Encyclopédie anarchiste/Pape

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Collectif
Texte établi par Sébastien Faure, sous la direction de, La Librairie internationale (tome 3p. 1943-1957).


PAPE, PAPAUTÉ. La Papauté incarne, dans le monde actuel, le principe d’autorité sous sa forme la plus tyrannique. Pour ce motif, tous les hommes de progrès devraient unir leurs efforts pour la combattre.

Les Papes ont toujours revendiqué, comme nous le montrerons, la direction spirituelle la plus large de la société, sachant bien que, lorsqu’on gouverne les cerveaux et les cœurs, on est également le maître des volontés et des corps.

Il y a trois ans, répondant indirectement à Mussolini dans une lettre qu’il adressait à son cardinal Gaspari, le pape Pie XI écrivait :

« Dire du Saint Siège qu’il est l’organe suprême de l’Église catholique universelle, et qu’il est, par suite, le légitime représentant de l’organisation de l’Église en Italie, c’est une formule qui ne peut être admise que dans le sens où l’on dirait que la tête est l’organe suprême du corps humain… C’est toujours le Souverain Pontife qui intervient et qui traite dans la plénitude de la souveraineté de l’Église catholique : pour parler exactement, il ne représente pas cette souveraineté, il la personnifie ; et il l’exerce en vertu d’un direct mandat divin… » (Croix. 11-6-29)

Le Pape ne représente pas la souveraineté catholique ; il la possède, il l’incarne. Il ne parle au nom de personne. Il ne doit rendre de comptes qu’à Dieu seul. Tel est le sens de cette déclaration, qui a du moins le mérite de la franchise.

A notre époque de « liberté » et de « démocratie », un langage aussi surprenant semble ne révolter personne ; il recueille, au contraire, l’approbation pleine et entière des millions de catholiques répandus dans le monde.

On lit dans la Semaine religieuse du diocèse de Mende :

« Le Pape a parlé, nous devons obéir sans discuter ses ordres, quand même nous n’en comprendrions pas les raisons. Ses décisions valent indépendamment des raisons qui les appuient. Vouloir n’accepter que les ordres dont les raisons nous agréent, ce serait s’ériger en juge du Pape, ne vouloir obéir en définitive qu’à soi-même. »

Dans son numéro du 16 mai 1927, La Croix déclarait : « … Dieu, dont le Pape est ici-bas le vicaire, dont il est le vice-Dieu… »

L’Ami du Clergé (18-6-25), revêtu de l’Imprimatur du diocèse de Langres, imprime également que : « Le Pape, c’est donc Jésus-Christ demeuré visible parmi nous. Si vous voulez voir Jésus-Christ, allez à Rome, allez voir N. S. Père le Pape Pie XI. »

Le Pape est ainsi identifié à Dieu.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, qu’il ait le droit de commander aux hommes : « Il n’y a qu’une seule autorité sereine et juste : c’est l’autorité du Pape, l’autorité de l’Église… Si elle jouissait de son plein essor, si elle était écoutée, il n’y aurait plus de question sociale, de haines nationales et de révolutions. » (Id.)

Pendant plusieurs siècles, l’autorité des Papes a prévalu et non seulement la fraternité n’a pas triomphé, mais les Pontifes ont fait régner sur les hommes la tyrannie la plus odieuse.

Il faut un certain cynisme, par conséquent, pour soutenir une thèse semblable. Mais le cynisme ne manque pas aux gens d’Église ; nous aurons plus d’une fois l’occasion de le constater.

L’Union Catholique de l’Hérault, dans son numéro du 14 avril 1929, affirme : « Le Pape… qu’il se nomme Benoît ou Léon, Grégoire ou Pie, c’est le Chef, le Pasteur, le Christ continué. »

Saint François de Sales n’avait-il pas dit : « Les seules idées chrétiennes sont les idées romaines. Jésus Christ et le Pape, c’est tout un. » (Cité par La Croix. 18-1-29.)

Toujours la même tendance de faire du Pape un Dieu.

Aussi Mgr Durand, évêque d’Oran, peut-il écrire (dans son mandement contre l’Action Française) :

« Quand le Souverain Pontife intervient dans une affaire de prime abord temporelle et donne des directions impératives, il ne faut pas voir qu’un conseil, mais bien un ordre à exécuter ponctuellement, parce qu’il traite alors cette affaire temporelle non pas du côté strictement temporel, mais bien du côté spirituel qu’elle implique, complètement sous sa juridiction dont il ne doit rendre compte qu’à Dieu…

Enfin, il est de foi catholique, proclamée par le Concile du Vatican, que la juridiction du Souverain Pontife s’étend sans aucune restriction à tout le spirituel, où qu’il se trouve. Il s’ensuit qu’il peut intervenir dans les affaires temporelles en proportion de la part spirituelle qu’elles contiennent. En le niant, l’Action Française se met donc, par voie de conséquence, en opposition avec le Concile du Vatican dont nous avons cité les deux anathèmes ; elle est encore à ce titre suspecte d’hérésie, haereticatis. »

Ce distinguo entre le temporel et le spirituel est assez subtil, mais, en dernier ressort, le Pape revendique le droit de les gouverner tous les deux. C’est ce qui ressort du texte de Mgr Durand. C’est également ce qui découle des multiples déclarations de l’épiscopat et des théologiens.

Le R. P. de La Brière (Jésuite) écrivait dernièrement que la politique n’est qu’une branche de la morale et comme le Pape est tout puissant et infaillible en matière de morale, il a par conséquent le droit d’intervenir dans le domaine de la politique. (D’autre part, le Syllabus déclare que les sciences et la philosophie doivent être soumises à l’autorité de l’Église.)

Rien n’échapperait donc à la juridiction du Pape et il serait le maître de la société.

Le Cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux, est allé plus loin encore : il a mis le Pape au-dessus du Christ !

