Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Dévouement

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Henri Plon (p. 209-210).
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Dévouement, mouvement de ceux qui se dévouent ou sort de ceux qu’on dévoue. Les histoires grecque et romaine fournissent beaucoup de traits de dévouement. Nous ne rappellerons pas ici le dévouement de Décius (Voy. ce mot), ni celui de Codrus, ni tant d’autres. Il y avait aussi des villes où l’on donnait des malédictions à un homme pour lui faire porter tous les maux publics que le peuple avait mérités. Valère-Maxime rapporte l’exemple d’un chevalier romain, nommé Curtius, qui voulut attirer sur lui-même tous les malheurs dont Rome était menacée. La terre s’était épouvantablement entrouverte au milieu du marché ; on crut qu’elle ne reprendrait son premier état que lorsqu’on verrait quelque action de dévouement extraordinaire. Le jeune chevalier monte à cheval, fait le tour de la ville à toute bride, et se jette dans le précipice que l’ouverture de la terre avait produit, et qu’on vit se refermer ensuite presque en un moment. On lit dans Servius, sur Virgile, qu’à Marseille, avant le christianisme, dès qu’on apercevait quelque commencement de peste, on nourrissait un pauvre homme des meilleurs aliments ; on le faisait promener par toute la ville en le chargeant hautement de malédictions, et on le chassait ensuite, afin que la peste et tous les maux sortissent avec lui[1]. Les Juifs dévouaient un bouc pour la rémission de leurs péchés. Voy. Azazel.

Voici des traits plus modernes : un inquisiteur, en Lorraine, ayant visité un village devenu presque désert par une mortalité, apprit qu’on attribuait ce fléau à une femme ensevelie, qui avalait peu à peu le drap mortuaire dont elle était enveloppée. On lui dit encore que le fléau de la mortalité cesserait lorsque la morte, qui avait dévoué le village, aurait avalé tout son drap. L’inquisiteur, ayant rassemblé le conseil, fit creuser la tombe. On trouva que le suaire était déjà avalé et digéré. À ce spectacle, un archer tira son sabre, coupa la tête au cadavre, le jeta hors de la tombe et la peste cessa. Après une enquête exacte, on découvrit que cette femme avait été adonnée à la magie et aux sortilèges[2]. Au reste, cette anecdote convient au vampirisme. Voy. Envoûtement et Vampires.


  1. Lebrun, Histoire des superstitions, t. I, ch. iv, p. 413.
  2. Sprenger, Malleus malefic., part. I, quæst. xv. Voyez aussi Envoûtement.