Discussion:Mademoiselle de Maupin/Édition 1880

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Voir aussi
Voir aussi la discussion concernant le fac-similé


Aide pour remplir le modèle : voir ici

Informations sur l’édition de Mademoiselle de Maupin/Édition 1880

Édition : Charpentier, Paris, 1880


Source : Internet Archive ; gutenberg issu de ebooks libres : format htm


Contributeur(s) :

Texte :
User # edits # Minor edits (%) First edit Last edit ATBE*
JackBot 1 1 100.0% 2012-08-27 01:42 2012-08-27 01:42
Levana Taylor 2 1 50.0% 2007-09-19 00:41 2007-09-19 00:42 20 s
Marc 3 0 0.0% 2005-03-23 15:01 2005-04-03 12:00 5.4 d
MarcBot 1 1 100.0% 2009-05-02 07:27 2009-05-02 07:27
Phe 1 1 100.0% 2011-05-29 11:12 2011-05-29 11:12
Sapcal22 3 0 0.0% 2007-03-04 21:44 2007-03-04 22:21 18:27 m
ThomasBot 3 3 100.0% 2005-08-29 18:59 2009-08-22 04:08 726.7 d
ThomasV 1 0 0.0% 2010-06-12 09:00 2010-06-12 09:00
Yann 1 0 0.0% 2006-02-05 12:25 2006-02-05 12:25
Livre :
User # edits # Minor edits (%) First edit Last edit ATBE*
Acélan 1 1 100.0% 2010-10-13 20:51 2010-10-13 20:51
Manseng 1 0 0.0% 2014-12-11 10:47 2014-12-11 10:47
Phe 2 2 100.0% 2011-05-29 11:40 2011-05-29 12:28 47:51 m
Phe-bot 2 2 100.0% 2011-05-29 11:33 2011-12-28 00:47 212.6 d
Sapcal22 1 1 100.0% 2013-01-05 16:06 2013-01-05 16:06
ThomasV 3 0 0.0% 2010-06-10 09:51 2010-06-12 08:58 23:33 h


Niveau d’avancement : Relu et corrigé


Remarques : Typographie modernisée, correction des coquilles (au sens de l’époque de l’édition)


Relu et corrigé par : *Ernest-Mtl



  • 2 éditions en images
    • 1876 Paris : Charpentier Gallica image notice
    • Sur google books via les US : 1888 G. Charpentier et cie


quelques corrections significatives par rapport à la source :

  • Il fallutfallait pour y aller passer sur une planche… il y avait de grandes pièces de toile que les femmes vendentvenaient étendre pour les blanchir à la rosée ;
  • son cheval qui parutpartit comme un trait
  • mais qui fusaitfaisait les plus admirables
  • D’abord, leje demande la suppression du monsieur
  • Puis je me souvinssouviens tout à coup d’une folie

Articles

Mercure de France 1930

[1] L'auteur manquerait cependant à la justice, s'il oubliait de mentionner la magnifique préface d'un livre magnifique, Mademoiselle de Maupin, où M. Théophile Gautier est entré, fouet en main, éperonné, botté comme Louis XIV à son fameux lit de justice, au plein cœur du journalisme. Cette œuvre de verve comique, disons mieux, cet acte de courage, a prouvé le danger de l'entreprise. Le livre, une des plus artistes, des plus verdoyantes, des plus pimpantes, des plus vigoureuses compositions de notre époque, d'une allure si vive, d'une tournure si contraire au commun de nos livres, a-t-il eu tout son succès ? en a-t-on suffisamment parlé ?

L'un des rares articles qui le fustigèrent fut plutôt dirigé contre la parcimonie du libraire, qui refusait des exemplaires au journal, que contre le jeune et audacieux auteur.

Le public ignore combien de maux assaillent la littérature dans sa transformation commerciale. Depuis l'époque à laquelle est pris le sujet de cette scène, les malheurs que l'auteur a voulu...

