Dollard des Ormeaux et ses compagnons/Dollard des Ormeaux

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Le Comité du Monument Dollard des Ormeaux (p. 19-41).

NOTES ET DOCUMENTS


Adam Dollard des Ormeaux et ses compagnons ont vécu à Montréal avant le combat du Long-Sault et leurs noms figurent dans les registres de l’état civil, dans les actes notariés et dans les documents sous seing privé.

Il nous a donc été possible de glaner dans ces anciennes archives des renseignements assez peu connus sur les jeunes braves qui sauvèrent la Nouvelle-France.

Nous donnons d’abord les notes et les documents relatifs à Dollard ; ceux qui concernent ses compagnons ont été rassemblés dans une seconde partie.


DOLLARD À MONTRÉAL


Si l’on ouvre l’Histoire de la colonie française, à la page 389 du tome II, on voit que l’abbé Faillon émet l’opinion que Dollard des Ormeaux vint à Montréal, avec de Maisonneuve et les Sulpiciens, en 1657, et cet auteur en trouve la preuve dans le fait que Dollard appose sa signature, au bas d’un acte de Basset ; en date du 18 novembre 1657.

Cette affirmative est-elle fondée ?

Il y a deux documents, dans le greffe de Basset qui portent à l’extérieur la date du 18 novembre 1657. L’un d’eux est une cession et transport de terre par Charles Le Moyne à deux colons : Fontaine et Jousset. L’autre, est la copie du même contrat avec, au bas, à la date du 17 septembre 1658, un transport du tiers de la dite terre par Fontaine et Jousset à Adrien Léger. Or c’est à la rédaction de ce dernier acte que Dollard est présent ! [1]

Dans le registre du tabellionnage, ces deux pièces sont aussi placées à la date du 18 novembre 1657.

Faudrait-il dire que Dollard ne vint à Ville-Marie qu’en septembre 1658 et que l’hypothèse de l’abbé Faillon tombe en entier. Il y a là matière à réflexion.

Toutefois, il serait difficile de supposer qu’il ait demeuré à Montréal plus tôt, car alors comment expliquer qu’il n’eut pas été présent le 29 décembre 1657, au contrat de mariage de Jacques Le Ber et de Jeanne Le Moyne, puis, le 18 février 1658, à celui de Michel Messier et de Anne Le Moyne, tandis qu’il assiste, le 15 septembre 1658 au contrat de Jacques Mousseaux et de Marguerite Soviot ?

Jacques Le Ber, avait à peu près l’âge de Dollard et ils ont dû être en continuelle relation. De plus ces mariages des deux sœurs de Charles Le Moyne, l’un des plus considérables habitants de Ville-Marie étaient de ces événements dans lesquels un officier de la garnison ne pouvait s’abstenir de figurer. Aussi, y voit-on Lambert Closse, sergent-major, et même Jacques Vautier, simple sergent.

Mais entre le 10 septembre 1658 et le 15 novembre 1659, Dollard est présent et signe à seize actes divers passés devant maître Basset, et sa présence est attestée dans deux autres actes du même notaire.[2]

Par contre, il n’apparaît qu’une fois dans les actes de l’état civil et c’est en qualité de parrain d’Élisabeth, fille aînée de Lambert Closse et d’Élisabeth Moyen, mariés l’année précédente.

Dans cet acte, daté du 3 octobre 1658, l’officiant qualifie Dollard de « volontaire », et l’on suppose que notre personnage n’était qu’attaché à la garnison, ou encore qu’il y avait pris du service librement.

Basset lui donne parfois le titre de commandant et parfois celui d’officier.

Que signifie ce titre de commandant porté aussi par M. de Belestre ?

Dollard était-il, hiérarchiquement au-dessus de Lambert Closse à qui M. de Maisonneuve avait déjà confié l’administration de Montréal ?

Cela n’est pas très clair, d’autant que l’historien Faillon attribue presque l’insistance que met Dollard, au mois d’avril 1659, à ne pas attendre Closse, Le Moyne et de Belestre, à ce qu’il « était bien aise d’avoir le commandement de ce parti, afin de se distinguer par des coups de valeur qui lui servissent pour dissiper quelques difficultés qu’il avait eues, disait-on, en France ».[3]

Autrement dit, si Lambert Closse, Charles Le Moyne et Picoté de Belestre avaient été de l’expédition, il aurait eu des supérieurs ou des égaux. Il reste, cependant, à battre si c’eût été par suite de leur grade ou de leur expérience.