Je n’invente rien. Dans son mandement publié pour le Carême 1929, on peut lire :

« Écoutez saint Fulgence et avec lui saint Cyprien, saint Augustin et tant d’autres : « Croyez fermement et sans hésitation qu’aucun hérétique ou schismatique ne peut être sauvé, s’il n’est pas en communion avec l’Église et le Pape, quelques aumônes qu’il ait pu faire pendant sa vie, alors même qu’il aurait répandu son sang pour le nom de Jésus-Christ. »

Rien ne sert de faire le bien et de pratiquer la vertu, ni même de se sacrifier à Dieu. Avant tout il faut obéir au Pape.

Cette doctrine fait du Pape le vrai Dieu, car l’autre n’est guère encombrant.

Le moine Auguste Triomphus, dont la Somme fut publiée à Rome en 1584 (cette Somme avait été écrite sur l’ordre du Pape Jean XXII lui-même) prétendait que le Pape pourrait délivrer d’un seul coup, s’il le désirait (mais il n’y a pas intérêt, bien au contraire !) toutes les âmes du Purgatoire. « La puissance du Pape est si grande que le Pape lui-même n’en peut connaître la limite. »

Léon XIII, qu’on représente comme un pape libéral, a dit formellement :

« Puisque la fin à laquelle tend l’Église est de beaucoup la plus noble de toutes, son pouvoir aussi l’emporte sur tous les autres. »

Le Pape revendique donc tout le pouvoir. Il est bien loin de se cantonner dans une mission purement « spirituelle ».

N’a-t-il pas toujours réclamé le droit de vie et de mort sur les fidèles ? En 1862, le célèbre journaliste catholique Veuillot n’écrivait-il pas :

« Il se rencontre des hommes qui se scandalisent de voir aux mains du Père des fidèles le droit de vie et de mort. Ces mêmes hommes, toutefois, ne songent pas à contester au Pape le droit de lier et de délier les consciences, de retenir ou de remettre les péchés, d’ouvrir le ciel ou de le fermer. Pourquoi celui qui peut plus ne peut pas moins ? Pourquoi celui qui a reçu de Dieu le droit de vie et de mort éternelles ne pourrait-il pas recevoir aussi ce qui est infiniment moins, le droit de vie et de mort temporelles ? »

En 1851, le pape Pie IX avait censuré le canoniste Nuytz (de Turin) qui ne voulait accorder à l’Église qu’un pouvoir pénal spirituel et non temporel. (Lacordaire, Montalembert, etc…, furent blâmés pour le même motif.)

En créant le féroce tribunal de l’Inquisition, en obligeant les rois (sous les menaces les plus effroyables) à exterminer les hérétiques, les Papes ont montré qu’ils entendaient soumettre l’humanité tout entière à leur ambition.

Pour acquérir et pour conserver cette puissance exorbitante, la Papauté n’a pas reculé devant le choix des moyens. Elle a imposé à ses fidèles une obéissance absolue et dégradante ; elle est allée jusqu’à se proclamer infaillible.

Le Cardinal Maurin, archevêque de Lyon, proclamait (Carême 1929) :

« Le privilège de l’Infaillibilité a été conféré à l’Église par le Christ. En vertu de cette prérogative, il est alors absolument impossible que le Pape se trompe. C’est une vérité de foi définie par le même Concile du Vatican et l’on ne pourrait la nier sans tomber dans l’hérésie et se séparer de l’Église. »

(Remarquons en passant que le Christ n’a rien conféré à l’Église et que les Évangiles ne disent pas un mot de tout cela, même en torturant les textes.)

Mgr Maurin citait ensuite des paroles du Pape Pie X lui-même, prononcées en 1910 :

« Quand on aime le Pape, on ne s’arrête pas à discuter sur ce qu’il conseille ou exige, à chercher jusqu’où va le devoir rigoureux de l’obéissance et à marquer la limite de cette obligation. Quand on aime le Pape, on n’objecte pas qu’il n’a pas parlé assez clairement, comme s’il était obligé de redire à l’oreille de chacun sa volonté clairement exprimée tant de fois, non seulement de vive voix, mais par des lettres et d’autres documents publics ; on ne met pas en doute ses ordres, sous le futile prétexte, pour qui ne veut pas obéir, qu’ils n’émanent pas effectivement de lui, mais de son entourage. On ne limite pas le champ où il peut et doit exercer sa volonté ; on n’oppose pas à l’autorité du Pape celle d’autres personnes, si doctes soient-elles, qui diffèrent d’avis avec le Pape. »

Peut-on imaginer langage plus orgueilleux de la part d’un potentat quelconque ?

Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, grand apôtre de l’obéissance (pour les autres), avait été jusqu’à dire que « si le pape décide que le blanc est noir, nous devons dire avec lui : c’est noir ! » (Exercices spirituels, édition de 1644, p. 290.)

Certains lecteurs penseront peut-être que les choses ont évolué depuis Loyola et que l’Église est moins exigeante aujourd’hui ?

Je les renvoie à nouveau au Cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux. Combattant l’Action Française, il définit la puissance du pape de la façon suivante :

« En faisant écho à ce refus d’obéissance, sous prétexte que le Pape était sorti de son domaine, les catholiques de l’Action Française adhérèrent à trois hérésies formelles : à l’hérésie qui conteste au Pape le droit de fixer lui-même les limites de sa compétence ; à l’hérésie qui conteste au Pape les pouvoirs de juridiction plénière tels que le Concile du Vatican les a définis ; à l’hérésie qui conteste au Pape le droit de décider souverainement et sans recours possible, même au Concile œcuménique. »

Le même cardinal publiait, le 31 juillet 1929, une lettre pour féliciter un royaliste d’avoir rompu avec l’Action Française pour faire sa soumission à l’Église. Et il signait sa lettre : « Bordeaux, le 31 Juillet 1929, en la fête de saint Ignace, le fondateur d’une illustre milice suscitée de Dieu en vue de combattre par l’obéissance au Pape, perinde ac cadaver, l’esprit de révolte contre le Pape, que Luther avait soufflé dans toute l’Europe avec son « Libre Examen » (La Croix, 8 août 1929.)