Mercure de France 1926 Revue de la quinzaine

[2]

NOTES ET DOCUMENTS LITTÉRAIRES

La Préface de « Mademoiselle de Maupin ». -- Théophile Gautier étant mort le 23 octobre 1872, son œuvre va tomber en 1927 dans le domaine public. Nombre d'éditeurs en profiteront certainement pour présenter au public, en divers formats et plus ou moins illustré, son roman qui fit peut-être le plus de bruit, Mademoiselle de Maupin.

L'un d'eux aura-t-il l'heureuse idée de rétablir dans son intégrité, ce que fit le vicomte de Lovenjoul,chez Conquet, en 1883, la fameuse préface qui, dès sa seconde édition, en 1845, subit les adoucissements qu'on a accoutumé de lui voir ?

Mademoiselle de Maupin, avec le sous-titre de Double Amour qu'elle perdit ensuite, par Théophile Gautier, « auteur des Jeune France », parut à la fin de 1835, chez Eugène Renduel, rue des Grands-Augustins, 22 (imprimerie de Mme Poussin), et fut annoncée, sous le numéro 6182, dans la Bibliographie de la France du 28 novembre 1835. Elle formait deux volumes in-8, de 351-356 pages ; tout compris. Le premier était daté de 1835, le second de 1836. Les deux couvertures, jaune ocre clair, portaient cette dernière date. Prix : quinze francs.

Par traité du 10 septembre 1833, Renduel, qui venait de publier les Jeune France, devait verser à Gautier, pour ce nouveau roman, la somme de quinze cents francs, payable deux cents francs par mois à partir de la mise en vente, ou bien en billets dans la même proportion, au choix de l'auteur, qui s'engageait à livrer son manuscrit avant la fin de février 834. L'ouvrage devait être tiré à 1.5oo exemplaires, l'éditeur se réservant le droit de diviser le tirage en deux séries [1], d'où les exemplaires, datés de 1837, qui portent la mention de seconde édition, tout en appartenant à la première.

Conformément aux termes du traité, Théophile Gautier, qui plus qu'aucun était toujours à court d'argent, écrivait à Renduel, le 11 janvier 1836, cette lettre, d'un style fort étranger à celui du papier timbré qu'ils avaient échangé :

Mon illustre éditeur,

Souvenez-vous de me donner aussitôt que vous me verrez (ce sera demain à ne pas le cacher), 200 misérables francs dont j'ai l'incongruité d'avoir on ne peut plus besoin. J'avais été aujourd'hui à votre palais (maison est trop commun), dans la vénérable intention de vous les demander de vive voix, mais il ne s'est pas présenté de transition heureuse et j'aimerais mieux être coupé en quatre -- une fois en long et une fois en travers -- que de dire quelque chose qui ne serait pas bien amené. -- J'espère que vous prendrez cette délicatesse en considération et que vous m'épargnerez d'avoir l'air d'un mendiant tendant son écuette pour avoir de la soupe à une distribution philanthropique. -- Je vous écrirai tous les mois des lettres pareilles à celle-ci, jusqu'au jugement dernier, et même un peu après. Et quand vous passerez la porte du paradis, le divin portier vous criera « Trois sols, une lettre pour M. Renduel ». Peut-être même sera-ce plus, car je ne sais si le ciel est département ou banlieue. -- Il y a cependant un moyen d'éviter tout cela, c'est d'aller en enfer, et vous êtes bien capable d'y aller ou de me donner des multitudes de billets de banque : ce que vous ne ferez assurément pas.

Adieu, juif, arabe, bedoin (sic), Lacénaire, parricide, libraire... THEOPHILE GAUTIER[2].

Ce billet, adressé à Renduel, lors de la seconde mise en vente, en 1837, prouve qu'au premier lancement le service de presse » avait été insuffisamment assuré :

Jeune Renduel, ayez la bonté de m'envoyer quelques Maupin, afin que je fasse commencer le tambourinage. Il faut mener cela d'une manière triomphante. L'Eldorado va commencer à paraître sous huit jours ainsi dormez sur l'une et l'autre jreiUe. Il faudrait faire congruer cette apparition et cette résurection ana que j'occupe le monde entier toute cette quinzaine. Nous devons en faire partir une centaine d'exemplaires, si nous ne sommes pas des cuLitres véhémens je vais écrire au cher vicomte pour qu'il me donne un coup de sa franche épaule.