Cette question en provoque une autre.

Dollard avait-il l’intention de s’établir à Montréal, ou ne voulait-il qu’y séjourner temporairement ?

Une brève allusion, dans un document classifié récemment, autorise, croyons-nous, à présumer qu’il voulait demeurer ici et qu’il avait même obtenu une concession ou une promesse de concession de M. de Maisonneuve.

En effet, le 2 mai 1661, le gouverneur de Montréal concède à M. de Belestre, une terre de trente arpents « tirant vers Sainte-Marie, à commencer proche le fleuve ». [4]

Cette terre est sise entre celle de Jean Valliquet dit Laverdure et celle de Paul Benoit dit le Nivernois.

M. de Belestre la reçoit à charge d’y bâtir maison et payer entre autres choses « à la succession de feu Adam Dollard, la somme de 79 livres, 10 sols, pour 53 journées d’hommes que le défunt a employé à faire travailler sur la dite concession. »

La terre que nous venons de mentionner avait déjà été cédée à Silvestre Vacher dit Saint-Julien, le 10 mai 1659.

Celui-ci n’en avait joui que peu de temps, car il se fit tuer par les Iroquois en octobre 1659, vers le lac aux Loutres (aujourd’hui, partie Sud du quartier Notre-Dame de Grâce).

Dollard n’en eut donc la propriété, tout au plus, que cinq mois, exactement comme le premier concessionnaire.

Il nous a paru qu’on aimerait à savoir où se trouvait ce lopin de terre et voici le résultat de nos recherches.

M. de Belestre acquit le concession de son voisin Valliquet et le tout, après plusieurs transactions successives fut acheté par MM. Georges Fullum et Louis Parthenais qui ont laissé leurs noms à deux rues traversant ces biens-fonds.

Ne serait-il pas convenable de partager cet honneur avec les illustres colons Dollard et de Belestre ?

L’inventaire des biens meubles de Dollard indique à ne pas s’y méprendre qu’il ne vivait pas dans le luxe, car il possédait moins d’effets mobiliers que la plupart des habitants, même célibataires, qui décèdent avant lui. La somme totale de son avoir, après l’estimation qu’on en fait, n’aurait été que de 85 livres de vingt sols.

Néanmoins, cet inventaire, lorsqu’on le compare aux pièces contemporaines ou antérieures de même espèce, laisse apercevoir aussitôt, que le défunt était d’une caste différente de celle des colons ordinaires.

Ceci ressort de la variété de sa modeste garde-robe et de la présence d’objets de toilette qu’on ne trouve pas mentionnés auparavant.

Cet inventaire nous apprend encore que Dollard avait formé une société avec le fameux Picoté de Belestre, arrivé en 1659.

Cette société devait avoir pour but le défrichement et la culture de terres en vues d’un établissement futur. Cela se pratiquait fréquemment et il y en a plusieurs exemples dans les archives.

L’existence de cette société expliquerait pourquoi tous les biens que laisse Dollard sont en la possesssion de M. de Belestre.

À la fin de l’inventaire, suivant la coutume, se trouve le chapitre des dettes dues par le défunt. Celles-ci ne s’élèvent qu’à 21 livres, mais tous les créanciers n’y figurent pas.

En outre, Dollard devait 48 livres à Jean Aubuchon en vertu du billet que nous reproduisons ici et qu’il rédigea trois ou quatre jours avant son départ ; plus, une somme de 30 livres au chirurgien Louis Chartier, car lorsque ce dernier se noie, à Montréal, le 20 juillet 1660, deux mois après le trépas de Dollard, Basset découvre dans les papiers de Chartier, un autre billet consenti par Dollard ; enfin, dans l’inventaire de René Doussin (16 mai 1660) Basset lui-même déclare que Doussin lui devait la somme de 9 livres « pour reste d’une plus grande somme par luy respondue pour deffunt le sr Dollard. » [5]

Aubuchon et Chartier avaient probablement jugé inutile de présenter leurs réclamations sachant bien qu’ils ne pouvaient être remboursés par la succession.

M. de Maisonneuve, dut écrire la pénible nouvelle en France et attendre des informations, car ce n’est qu’un an après l’inventaire, qu’il ordonne la vente des biens de Dollard.

Cette vente excita peu d’intérêt.