Ces quelques lignes suffisent à montrer que la mentalité cléricale n’a pas varié.

Toujours la haine de Luther et le mépris du libre examen. Toujours l’obéissance au Pape, perinde ac cadaver (comme un cadavre). Toujours le même souci de fouler aux pieds l’individu et d’en faire un automate.

En juin 1929, un pèlerinage français a été conduit à Rome par le général de Castelnau, qui a donné dans son bulletin, Le Point de Direction, le compte rendu de la cérémonie, qui s’est déroulée d’ailleurs selon les traditions courantes. Les pèlerins se sont tous agenouillés et le Pape a traversé leurs rangs en leur donnant son anneau à baiser. Lorsqu’il fut installé sur son trône, Castelnau, toujours agenouillé, prit la parole pour l’assurer « de notre soumission sans réserve », « humblement prosternés aux pieds de Votre Sainteté », etc, etc… Semblable platitude n’est assurément plus de notre époque, mais il faut convenir qu’elle est la conséquence logique des croyances catholiques en l’infaillibilité et la pseudo-divinité du Pape.

Il me serait facile de multiplier les preuves de ce genre, pour montrer combien grande est la tyrannie papale — et combien grande la servilité des croyants catholiques. Il me semble plus intéressant de rechercher les conditions dans lesquelles un despotisme aussi monstrueux a pu naître et se développer.

Origine de la Papauté. — S’il fallait en croire les catholiques, la Papauté aurait une origine surnaturelle et divine. Son fondateur serait le Christ en personne, sous prétexte qu’il aurait dit à son disciple Pierre (qui devait le trahir si lâchement) : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » La prétendue divinité de l’Église ne repose donc que sur un mauvais calembour ; il ne faut pas être très exigeant pour se contenter de cette « preuve ».

Ajoutons qu’on ne sait pas grand chose sur saint Pierre, premier pape et fondateur de l’Église. L’histoire de son supplice est déclarée apocryphe par des historiens très compétents. Certains autres sont allés jusqu’à nier même son existence. En tout cas, il n’a jamais mis les pieds à Rome et n’a pu en être l’évêque, par conséquent.

Les débuts du christianisme sont entourés d’une grande obscurité et les documents sérieux sont très rares, ce qui n’empêche pas l’Église d’être très affirmative. Ainsi Pie XI, dans sa lettre du 11 juin 1929 au Cardinal Gasparri, assurait que « l’universalité se rencontre déjà de droit et de fait aux premiers débuts de l’Église et de la prédication apostolique ».

Or, ceci est absolument faux, il a fallu plusieurs siècles pour que la Papauté fût constituée. Il a fallu bien des luttes et bien des intrigues, il a fallu surtout du machiavélisme, du mensonge et nombre de faux documents, pour que l’évêque de Rome prenne le pas sur les autres évêques et leur impose son autorité.

« Les métropolitains sont restés, au moins jusque dans le ixe siècle, en possession d’instituer les évêques de leur province, sans intervention du Pape, dont ils avaient pourtant accepté depuis longtemps l’autorité sur eux-mêmes. » (Abbé de Meissas) Même lorsqu’ils eurent accepté l’autorité du pape, les évêques et archevêques métropolitains restèrent donc les maîtres dans leurs diocèses ; l’autorité du Pape fut, au début, purement nominale, honorifique. On s’effaçait devant l’évêque de Rome (comme devant celui de Constantinople) parce qu’il représentait une capitale importante, dont la renommée était considérable. L’idée de primauté s’attachait à la ville et non à la personnalité de l’évêque.

Les évêques de Rome eux-mêmes étaient bien éloignés de manifester à ce moment de grandes ambitions ; ils n’avaient pas la moindre idée de l’omnipotence qui serait revendiquée par leurs successeurs.

Au sein des premiers groupes chrétiens, il n’y avait pas de hiérarchie. La fraternité régnait de la façon la plus complète, car on attendait la fin du monde, que Jésus (il s’est trompé sur ce point comme sur beaucoup d’autres !) avait prédite comme imminente (Dogme de la Parousie). Dans cette attente, les disciples du Christ mettaient en commun tout ce qu’ils possédaient et vivaient sur le pied d’une parfaite égalité. Prêtres, évêques et simples fidèles ne se distinguaient aucunement les uns des autres, ni par le costume, ni par l’autorité. Les premiers évêques de Rome n’ont donc laissé aucun souvenir historique tangible et sérieux, ce qui n’a pas empêché l’Église de les canoniser. De tous les premiers Papes des cinq premiers siècles sans exception, dont on ne sait rien, ou presque rien, elle a fait des saints, en effet ; probablement pour donner à leur personnalité un semblant de réalité.

Mgr Duchesne, dans son ouvrage très érudit sur l’histoire de la Papauté, a supprimé une dizaine de papes que l’Église (infaillible pourtant !) avait toujours considérés comme authentiques. Il a bien fallu s’incliner, en maugréant, devant l’érudition du savant Mgr Duchesne et l’annuaire officiel du Vatican, dès 1905, adopta la chronologie remaniée. (La Vérité sur le Vatican, par V. Charbonnel). C’est ainsi que le pape Pie XI, qui devrait être le 266e successeur de saint Pierre, est devenu le 260e.

Charbonnel avait fait des découvertes assez amusantes. Parmi les papes supprimés (et qui n’ont jamais existé), se trouve saint Anaclet. On l’a biffé de la liste des papes, mais il continue à figurer, en qualité de saint, sur le calendrier — entouré d’ailleurs de beaucoup d’autres « saints » forgés de toutes pièces par les exploiteurs de belles légendes.

Ces exemples montrent qu’il ne faut accorder aucun crédit aux affirmations « historiques » de l’Église.



Chacun sait que la puissance de l’Église date du règne de l’empereur Constantin, qui trouva adroit d’appuyer son autorité personnelle, pour la rendre plus forte, sur les croyances du Christianisme — religion d’esclaves.

