pour, reprendre, critiquer mal-à-propos, & pour des choses qui n’en valent pas la peine. Chicaner un Auteur, chicaner son ouvrage. Remarquez que la fortune me chicane sur les moindres honneurs. B.Rab. Le précepte d’Ovide , de se chicaner soi-même sur les appas de ce qu’on aime, est souvent assez inutile. Il ne faut pas chicaner un Ecrivain enjoué, qui dans une débauche d’esprit dit des folies pour se réjouir. Bouh. Le monde est plein de gens qui chicanent les autres.

☞ On le dit encore, mais dans le style familier & commun, d’une chose peu importante en soi, mais qui ne laisse pas que de faire quelque peine, Molestum esse. Cette bagatelle me chicane. Cette maladie, quelque légère qu’elle soit, ne laisse pas de me chicaner. Cette nouvelle me chicane.

Chicaner le vent, en termes de Marine ; c’est prendre le vent, en louvoyant, & en faisant plusieurs bordées tantôt d’un côté, & tantôt de l’autre. Obliquo uti vento. ☞ Faire plusieurs bordées tantôt d’un côté, tantôt de l’autre , pour s’approcher du vent quand il n’est pas favorable à la route, ou pour le disputer , & mettre sous le vent un vaisseau qu’on veut combattre.

Chicaner se dit aussi pour, employer la chicane en fait d’art militaire, & il est d’un usage très-fréquent. Turenne & Montecuculli ne firent que chicaner pendant toute la Campagne. On chicana sans effet. Il se mit à chicaner ; on dit, chicaner le terrain, pour, le disputer pié à pié. Ce Capitaine ne s’est retiré qu’après avoir chicané pié à pié le terrain. Il ne quittera pas aisément la place, il chicanera le terrain, & le disputera pié à pié.

Chicané, ée. part.

CHICANERIE. s. f. Tour de chicane, méchante subtilité qui allonge ou embrouille un procès, qui déguise la vérité, qui empêche la conclusion d’une affaire. Callidæ, fraudulentæque litigantium rationes, cavillationes juris. Quelques-uns croient qu’il y a quelque différence entre chicane & chicanerie. Ils prétendent que le premier se dit de la chicane en elle-même, & le second de l’action de chicaner ; mais on ne s’apperçoit pas de cette différence dans les Auteurs. On voit au contraire qu’ils confondent ces deux mots. Peut-être ☞ celui de chicane est-il, plus en usage. Chicanerie paroît plus du style familier, & signifie d’ailleurs une petite chicane. Il m’a fait mille chicaneries. C’est une pure chicanerie. On lui veut ravir son bien par des procès & des chicaneries. Patru.

Chicanerie se dit en termes de guerre dans le même sens que chicane. Que de chicaneries de la part de l’ennemi ! Il usa de toutes sortes de chicaneries.

CHICANEUR, EUSE. s. Quelques-uns disent, CHICANIER, IÈRE, adj. ☞ Mais ce dernier n’est d’usage que dans le style familier. Homme chicanier. C’est une chicanière. Celui qui fait des chicanes , qui aime à chicaner. C’est un vrai chicaneur, un chicaneur éternel. Rixator, rixatrix.

Oh appelle particulièrement chicaneur, celui qui se plaît à plaider. Homo litigiosus, litium amansi. Ainsi on dit, qu’en Normandie il y a beaucoup de chicaneurs.

Ménage dérive ce mot de cicum, qui signifie la peau d’une grenade, dont les Espagnols ont fait chico, c’est-à-dire, menu, petit, parce qu’un chicaneur est un homme qui plaide pour peu de chose.

Chicaneur, se dit aussi de celui qui est pointilleux, qui veut trop raffiner, & qui est trop difficile à contenter. Vitilitigator. Il est bon d’être délicat en amour ; mais il ne faut pas être chicaneur. Il y a des amitiés chicaneuses qui s’allarment de tout, & qui s’offensent d’un regard froid, ou d’un visage mystérieux. Bell.

☞ CHICAS. (Los) Peuple de l’Amérique méridionale au Pérou, dans l’Audienca de Los Charcas, sur les bords du Pileomayo.

☞ CHICHE, adj. de t. g. Trop mênager, qui craint de dépenser ce qu’il faudroir. Parcus, tenax, restrictus. Il est si chiche, qu’il se refuse même le nécessaire. Ce mot n’est pas du style noble. Ménage le fait venir de la même source que chicaneur, qui épargne les plus petites choses ; d’où est venu aussi chique & chicot, pour signifier, petit.

☞ On dit au figuré, qu’un homme est chiche de louanges, qu’il n’aime pas à louer ; chiche de ses paroles, qu’il n’aime pas à parler ; chiche de ses pas, qu’il plaint sa peine, qu’il n’aime pas à agir pour les autres, &c. Operâ parcus. Tout cela est du style familier.

☞ On appelle chiche-face, une personne qui a le visage maigre, & que le souci ou l’avarice rendent pâle : tout cela est bas. Tetrico ac macilento vultu spirans avaritiam.

On dit proverbialement qu’il n’est festin que de gens chiches ; pour dire, que ceux qui traitent rarement, font plus grande chère que les autres, quand quelque autre passion les domine, comme l’amour, la vanité, ou l’espérance que cela leur pourroit servir à quelque chose. On dit aussi, autant dépense chiche que large ; pour dire, qu’une épargne faite mal-à-propos, cause dans la fuite de grandes pertes.

☞ Pois chiche, autrement pois gris. Voyez au mot Pois.

CHICHEMENT. adv. D’une manière chiche, avec avarice. Parcè. Il vit chichement.

CHICHERON. s. m. Ce mot se trouve dans Pomey, pour signifier le bout de la mammelle. Papilla.

CHICHESTER. Ville Episcopale d’Angleterre, Capitale du Comté de Sussex, sur la rivière de Lavant. Cisteria. Elle est à deux ou trois lieues de la mer de Bretagne, & à cinq de Portsmouth du côté du levant. L’Evêque de Chichester est suffragant de Cantorbéri. On prétend que Chichester fut bâti au huitième siècle par Cissat, fils de Ceadwal Roi de Westfex, celui qui après un grand nombre de victoires alla prendre l’habit religieux à Rome, & y finit ses jours dans un cloître. On dit qu’elle s’appela d’abord Cissacester, dont se forma dans la suite Chichester ; ou plutôt il vient du mot latin Castrum, Camp, parce que c’étoit un des camps des Romains.

CHICHETÉ. s. f. Epargne trop grande. Nimia parcimonia. Si ce mot s’est dit autrefois, il ne se dt plus.

☞ CHICHEU. Ville de la Chine, troisième métropole de la Province de Kiangnan, sur le bord du fleuve Kiang. Lat 31d 36’.

☞ CHIC-KOCH. Voyez Xicoco.

CHICORACÉ. adj. de t. g. Terme de Botanique. Ce mot se donne à plusieurs plantes qui ont rapport avec la chicorée ordinaire, soit par leurs fleurs & leurs semences, soit aussi par leurs propriétés. La dent de lion, les laitues, les condrilles, sont des plantes chicoracées. Herba cichoracea. ☞ Fleurs chicoracées, flos cichoraceus ; celles qui sont de la famille des chicorées. Elles n’ont que des demi-fleurons.

CHICORÉE. s. f. Cichorium, cichoreum, cichorea, intybus. Plante potagère qu’on distingue de celle qui vient à la campagne, & que pour cela on nomme Chicorée sauvage, quoiqu’elles ne diffèrent que par la culture. L’endive est aussi une autre espèce de chicorée. La chicorée, cichorium sativum, a sa racine longue, grosse comme le doigt, brune en dehors, blanchâtre en dedans, & pleine d’un suc laiteux qui en découle assez abondamment lorsqu’on la brise. Elle pousse de son colet plusieurs feuilles longues d’un pié, incisées comme celle de la dent de lion, un peu velues, d’un vert plus foncé & d’un goût un peu amer. Quelquefois ses feuilles sont entières & légèrement dentelées sur leurs bords. Sa tige part du centre de ses feuilles ; quelquefois il naît plusieurs tiges d’une même racine. Elles s’élèvent à la hauteur de trois à quatre piés, sont branchues, chargées vers leur bas de quelques feuilles semblables au premières. Les tiges & branches sont dès leur milieu garnies de fleurs bleues qui sont éphémères. Ces fleurs sont composées de demi-fleurons entassés & renfermés dans des calices verts, divisées en plusieurs parties qui s’approchent étroitement les unes des autres, lorsque la fleur est passée, & cela pour garantir les embrions sur lesquels posoient les demi-fleurons. chaque embrion devient une semence anguleuse en forme de coin, menu & longuette. On blanchit les feuilles de chicorée, en les couvrant en automne : par ce moyen elles s’attendrissent, & deviennent plus douces.