Tout à vous ())..

L'Eldorado n'était autre que /or<snt0 qui, sous ce premier titre aujourd'hui oublié de tous, sauf des bibliophiles, fut effecti- vement donné en supplément par le Figaro, avec quelques inter- ruptions, du ag mai au 2~ juillet i83~. C'est là l'édition origi- nale Paris, Publication du Figaro (impr. de Boulé), i83i,in-8 de 3t5 p., couverture muette. Elle est devenue excessivement rare. En utilisant la composition et se bornant à substituer à l'ancien titre le nouveau, auquel fut jointe une préface de qua- tre pages, l'éditeur Desessart en fit 7o/'<un<o, qu'annonça la Bibliographie de la France du 26 mai i338.

Le « cher vicomte K, pas plus que le a noble vicomte » d'un billet de Tony Johannot au même Renduel, n'est aucunement Chateaubriand, mais bien Victor Hugo, qui, depuis la mort de son frère Eugène à Saint-Maurice (Chstrenton), survenue le 5 mars 1837, s'était titré ainsi. Jusque-là, non moins illusoire, le tortil de baron lui avait suffi. L'admiration de ses amis pour ses vers ne les empêchait pas de rire des prétentions nobiliaires du poète et d'ajouter à leur ridicule.

La préface de Mademoiselle de Maupin,occupant avec le faux- titre et le titre les ~6 premières pages de l'édition originale, est datée de mai t834. Jamais, peut-être, n'avait été faite satire aussi « vivante de nos mœurs littéraires et des accès de fausse pudeur de la critique » (Alcide Bonneau). C'est du très bon Gautier, du Gautier des lettres familières qu'on se communique sous le man- teau, de ce Gautier « parlé)) qui faisait écrire, en 1878. à Edmond de Concourt, dans sa préiace au Théophile Couder d'Emile Bergerat

()) Adolphe Julhec, o~. cil.


Ô le malheur que ces libres et osées improvisations, le maître ne les ait point écrites, qu'il ne laisse pas derrière lui un livre de Pensées, et qu'à côté du Théophile Gautier officiel, muni de son permis d'imprimer, on ne possède pas un Théophile Gautier émancipé et la pensée débridée, imprimable à Ville affranchie, chez la Veuve Liberté ! On aurait ainsi un grand homme, pour moi supérieur au grand homme connu, et qui ne s'est que très incomplètement révélé au public en l'originalité de son dire et de son écriture[3] que dans une préface [4].

C'est ce « Théophile Gautier émancipé », d'ailleurs divulgué par Goncourt dans ses indiscrétions touchant les dîners Magny, qu'évoque cette préface, et, si légères puissent-elles paraître, on regrette les corrections que le maître crut devoir lui faire subir. Ainsi que l'atteste le billet de 1887, l'édition originale se vendit mal et fut longue à s'épuiser. On ne prévoyait guère alors les 5.300 francs qu'elle devait atteindre, en 1912, à la vente Montgermont. Et ce fut là un prix d'avant-guerre.

En 1845, Gervais Charpentier, dont le magasin était alors installé, 17, rue de Lille, et qui, à ses débuts dans la librairie, avait été commis chez Renduel, se décida à publier une nouvelle édition, en réalité la seconde et non la troisième, du roman de Gautier[5].

Ce fut l’occasion des retouches dans la préface, qu'Alcide Bonneau fut le premier à signaler (La Curiosité littéraireet bibliographique, 1860).