Il conféra aux évêques des pouvoirs judiciaires (314), mais il n’accorda rien de plus à l’évêque de Rome, pseudo-pape, qu’aux autres évêques.

Grâce à l’appui des empereurs, le christianisme progressa. Il s’était jusqu’alors peu développé à Rome puisqu’en 251, les chrétiens romains n’étaient au nombre que de quelques milliers, soit environ cinq pour cent seulement de la population totale, en dépit de tous les exploits soi-disant miraculeux attribués à Paul, à Pierre, aux premiers papes et aux innombrables martyrs de la foi chrétienne. La dite foi était si stupide qu’elle ne pouvait se développer que par l’appui des pouvoirs publics, c’est-à-dire par la contrainte et par l’intérêt.

Après les troubles de l’Arianisme, qui divisèrent les chrétiens, les dits chrétiens se resserrèrent un peu autour de Rome. Le Concile de Sardique (347) fut une des premières tentatives pour renforcer l’autorité de l’évêque romain, lui conférant un droit de juridiction sur toute l’Église. Malheureusement, les canons de Sardique sont des faux, probablement fabriqués au Vème siècle pour les besoins de la cause romaine et jamais le Concile de Sardique n’avait songé à prendre les décisions qu’on lui attribua mensongèrement par la suite. (Professeur Friedrich.)

En réalité, jusqu’au milieu du VIIIème siècle, en dépit des velléités de Rome, leur influence sur les chrétiens d’Orient demeura complètement nulle et même assez faible sur ceux d’Occident. Une rivalité acharnée dressait au surplus le pape de Rome contre son concurrent, pape de Constantinople. Ce dernier tirait sa puissance de la proximité du trône impérial.

« Si Constantinople avait conservé l’empire du monde ; si le relèvement qui marqua le règne de Justinien avait eu des suites, Rome eût été probablement vaincue dans la lutte. Au lieu de la Papauté romaine, nous aurions subi sans doute une Papauté byzantine. » (De Meissas.)

Ainsi, le développement de l’Église chrétienne fut conditionné bien davantage par des facteurs politiques que par des facteurs purement religieux et moraux.

Sujet de l’empereur byzantin, l’évêque de Rome le trahit et s’affranchit de sa tutelle. Puis, grâce à la naïveté des rois Francs, il s’adjuge la souveraineté d’un nouvel État (752). La puissance temporelle de la Papauté est fondée.

Les premiers papes ont su spéculer à merveille sur l’ignorance et la crédulité de leurs fidèles encore barbares et terrorisés par les dogmes de la religion. Pour les berner, on fabriqua des faux documents par centaines. Ce ne sont pas seulement les fameuses Décrétales, base essentielle de la Papauté, qui sont fausses. Tout est truqué, altéré, déformé, falsifié ou inventé de toutes pièces ! Les canons des Conciles, les lettres des empereurs et des rois, leurs prétendues donations aux papes, les bulles même et les écrits attribués aux premiers évêques de Rome, tout est l’œuvre de faussaires très pieux, travaillant obstinément à travers les siècles à donner une base inébranlable à la puissance papale. La plupart des documents invoqués par les papes pour justifier leurs prétendus droits sont apocryphes ou altérés !

Base bien immorale pour… la plus grande puissance morale ( ?) du monde !

« De sorte, pourrait-on ajouter après la lecture des travaux de Doellinger et de Friedrich, que plus la critique pénètre dans les origines de l’Église chrétienne, plus on en vient à se demander s’il nous reste un seul document authentique des origines du Christianisme, et lequel ? » (Professeur Giraud-Teulon. traducteur de « La Papauté », d’Ignace de Doellinger.)

Voici ce que l’abbé de Meissas écrit de son côté, sur les fausses Décrétales :

« On sait que ce recueil contient avec d’autres pièces apocryphes de fabrication antérieure, comme la donation de Constantin (par cette fausse donation, les Papes prétendaient fournir la preuve que l’empereur leur avait donné la possession légitime de l’Italie), 94 lettres papales, allant de saint Clément (fin du Ier siècle) à Grégoire II (+731). Grâce à l’ignorance et au défaut de critique de tout le clergé au ixe siècle, les Papes, dont elles faisaient l’affaire, s’appuyèrent sur elles à partir de Nicolas I, en 865. En 1151, elles furent introduites dans le décret de Gratien, où elles devinrent définitivement la base d’un droit ecclésiastique inconnu aux premiers siècles.

L’imposture fut peut-être soupçonnée, reconnue même de bonne heure, par plus d’un savant mais il était alors trop dangereux de passer pour une personne pensant mal des choses de la sainte foi catholique (style de l’Inquisition). Les premiers qui osèrent exprimer leurs doutes furent le cardinal Nicolas de Cusa (+1464), Laurent Valla (+1465) et Jean de Torquemada (+1468). L’imposture fut définitivement démontrée par les protestants, savoir les Centuriateurs de Magdebourg en 1560 et David Blondel (+1655). L’Index a vainement essayé d’étouffer leurs voix ; tout le monde est aujourd’hui fixé. Mais le mal était fait et la Papauté est restée en possession de cette omnipotence absolue, que personne ne lui reconnaissait encore avant les fausses décrétales. »

La cause est donc entendue. Le chanoine Doellinger ( « le théologien le plus illustre de l’Église catholique et l’une des gloires scientifiques de l’Allemagne au xixe siècle » ) a pu écrire : « Aucune des anciennes confessions de foi, aucun catéchisme, aucun des écrits des Pères de l’Église destinés à l’instruction religieuse du peuple, ne contiennent un mot du pape : encore moins, une allusion à l’obligation de ne chercher qu’auprès de lui la certitude en matière de foi et de doctrine. Aucun point de la doctrine, pendant le premier millier d’années de l’Église, n’a été reçu comme valablement décidé par une sentence papale ».