La chicorée sauvage, cichorium silvestre, diffère de la précédente par sa grande amertume ; elle croît à la campagne, où elle se multiplie à merveille.

L’endire, intybus, intybum, endivia, a ses feuilles découpées en plusieurs segmens, & ses segmens sont dentelés & frisée. Il y a des endives à feuilles larges, à feuilles étroites, & à feuilles crépues comme celles de la laitue. On la sème au printemps, pour avoir sa semence, qu’elle donne en été, & elle périt aussitôt. Pour avoir de l’endive blanchie pour l’hiver, on la sème en Juillet, aux mois de Septembre & d’Octobre. On retrousse & on lie toutes ses feuilles aux premiers froids pour les blanchir, c’est ce qu’on vend sous le nom de chicorée blanche. On a appris à les blanchir ainsi, parce qu’on a remarqué que les chicorées sauvages ayant été couvertes de terre par les inondations, ne conservoient plus leur amertume, & devenoient tendres & blanches. On les mange en salade ; & on en met dans les potages une partie de l’hiver. En les semant sur des couches dans des caves, ou des lieux souterrains ou obscurs, elle blanchit aussi sans être litée, & l’on en peut avoir tout l’hiver.

La chicorée sauvage est fort employée en Médecine, son eau distillée est rafraîchissante, & elle entre dans les potions rafraîchisantes & febrifuges. Ses feuilles sont fort amères ; on les met dans les bouillons amers & rafraîchissans. Ses racines sont usitées dans les tisanes pour les fébricitans. La conserve de ses fleurs est aussi d’usage. Si l’on broie de la chicorée sauvage dans un mortier, qu’on en tire le suc, & qu’on le passe, qu’ensuite pendant douze heures de suite, ou même plus, on prenne alternativement d’heure en heure un verre de ce jus de chicorée sauvage, un verre de vin, un bouillon, on suera beaucoup, & ce remède est excellent dans les pleurésies, les rhumatismes, & semblables maux.

Chicorée. Terme de conchyliologie. Nom d’une espèce de coquillage Marin. Cichorea concha.

Chicorée vient de chicoreum, qui vient du mot grec κιχείω, ou κιχάνω, & κιχήμι, qui signifie trouver, car cette plante se trouve par tout.

Chicot. s. m. Est un morceau de bois mort qui est sur une branche ou sur une souche. C’est presque la même chose qu’ergot. Duhamel. Cette forêt est pleine de chicots. Il s’est blessé à un chicot.

Chicot, en termes de Peinture, se dit d’une pointe d’arbre à peu près comme un if, ou comme un palmier. Le massacre des Innocens par Marc-Antoine avec le chicot, piéce très-rare. Catalogue raisonné de M. Lorangère.

En termes de Blason, chicot se dit d’un bâton noueux, d’un rejetton d’arbres, sout des racines, soit du tronc, soit des branches. Stolo.

Chicot se dit aussi d’une petite pointe de dent qui demeure dans la gencive, quand elle est pourrie, ou quand on l’arrache. Putridi cariosique dentis particula.

CHICOTER. v. n. Terme populaire. Contester sur des bagatelles, sur des choses de peu d’importance. Contendere, rixari, cavillari.

CHICOTIN. s. m. Terme dont le peuple se sert pour marquer l’amertume de la coloquinte & de l’alun. On dit d’une chose désagréable & très-amère, cela est amer comme du chicotin. On en saupoudre le mammellon des Nourrices des enfans qu’on veut sevrer, & on en répand aussi sur les alimens qu’on veut leur faire éviter & prendre en horreur.

On appelle dragées de chicotin, certaines dragées fort amères, ou l’on a mêlé du chicotin.

☞ CHICUGEN, royaume du Japon dans l’île de Ximo.

☞ CHICUNGO, royaume du Japon dans l’île de Ximo, au midi de celui de chicugen.

CHIEF, s. m. s’est dit autrefois pour chef. Caput.

Cheveux frangés par gentes chevelure,
Racine & chief de belle créature. Marot.

☞ CHIEGAN. Voyez Kiegan.

☞ CHIELEFA. Ville de la Zacanie dans la Morée, à demi-lieue du Golfe de Coron.

☞ CHIEMSÉE. Ville d’Allemagne, en Bavière, au milieu du lac de Chiemsee.

CHIEN. s. m. Chienne. s. f. Animal domestique qui aboie, qui sert à garder la maison, & à la chasse. Canis. Il naît aveugle, & vit à-peu près douze à quinze ans. Il est ennemi des loups & des crocodiles. Le chien est le symbole de la fidélité.

Cet animal étoit consacré à Mercure, comme au plus vigilant & au plus rusé de tous les Dieux, parce que la vigilance & la sagacité sont le propre du Chien. La chair des jeunes chiens étoit réputée si pure, qu’on l’offroit aux Dieux en sacrifice, dit Pline, & qu’on servoit de la chair de chien dans les repas préparés pour les Dieux. Les chiens étoient en grand honneur dans l’Egypte. ☞ On les adoroit, dit Strabon, dans la ville de Cynopolis, c’est-à-dire, ville des chiens. Les Egyptiens gravoient des chiens à la porte de leurs temples, pour marquer la vigilance que devoient avoir les Princes dans le gouvernement. Car dans leurs hiéroglyphes le chien signifie la vigilance. Kirker. Mais la vénération des Egyptiens diminua beaucoup, lorsqu’après que Cambyse eut tué Apis, & l’eut fait jeter à la voirie, il n’y eut que le chien entre tous les animaux qui alla se repaître de son cadavre. On gardoit un chien à Rome dans le Temples d’Esculape. Les Romains en crucifoient un tous les ans, en punition de ce que les chiens ne les avoient point avertis par leur aboiement de l’arrivée des Gaulois, qui assiégeoient le Capitole.

Les chiens sont en telle abomination aux Maldives, que si un chien avoit touché quelqu’un du pays, il iroit incontinent se baigner pour se purifier. Pyrard. Au contraire chez les Gaures ils sont en si grande vénération, que les Prêtres se servent des chiens pour purifier leurs pénitens. Tavernier. Un chien fut établi pour Gouverneur de la Norvége par Osten Roi de Suède, après qu’il l’eut subjuguée ; il obligea par ignominie les rebelles à rendre hommage à son chien, qu’il appeloit Suening, comme témoigne Saxon le Grammairien.

Pline, L. XI, c. 50, observe que les chiens cagnars, pour me servir des termes de son Traducteur Du Pinet, tiennent toujours la queue entre les jambes. Canum degeneres sub alvum reflectunt (caudam).

Sur les médailles, le chien est le symbole commun de la fidélité. Il est sur la médaille d’Ulysse, parce qu’il le fit reconnoître à son retour à Itaque. On le donne à Mercure à cause de sa vigilance & de son industrie à découvrir ce qu’il quête. Diane a ses lévriers auprès d’elle. Quand il est auprès d’une coquille, & le museau barbouillé, il marque la ville de Tyr, où le chien d’Hercule ayant croqué le murex en revint le nez tout empourpré, & fit connoître cette belle couleur. P. Jobert. Favin, Hist. de Nav. L. XII, p. 734, dit que, par jugement de Louis XII, & en sa présence, un chien combattit le meurtrier de son maître, & en eut la victoire ; que l’histoire en est peinte au château de Montargis, & que les Gaulois se servoient de chiens à la guerre.

Ce mot vient du Grec ϰύων (kuon), canis. Le P. Pezron prétend que ϰύων (kuon), canis, chien, vient du ki des Celtes, qui a la même signification ; & cela est si vrai, que le génitif ϰυνὸς (kunos) ne se dit que parce que les Celtes disent kun & koun, pour signifier des chiens ; et que de ki se fait ϰινῶ (kinô), moveo, parce que le chien va & se remue sans cesse.

Il y a plusieurs sortes de chiens différens, tant pour la taille, que pour le naturel, ou le service qu’ils rendent aux hommes.

Les premiers sont les chiens de chasse, Canes venatici, dont les plus nobles sont les chiens courans, ou allans, qui chassent par la force de l’odorat. Canis celer, cursor.

Entre les chiens françois, quelques-uns sont appelés de race royale, qui courent à force les cerfs, chevreuils, loups & sangliers. Les chiens courans, s’appellent les veneurs ; & pour cela on dit qu’ils chassent de gueule. Voici comme Nicod parle de ces sortes de chiens. Les chiens courans, dit-il, sont certaine manière de chiens assez grands, ayant les narines grosses & ouvertes, la tête grosse & le front large ; les lèvres avalées & pendantes ; les yeux gros, noirs ou vermeils ; les oreilles larges, épaisses & abatues ; le museau long & gros, desquels on fait des meûtes pour le cerf & autre bête rousse & fauve.

Il y en a d’autres de race commune, qui chassent seulement le chevreuil, le loup & le sanglier ; d’autres de race mêlée ou petite race, qui chassent les lièvres, tant dans les vois que dans la plaine.