Les unes ont peu d'importance, ce « ne sont que des corrections de style >>, l'écrivain s'étant borné à corriger une négligence, à remplacer par un mot plus moderne telle expression dont l'archaïsme avait pu effrayer son nouvel éditeur. D'autres « ont cela de piquant qu'elles nous montrent Gautier obligé de céder lui-même aux susceptibilités niaises dont il se moque et de châtrer sa prose ou de lui mettre des feuilles de vigne, dans la page même où il raillait si spirituellement les châtreurs de prose et les poseurs de feuilles de vigne »

Ainsi, page 6[6], l'allusion aux « Priapées du marquis de Sade » disparaît, tandis que, page 9, « dans Molière, la vertu est toujours honnie », et non plus « cocue ». Page 14 : « un morceau de vieux fromage » atténue l'arome d'un « morceau de fromage puant » page 22 : la femme « en état de recevoir l'homme » a disparu, et un « certain vase » est substitué au « pot de chambre » de l'édition originale. Enfin pages 35 et 37, les deux corrections les plus importantes sans doute : la « lecture des journaux n'est plus « une pollution quotidienne », mais « un excès quotidien », et, dans le paragraphe final, les « pessaires élastiques » font place aux « ceintures élastiques », cependant que l'auteur n'ose laisser subsister « les recettes contre les fleurs blanches » qui formaient les derniers mots de sa préface. Le « mal de dents » a traîtreusement remplacé la corbeille de Mme de Pompadour. Ni Maurepas, ni Baudelaire, en son Salon de 1846, à propos d'Ary Scheffer et des « femmes esthétiques », ne se montrèrent aussi pudibonds.

La candidature de Théophile Gautier à l'Académie française expliquait et pouvait excuser, en 1863, ce désaveu, inutile mais faible, adressé au collecteur du Parnasse satyrique du XIXe siècle :

Ce 16 octobre 1863.
Mon cher Poulet-Malassis,

Il m'est revenu que vous aviez l'intention de faire imprimer à Bruxelles, sous le titre de Parnasse satyrique moderne, un choix de ces poésies qu'on appelait gayetés au seizième siècle et juvenilia au dix-septième.

On me dit aussi que quelques pièces, qui me sont à tort attribuées et que je désavoue formellement, doivent y figurer avec ma signature.

J'espère de votre délicatesse et de votre obligeance bien connues, que vous n'insérerez pas ces rimes dans un recueil dont la publication, même à l'étranger, me semble inopportune et dangereuse.

Agréez, cher éditeur, l'expression de mes plus sincères cordialités.

THÉOPHILE GAUTIER.

Rue de Longchamp, n° 32, à Neuilly-sur-Seine, près Paris[7].

Mais il n'en était pas de même en 1845. Le bon Théo ne songeait guère à l'Académie, sinon pour s'en moquer. Ces corrections ne furent que de vaines concessions aux « bourgeois », ses ennemis naturels, qui ne lui en tinrent pas compte. Un éditeur intelligent nous rendra-t-il donc -- on lui en saura gré -- la préface de Mademoiselle de Maupin, telle que l'écrivit Théophile Gautier en mai 1834 ?

PIERRE DUFAY.

Revue d'histoire littéraire de la France 1926

[3]