La Papauté est le fruit du mensonge, de l’imposture et de l’intrigue. Source empoisonnée, dont ne pouvait sortir qu’une institution malsaine, ainsi que nous allons le montrer.

Fin de la démocratie chrétienne. — Le premier résultat de cette évolution fut que l’Église perdit le caractère semi-démocratique qu’elle avait eu à ses origines.

Prêtres et évêques étaient alors élus directement par les fidèles. Il en fut de même pour certains papes, tels que saint Ambroise, élu par le peuple, bien qu’il ne possédât aucun titre ecclésiastique.

Jusqu’alors, les questions dogmatiques avaient été librement discutées dans les synodes et les conciles. C’était l’assemblée des évêques qui les tranchait et qui décidait. Le pape ne pouvait imposer aucune idée personnelle, à moins qu’elle n’eût été approuvée et confirmée par les évêques.

Les évêques refusaient parfois de s’incliner devant les papes ; c’était ceux-ci qui devaient baisser pavillon devant les décisions des conciles.

Au viie siècle, ne s’est-il pas trouvé un concile pour condamner la mémoire du pape Honorius Ier, convaincu d’hérésie et dont les écrits furent livrés aux flammes ? Les légats romains assistaient à ce grand Concile, parlant au nom de l’Église tout entière. On était encore loin de la ridicule infaillibilité des Papes !

En 824, les évêques réunis au Synode de Paris blâmèrent les « absurdités » du pape Adrien, qui avait ordonné, disaient-ils, une adoration superstitieuse des images. (La chose n’a pas grande importance, puisque le Cardinal Bellarmin a prétendu qu’il fallait suivre les enseignements des papes, fussent-ils hérétiques, faute de quoi l’autorité de l’Église serait dangereusement ébranlée. Un théologien de Mayence, Erbermann, assurait qu’un pape tout à fait ignorant pouvait être quand même infaillible « puisque, autrefois, Dieu avait indiqué le bon chemin aux hommes en faisant parler même une ânesse ». (Doellinger.)

Le Pape Étienne VII fit déterrer le corps du Pape Formose, son prédécesseur. On le dépouilla de ses ornements, on lui coupa les doigts et la tête et ses débris furent jetés dans le Tibre. Les ordinations faites par Formose furent annulées par Étienne VII. Mais celui-ci fut bien vite étranglé et ses successeurs Théodose II (qui régna 20 jours !) et Jean IX le désavouèrent à leur tour — et replacèrent Formose dans son tombeau ! L’infaillibilité des représentants de Dieu était soumise à de singulières (et barbares) fluctuations.

D’autre part, les papes n’avaient aucune part à la convocation des synodes. Tous les grands synodes ont été ordonnés par les empereurs, qui ne consultaient même pas les papes. Ces derniers n’en eurent même pas toujours la présidence (Doellinger). On voit par là que leur « primauté » ne leur procurait pas des avantages bien sensibles.

Bien entendu, à ces époques, il n’y avait pas de Curie romaine. Personne ne demandait au pape de dispense, ne lui versait de taxe ni d’impôt. Tout cela a bien changé par la suite.

Il faut reconnaître que les manœuvres des évêques de Rome furent facilitées par la dissolution de l’empire romain et les invasions des barbares. A la faveur de ces désordres, ils s’emparèrent aisément du pouvoir.

Les Croisades contre les Infidèles constituent une des plus grandes hontes de la Papauté. Au cours de ces guerres stupides, on fit d’horribles hécatombes (par exemple, sur 800.000 croisés, il n’en arrivait que 50.000 aux Lieux « Saints » ). Qu’importait aux Papes, désireux d’accroître leur puissance à tout prix !

Et leurs conflits avec les rois, par suite de leurs exigences Faut-il rappeler leur résistance à la Pragmatique Sanction ? Faut-il rappeler le crime de la condamnation des Templiers ? Il y aurait trop à dire….

Même la condamnation des Jésuites, au xviiie siècle, dont on serait tenté de féliciter la Papauté (comme une de ses rares bonnes actions) ne fut décidée qu’à contre-cœur. Au fond, le Pape Clément XIV était favorable aux Jésuites ; il ne les condamna que parce qu’ils avaient soulevé contre eux une réprobation universelle par leurs méfaits — et parce qu’il craignait, en se solidarisant avec eux, de provoquer un schisme dans l’Église.

Chaque pape s’employa, à tour de rôle, à conserver et à accroître sa puissance, mais ce fut Grégoire VII, habile, énergique, sans scrupule, qui développa au plus haut point l’absolutisme papal et ses successeurs ne firent que s’inspirer des principes et de l’exemple qu’il leur avait légués.

L’ambition des papes ne connut plus de bornes. Par l’Inquisition, ils ne reculèrent devant aucune atrocité pour imposer leur joug aux populations. Les rois tremblaient devant eux, car ils excommuniaient quiconque leur résistait, allant jusqu’à délier les sujets des rois hérétiques ou excommuniés de toute obéissance à leur égard, excusant ainsi la révolte et le régicide. En d’autres circonstances, les Papes avaient la prétention de disposer des royaumes ; ils enlevaient la couronne à tel monarque indocile pour la donner à un autre roi ou à un seigneur choisi parmi leurs plus dévouées créatures. Que de conflits et de guerres sanglantes ont été produits par cette insupportable prétention de la Papauté ! Maîtres du monde, pasteurs des âmes, représentants de Dieu, n’étaient-ils pas qualifiés pour gouverner les nations, par dessus la tête des potentats éphémères, qui n’avaient reçu le glaive que pour servir Dieu et son Église ?

Alexandre VI donna au roi d’Espagne toutes les terres que l’on découvrirait à cent lieues des Açores, à la seule condition d’en faire évangéliser les habitants (et pour cause). Quel titre avait le Pape sur l’Amérique, pour la « donner » aux barbares conquistadores qui devaient exterminer les malheureux Indiens ? Il y eut une grande dispute, car le pape Eugène IV l’avait déjà donnée (l’Amérique), aux Portugais. Mais les Espagnols eurent, finalement, raison, parce qu’ils étaient les plus forts et qu’ils s’appuyaient sur un pape vivant, tandis que les Portugais ne pouvaient invoquer qu’un pape mort ! (Meissas).