Il y a aussi des chiens Anglois de trois sortes. Ceux de la race royale servent à chasser les cerfs, daims & chevreuils. Les chiens baubis sont pour les lièvres, renards & sangliers. On leur coupe presque à tous la queue. Ils sont plus bas de terre, & plus longs que les autres, de gorge effroyable, qui heurlent sur la voie, & qui ont le nez dur, & sont barbets à demi-poil. Les bigles sont pour les lièvres & lapins. Il y en a de grands & de petits, & ils sont excellens pour courrir le lièvre dans les plaines.

Les lévriers sont chiens à hautes jambes qui chassent de vîtesse. Vertagi. Voyez lévrier.

Les limiers, sont des chiens muets qui servent à quêter & à détourner le cerf, chien quêtant & requérant. Canis vestigator, indagator.

Chiens bauds, qu’on surnomme greffiers, sont des chiens blancs dont la race vient de Barbarie. Canes albi, vestigatores & indagatores. Ils sont beaux chasseurs, requérans & forcenans. Ils chassent de haut nez, gardent bien le change. Ils sont de bonne créance, & tiennent mieux dans les chaleurs. Ce sont les meilleurs pour courre le cerf.

Les chiens gris savent faire tous métiers, & courent toutes sortes de bêtes. Les chiens noirs qu’on appelle de Saint Hubert, sont bons pour les bêtes puantes. On en conserve la race en mémoire de ce Saint dans l’Abbaye qui porte son nom dans les Ardennes. Nicod dit qu’ils sont puissans de cerfage, qu’ils ont les jambes basses & courtes, qu’ils sont de haut nez, chassant de forlonge, & ne craignant eaux de froidure. Les chiens fauves ou rouges sont chiens de grand cœur, fort hardis, & chiens d’entreprise. On appelle chiens de toute pièce, ceux qui sont d’une couleur, tout blancs, ou tout noires. &c. Unius ejusdemque coloris canes, unicolor canis.

Les chiens couchans, sont chiens de l’arquebuse, qui chassent de haut nez & arrêtent tout. Auceps canis, canis cubitor. Les meilleurs viennent d’Espagne. Ils servent à faire lever les perdrix & les cailles, & ces chiens sont au poil & à la plume. On dit que des chiens piquent la sonnette ; pour dire, qu’ils courent trop vigoureusement après l’oiseau.

Braques, sont des chiens de même allure, aussi-bien que les turquets & métis.

Epagneuls ou Espagnols, sont des chiens qui chassent de gueule, & forcent les lapins dans les broussailles. Canis benè auritus & cirratus. Ils rident ou suivent la piste de la bête sans crier. Ils sont bons aussi pour les oiseaux, & chassent le nez bas.

Griffons se dit aussi d’une espèce de chiens qui chassent le nez haut, & qui arrêtent tout. Canis sagax. Ils viennent d’Italie & de Piémont.

Bassets, qu’on appelle autrement chiens de terre, sont des chiens qui entrent dans les tanières des renards & taissons. Canis brevioribus tibiis animalium subterraneorim indagator, investigator. Ils viennent de Flandre & d’Artois. Ils attaquent tout ce qui se terre, comme bléreaux, renards, chats, harêts, fouïnes, putois. Ils quêtent bien, & servent aussi à l’arquebuse. Ils sont noires à demi-poil, avec la queue en trompe. Il y en a qui ont double rang de dents comme les loups, & qui sont sujets à mordre, qui ont les pattes de devant tordues. On paele aux bassets en leur criant, Coule, coule bassets.

Chiens de vautrait. Voyez Vautrait.

Barbets sont chiens frisés qui chassent le nez bas quand le gibier fuit, & le nez haut quand il demeure. Ils l’arrêtent sur terre & dans l’eau. Longioris atque crispi villi canis, canis cirratus. Leur principale qualité est de rapporter, & ce sont les plus fidèles chiens du monde, qui ne veulent connoître qu’un maître, & ne le perdent jamais de vue. On les appelle aussi chiens à gros poil.

Dogues, sont chiens de combat qui servent à assaillir les grosses bêtes, comme des taureaux, des lions, &c. Molossus Britannicus. Les Espagnols doivent une partie des conquêtes de l’Amérique à des dogues d’Angleterre, comme on voit dans Herréra. Le mot de dogue est anglis, & signifie chien.

Mâtins, sont chiens de garde, qu’on laisse dans les basse-cours pour aboyer. Canis villaticus. Il y a aussi des mâtins dans le vautrait pour chasser au sanglier.

Chiens allans ou gentils, sont de gros chiens qui en allant détournent le gibier. On le dit aussi des chiens de Bouchers qui servent à conduire leurs troupeaux. Lanionus canis.

On appelle chiens trouveurs, des chiens qui vont requérir un renard, quand il y auroit vingt-quatre heures qu’il seroit passé.

Chien barreur, est le meilleur chien pour le chevreuil.

On appelle un chien secret, un limier qui pousse la voie sans appeler. Vestigator canis tacitus. On l’appelle aussi muet, & on dit qu’il ride.

Un chien babillard ou qui caquette, clamosus, est celui qui crie hors la voie, & le plus souvent d’ardeur, ou qui crie des matinées entières. On l’appelle en latin argutarius, dont il est parlé dans la Loi Salique.

Un chien menteur, est un chien qui cele la voie pour gagner le devant. Canis mendax.

Un chien vicieux, celui qui chasse tout ce qu’il rencontre, & qui s’écarte toujours de la meute. Canis vitiosus. Un chien de bonne créance, de bonne affaire, quand il est docile & obéissant, docilis, obsequens. Un chien qui chasse de forlonge, qui sent de loin le gibier, sagax ; un chien qui ne se rompt point au bruit. Canis usque prædam insequens.

Un chien sage, qui chasse bien, qui tourne juste. Venandi peritus. Un chien de tête, & un chien d’entreprise, qui est hardi & vigoureux, Strenuus, animosus.

On dit qu’un chien a le nez dur, lorsqu’il rentre malaisément dans la voie, & qu’il reprend lentement, obtusæ naris ; qu’il est de haut nez, lorsqu’il va requérir sur le haut du jour ; & qu’il a le nez fin, lorsqu’il chasse bien dans les chaleurs & dans la poussière, canis doctus, ou ductor, ou canis judex.

On appelle chien d’aiguail, celui qui chasse bien le matin, lorsque la rosée est sur la terre, & qui ne vaut rien au haut du jour, canis matutinus ; & au contraire un chien de haut jour, qui ne vaut rien dans l’aiguail. Canis serotinus.

On appelle chien estraffé, celui qui a une cuisse qui ne prend plus de nourriture, & qui est boiteux ; canis pede mutilus aloquo ; chien butté, celui à qui la jointure des jambes de devant grossit, canis instatas ossium commissuras habens ; chien épointé, celui qui a des os des cuisses rompus ; aliqua corporis parte fractus ; chien alongé, celui qui a les doigts du pied étendus par quelque blessure qui a touché les nerfs ; chiens courtauts, cauda mutilus, decurtatus.

On dit qu’un chien a belle gorge, lorsqu’il crie bien, & qu’il a la voix grosse & forte ; qu’un chien aboie, quand il sent le gibier ou quelque chose d’étrange ; qu’un chien jappe, lorsqu’il crie sans sujet, ou au moindre bruit de nuit ou de jour ; & qu’il hurle, lorsqu’il sent des loups, ou une chienne chaude qu’il ne peut joindre. On dit que le chien sonne ; pour dire, qu’il appelle au bon chemin, ayant trouvé la trace.

On appelle un chien armé, armatus, quand il est couvert pour attaquer un sanglier.

C’est une bonne qualité de chien, d’avoir le jarret droit & bien herpé.

A la chasse on dit, parler aux chiens ; pour dire, les réjouir, comme on fait à la chasse du cerf, canibus blandiri, canes voce mulcere, ou les exciter, ou menacer comme on fait à celle du sanglier avec des cris rudes & furieux, & avec la trompe. Increpare, minitari. On appelle titre de chiens, le lieu où l’on pose les chiens, afin que quand la bête passera, ils la courent bien à-propos. Opportunus locus. Ces chiens sont mis en un bon titre ; pour dire, sont postés en un bon relais.

Trait de chien se dit des longes de crin & des colliers qui servent à coupler les chiens. Lorum. Ainsi on dit, qu’un cerf ou une autre bête a senti le vent du trait ; pour dire, des chiens.

Rompre les chiens, se dit de la faute d’un Picqueur & chasseur, lorsqu’ils passent à travers des chiens pendant qu’ils courent, & ainsi rompent leur course. C’est aussi les rappeller pour les empêcher de continuer la chasse. Cursum canum avertere. Il faut quelquefois rompre les chiens, les menacer, les recoupler & sapper à route, afin de suivre & relancer le cerf, qui leur a donner le change, & les a fait tomber en défaut.