LA GENÈSE DE MADEMOISELLE DE MAUPIN

Il y a de bonnes raisons pour croire que Gautier avait quelque connaissance des aventures de la véritable Mlle Maupin quand il écrivit son roman. Mademoiselle de Maupin parut en novembre 1835. En septembre de la même année, un nommé Rochefort avait publié, dans Le Monde Dramatique[8] une courte notice sur Mne d'Aubigny-Maupin. Il dit dans une note : « Un de nos collaborateurs, M. Théophile Gautier, s'occupe, en effet, depuis longtemps, d'un roman qui porte le titre : Mlle Maupin ». Ce petit article, qui semble rédigé pour faire de la réclame au roman déjà sous presse, est basé sur un résumé, biographique dans les Anecdotes Dramatiques[9]. Nous y apprenons que « la demoiselle Maupin » naquit en 1673, qu'elle était fille du sieur d'Aubigny et avait épousé très jeune « un nommé Maupin ». Elle fit connaissance avec « un homme nommé Séranne, prévost de salle, et alla avec lui à Marseille ». Tous deux étaient chanteurs, et ce don leur facilita l'entrée à l'Opéra de la ville. Mlle Maupin n'y resta pas et son départ ne fut pas banal. « Elle avait conçu un attachement trop tendre pour une jeune Marseillaise que ses parents firent mettre dans un couvent à Avignon ; quand Mlle Maupin sut le lieu de sa retraite, elle alla se présenter en qualité de novice dans le même monastère, et y fut reçue. Au bout de quelque temps une religieuse vint à mourir. Mlle Maupin la déterra, la porta dans le lit de son amie, mit le feu au lit et à la chambre, et profita du tumulte causé par l'incendie pour enlever la fille qu'elle aimait. Dès qu'on se fut aperçu de cette évasion, on lui fit son procès ; et, sous le nom d'Aubigny, car elle se faisait passer toujours pour fille, elle fut condamnée au feu par contumace ; mais, comme dans la suite la jeune Marseillaise fut retrouvée, et que son amie avait eu la précaution de s'évader, la sentence ne fut pas mise à exécution. » — Mlle Maupin se fit recevoir à l'Opéra de Paris où elle débuta avec éclat. Ayant pris les habits masculins pendant son séjour en province, elle les portait dans la capitale quand elle voulait courir les aventures ou se venger d'une injure. Elle se fit une réputation de duelliste redoutable. Et ce ne fut pas la seule de ses bizarreries. « Le goût singulier de cette fille pour les personnes de son sexe était si vif qu'elle s'exposait à de fréquents mépris de leur part, et n'en était pas plus réservée. Un jour elle fit, sans succès, les plus tendres instances à une actrice appelée Mlle Moreau 3. On raconte qu'étant à un bal que feu Monsieur, frère unique du roi, donnait au Palais- Royal, et s'étant déguisée en homme, suivant sa coutume, elle osa faire à une dame des agaceries indécentes, qui, de la part d'un homme, passeraient- pour la plus grande insulte. Trois des amis de cette dame, indignés de cette action, résolurent d'en tirer vengeance et l'appe- lèrent dans la Place ; elle sortit fièrement, mit l'.épée à la main, et les jeta tous les trois sur le carreau ; ensuite elle rentra dans le bal, et, s'étant fait connaître à Monsieur, eile obtint sa grâce. » — Elle ne manquait pas non plus d'amants ; celui à qui elle était le plus fidèle s'appelait le comte d'Albert. Les Anecdotes citent une épître en vers qu'elle lui adressa. En 1705 elle se décida à se retirer du monde, et le comte d'applaudir à ce projet.

Une courte notice publiée dans le Dictionnaire des théâtres de Paris par les Frères Parfaict avait déjà raconté la carrière dramatique de Mlle Maupin. Les auteurs ne daignent pas narrer sa légende amoureuse, mais ils en savaient quelque chose. « La passion que Mlle Maupin avait pour l'exercice des armes, et l'habitude fréquente où elle était de s'habiller en homme ont donné lieu à plusieurs histoires vraies ou fausses qu'on raconte d'elle; mais, comme, elles sont pour la plupart dans un goût romanesque, et peu nécessaires à notre sujet. nous ne jugeons pas à propos de les rapporter. » — La mort de l'actrice serait arrivée vers la fin de 1707.

Les Frères Parfaict disent qu'ils ont tiré leurs renseignements d'un Mémoire manuscrit. Les notices subséquentes ne donnent aucune indication de leurs sources. Larousse et la Grande Encyclopédie résument les Frères Parfaict et les Anecdotes Dramatiques, y ajoutant quelques détails que je n'ai pas trouvés ailleurs ; A. Houssaye et E. Deschanel 2 ont esquissé des portraits de la cantatrice sans ajouter à nos connaissances. Deschanel dit du romande- Gautier : « Le nom, augmenté d'une particule, et puis la donnée générale d'une femme portant le costume masculin et s'adonnantaux équivoques lesbiennes, c'est tout ce que l'auteur avait pris à l'histoire ».