En 1215, Innocent III attaqua furieusement la Magna Charta anglaise, la plus ancienne et la plus vénérable des constitutions européennes, parce qu’elle ne faisait pas une part assez grande à l’absolutisme romain.

Pie VI n’essaya-t-il pas, plus tard, de briser l’œuvre de notre Révolution française ? En opposition à la Constitution civile du clergé, n’a-t-il pas suscité le plus féroce des conflits, en poussant les Chouans à la « guerre sainte » ?

Le dernier grand concile fut le Concile de Trente. Les papes supportaient mal ces grandes assemblées, où l’on discutait trop librement à leur gré. Ils les considéraient comme des obstacles à leur autocratie.

Les Papes mirent tant d’obstacles au Concile de Trente, ils l’interrompirent et le suspendirent si souvent, qu’il se prolongea 18 ans ! (de 1545 à 1563). La Papauté craignait d’être mise en cause au cours des débats, mais elle manœuvra si habilement qu’elle finit par lasser ses adversaires et par éviter le danger.

La Papauté devint une monarchie vraiment absolue.

Ce fut, à l’intérieur même de l’Église, une atmosphère étouffante. On la respire aujourd’hui encore… Le célibat fut imposé aux prêtres, afin de pouvoir les dominer plus aisément.

Le pape eut le pouvoir de fabriquer lui-même les lois de la Chrétienté, de les modifier ou de les supprimer à son gré et sans consulter personne. Jamais aucun monarque ne posséda une puissance aussi arbitraire.

Dans la pratique, le Pape était souvent un instrument entre les mains de son entourage. La Curie romaine s’était formidablement développée ; elle était devenue la plus forte bureaucratie qui ait jamais existé dans le monde. Le Pape était le prisonnier de la Curie, qui, de son côté, n’obéissait qu’aux appétits les plus cupides et aux ambitions les plus exagérées.

Par la suite, la Compagnie de Jésus devait s’infiltrer dans l’entourage du Pape et régner sur le Vatican. Nous voyons aujourd’hui fleurir sous nos yeux les conséquences ultimes de la politique des jésuites, devenus, par leur ingéniosité, leur patience et leur astuce, les véritables maîtres des Papes et de l’Église catholique.

La « démocratie » chrétienne reçut le coup de grâce en 1870, au Concile du Vatican, qui admit le dogme stupide de l’Infaillibilité du Pape. Il y eut cependant des résistances, puisque 451 prélats seulement, sur 700, s’inclinèrent lors du premier vote, devant la volonté de Pie IX. Voilà une infaillibilité ( !) qui tenait à peu de chose.

La plupart de ces prélats était entraînés par l’appât des faveurs et des prébendes. Ils votèrent par calcul, par intérêt, plutôt que par faiblesse ou par sottise, ce qui fut pourtant le cas de quelques-uns.

Parmi les opposants se trouvaient les hommes les plus distingués, intelligents, sincères. Ils durent s’incliner, la mort dans l’âme, devant le triomphe des Jésuites, qui faisait de la religion chrétienne, un véritable fétichisme, basé sur le culte d’un homme infaillible et sacro-saint !

Prétendue sainteté de la Papauté. — Plus la papauté acquérait de puissance, plus vite elle dégénérait, sombrant dans l’immoralité la plus choquante.

Les compétitions les plus ardentes ne tardèrent pas à se déchaîner autour du trône pontifical. Il ne m’est pas possible, dans cette courte étude, de multiplier les exemples, car c’est toute l’histoire de la papauté, très détaillée, qu’il faudrait faire pour montrer la bassesse et l’avidité des prétendus représentants de Jésus.

Bornons-nous à quelques exemples. « De 883 à 955, pendant plus de 70 ans, l’Église romaine vécut dans l’humiliation et dans la servitude : la chaire apostolique était alors la proie et le jouet des factions rivales de la noblesse et fut même livrée, pendant un certain temps, aux mains de femmes ambitieuses et débauchées. » (Doellinger). Au xie siècle, ce fut encore pire : « Le trône pontifical fut alors vendu et acheté comme une marchandise ; trois papes, à la fois, se disputèrent jusqu’à ce qu’enfin, l’empereur Henri III parvint à arrêter la dissolution de la papauté en plaçant des évêques allemands sur le siège de Rome. »

A l’origine, les Papes étaient sous la dépendance des Empereurs (le droit de veto, conservé par l’Empereur d’Autriche jusqu’au démembrement de son empire en 1918, n’était pas autre chose qu’un vestige de cette dépendance). Une fois élu, le Pape ne commençait à régner de façon réelle qu’après avoir reçu l’exequatur impérial. Cette vassalité cadrait assez mal avec le caractère prétendu surnaturel et sacré de la Papauté.

Lorsque les Papes se furent émancipés de cette tutelle, lorsqu’ils se sentirent assez forts pour essayer de faire trembler les empereurs et les rois, lorsque la chrétienté fut soumise à leurs caprices, leur ambition devint illimitée.

Ils poussèrent la folie jusqu’à se mettre au-dessus des principes sociaux et moraux imposés aux vulgaires mortels.

« En 1610, la Rota de Rome rappelle que les concordats entre le pape et les princes, étant un privilège accordé par le Saint Siège, celui-ci n’est jamais lié par contrat. » Nicolarts Zallwein, Œnas Sylvins, Pirro Corrado, Roccaberti, Felino Sandei soutiennent la même thèse.