On dit figurément en ce sens, rompre les chiens, quand on interrompt quelqu’un dans son discours, pour empêcher qu’il ne dise quelque chose de désavantageux, ou qu’il n’entreprenne quelque affaire. Interpellare.

Le droit des chiens est ce qu’on leur donne à la curée, comme la langue, le muffle, les oreilles d’un cerf. Pars prædæ canibus debita.

Il y a enfin des chiens de chambre pour le divertissement des Dames, qu’on nourrit pour leur petitesse, leur beauté, & qu’on appelle chiens de manchons, comme les chiens de Boulogne, d’Artois, épagneuls, bichons, barbets, levrons, chiens eas ou des Barbarie, &c. Catellus. Chien de Boulogne. C’est un petit Chien de manchon. Canis Boloniensis. Ils sont ainsi appelés, parce qu’ils viennent de Boulogne, où, pour les empêcher de croître, on les frotte pendant plusieurs jours en toutes les jointures du corps, avec de bon esprit de vin, immédiatement après qu’ils sont nés.

Doguin, est un petit dogue ; il y a quelque temps qu’on en voyoit par tout, aujourd’hui la mode en est passée.

Les Seigneurs levoient autrefois un droit qu’ils appeloient la nourriture des chiens, & en latin dans les Actes. Cibus canum. Voyez Lobineau, Hist. de Bret. T. II, p. 293. ☞ Le past de chiens étoit une charge que les Seigneurs imposoient à leurs ténanciers de nourrir leurs chiens de chasse.

Chien se dit figurément des choses & des personnes par mépris & par injure. Les Turcs nous appellent chiens, nous traitent comme des chiens. On dit un chien de valet, un chien de Procureur, un chien de fripon. Il leur faut des vases d’or pour mettre leur chien de museau. Mademoiselle l’Heritier.

Qui tantôt est venu me parler
D’un chien de mariage à me faire sifler ? R.

Voilà de beaux chiens de vers ! Voilà un beau logement de chien, un beau présent de chien ! Tout cela est du style familier. Cette injure s’exprime en latin par des adjectifs propres de la personne ou de la chose à laquelle on attribue ce mot de chien. Le Maire, dans son Histoire d’Orléans, rapporte après Mathieu Paris, en la vie d’Henri III Roi d’Angleterre, que l’on appelle populairement & proverbialement les Orléannois, chiens d’Orléans, pour dire, des chiens qui n’aboient point, ou des gens muets, qui ne s’opposent point au mal ; parce que les Pastoureaux, brigands qui s’élevèrent en France durant la captivité de S. Louis, & pillèrent plusieurs villes sous prétexte d’aller délivrer le Roi ; les Pastoureaux, dis-je, étant venus à Orléans, & les Ecoliers & le Clergé les ayant insultés & voulu les chasser, & ces brigands ayant dans cette émeute tué & jeté dans la Loire beaucoup d’Ecoliers & d’Ecclésiastiques, l’Evêque d’Orléans mit la ville en interdit, parce que les habitans avoient dissimulé ou même consenti à ces violences des Pastoureaux, ce qui leur fit donner ce nom de chiens d’Orléans. Mais le Maire conjecture que c’est plutôt à cause de leur fidélité pour nos Rois, parce que le chien est le symbole de la fidélité.

On appelle Cerbere, le chien à trois têtes, que les Poëtes ont feint être commis à la garde des Enfers. Cerberus, triceps canis.

☞ En Astronomie on donne le nom de grand & de petit chien à deux constellations.

☞ Le grand chien, placé sous les piés d’Orion, un peu vers l’Occident, est composé de dix-huit étoiles, suivant Ptolomée, & de trente-deux, suivant Flamsteed. C’est dans cette constellation qu’on voit cette étoile remarquable, qui est la plus belle de toutes, qu’on appelle Sirius. On désigne la constellation par le même nom.

☞ Le petit chien, placé entre l’Hydre et Orion, est une constellation composée de deux étoiles, dont l’une est de la première grandeur : c’est ce qu’on appelle Canicule.

Mais aujourd’hui dans nos plaines
Le Chien brûlant de Procris
De Flore aux douces haleines
Dessèche les dons chéris. R.

Vossius de Idol. Lib. I, cap. 30, croit que le Bacchus de la fable est Moïse ; que le chien de Bacchus, qui fut mis au nombre des Astres, & qui étoit son fidèle compagnon, est le Caleb de l’Ecriture, כלב ; Caleb en hébreu signifie chien. Il ajoute que chien est aussi appelé μαίρα (maira) dans Hesychius, que c’est du nom de Marie sœur de Moïse, comme l’a pensé l’Anglois Sanford, que cet Astre passoit pour faire mûrir le raisin, à cause du raisin que Caleb apporta à Moïse après avoir reconnu & visité la terre de Chanaan.

Le signe du chien fut honoré par les Egyptiens, sous les noms d’Isis et de Sothis, comme Vossius le montre. De Idol. L. II., c. 36, p. 251.

Chien, (porte du) ou porte Caniculaire, porte à Rome, selon festus, où l’on immoloit des chiens de poil roux à l'étoile Caniculaire, pour faire mûrir les Bleds.

Chien de mer ou marin, ou chien de la mer méditerrannée. Espèce de Squalus. C’est un poisson long, à museau pointu, qui a des dents, & dont la peau est très-rude. Hist. de l’Acad. des Sc. 1742, p. 31. Canis marinus, canicula marina. Le grand chien de mer a quatre ou cinq rangs de dents à chaque mâchoire, dont quelques-unes ont un pouce de long, & sont extrêmement rudes, tranchantes & pointues, qui ne leur servent pourtant point à manger leur proie, parce qu’on a trouvé des hommes tout entiers dans leur ventre.

Chien maron. s. m. Animal des Indes, qui tient presque également du chien, du loup & du renard. Il est de grandeur médiocre, d’un poil gris & roux. Il a les oreilles courtes & pointues, le museau affilé, les jambes hautes, la queue longue, le corps grêle & déchargé. Il n’aboie point comme le chien, mais il crie à la manière des enfans ; au reste, il est très-vorace de son naturel, & quand la faim le presse, il entre la nuit dans les maisons, & se jette souvent sur les personnes. P. Le Comte.

Chien. Terme d’Arquebusier. C’est une pièce de fer mobile, appliquée sur la platine d’un pistolet, d’un fusil, d’une arquebuse. Rostrum, rostellum. Elle tient la pierre, & fait le feu quand elle est lâchée. Il courut le pistolet bandé, la carabine à la main, avec le chien abattu, &c.

Chien, est encore un terme d’Artisan, & c’est une barre de fer carrée, qui a un crochet en bas, & un autre qui monte & descend le long de la barre. Uncum retinaculum. C’est ce que les Menuisiers & quelques autres ouvriers appellent sergent. Les Tonneliers, qui se servent beaucoup de cet outil, lui donnent le nom de chien, parce qu’il serre & mord fortement le bois. Ils appellent chienne, une autre sorte de crochet qu’ils ont, qui tire & qui pousse en même temps.