Assurément il ne faut pas exagérer les emprunts que Gautier a faits aux sources de son roman. Il s'est servi de ces données quelque peu scabreuses comme d'un cadre à ses fantaisies. Les héros partagent son culte delà beauté sensible et son credo d'artiste, aussi éloignés que possible de l'idéal chrétien. On n'a peut-être jamais si bien analysé le penchant néo-païen du tempérament romantique. A part cela, Gautier ne prend guère plus ses personnages au sérieux que les auteurs des contes philosophiques ne font les leurs, et il donne libre carrière à son goût des scènes propres à épater les bourgeois.

Il est bien possible que l'idée de faire de Mlle Maupin l'héroïne d'un roman lui soit venue aprèsla lecture d'un conté espagnol, La Historia de la Monja Alferez. Une pièce espagnole de Montalvân sur ce même sujet parut à Paris en 1829. Ges deux ouvrages furent publiés en français l'année suivante, et l'histoire eut du succès[10]. Le rédacteur du conte, Joaquin Maria de Ferrer, cite des documents pour prouver que la nonne a vécu en chair et en os. Catalina de Erauso, née à San-Sébastian en 1592, se sauva de son couvent pour courir des aventures dans le Nouveau-Monde sous les habits d'homme. Le conte relate surtout ses prouesses de ferrailleur, mais fait allusion à des belles dames qui soupiraient pour elle. L'aventure d'une de ces amoureuses défraie la pièce de Montalvân.

Gautier a dû connaître cette histoire[11]. Son roman ne trahit point l'influence directe de la Monja Alferez, mais il a bien pu trouver l'amazone française aussi fringante que sa sœur d'outre-Pyrénées et aussi digne d'une renaissance littéraire.

Gautier, a voulu que son héroïne appartînt à la noblesse et il traite si librement son originale que l'addition de la particule lui a du paraître toute simple. Il explique son costume masculin par son désir de connaître à fond les jeunes gens qu'elle soupçonne de porter un double masque devant les jeunes filles. L'expérience ainsi acquise l'amène vite à préférer la compagnie féminine. De là ses escapades avec les personnes de son sexe. Gautier en nomme deux : Rosette et le page déguisé, Ninon. Celle-ci ne joue pas un grand rôle : elle semble un souvenir de la jeune Marseillaise si étrangement enlevée du couvent. Mais, dans le roman, Mlle de Maupin la sauve d'une situation analogue à celle de l'Yvette de Maupassant. Elle fait allusion à un duel qu'elle a dû provoquer avec l'homme qui voulait séduire l'enfant. Après l'avoir défié en vain, elle menaça de le faire étriller par ses laquais pour l'obliger à la rencontrer sur le terrain[12]. La représentation de Comme vous le voulez, organisée par Albert et ses amis, est justifiée par la carrière théâtrale de Mlle Maupin. Enfin la lettre qui termine le roman peut bien être le pendant ironique de l'épître du comte Albert cité dans les Anecdotes[13]. -La lettre, bien entendu, a sa raison d'être comme le résumé de l'hédonisme philosophique du roman.

Ce sont là des ressemblances assez vagues. Mais 11 y a mieux. Le comte d'Albert des Anecdotes est devenu le chevalier d'Albert ; Mlle Maupin est nommée Madeleine de Maupin. Gautier semble avoir, inventé le prénom. Est-ce une allusion à sa retraite ? En tout cas il connaissait son nom déjeune- fille, car il dit une fois : « Mlle d'Aubigny ou Madeleine de Maupin, pour l'appeler de son véritable nom »... Son nom de guerre est Théodore de Sérannes — un souvenir certain du prévôt de salle. Les Frères Parfaict, les Anecdotes et le roman s'accordent pour lui attribuer une voix admirable. Gautier, comme les Anecdotes, fait d'elle un passé maître en escrime. Il a semé partout des allusions à ses prouesses de duellislè.-Ainsi d'Albert écrit à un ami : « Ma maîtresse est de première force à l’épée, et en remontrerait au prévôt "de salle le plus expérimenté; elle a eu je ne sais combien de duels, et tué ou blessé trois ou quatre personnes ».