C’est le jeune tabellion du lieu, Bénigne Basset qui offre les articles aux acheteurs, le dimanche, 13 novembre 1661, « audevant de la porte du sieur Jean Gervaise. »

L’acte qui devait, en relater les péripéties était dressé d’avance, en sorte que le « commis au greffe et tabellionnage » n’avait qu’à remplir les blancs qu’il avait ménagés à la suite de la description de chaque article.

Cinq de ces articles ne tentèrent pas les enchérisseurs et, en tout, la vente rapporta 41 livres, 7 sols, soit $8.27. Rappelons-nous, cependant qu’on achetait à cette époque pour une livre (20 sous) ce qu’on paye aujourd’hui cinq à dix fois plus.

Il n’entre pas dans le cadre de cette petite étude de traiter du combat du Long-Sault. On en trouve les détails les plus circonstanciés dans les Relations des Jésuites, dans la lettre du R. P. Chaumonot (reproduite par la mère Marie de l’Incarnation, puis par M. Benjamin Sulte dans les Memoires de la Société royale), dans l’Histoire du Montréal de l’abbé de Casson, et, enfin dans l’Histoire de la colonie française de l’abbé Faillon. Ce dernier a fondu les écrits de ses prédécesseurs en un seul.

À ce sujet, citons M. Sulte : « C’est M. Faillon qui a le mieux décrit le siège du Long-Sault et c’est M. Parkman qui a le mieux traduit cette belle page… en se l’attribuant. »

Cette phrase ironique mais juste est la première d’une étude que M. Sulte a consacrée au lieu où Dollard a combattu [6] et cette étude est à lire en entier par ceux qui désirent être complètement renseignés.

N’allons pas oublier que l’abbé P. Rousseau, P.S.S. a repris le récit de son confrère, l’abbé Faillon, et qu’il l’a condensé avec bonheur dans son Histoire de la vie de M. de Maisonneuve.


LE VÉRITABLE NOM DU HÉROS.


À en croire certains auteurs, le sauveur de Ville-Marie aurait eu, à sa disposition, autant de vocables qu’un hidalgo espagnol. Pourtant, Adam Dollard, sieur des Ormeaux est bien la seule et correcte appellation par laquelle on doit le désigner. Daulat et Daulac sont des déformations qu’il faut bannir impitoyablement.

Jugez-en. Dans le greffe de Basset on trouve la signature de notre personnage aux dates suivantes : 15 septembre, 17 septembre, 8 octobre, 12 octobre, 23 octobre, 13 novembre, 15 décembre, et 20 décembre 1658, 2 janvier, 12 janvier, 26 février, 16 mars, 18 mars, 3 octobre et 15 novembre 1659, et partout il signe Dollard [7] ainsi que dans le billet qu’il remet à Jean Aubuchon.

Dans le même greffe, il est mentionné aux actes suivants : 10 septembre 1658, 7 avril 1659, 18 avril, 26 mai, 22 juillet, 6 novembre, 9 novembre 1660 ; 12 mai et 13 novembre 1661, puis dans la concession de M. de Maisonneuve, du 2 mai 1661, et partout, encore, on lit Dollard.

Dans le seul acte de l’état civil où il apparaît personnellement (3 octobre 1658), il ne signe pas, non plus que les autres personnes qui participent à la cérémonie, mais l’officiant écrit Dolard. [8]

On voit donc que dans toutes les pièces publiques connues à Montréal, le héros du Long-Sault, de son vivant, n’a jamais eu d’autre nom que Adam Dollard, sieur des Ormeaux.

Sa mort va changer cela.

C’est dans son acte de décès que la première altération se produit. Là, le rédacteur écrit Daulat.

Cette orthographe s’excuse parce qu’en prononçant mollement, il n’y a pour l’oreille qu’une imperceptible nuance entre Dollard et Daulat. Ceci admis, le mot Daulac devrait s’expliquer comme suit :

Au XVIIe et au XVIIIe siècles, dans plusieurs manuscrits, le t final, ne saurait se différencier d’un c.

Par exemple, dans Basset, on peut tout aussi bien lire Archambauc qu’Archambaut, Souarc que Souart, Branssac que Branssat, etc.