Chien se dit proverbialement en ces phrases. On dit de deux amis qui ne vont point l’un sans l’autre, que c’est S. Roch & son chien. Qui aime Bertrand, aime son chien ; pour dire, qu’il faut prendre les passions, les intérêts & les sentimens de son ami. On dit d’un traître, d’un hypocrite, d’un flateur, qu’il fait bien le chien couchant ; de deux ennemis, que leurs chiens ne chassent pas ensemble ; d’un homme odieux qui entre en quelque lieu, qu’il y est bien venu comme un chien dans un jeu de quilles ; des gens qui se haïssent, qu’ils s’accordent comme chiens & chats ; de celui dont on souhaite la mort, & qui échappe de quelque péril, qu’il mourroit plutôt un bon chien de Berger. On dit qu’il vaut autant être mordu d’un chien que d’une chienne ; pour dire, que de quelque côté que vienne le mal, il est également sensible ; qu’il ne se faut pas mocquer des chiens qu’on ne soit hors du village ; pour dire, qu’il ne faut pas choquer un homme tant qu’on est dans un lieu où il est le plus fort, où il nous peut nuire ; qu’il faut flatter les chiens jusqu’à ce qu’on soit aux pierres, pour dire qu’il faut faire bonne mine à de certaines gens tant qu’ils sont en place, ou qu’on n’est pas en état de leur résister. On dit à un glorieux qui se fâche qu’on le regarde trop fixement, un chien regarde bien un Evêque. Il ne faut pas tant de chiens après un os ; pour dire, qu’il est fâcheux de partager un profit avec beaucoup de personnes, ou d’être à plusieurs à avoir les mêmes prétentions. Jamais à un bon chien, il ne vient un bon os ; pour dire, que ceux qui ont bonne envie de travailler, n’en trouvent pas les occasions. Jeter un os à la gueule d’un chien pour le faire taire ; ce qui a lieu au figuré, pour dire, faire un présent à quelqu’un, pour l’empêcher de crier & de venir troubler quelque affaire importante. On dit qu’il n’est telle chasse que de vieux chiens, & qu’un bon chien chasse de race ; pour dire, que la naissance & l’expérience donnent de grands avantages sur les autres ; qu’il n’est chien que de vieille meûte, pour dire, que les vieux routiers sont plus habiles que les autres. On dit d’un homme peu considéré, qu’il a crédit comme un chien à la boucherie ; d’un vaurien, qu’il ne vaut pas les quatre fers d’un chien. Cela n’est pas tant chien, pour dire, cela n’est pas mauvais. On dit qu’un homme n’est pas bon à jeter aux chiens, quand il fait quelque lâcheté, quelque indignité. On dit de celui qui a des prétentions à quelque chose, quoique fort éloignées, qu’il n’en jette pas sa part aux chiens. On dit aussi, petit chien, belle queue. On dit à ceux qui ont une méchante cause, si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. On dit d’un homme peu complaisant, qui ne fait rien de ce qu’on désire, que c’est un chien de Jean de Nivelle, qui s’enfuit quand on l’appelle. Voyez l’origine de ce proverbe au mot Jean. On dit d’un envieux, qu’il est comme le chien du Jardinier, il ne mange point de choux, & ne veut pas que les autres en mangent ; de ceux qui entreprennent quelque chose au-delà de leurs forces, qu’ils sont comme les grands chiens, qu’ils veulent pisser contre les murailles ; des pécheurs, qu’ils font comme les chiens, qu’ils retournent à leur vomissement ; de ceux qui font quantité de cris & d’imprécations inutiles, que ce sont des chiens qui aboient à la lune ; de ceux qui font des menaces vaines, chien qui aboie ne mord pas. On dit aux gens querelleux, que les chiens hargneux ont toujours les oreilles déchirées. Au chien qui mord il faut jeter des pierres, pour dire, qu’il ne faut rien pardonner aux médisans & malfaisans. Il ne faut pas tuer son chien pour une mauvaise année ; pour dire, qu’il ne faut pas se désespérer pour quelque petite disgrace. On dit d’un homme qui détruit quelque chose de conséquence pour s’en servir à un ouvrage de peu d’importance; que c’est écorcher son chien pour en avoir la peau ; de deux personnes qui se sont unies pour quelque affaire, mais qui sont d’une humeur différente, ou qui ont des vües & des intérêts divers, leurs chiens ne chasseront pas long temps ensemble ; pour dire, qu’ils se brouilleront, qu’ils se diviseront bientôt.

On dit à des gens timides, entrez, il n’y a point de danger, nos chiens sont liés. On dit aussi, pour reprocher ou plaindre la misère de quelqu’un, On l’abandonne comme un pauvre chien. Il mène une vie de chien. Il n’a ni foi ni loi, il vit comme un chien. Il est comme un chien à l’attache. Il est las comme un pauvre chien. On l’a battu, on l’a étrillé comme un chien courtaut. Les coups de bâton sont pour les chiens. On dit d’un misérable qu’on abandonne, qu’on ne lui demande pas, es-tu chien, es-tu loup ? On dit aussi, quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage ; pour dire, que quand on veut rompre avec quelqu’un, on lui impute quelque crime ou quelque faute. On dit d’un jeune étourdi, qu’il est fou comme un jeune chien, qu’il court comme un chien fou ; d’une chose tortue, d’une jambe mal faite, qu’elle est droite comme la jambe d’un chien. On appelle figurément un chien au grand collier, celui qui mène les autres, qui est le principal dans une maison, dans une assemblée. On dit d’un homme accoutumé à la fatigue, qu’il y est accoutumé comme un chien à aller nue tête, à aller à pié. On dit encore tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit ; pour dire, que tous les momens sont précieux en certaines occasions. Un bon chien n’aboie point à faux : ce qui se dit au figuré d’un habile homme, qui sait toujours bien réussir ses entreprises, par ce qu’il sait bien prendre son temps, & ménager les occasions. Battre le chien devant le lion ; pour dire, châtier un petit devant un plus puissant qui a commis la même faute. Entre chien & loup ; pour signifier le crépuscule, ou le tems sombre qui est entre le jour & la nuit, & où on ne peut discerner un chien d’avec un loup. Crepusculo, luce dubia. On dit aussi d’un homme d’un bel extérieur, & qui paroit brave, mais qui ne l’est pas, c’est un beau chien, s’il vouloit mordre.

Chien. (Ordre du) Les Chevaliers du chien. Ordre de Chevalier, institué, dit-on, par Bouchart IV de Montmorency, qui, après avoir été vaincu en 1104 selon Du-Tillet, par Louis, fils de Philippe I, qui fut depuis Louis le Gros, vint à Paris suivi d’un grand nombre de Chevaliers portans tous un collier fait en façon de tête de cerf, avec une médaille où se voyoit gravé un chien, apparemment pour symbole de la fidélité qu’ils vouloient garder au Roi dans la suite. C’est-là ce qu’on appela les chevaliers du chien, qui ne se perpétuèrent point, & ne firent point proprement un Ordre. On croit encore que c’est de-là que Montmorency porte un chien pour cimier de ses armes.

L’Abbé Justiniani a parlé de cet Ordre dans son I. Tom. c. VIII, p. 9 ; mais il attribue l’institution de cet Ordre au chef de la maison de Montmorency, qui se convertit immédiatement après Clovis. Il dit encore que dans la suite, mais on ne sait pas quand, un Pierre de Montmorency institua l’Ordre du coq, & l’unit à celui du chien. La devise étoit un coq, avec ce mot latin Vigiles. Il cite Beloy dans ses Menenius Delius, Origines des Ordres de Chevalerie ; le Feron, Armes des Connetables de France ; Papyre Maison dans ses Annales, dei Michieli Jos. Tesoro milit, le P. André Meedo, Traité des Ordres Milit. Caramuel Theolog. Regul.

CHIENDENT. s. m. Genre de plante très-étendue, auquel on a conservé le nom de gramen, qui vient de gradiri, tracer. Il n’y a cependant que quelques-unes de ses espèces qui tracent ou étendent leurs racines çà & là. Deux de celles-ci sont usitées dans la Médecine, & servent de base aux tisannes. On trouve le long des chemins & dans les champs cette sorte de plante, & la difficulté qu’on a de les arracher entièrement a passé en proverbe ; car l’on dit d’une chose difficile à entreprendre, ou qui n’est pas aisée à terminer, que c’est du chiendent. On dit encore des personnes si ancrées dans quelques maisons, qu’on a peine à s’en débarrasser, qu’elles y tiennent comme chiendent. Quelques Auteurs l’on appelé le gramen, ne voulant point dire chiendent, à cause qu’il n’y a que quelques-unes de ces plantes qui ont leurs feuilles rudes, & que les chiens mangent pour se faire vomir. Le vulgaire confond toutes les espèces de chiendent, & les nomme du nom d’herbe. Le grand nombre d’espèces de chiendent, que les Botaniste ont découvert, sont rangées sous quelques différences particulières, qui se tirent du rapport qu’elles ont avec les plantes fromentacées, cerealia, dont elles diffèrent néanmoins par la petitesse de leurs semences. Les espèces qui ont un épi de seigle ou de froment sont nommées gramina spicata, secalina ; triticea, d’orge, hordeacea, d’ivraye, loliacea, d’avoinen avenacea, de millet, miliacea ; de la masse, typhina. Celles qui ont plusieurs épis rangés comme les doigts de la main, digitata ; & enfin, celles qui ont leurs épis étendus & éparpillés en manière d’aigrette, paniculata. On a trouvé encore tant de rapport dans toutes les parties des chiendents & des fromentacées, qu’on a adopté les termes consacrés par l’antiquité pour les descriptions de celle-ci. Ainsi on dit des racines de plusieurs chiendents, qu’elles sont chevelues & crépues, radices cirrosæ ; leur tige se nomme chaume & chalumeau, culmus, d’où vient le nom générique plantæ culmiferæ, qu’on a attribué en latin à toute la famille des plantes qui renferme les fromentacées, les chiendents, les panis, les mays, & autres qui ont quelque convenance par leur fructification & leurs autres parties, au premier genre, qui doit être le froment, triticum.