Il est bien possible que Gautier ait profité de son étude des Anecdotes Dramatiques pour quelques scènes au Capitaine Fracasse, où la vie des acteurs errants au xviie siècle est esquissée. On annonça ce livre en. 1836, peu de temps après la publication de Mademoiselle de Maupin, mais il ne parut que vingt-cinq ans plus tard. Reed Collège, Portland, Oregon.

BENJAMIN MATHER WOODBRIDGE.

  1. Cf. Adolphe Jullien : Le Romantisme et l’éditeur Renduel, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1897, in-12.
  2. Adolphe Jullien, op. cit.
  3. Je fais ici allusion à le lettre rabelaisienne écrite d'Italie par Théophile Gautier à Mme X..., et dont la copie est entre les mains de quelques fanatiques du maître, lettre qui est véritablement un chef-d'Œuvre de style gras. (E. de G.)
  4. Emile Bergerat : Théophile Gautier. Entrentiens, souvenirs et correspondance, Paris, G. Charpentier, 1879, in-12.
  5. Cette même année, Gervais Charpentier publiait les Poésies complètes de Théophile Gautier (in-12, de 2 ff., 370 p.). Émaux et Camées ne parurent qu'en 1852, chez Eugène Didier.
  6. je suis la pagination de la réédition de 1854
  7. Vicomte de Spoelberch de Lovenjoul : Histoire des oeuvres de Théophile Gautier, Paris, G. Charpentier et Cie, 1887, 2 vol. in-8.
  8. Vol. III, p. 350 et suiv., Paris, 1767.
  9. A. Houssaye : Princesses de Comédie et Déesses d'Opéra, p. 175-180, Paris,, 1860. — B. Deschanel : La Vie des Comédiens, p. 156-160, Paris (Hachette), s. d.
  10. Pour la bibliographie, voirJ. Fitzinaurice-Kelly, The Nun Ensign; London, 1908.
  11. La Revue Encyclopédique parle du texte espagnol en 1829.-- Gautier ne serait pas le seul poète à en sentir l'attrait. J.-M. de Hérédia a traduit le texte espagnol. Voir : La Nonne Alferez, Paris, 1894.
  12. Cela est-il suggéré par un incident raconté dans les Anecdotes ? On y lit : « Dumesnil, acteur de l'Opéra, l'ayant insultée, elle l'attendit un soir dans la place des Victoires, vêtue en homme, voulut l'obliger de mettre l'épée à. la main et, sur son, refus, lui donna une volée de coups de bâton, lui prit sa tabatière et sa montre. Le lendemain, Dumesnil raconta à l'Opéra son aventure, qui avait fait du bruit ; mais il la raconta avec d'autres circonstances, et se vanta d'avoir été attaqué la veille par trois voleurs, dont il s'était défendu vigoureusement, mais qui lui avaient pris sa montre et sa tabatière. Lorsqu'il eut fini de raconter ses bravades, Mlle Maupin, qui était du nombre de ses auditeurs, lui dit : Tu en as menti ; tu n'es qu'un lâche et un poltron : c'est moi seule qui ai fait le coup ; et voilà ta montre et ta tabatière que je te rends pour preuve de ce que. je dis. »
  13. Voici le commentaire du rédacteur des Anecdotes : « M. le comte d'Albert fait envisager à Mlle Maupin les raisons qui pourraient la retenir dans le monde ; mais il ne lui dissimule pas que des raisons plus fortes encore l'appellent à la rétraite. Il finit par l'affermir dans sa.résolution : et j'ose dire que jamais directeur spirituel ne s'est mieux exprimé sur les choses du salut. »