Voilà une des sources de l’erreur, mais en voici une autre. À cette époque, pour plusieurs, la syllabe ac finale avait la valeur d’un a aigu. Rien d’étonnant, ne disons-nous pas encore tabac et estomac ! Aussi peut-on lire, dans certains documents Frontena et Michilimakina ! Dans nombre de pièces, les scribes écrivent Branssac, toutefois, ce personnage signe toujours Branssat. [9]

Donc, les historiens Dollier de Casson et Vachon de Belmont ont pu écrire indifféremment Daulac ou Daulat parce que la prononciation était identique.

Au surplus, les abbés de Casson et de Belmont, si les copistes ne leur ont pas joué de mauvais tours, ce dont nous sommes convaincus, auraient écrits certains noms d’une façon plus que bizarre, tels : Sœur Brussolle pour Brésoles, sœur Moillac pour Maillet [10], sœur Maer pour Macé [11], Lagachetière pour La Lochetière, Clos pour Closse, Dalleq pour Dallet, etc. [12]

C’est à compter de l’introduction de ces manuscrits au Canada (celui de M. de Belmont en 1837, et publié en 1840, puis celui de M. de Casson en 1845 et publié en 1868), que quelques-uns de nos historiens donnèrent carrière à Daulac.

Cependant, Garneau paraît être le seul qui accepte cette orthographe sans objection, parce qu’il n’a pu se renseigner aux minutes du tabellionnage de Montréal. [13]

Lorsque le manuscrit de M. Dollier nous parvint, Jacques Viger se chargea de l’annoter et il crut devoir enregistrer une protestation discrète basée sur le seul fait qu’il avait vu, en 1847, l’inventaire des biens du héros où son nom était écrit Adam Dollard.

Évidemment, M. Viger ignorait que la signature de Dollard fut conservée, puisque, quelques pages plus loin, il prend la peine de dire au sujet de certains Montréalais : « Écrivons Le Ber, Le Moyne et Migeon de Branssat, car c’est ainsi que ces dignes chrétiens signaient ».

Par ailleurs, le manuscrit de M. de Casson et les annotations de M. Viger, bien qu’étant connus des historiens, ne furent imprimés qu’en 1868, soit dix ans après la mort de M. Viger.

L’abbé Ferland, dans son Cours d’histoire qui parut en 1861, conserva Daulac (I, 455) se réservant le privilège de lancer, dans une note, une nouvelle déformation : « Il est nommé Dolard dans les Relations, Daulard dans quelques actes publies [14] ; il semble que c’était là son véritable nom, puisqu’il le prend dans le testament qu’il fit avant son départ. »

L’abbé Ferland est le seul auteur qui affirme que Dollard fit un testament. N’a-t-il pas donné, à quelques textes, une porté plus grande qu’ils ne comportent ? [15]

Quoiqu’il en soit, en admettant (sous réserve) ce document que personne n’a vu depuis, peut-on imaginer que Dollard, pour une fois, et sur une pièce d’une telle importance, eût signé autrement qu’il signait d’habitude ?

N’importe l’alarme était donnée et c’est le distingué abbé Faillon qui devait faire la lumière.

Daulat ou Daulac ayant été créés par deux historiens sulpiciens, il était dans l’ordre que cette erreur fut réparée, tout d’abord, par un des membres de cette illustre Compagnie.

Il le fit carrément et avec d’autant plus de mérite que lui-même avait déjà écrit plusieurs fois Daulac.

Relisons donc la note qu’il inséra dans son Histoire de la colonie (vol. II, p. 389) :

« M. Souart, dans le registre mortuaire de Villemarie (sic) appelle cet officier Adam Daulat, et M. de Belmont, dans son Histoire du Canada, le nomme Daulac, après M. Dollier de Casson. Nous avons suivi nous-même cette orthographe dans la Vie de la Sœur Bourgeoys. Mais ayant eu occasion de consulter les actes de Basset, nous avons vu que ce notaire écrivait Dollard, ce que fait aussi l’auteur de la Relation de 1660. C’est là la véritable orthographe de ce nom, ainsi que le montre la propre signature de ce brave militaire, qui écrivait constamment Dollard, et quelquefois Des Ormeaux Dollard. »

Voulant concilier tout le monde, Parkman inventa une explication qui a cours dans certains milieux.

Daulac, selon ce grave historien, serait le nom exact du héros et Dollard, son nom populaire, c’est-à-dire une sorte de sobriquet. [16]

Rien de plus absurde que cette supposition dénuée de tout fondement. Cependant, elle a été acceptée par Mlle Caruthers, elle est citée dans la magnifique édition américaine des Relations des Jésuites, etc.