Le chalumeau, dans la plupârt des chiendents, est noueux par intervalle, & de chaque nœud prend naissance une feuille qui est roulée en partie autour du chalumeau, & l’enveloppe étroitement en manière de gaine. Le poinçon sur lequel sont attachées les enveloppes de la semence, se nomme la rape, à cause qu’il est inégal comme cet instrument : sur cette rape sont posée des paquets d’écailles, locustæ, pliées en gouttières, qui servent de calice aux fleurs & aux semences ; ces paquets n’ont presque point de pédicule comme dans les épis, ou sont soutenus par des brins longs, comme dans les espèces qui ressemblent à l’avoine, au millet, ou portent des panicules. Les écailles s’appellent balles, glumæ ; ce sont proprement les calices des fleurs, & quelquefois des semences en même temps qu’ils enveloppent étroitement, lorsque les fleurs sont fertiles. Ces balles sont terminées dans plusieurs espèces par une arrête fine appelés la barbe, arista. On dit la barbe du blé. On doit encore observer que plusieurs chiendents sont vivaces.

Chiendent se prend souvent pour la racine de deux sortes de chiendent, qui sont le gramen caninum, arvense, sive framen Dioscoridis C. B. Pin. & le gramen dactylon radice repente, sive officinarum, Inst. R. Herb. Le premier porte un épi dont les paquets sont écartés les uns des autres, & ressemblent à ceux de l’ivraye : le second donne plusieurs épis disposés en main ouverte. Les racines de toutes les deux espèces sont longues, noueuses, menues, blanchâtres, d’un goût douceâtre, & sont du nombre des racines apéritives, & diurétiques : on les employe tous les deux indifféremment. On dit un paquet de chiendent, une botte de chiendent, pour une botte, un paquet de racine de chiendent.

CHIEN-FOU. s. m. Drogue médicinale qui vient de la Chine. Les Japonois s’en servent beaucoup, & en font grand cas.

CHIENNÉE. s. f. Herbe qu’on appelle autrement mort aux chiens, tue-chien ou colchique. Colchicum. Voyez Colchique.

CHIENNER. v. n. Faire de petits chiens. Catulos edere, rarere. Cette chienne ne sera pas long temps sans chienner. On a dit aussi chienneter.

CHIER. v. n. Décharger son ventre des gros excrémens. Ventrem exonerare, alvum solvere.

Chier, est aussi quelquefois actif. On dit, chier du musc. Ce verbe est banni du langage ordinaire. Il faut se servir d’une périphrase.

Le bas peuple crie aux masques qui courent au temps du carnaval, il a chié au lit. Et on appelle un vilain masque, un chien-en-lit.

On dit proverbialement & figurément, chier de peur ; pour dire, avoir une peur excessive & honteuse. On dit aussi, cet homme a chié dans ma malle ; pour dire, cet homme m’a trompé, je ne me fierai plus à lui. On dit populairement d’un homme mal-fait : voilà un homme bien chié. Acad. Fr. On dit : il en chiera les aiguillons, pour dire, il s’en repentira.

Nicod dérive ce mot du grec, χίζω (chizô), signifiant la même chose ; & est de l’avis de Henri Estienne. Mais Ménage le dérive de cacare, d’autres du mot allemant scheissen, qui a la même signification.

CHIERE. s. f. Vieux mot qui signifioit autrefois visage, & que l’on a dit au lieu de chère, comme on a dit chief, au lieu de chef. Borel dit qu’il vient de cara, vieux mot, qui en latin signifie aussi visage, selon Corippus : ce qui vient du grec ϰάοη (kaoê), qui veut dire tête. C’est de-là que viennent les mots accarer, mettre en face ; & acariâtre, qui a le visage refrogné. Les Espagnols disent cara pour visage.

CHIERSI ou QUIERSI. Bourg sur l’Oise, où nos Rois de la seconde race avoient un palais ou château. Carisiacum. Chiersi est fameux dans l’Histoire Ecclesiastique du IXe siècle, à cause des deux Conciles qui s’y tinrent en 858, où l’hérétique Godescale fut condamné, & en 857, ou selon d’autres, 856, pour la réformation du Clergé de France. Le P. Sirmond l’a confondu avec Crecy sur Serre. Voyez Valois, Not. Gall, au mot Carisiacum, p. 127.

☞ CHIENG. Nom d’une herbe, remarquable parmi les Chinois, dans la Province de Quanton. Selon le préjugé des Chinois, elle donne à connoître aux mariniers par le nombre des nœuds qui sont à la tige, dans quels mois de l’année, & combien il y aura de tempêtes. Moins il y a de nœuds, moins il y aura de tempêtes. Ils prétendent distinguer en quels mois arriveront ces tempêtes, par la distance des nœuds depuis la racine. On peut bien mettre cela au nombre des erreurs populaires.

CHIEUR, EUSE. Qui chie, ou qui ne fait que chier, Qui cacat, qui cacaturit.

CHIEURE. Voyez Chiure.

CHIFFE. s. f. On appelle chiffes, de vieux morceaux de toile de chanvre ou de lin, qui servent à la fabrique du papier.

Chiffe. Terme de mépris, par lequel on désigne une étoffe foible & mauvaise, en disant, ce n’est que de la chiffe.

CHIFFLER. v. n. Siffler ; mais il n’est plus en usage en ce sens. Sibilare.

Chiffler. Mot burlesque ; pour dire, boire d’autant. Large ac liberaliter potare. Je veux chiffler à longs traits à la santé des vivans & des morts. S. Amant.

CHIFFLET. s. m. Ce mot ne se dit plus. En sa place on dit sifflet. Exilis fistula.

CHIFFON. s. m. Vieux morceau d’étoffe, de linge, vieille guenille, & généralement chose de nulle valeur. Detritus panniculus, vilis lacinia. Il n’a que des chiffons dans sa garderobe. Il est aussi synonyme à chiffes. On fait le papier avec de vieux chiffons qu’on pilonne dans les moulins à papier, & qu’on réduit en pâte liquide dont on fait ce papier.

Chiffon, se dit aussi du linge & des habits qui sont frippés, bouchonnés & mal en ordre. Detritum linteum, detritus panniculus. Cette étoffe est trop mince, ce linge est trop délié, sitôt qu’on les a mis deux fois, ce ne sont plus que des chiffons.

Chiffon, se dit familièrement du papier, sur tout des feuilles volantes, des feuilles déchirées, écrites ou non. On dit d’un Auteur qui a laissé des manuscrits, des mémoires informes, qu’on ne lui a trouvé que des chiffons.

Chiffon se dit, en mauvaise part, d’une fille qui ne se conduit pas sagement ; c’est une Demoiselle Chiffon.

Chiffon, onne. adj. En termes de jardinage, petite branche de mauvaise venue, qui nuit à la belle figure d’un arbre, & consume inutilement le suc destiné aux bonnes branches. Branche chiffonne. Tenuis, vilis. Il faut avoir soin de retrancher les branches chiffonnes.

☞ La branche qui est extrêmement déliée avec des yeux peu enflés & fort écartés les uns des autres est une branche chiffonne.

CHIFFONNER. v. a. Fripper, bouchonner du linge, des habits. Deterere. On a chiffonné son habit. Cette fille a laissé chiffonner son mouchoir.

On dit populairement, cela me chiffonne l’imagination ; pour dire, cela me déplaît, cela me donne quelque inquiétude. On dit aussi : que me chiffonnez-vous là ? allez-vous en chiffonner ailleurs. Molestare.

Chiffonné, ée. part.

CHIFFONNIER, IÈRE. s. f. Celui ou celle qui crie de vieux chapeaux & de vieux habits. Panniculorum propola. On le dit plus particulièrement de ceux qui vont rechercher dans les ordures de vieux chiffons & de vieux drapeaux pour faire du papier & autres choses. Amasseur de chiffons ou vieux haillons qui se trouvent dans les ordures.

Les réglemens de Police font défenses à tous Chiffonniers & Chiffonnières de vaguer & aller dans les rues de Paris & dans les fauxbourgs, qu’à la pointe du jour, & non pendant la nuit, sous prétexte d’amasser des chiffons, ce qui pourroit donner lieu aux vols des auvents, grilles, enseignes, & favoriser les ouvertures des boutiques, salles & cuisines qui sont au rez-de-chaussée, étant facile auxdits Chiffonniers d’en tirer les linges avec les crocs dont ils se servent, &c. De la Mare, Traité de la Police, Liv. IV, Tom. II, ch. 4.

Chiffonnier, se dit figurément d’un homme qui ramasse & qui débite sans choix, tout ce qu’il entend dire par la ville. On dit aussi figurément d’un homme vétilleux & tracassier, que c’est un chiffonnier, que ce n’est qu’un chiffonnier. Acad. Fr.

Comment enfin nommer cette vermine
Des chiffonniers de la double colline ? R.

CHIFFRE. s. m. Caractère qui sert à exprimer les nombres. Numerorum nota, nota arithmetica. Chiffre romain, est celui qui se marque par certaines lettres de l’alphabet, comme mil sept cens quinze, s’exprime ainsi, mdccxv. Numerorum notæ romanæ.

