Dictionnaire infernal/6e éd., 1863/Devins

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Henri Plon (p. 209).
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Devins, gens qui devinent et prédisent les choses futures. Dans un siècle aussi éclairé que le nôtre prétend l’être, il est encore des personnes qui croient aux devins ; souvent même ces personnes si crédules ont reçu une éducation qui devrait les élever au-dessus de ces préjugés vulgaires. Un plat d’argent ayant été dérobé dans la maison d’un grand seigneur, celui qui avait la charge de la vaisselle s’en alla avec un de ses compagnons trouver une vieille qui gagnait sa vie à deviner. Croyant déjà avoir découvert le voleur et recouvré le plat, ils arrivèrent de bon matin à la maison de la devineresse, qui, remarquant en ouvrant sa porte qu’on l’avait salie de boue et d’ordure, s’écria tout en colère : — « Si je connaissais le gredin qui a mis ceci à ma porte pendant la nuit, je lui rejetterais tout au nez. » Celui qui la venait consulter regardant son compagnon : — « Pourquoi, lui dit-il, allons-nous perdre de l’argent ? cette vieille nous pourra-t-elle dire qui nous a volés, quand elle ne sait pas les choses qui la touchent[1]? »

Un passage des Confessions de saint Augustin (liv. IV, chap. ii) nous donne une idée de ce que faisaient les devins de son temps. — « J’ai un souvenir bien distinct, dit-il, quoiqu’il y ait longtemps que la chose soit arrivée, qu’ayant eu dessein de disputer un prix de poésie qui se donnait publiquement à celui qui avait le mieux réussi, un certain homme qui faisait le métier de devin voulut traiter avec moi pour me faire remporter le prix. Saisi d’horreur pour les sacrifices abominables que les gens de cette profession offraient aux démons, je le renvoyai au plus loin et lui fis dire que, quand la couronne dont il s’agissait ne se devrait jamais flétrir, quand même ce serait une couronne d’or, je ne consentirais jamais que, pour me la procurer, il en coûtât la vie à une mouche. »

 
Devin
Devin.
 

Aujourd’hui, chez nous, dans beaucoup de départements encore, les jeunes villageois que le recrutement militaire menace dans la plus sainte des libertés vont trouver les devins pour obtenir un heureux numéro au tirage. L’Irlande a toujours des devineresses. Elles font la médecine, et disent surtout la bonne aventure ; elles tordent pour cela un écheveau mystique qu’il faut descendre dans la carrière à chaux, au bord de laquelle la curieuse demande : « Qui tient ? » Elle attend la réponse avec grande inquiétude. La devineresse explique si c’est un prétendant ou un démon. Ces femmes connaissent le lieu où quatre sources se réunissent. C’est là qu’à une époque mystérieuse de l’année elles trempent la chemise qui doit ensuite être déployée devant le feu, à minuit, au nom de Belzébuth, pour être retournée avant le matin par l’image de l’époux destiné à celle qui consulte cette voix du sort. Elles font tenir le peigne de la main gauche à une jeune fille qui porte en même temps de la droite une pomme à sa bouche, pour voir son futur adjuré dans une glace. On ôte pendant cette opération tout instrument de fer de la maison ; car sans cela, au lieu d’un beau jeune homme avec une bague au doigt, la curieuse verrait un corps sans tête venir à elle armé d’une broche ou d’un fourgon.

Voy. Cartomancie, Main, Prédictions, et cent autres moyens de deviner.


  1. Barclay, dans l’Argents.