Bref, il y aurait une brochure à faire sur ce sujet fertile mais pourquoi s’attarder ?

Quand un homme a de l’instruction, qu’il sait signer et très bien, nul n’a le droit d’écrire le nom de cet homme à sa fantaisie. C’est lui-même qui en fixe l’orthographe, parce que c’est son bien personnel.




INVENTAIRE DES BIENS MEUBLES
DE DEFFUNT ADAM DOLLARD
DU VI - 9BRE
1660.

Inventaire de biens meubles appartenant à deffunt Adam Dollard sieur desormeaux Vivant Commandant en la garnison du fort de Ville-marie, en lisle de Montréal Trouvé en la possession de Pierre Picote sr de Belestre aussy commandant en lad. Garnison fait par moy Commis Au greffe et tabellionnage dud lieu Soubsigné Ce 6ie. 9bre.-1660.

Premieremt.

Trouvé un Coffre de bois fermant a clef dans lequel Il sest Trouvé les choses qui suivent, Ice-luy Brisé &c et estimé la some de quatre Livres cy 
 IIII tt
Item Une espée a manchée prisée 
 XX s
Item Un petit Justacorps avec Une petitte Culotte fort Usé le tout de droguet prisé et estimé la some de quarante Sols cy 
 XL s
Item Un meschant Justacorps gris doublé dune fort meschante Revesche de mesme Couleur, Avec Un meschant hault de chausse de mesme estosfe prisé et estimé le tout Ensemble La somme de trois livres cy 
 III tt
Item Une paire de bas Blancs tels quels prisé et estimé la somme de Cinqte Sols cy 
 L s
Item Un baudrier de Vache dangletere avec boucles de fer prisé et estimé la some de Cinquante Sols Cy 
 L s
Item Un Justacorps Avec Une Ringrave[18] dont les bas blancs Le tout de drap de ceau[19] le tout prisé et estimé ensemble la soe de dix huit livres cy 
 XVIII tt [17]

(En marge de l’item ci-dessus :)

Ner. que les hardes de cet article
ont esté rendus Au Sr de brigeat[20]
par ordre de monsieur le gouverneur
dauta. quelles estaient aluy.

Item, Un fort meschant Calçon façon de chamois prisé et estimé, la somme de Vingt Sols cy 
 XX s
Item, Un bonnet de Nuict, de laine blanche double avec deux Coiffes prisé et estimé la somme de trente Sols cy 
 XXX s
Item Trois chemises Telles quelles prisées et estimées ensemble La Some de Sept livres dix Sols cy 
 VII tt X s
Item Un petit pacquet de Meschant Linge prisé et estimé ensemble La some de trois livres cy 
 III tt
Item deux pacquets de canons Rouges et bleufs prisé et estimé ensemble la some de 
  
Item. Une petite seringue destin Commun prisé et estimé la some. de Vingt Sols cy 
 XX s
Item. Une Trousse de mouton doublé de velours rouge telle quelle Avec pigne de buis rompu un petit pigne façon descaille tortue Avec Une petitte brosse prisé et estimé ensemble la somme de (les mots “quarante sols cy” ont été rayés et remplacés par) trente sols 
 XXX s
Item, Un meschant chappeau Noir prisé et estimé la some. de Vingt sols cy 
 XX s
Item, Une meschante paire de Raquettes Sauvages prisé et estimées la somme de quatre livres cy 
 IIII tt.
Item. Une Valize de Cuir telle quelle prisé et estimé La somme de Trois livres cy 
 III tt.

Chapitre des tiltres et pappiers

Item, Une facture du sieur Mousnier parafé & coté 
 A.
Item, Une missive du Sr. Jobart en datte du 12 8bre 1659 parafé et cotté 
 B.
Item. Un petit mémoire, parafé et cotté 
 C
Item. Un Reçu de guillaume Cousture po. deux minots de bled parafé & cotté 
 D.
Item. Un aquiet du sr. de St Jacques de la soc. de Vingt, livres parafé & cotté 
 E.
Item Une societte faite entre Led deffunt et le sieur de bestre’. [21] en date du XXIe 9bre 1659 parafé et Cotté 
 F.
Item. Une petit memoire de quelques Journées fournies aud deffunt par Avenue du hann. (?) dud lieu Cotté. 
 G.
Item. Un aut. Memoire des debtes dud deffunt parafé et Cotté 
 H
fait clos et arresté par moy Commis au greffe et tabellionnage de Villemarie Soubsigné, Après avoir chargé led sieur de belestre de toutes les choses mentionnées au présent Inventaire mesme des tiltres et pappiers Avec deffences de sen dessaisir Jusqua ce II en soit ordonné par Justice A peine de l’ordce. Ce qu’il a promis fa. et les Représenter toute fois et qualités quil en sera Requis et a signé. Ce Jour et an que dessus.
 