Le chiffre arabe, qu’on appelle aussi chiffre statique, est celui dont on se sert en arithmétique, algèbre, trigonométrie & astronomie, Vulgares seu arabicæ numerorum notæ. Mais les Arabes reconnoissent qu’ils ont reçu ces caractères des Indiens, & il les appellent figures indiennes. On a commencé à compter par ces figures du temps des Sarazains ; & on croit que Planude, qui vivoit sur la fin de XXXe siècle, est le premier des Chrétiens qui se soit servi de ce chiffre. Alphonse X, Roi de Castille, s’en étoit servi avant lui pour construire ses Tables astronomiques.

Le chiffre arabique est composé de neuf signes & un zéro. Les voici, 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Le zéro ne signifie rien, les suivantes marquent de suite depuis un jusqu’à neuf. Quand elles sont plusieurs accouplées ensemble, la première est censée celle qui est à droite, & en remontant de droit à gauche, elles croissent toutes de dix ; de sorte que la première en ce sens ne marque que des unités, la seconde des dixaines, la troisième des centaines, la quatrième des millièmes, la septième des millions, ainsi des autres.

Le chiffre romain n’avoit ordinairement que cinq figures, que voici, I, V, X, L, C. La première signifioit un, & multipliée jusqu’à quatre, elle faisoit II, III trois, IIII quatre. La seconde valoit cinq. Avec les I, elle faisoit les nombres jusqu’à dix, VI, six, VII, sept, VIII, huit, VIIII, neuf. La troisième fait dix, X ; & en y ajoutant les précédentes elle forme les nombres jusqu’à 20 ; pour marquer vingt on la double, XX, pour trente on la triple, XXX ; & pour quarante, on la répete quatre fois, XXXX. La quatrième figure, L, vaut cinquante, & en y ajoutant les précédentes LX, LXX, &c. on en formoit tous les nombres jusqu’à cent, qui s’exprimoit par le C, qui est la dernière figure. Quand elle est double, CC, elle signifie deux cens, triple CCC, trois cens, &c. Pour marquer cinq cens on accouploit l’I & le C renversé en cette manière IƆ, & pour exprimer mille, on ajoûtoit un C devant l’I de cette forte CIƆ ; on l’exprimoit aussi par une M ; & dans la suite on fit de IƆ, en les joignant, un D, pour signifier cinq cens. On trouva aussi dans la suite des abréviations, qui consistent en ce que une de ces figures mise devant une autre, signifie le nombre de la seconde, moins celui de la première ; par exemple IV signifie cinq moins un, c’est-à-dire, quatre. IX, dix moins un, c’est-à-dire, neuf. XIIX, vingt moins deux, XIX, c’est dix-neuf. XL, quarante, ou cinquante moins dix. XC, cent moins dix, c’est-à-dire, quatre-vingt dix. Ces abréviations sont récentes, & ne se trouvent point sur les monumens bien antiques.

M. Huet est persuadé que nos chiffres ordinaires ou arabique, ont été formés sur les lettres grecques, & qu’ils ne sont même autre chose que les lettres grecques formées trop vîte, & avec quelque négligence : suivant son sentiment, le β a servi à former le 2, du ξ on a formé le 3 ; du Δ le 4 ; de l’ε le 5 ; du σ le 6 ; du ζ le 7 ; de l’Η le 8 ; du θ le 9. Voyez de M. Huet les notes sur Maniliu, la Démonstration évangélique, & une lettre à M. Gæavius : elle est parmi les lettres de M. Huet, tom. 2, p. 372. Le P. Calmet prétend que ce ne sont que les notes de Tiron. Toute leur preuve est la ressemblance qu’ils croyent appercevoir l’un entre ces chiffres & les lettres grecques ; & l’autre entre ces mêmes figures & les notes de Tiron. Mais une marque que ces chiffres sont de l’invention des Orientaux, c’est, comme l’a remarqué Valle, qu’on les suppute de droit à gauche, qui est la manière de lire de plusieurs Orientaux. L’origine du chiffre romain vient de ce qu’on a compté d’abord par les doigts : de sorte que pour marquer les quatre premiers nombres, on s’est servi d’un I, qui les représente, & pour la 5e on s’est servi d’un V, représenté en baissant les doigts du milieu, & en montrant simplement le pouce avec le petit doigt ; & pour le dixième de X, qui est un double V, dont il y en a un renversé, & mis au dessus de l’autre. De-là vient que la progression dans ces nombres est toujours d’un à cinq, puis de cinq à dix. Le cent fut marqué par sa capitale C. Depuis, ou en corrompant les figures, ou pour la commodité des Ecrivains, l’on a ajouté deux autres chiffres romains, le D, qui vaut 500, & l’M, qui vaut mille, parce qu’elle a beaucoup de rapport à l’M gothique. Ainsi il y a présentement sept lettres qui servent à cette sorte de nombre.

Valla croit que les chiffres ont été inventés par les Orientaux : & il a raison, parce que dans les chiffres on commence à supputer du côte droit en tirant vers le gauche ; ce qui étoit en usage en tout l’Orient chez les Chaldéens, Syriens, Egyptiens, &c. Outre que les Indiens se servent encore des mêmes caractères qu’on fait ici pour marquer les chiffres, aussi-bien que les signes du zodiaque, & les planètes.

☞ On appelle chiffres en musique, certains caractères placés au dessus ou au dessous des notes de la base, pour marquer les accords qu’elles doivent porter.

Chiffre est aussi un caractère mystérieux, composé de quelques lettres entrelacées l’une dans l’autre, qui sont d’ordinaire les lettres initiales du nom de la personne pour qui il est fait. Quelquefois il est double, & on y mêle les lettres du nom d’une autre personne avec qui on est lié d’amitié, ou avec qui l’on a quelque relation. Les amans font graver leurs chiffres sur les pierres, sur les arbres. On grave des chiffres sur les cachets, on les peint sur les carrosses ; on en fait des ornemens sur des meubles, des tapisseries, &c. Litterarum notæ implicitæ.

Autrefois les Marchands, au lieu d’armes, pouvoient porter des chiffres, c’est-à-dire, les premières lettres de leur nom & surnom entrelacés dans une croix, comme on voit en plusieurs anciennes épitaphes.

Chiffre est aussi un entrelacement de lettres fleuronnées en bas relief, ou à jour, qui sert d’ornement dans l’Architecture, la Menuiserie.

Chiffre se dit encore de certains caractères inconnus, déguisés, & variés, dont on se sert pour écrire des lettres qui contiennent quelque secret, & qui ne peuvent être entendues que par ceux qui sont d’intelligence, & qui sont convenus ensemble de se servir de ces caractères. Occultæ, arcanæ notæ. On en a fait une science qu’on appelle Poligraphie, ou Sténographie, c’est-à-dire, Ecriture diversifiée & obscure, laquelle a été inconnue aux Anciens. De la Guilletière, dans un Livre intitulé Lacédémone ancienne & nouvelle, prétend que les anciens Lacédémoniens ont été les Inventeurs de l’art d’écrire en chiffre. La Scythale qu’ils inventèrent fut, selon lui, comme l’ébauchement de cet art mystérieu. C’étoient deux rouleaux de bois d’une longueur, & d’une épaisseur égale. Les Ephores en gardoient un, & l’autre étoit pour le Général d’armée qui marchoit contre l’ennemi. Chaque fois que ces Magistrats lui vouloient envoyer des ordres secrets, ils prenoient une bande de parchemin étroite & longue qu’ils rouloient avec justesse autour de la Scythale, qu’ils s’étoient réservées. Ils écrivoient en cet état leur intention, qui paroissoit dans un sens parfait & suivi, tant que la bande de parchemin étoit appliquée sur le rouleau ; mais dès qu’on la développoit, l’écriture étoit tronquée, & les mots sans liaison. Leur Général pouvoit y trouver de la suite & du sens, en ajustant la bande sur la Scythale, ou rouleau semblable qu’il avoit, & en lui donnant la même assiette, où les Ephores l’avoient mise. Polybe raconte qu’Eneas, surnommé Tacticus, ramassa, il y a environ deux milles ans, vingt manières différentes qu’il avoit inventée en partie, & dont en partie on s’étoit servi jusqu’alors, pour pouvoir écrire d’une manière où il n’y eût que celui qui en savoit le secret, qui y pût comprendre quelque chose. Ainsi Trithême n’est point l’inventeur de l’art d’écrire en chiffre, ni même Encas. Tactitus. Trithême, & depuis Jean-Baptiste Porta en ont écrit fort savamment ; Vigenere & le P. Niceron en ont aussi écrit. On imprima à Ulm en 1682, Mysterium Artis Steganigraphicæ novissium… es musæo M. Lud. Henr. Hilleri.

☞ La Clé du chiffre sont les caractères qui servent à chiffrer & à déchiffrer ce que l’on écrit en chiffre. Chacun des correspondans a son chiffre ou la clé du chiffre. Notarum index.