Le 14 décembre 1740, Benoît XIV renouvelle ces prescriptions et se met au-dessus de tout concordat, dans sa lettre au Chapitre de Liège. En 1893, Pezzani, théologien pontifical, déclare qu’un concordat n’est qu’une concession, toujours révocable dès qu’elle cesse d’être utile à l’Église ; il ajoute que l’obéissance est due même à un pape pervers. (Voir les remontrances de saint Bernard (1091-1153), à la Papauté et aux Grands de l’Église, qui dominent et s’enrichissent. Cité par le Docteur Mariavé.)

Dans leur orgueil, les Papes se plaçaient donc tout à fait au-dessus de la chétive humanité !

Aussi, quelles rivalités, quelles luttes haineuses vont se livrer pour la possession de la tiare ! Et que de crimes aussi… Nombreux sont les papes qui n’ont gouverné que pendant quelques mois, voire quelques semaines et qui mouraient subitement, empoisonnés par les prélats impatients de leur succéder !

L’abbé de Meissas a dressé un tableau récapitulatif des pontificats les plus courts. Je regrette que la place me fasse défaut pour le reproduire, car il est très suggestif. Contentons-nous d’y relever quelques noms.

Entre les années 235 et 1605, il a régné 212 papes. 42 n’ont pas régné une année entière. (La fin du IXème siècle vit 10 papes en 17 ans !)

Sisinnius ne gouverna que 19 jours ; Étienne I, 3 jours ; Boniface VI, 15 jours ; Théodore II, 20 jours ; Jean XV, un mois ; Damase II, 23 jours ; Célestin IV, 16 jours ; Pie III, 25 jours ; Marcel II, 2 jours (c’est un record !) ; Urbain VII, 15 jours ; Léon XI, 26 jours (le record fut battu en 1276 : 4 papes se succédèrent, en effet, au cours de cette seule année). Je n’énumère pas ceux dont le règne a duré un mois, six semaines ou trois mois au maximum, la liste en serait trop longue.

Les papes étaient terriblement puissants, mais ils soulevaient tant de jalousies et de haines que, malgré les précautions les plus prudentes, ils finissaient souvent par succomber.

Il avait fallu 35 jours de conclave pour élire Pie III — et il ne gouverna que 25 jours.

Lorsque les cardinaux ne parvenaient pas à se mettre d’accord pour l’élection du Pape, ils votaient pour le plus vieux, le plus malade (ou le plus bête), espérant ainsi se retrouver bientôt devant un siège vacant et de nouvelles élections.

L’Église ose, néanmoins, prétendre que les Papes sont élus sous l’inspiration du Saint Esprit !

Bien entendu, les femmes jouaient un rôle de premier plan dans ces intrigues et ces compétitions. Armand Dubarry a pu dire que « les femmes ont fait plus de prélats, cardinaux, papes que tous les souverains réunis » (Histoire de la Cour de Rome).

En 1281, le Conclave, réuni à Viterbe, traînait en longueur. La foule envahit alors le palais et enlève les cardinaux Matteo et Giordano Orsini, parents du défunt pape, qui entravaient l’élection, paraît-il. La nomination du nouveau pape, Martin IV, put alors se faire sans difficultés. Voilà une manifestation vigoureuse… du Saint-Esprit !

Le Français De Brosses, qui voyageait en Italie, vers 1740, a laissé sur les Conclaves des pages inoubliables, presque aussi sévères que celles qui furent écrites, moins d’un siècle plus tard, par l’illustre écrivain catholique Chateaubriand. Écoutons De Brosses :

« Il n’y a ni petit ni grand dans Rome qui n’ait un intérêt personnel à ce que tel ou tel soit élu, à cause des liaisons et des protections, à cause des cardinaux qu’il fera et parce qu’il rend incontinent son chapeau à quelqu’autre personne appartenant à la famille du pape qui le lui a donné ; de sorte qu’il importe à beaucoup de gens que le nouveau pontife soit choisi dans le nombre des créatures de tel ou tel pape. » (Cité par Dubarry).

On cite des papes qui achetèrent à beaux écus une partie des cardinaux composant le Conclave, afin d’être élus à coup sûr ! Ce fut le cas du cardinal Rodrigue Borgia, élu pape, en dépit de sa vie scandaleuse (il avait 5 bâtards) en prodiguant l’or et les promesses.

Il leur fallait, une fois élus, récupérer leur mise de fonds en pressurant la chrétienté et en vendant aux enchères toutes les charges ecclésiastiques.

« Il n’est plus un évêché, il n’est plus une dignité ecclésiastique, il n’est plus une simple place de curé, dit l’abbé Burchard d’Ursperg, dont on ne fasse l’objet d’un procès à Rome et malheur à celui qui y arrive les mains vides. » (Dœllinger).

« Tout se vendit autour du pape : la pourpre, la mitre, les bénéfices, les titres, les décorations ; car rien n’égalait l’appétit de ce beau monde clérical, couvert de dentelles, de soie, de brocart et servi par un nombreux domestique. » (Dubarry).

Que d’abus dans la nomination des cardinaux !

Leur nombre était d’abord très réduit. En 1277, le Conclave qui élit Nicolas III n’était composé que de 8 cardinaux seulement.

Il y en eut ensuite 10, puis 20, puis 40, 50… Sixte V décida qu’il y en aurait 70, et ce chiffre a prévalu.

C’était une source de très gros bénéfices. Aussi nous ne devons pas nous étonner d’apprendre que Léon X ait créé cardinal à l’âge de sept ans, le fils du roi du Portugal.

Alexandre VI nomme le fils du roi de Sicile, âgé de 4 ans, coadjuteur de l’évêque de Metz. Jean X nomme archevêque un enfant de 5 ans, fils du comte de Vermandois et Clément VII fait cardinal le jeune Odet de Coligny — il avait 11 ans.

En 1534, Paul III fait cardinal son neveu Nicolas (12 ans).

Sixte Quint nomme également son neveu Peretti cardinal, à l’âge de 14 ans.

Léon X avait été créé cardinal à 14 ans par Innocent VIII. (Il est vrai qu’on pouvait également être pape à 23 ans (Grégoire V), à 16 ans (l’infâme Jean XII) et même à 12 ans (Benoît IX).