De Belestre
Basset.
Nore
Chapire. des debtes deubs par led deffunt aux cy après desnommes suivant Leurs declaraons.
 
Le 14’. 9bre. 1660 
  
Déclaré par Jacques Beauchamp, po. Sept Journées dhiver a 30 S par Jo. cy 
 X tt X s
plus deux Journées et demye a 40 S 
 V tt
plus po. son blanchissage pendant six mois 
 VII tt X s
plus po. La façon de quatre chemises et aut. menu Linge. 
 IIII tt
plus po. Vente dUn chappeau noir 
 IIII tt
Déclaré par le sr. Jullien de Rouvray Luy estant deux, pour Une grande Corne dans laquelle il y avait Une livre de poudre.


VENTE DES MEUBLES DE DEFFT. ADAM
DOLLARD DU 13’. 9BRE


1661.


Du Dimanche XIII. 9bre. 1661


Vente des biens meubles demeurez Après le Decedz de deffunt Adam Dollard Sr. Desormeaux, Vivant officier en la garnison du fort de Villemarie, fait par le Commandement de monsieur Le gouverneur, faisant laqlle. Vente en la présence

A esté par moy Comis. Au greffe et tabellionnage dud. lieu ey Apres Soubsigné, proceddë, après lavoir publiée, Dellivrez et Subgtrastez en la manière Accoustumée, Au plus offrant et dernier enchérisseur, aux personnes et aux Som’es des deniers qui ensuivent

Du Treiziesme Jour de Novembre mil six Ceht Soixante et Un, heure de Relevée, Au devant de la porte de La maison du Sr. Jean Cervaise habitant aud lieu de Villemarie.


Premierement

Un Coffre de bois ferment à clef, dellivré A

A la somme de

Item. Un petit Juste-au-corps Avec une petitte Culotte fort Usée, le tout de droguet, dellivré A toussaint hunault —

A la somme de quarante deux Sols XL II s

Item. Un très meschant Juste-au-corps gris, doublé d’une fort meschante revesche de mesme couleur avec un très meschant haut de chausse de mesme estoffe dellivré A Jacques Beauchamp A la somme de quatre livres six sols, cy.

IIII tt VI s

Item. Une paire de bas blancs tels quels, dellivrés A Nicolas hubert dit la Croix A la somme de quatre livres dix huict Sols cy. IIII tt XVIII s

Item. Un Baudrier de Vache dangloterre avec boucles de fer, dellivré A Pierre lhiguideau A la somme de quatre Livres cy 
 IIII tt.
Item. Un fort meschant Calson fasson de Chamois dellivré A Gilles Lozon chaudronnier A la somme de quatre livres cy 
 IIII tt.
Item. Un bonnet de nuiet de laine blanche Avec deux Coiffes de toile dellivré Avec un meschant chapeau noir Aud. Lozon A la somme de Trois tt seize sols cy 
 III tt XVI s
Item. Trois chemises telles quelles dellivrées Au Sr. Jean Gervaise A la somme de douze Livres dix sols cy
XXII tt X s
Item. Un petit pacquet de meschant linge, dellivré A Jacques beauchamp A La somme de trois livres Sept Sols cy 
 III tt VII s

Item. Deux pacquets de. Canons de Verre ( ?) rouges et bleufs dellivré A

A la some de

Item. Une petite seringue destin commun dellivré A

A la somme de.
Item. Une trousse de Mouton doublée de velours rouge telle quelle, un pigne de bouys rompu, Un aut. petit pigne fasson descaille Tortue Avec une petitte brosse, dellivré a Laurens Archambault A La some. de Trente trois sols cy 
 XXXIII

Item. Un meschant chappeau noir dellivré A

A la somme de.

Item. Une Vazise (sic) de cuir telle quelle dellivré A

A la somme de
Basset.

Concession de trente arpents de

terre à Pierre Picoté de

Belestre du 2e Mai

1661.