On appelle chiffre à simple clé, celui où l’on se sert toujours d’une même figure pour signifier une même lettre : ce qui se peut deviner aisément avec quelque application. Notæ simplices. Un chiffre à double clé, est celui où l’on change l’alphabet à chaque ligne, ou à chaque mot, & celui où l’on met des nulles & autres déguisemens qui le rendent indéchiffrable. Occultiores notæ, reconditiorer characteres.

On appelle chiffre, un style énigmatique & mystérieux. Il y a des Auteurs si obscurs, que leurs pensées sont autant d’énigmes & de mystères : leur langage est une espèce de chiffre : on n’y comprend presque rien qu’à force de deviner. Bouh.

☞ On appelle aussi chiffre, chez les Marchands, les marques qu’ils mettent sur de petites Etiquettes attachées au chef des Etoffes ou toiles, qui leur marquent le véritable prix qu’elles leur coutent, afin de pouvoir s’y régler dans la vente.

On dit proverbialement, qu’un homme est un 0, un zéro en chiffre ; pour dire, qu’il n’a nul pouvoir, nulle autorité, qu’il ne peut faire ni bien ni mal à personne.

Le mot chiffre vient de l’hébreu siphre, qui veut dire nombre, énumération, de la racine saphar, compter, nombrer, dénombrer ; les mots suivans chiffrer & chiffreur en viennent aussi.

CHIFFRER. v. a. Se servir de chiffres, compter avec la plume. Supputare, computare notis arithmeticis. Il ne se dit guère que de l’addition de plusieurs sommes ensemble. J’ai chiffré toutes ces parties, & j’ai mis les sommes au bas de chaque page. On dit aussi chiffrer un registre ; pour dire, mettre un chiffre ou numéro au haut de chaque page, comme on fait aux registres des Banquiers, des Géoliers & autres, qui doivent être paraphés par un Juge. ☞ Chiffrer en Musique, mettre des chiffres ou d’autres caractères sur les notes de la basse pour indiquer les accords qu’elles doivent porter. On dit encore chiffrer une lettre ; pour dire, écrire une lettre en chiffre. Voyez Chiffre.

Chiffré, ée. part.

CHIFFREUR. s. m. Qui sait bien compter avec la plume. Peritus supputandi, numerandi. Le Facteur de ce Marchand est un habile chiffreur, est un bon Arithméticien.

☞ CHIGNOLLE. s. f. Terme de Boutonnier. Espèce de dévidoir à trois aîles ; distantes d’une demi-aune l’une de l’autre, sur lequel on dévide les matières pour les mesurer ; celles qui doivent faire les tresses, par exemple, car celles des autres ouvrages n’ont pas besoin d’être mesurées. Encyc.

CHIGNON. s. m. Partie de derrière du cou où sont les vertèbres qui joignent le dos à la tête, & qui est au dessous de la fosse ou nuque du cou. Cervix. Ce mot vient de chaînon, qu’on disoit autrefois de cette même partie du cou.

Chignon se dit non-seulement ☞ de la partie postérieure du cou, mais encore des cheveux qui sont à cette partie là. Occipitis capilitium. Prendre quelqu’un au chignon. On le dit particulièrement des cheveux des femmes. Les femmes portent aujourd’hui le chignon relevé.

CHIKENIE, & CESKENIE. s. f. Vieux mot qui veut dire chemise.

CHILAO. Ville d’Asie, sur la côte occidentale de l’Île de Céylan, sur une rivière de même nom. Elle étoit autrefois capitale d’un Royaume. Elle appartient aux Hollandois.

CHILCHOTE. s. m. C’est le nom qu’on donne à une des quatre sortes de poivre de Guinée.

CHILE. Voyez Chyle.

CHILE. s. m. Les habitans de l’Amérique appellent ainsi le piment, ou poivre de Guinée, qu’on nomme encore Corail de Jardin.

CHILERBASSI. s. m. Prononcez Kilerbassi. On dit aussi Chilorgibassi. Cellæ penuariæ Præfectus. Officier de la Maison du Grand-Seigneur, que Vigenere, dans ses Illustr. sur l’Hist. de Chalcond. p. 357, appelle Grand Crédencier, & qui a, dit-il, la charge des breuvages & des confitures du Prince, & avec lui deux cens Pages pour le service de sa table. Il demeure au Chiler, qui est un des Offices du Serrail, & sous lui sont les Chileroglandari.

Ce mot est composé de chiler כלאר qui signifie l’hôtel où ces Officiers demeurent. Kiler, Cella penuaria, dit Méninski, & besch, chef, כלארגי, Chilergi, Dépensier, qui a les provisions de bouche, qui a soin de la dépense du garde-manger. Penarius, Cellarius, Promus-Condus. Meninski.

CHILEROGLANDARI. s. m. Officier de la Maison du Grand-Seigneur. Les Chileroglandari sont trente Pages qui servent dans le Serrail à la dépense secrète sous la conduite du Chilerbassi. Voyez ce mot.

CHILI. Chile, ou Cile. Royaume de l’Amérique Méridionale, renfermé entre la mer de Chili, qui est une partie de la mer Pacifique, ou de la mer du Sud, & qui le borne au couchant, & le Tucuman avec les terres Magellaniques, au Levant ; le Pérou au Nord ; & les terres Magellaniques au Midi. Le Chili est tout entier sous la Zone tempérée de l’hémisphère austral, entre le 297e degré de longitude, & le 305e, & entre le 26e & le 47e de latitude sud. Il a à l’Orient les montagnes des Andes, où le froid est excessif, & dans lesquelles il règne un vent extraordinaire, qui gele en un moment les hommes & les bêtes, & les conserve sans corruption, de sorte qu’ils paroissent tous vivans, & dans l’action & la posture où il les a saisis. Ces montagnes sont presque toujours couvertes de neiges, quoiqu’on y trouve plus de quinze volcans ou montagnes qui jettent des feu & des flammes. Il y a aussi d’horribles tremblemens de terre dans le Chili. Le terroir y est très-fertile, particulièrement vers la côt, & produit du mays, du bél, du vin, & généralement tous les fruits de l’Europe. Les Espagnols découvrirent le Chili l’an 1534 ou 1535, ou, selon d’autres, 1536, sous la conduite de Didaques Almagre. L’expédition ne fut pas heureuse. Peu de temps après Pierre Baldivia son successeur y retourna, & après des peines infinies se rendit maître des côtes, dompta les habitans, & jeta les fondemens de Sant-Iago, capitale du pays.

Les Espagnols ont divisé le Chili en trois grandes Provinces, le Chili propre, qui est au Nord ; l’Impériale, qui est au Midi ; & le Chicuito, qui est à l’Orient. Les habitans du Chili sont grands ; ils se couvrent de peaux de loups marins. Leurs armes sont des flèches. Ils sont braves, & de toute l’Amérique ce sont eux qui ont le plus fait de peine aux Espagnols, & qui leur ont le plus coûté.

Ce mot Chili est Péruvien, & signifie froid. Il a été donné à cette Province, à cause du froid excessif qui y règne. Du reste on ne dit point Chilien, comme a fait Maty. Il faut dire habitant du Chili, avec M. Corneille, beaucoup plus croyable que Maty, quand il s’agit de la langue françoise. On peut voir sur le Chili Herréra, c. 22. Linschot, Acosta, Hornius, Orb. Imp. & polit. Le P. Possine dans la cinquième partie de l’Histoire de la Compagnie de Jésus.

CHILIADE. s. f. Assemblage de plusieurs choses mises ensemble mille par mille. Prononcez Kiliade. Une Chiliade d’années, mille ans. Les Chiliades d’Erasme. Id. χιλιας (chilias), mille.

CHILIARQUE. s. m. Officier d’Armée chez les Anciens. Chef ou Conducteur de mille hommes, Colonel. Chiliarchus. Ce mot est grec, composé de χιλιας (chilias), mille, & ἀρχή (archê), commandement. Prononcez Kiliarque.

CHILIASTE. s. m. & f. Nom de Secte. Chiliastes. Voyez Millénaire. Ce mot est plus françois, & plus en usage.

CHILIFERE. Voyez Chylifere.

☞ CHILIOGONE. s. m. Terme de Géométrie figure plane & régulière de mille côtés & d’autant d’angles.

CHILIOMBE. s. m. Sacrifice de mille bœufs. Chiliombum. Dans les grandes victoires, ou dans les grandes clamités, on immoloit quelquefois jusqu’à mille bœufs, ce qui étoit pourtant très-rare.

☞ CHILLAN. Ville de l’Amérique méridionale, au Royaume de Chili, capitale d’une contrée qui porte son nom.

CHILLAS. s. m. Toile de coton à carreaux, qui vient de Bengale, & de quelques autres lieux de l’Orient.

CHILLER. Terme de Fauconnerie. Voyez Ciller.


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