Paul de Chomedy Gouverneur de LIsle de Montréal en la Nouvelle france. Suivant Les Pouvoirs et commissions qui Nous ont esté donnez par Messieurs Les Associez pour la Conversion des Sauvages en la Nouvelle france en lad Isle et Seigneurie dIcelle, Nous Avons Donné et Concédé, Donnons et Concédons Au sieur Pierre Picoté de Belestre La quantité de Trente Arpens de terre Tirant Vers Sainte Marie. Scavoir dix Perches de large Proche la grande Rivière sur deux autres perches de Profondeur, tirant au Nord Ou’est quart dou’est, Tenant dUn costé A Jean Valliquet dit la Verdure d’Autre Costé A Paul Benoist dit le Nivernois, Plus dix perche de large Sur Cinquante de Profondeur Suivant le Mesme Run de Vent Joignant Icelle Aboutissant A la Concession dudit Valliquet, Plus dix aues’. Perches de large, Sur Cinquante de Profondeur suivant le mesme Run de Vent Joignant Lesd. deux Cents perches Aboutissant A la concession du dit Paul Benoist, faisant Ensemble lad. quantité de Trente Arpens de terre. Pour en Jouir par led. sieur de Belestre, ses Successeurs et Ayant Cause, A perpétuité et en Toute propriété Aux charges, Clauses et Conditions qui Sensuivent. Scavoir quIl Sera obligé de desfricher Lesd. y faire Bastir Une Maison, et payer par chaque Arpent Touttes Les Années Trois deniers de Censives Ausd’. Seigneurs de Montréal et Aues’. droicts Seigneuriaux quand le Cas Escherra Suivant la Coustume de Paris, et laisser les chemins que le gouverneur de Montreal Jugera necessaire po. la Commodité publique, Et Aussy a la Charge de Payer A la succession dud Deffunct sieur Dollard, la somme de Soixante et dix neuf livres dix Sols pour Cinquante Trois journées dhomme que led. deffunct sieur Dollard a Employées A faire Travailler sur lad Concession, fait Au fort de Villemarie, en lad Isle Le Deuxie’ Jour de May 16c. soixante et un.

Signé, Paul de Chomedey Sans parraphe.

Colla’onné A Son Original en pappier prêté par led sieur de Belestre et A LInstant Retiré, par moy Nore et tabellion en la terre et Seigneurie de LISle de Montréal soubsigné.

Le Cinquies’. décembre 16c soixante et Six.

Basset
Nore &c.



LES COMPAGNONS DE DOLLARD



Aux notes et aux documents qui précèdent nous ajoutons les renseignements que nous avons pu grouper sur les héros qui partagèrent le sort de leur chef valeureux.


En route


Au mois d’avril 1660, Dollard des Ormeaux conçoit le projet d’aller porter la guerre à l’ennemi au-dessus de Montréal, « ce qu’on n’avait point encore tenté »[22].

Il en reçoit la permission du gouverneur de l’île et embauche un certain nombre de jeunes gens. M. Dollier parle de 15 ou 16, au premier départ, puis d’un dix-septième, au second. Or il meurt trois personnes le 19 avril, et ils étaient 17 au Long-Sault ; la troupe devait donc se composer, tout d’abord, de 19 volontaires, ou bien, suivant l’hypothèse de l’abbé Faillon, Dollard s’adjoignit trois nouveaux combattants la seconde fois.

C’est le jeune commandant qui semble faire la plus grande partie des frais de l’expédition, sinon tous, puisqu’il emprunte, quatre jours avant son départ, la somme de 48 livres de Jean Aubuchon. C’est, probablement, aussi vers le même temps qu’il obtient la somme de 30 livres du chirurgien Chartier et une autre somme du notaire Basset [23].

  1. Quant au document du 5 septembre 1658, cité par l’abbé Faillon, il contient trois actes : un du 5 septembre, un du 10 septembre 1658, puis un autre du 4 octobre 1661. C’est dans celui du 10 septembre que Dollard figure.
    Lorsqu’on songe que l’abbé Faillon travaillait avec cinq ou six secrétaires ; qu’il lui était matériellement impossible de réviser l’immense quantité de notes qu’ils accumulaient et que l’habitude est de prendre comme date d’un document celle qui apparaît en premier lieu sur l’intitulé, on comprendra comment des erreurs de ce genre ont pu se commettre, sans qu’elles puissent jeter aucun discrédit sur cet éminent historien.
  2. L’abbé Faillon ne mentionne que onze pièces dans lesquelles la présence de Dollard est constatée. À l’époque où il travailla dans les voûtes du Palais de justice, plusieurs actes de Basset paraissaient égarées.
  3. Faillon, Histoire de la Colonie, II, 398.
  4. Nous reproduisons cette pièce plus loin.
  5. Avec les billets seuls, le passif du défunt s’élevait à 99 livres. Par ailleurs, le prix des travaux qu’il a fait exécuter sur sa concession ne figure pas ici.
  6. Pages d’histoires, 273 et seq.
  7. Sauf dans l’acte du 18 mars 1659 où il écrit des Ormeaux Dollard, et dans l’acte du 15 novembre 1659 où on lit Dellard parce qu’ayant commencé à écrire Deso il surcharge so de ll sans s’occuper de l’e précédent.
  8. Ainsi que l’auteur des Relations des Jésuites de 1660, imprimées en 1661.
  9. Mgr Tanguay en fournit un autre cas. Dans son dictionnaire, vol. III, p. 411, il mentionne J.-Bte. N. Deverac parce qu’il n’a lu son nom que dans les registres, quoique cet individu signe bien lisiblement Deverat. Maximilien Bibaud est tombé de Charybde en Scylla. Dans la première édition de son Panthéon, on lit Adam Dollard, sieur Descormiers ! Il est possible, toutefois, que ce soit une faute typographique.
  10. Autre exemple d’un t final pris pour un c ; de plus le copiste a dû se méprendre sur la 2e et la 6e lettres de ce nom.
  11. La distraction du copiste est ici bien patente.
  12. L’abbé Dollier de Casson n’était pas un déchiffreur d’écriture, si l’on on juge par un passage de l’article de M. O.-H. Lapalice, archiviste de la fabrique de Notre-Dame de Montréal, paru dans le Canadian Antiquarian de 1911, p. 184.
  13. Il convient d’ajouter que dans la 4e édition, M. Sulte, au mot Daulac de la table analytique renvoyait le lecteur à Dollard des Ormeaux. Dans la 5e édition de cette histoire parue en France, par les soins de M. Hector Garneau, petit-fils de l’auteur, Daulac disparaît enfin.
  14. Les actes publics connus aujourd’hui, et nous croyons qu’il y en a plus qu’on n’en connaissait en 1860, contiennent tous Dollard ou Dolard, à l’exception de l’acte de décès. D’ailleurs, l’abbé Laverdière, contemporain de l’abbé Ferland, continuateur de son œuvre et historien tout aussi consciencieux et érudit, n’a pas répété cette déformation ; il écrit Dollard.
  15. Nous analysons dans la seconde partie, ce qu’ont dit du testament de ces braves, les historiens de Casson, Faillon, Tanguay, Rousseau et autres.
  16. Quelques-uns prétendent que Dollard était d’origine irlandaise parce que son nom a été porté par le premier évêque de Saint-Jean, N.-B., lequel naquit en Irlande, en 1789. Il reste à savoir si cet évêque ne descendait pas d’une famille française émigrée en Irlande ; le cas ne serait pas unique. Quoi qu’il en soit, le nom existe en France sous diverses formes, entre autres, celle-ci : Daulhard.
  17. Les deux tt remplacent les deux ll barrées qui dans le texte sont mises pour le mot livres.
  18. Ou Rhingrave : culotte large.
  19. Dans l’inventaire de Jeanne Mance, on voit “drap de sceau” et “du ceaux”. Le terme exact est drap du sceau de Rouen, ainsi appelé à “cause de la marque de fabrique indiquant le pays d’origine.”
  20. Claude de Brigeat, grenadier, secrétaire de M. de Maisonneuve. Il fut pris et brûlé par les Iroquois en 1661. Certains historiens le nomment Brigeard, Brigard, Brisac ou Brigeac.
  21. C’est sans doute le nom du sieur de Belestre que le tabellion a écrit de cette manière. Basset avait la manie d’abréger quantité de mots, souvent même pour n’omettre qu’une lettre.
  22. Dollier de Casson — Histoire du Montréal, 1868, p. 140. Sans faire de rapprochement, on peut noter que deux ans auparavant, Chouart et Radisson passaient à Montréal, en route pour les grands lacs. Cette expédition se fit tuer 13 hommes et plusieurs de ceux qui la composaient rebroussèrent chemin. Voir Dionne. Chouart & Radisson, p. 49.
  23. Voir page 25.