Nul n’ignore que ce sont tous ces abus, cet amour effréné de l’argent, la vente des indulgences, des évêchés, des cures, le spectacle des orgies, des empoisonnements, des turpitudes de la Papauté qui ont rendu possible la révolte de Luther et le grand mouvement de réformation protestante. Le siège de saint Pierre, grisé de sa toute puissance, sombrait dans la folie et la pourriture.

Le chancelier Gerson, dont on a fêté récemment l’anniversaire, déclare : « Par suite de l’avarice cléricale, de la simonie, de l’avidité et de l’ambition des papes, l’autorité des évêques et des chefs inférieurs des Églises a été absolument détruite et anéantie… »

On excommuniait quantité de gens pour des bagatelles, leur laissant ensuite la faculté de se racheter de ces excommunications par le versement de sommes écrasantes. L’exploitation de la superstition fut poussée à ses extrêmes limites.

L’évêque Alvaro Pelayo raconte qu’il aperçut, chaque fois qu’il entra dans les antichambres du pape, des courtisans occupés à compter des pièces d’or, dont les monceaux s’élevaient devant eux. (Dœllinger).

Jacques de Vitry (qui fut lui-même cardinal), disait : « Les revenus de la France entière suffiraient à peine à subvenir au luxe des cardinaux. » Et ces personnages se disputaient le Saint-Siège comme une proie.

J’ai dit plus haut que certains papes n’avaient régné que quelques semaines, voire quelques jours. Il faut ajouter qu’entre deux papes, il y avait parfois un interrègne considérable, parce que les cardinaux ne parvenaient pas (malgré la collaboration du Saint Esprit, c’est-à-dire de Dieu), à se mettre d’accord. C’est là un des plus grands scandales qui déshonorent l’histoire de la Papauté.

Célestin IV ne fut élu pape qu’après une vacance de 2 ans ; Grégoire X, après un interrègne de 3 ans ; Nicolas IV, après une année et son successeur Célestin V dut attendre 27 mois ! Après la mort de Benoît XI, il y eut une vacance de 11 mois ; après celle de Clément V une vacance de 28 mois….

Durant ces interrègnes, les gens de la Curie s’en donnaient à cœur joie. Ce n’était que procès, intrigues, vente de sauf-conduits, de dispenses, de privilèges de toutes sortes.

On réagit contre ces scandales, en soumettant les Conclaves à un règlement sévère. Les cardinaux étaient enfermés tous ensemble, dans une même chambre. Ils n’étaient autorisés à conserver qu’un seul serviteur chacun auprès d’eux et leurs aliments leur étaient apportés à travers un guichet.

Si le Saint Esprit ne les avait pas visités au bout de trois jours et s’ils n’étaient pas arrivés à se mettre d’accord sur le choix d’un pape, on diminuait leur ration alimentaire pour les obliger à se dépêcher.

Moins sévère aujourd’hui, l’organisation des Conclaves maintient cependant pour les cardinaux l’obligation d’être séquestrés jusqu’à la fin de l’élection. Excellente précaution…

Machiavel déclare que « plus un peuple habite près de la Cour romaine, moins il possède de religion ». Et Guichardin écrit : « On ne saurait dire de la Cour de Rome tant de mal qu’elle n’en mérite encore davantage. »

Isidore Chiari, évêque de Foligno, va jusqu’à dire que : « parmi les deux cent cinquante évêques de l’Italie, à peine pourrait-on en trouver quatre méritant le nom de pasteurs spirituels et administrant réellement leur charge. »

Sainte Catherine de Sienne vint trouver Grégoire XI et lui dit « qu’elle sentait dans la Curie romaine la puanteur des vices infernaux ».

Saint Bonaventure, que les Papes avaient pourtant comblé d’honneurs n’a pu s’empêcher de comparer Rome à « une prostituée qui enivrait les rois et les peuples du vin de sa débauche ».

Le peuple romain, loin d’estimer la Papauté, détestait cordialement tout ce qui touchait, de près ou de loin, au Vatican. « On n’a pas souvenir d’un Pape dont la mort ait été un sujet de deuil pour les Romains. » (Dubarry.) La mort du Pape était, au contraire, le signal de la réjouissance populaire ou de la révolte.

Les Romains expulsèrent la Papauté de Rome à plusieurs reprises, en effet. De 1140 à 1149, par exemple, les papes ne purent rentrer dans la Ville éternelle.

A la mort de Paul IV, le peuple se souleva et délivra tous les prisonniers de l’Inquisition, puis mit le feu à la prison.

Le grand schisme d’Occident, conséquence de ces compétitions farouches, mit le coupable au scandale. Pendant 71 ans, on vit le spectacle de deux papes, l’un à Rome, l’autre à Avignon (à certain moment il y en eut même trois !) s’excommuniant et s’anathématisant réciproquement… (xive et xve siècle).

Un autre exemple de ces compétitions : le pape Sergius III est élu en 898, concurremment avec Jean IX, mais celui-ci l’emporte, étant soutenu par l’empereur Lambert. A Jean IX avait succédé Benoît IV, puis Léon V (903). Moins de deux mois après, celui-ci fut renversé par Christophe, qui l’incarcéra. Mais, dès le commencement de 904, on vit revenir Sergius III avec l’appui des Francs et il envoya Christophe rejoindre Léon V en prison, jusqu’à ce qu’on les supprimât tous deux. (Abbé de Meissas.)

Moins d’un siècle plus tard, les Éphémérides de la Papauté nous fournissent un tableau analogue. Nous voyons, de 964 à 985, un premier pape assommé, un second mort captif en exil, un troisième maintenu par une répression barbare, un quatrième étranglé et un cinquième mort de faim ! Après cela, il y a des gens pour croire que le Christianisme est venu civiliser l’humanité ! Il est vrai qu’ils ont l’excuse, comme la quasi unanimité des croyants, de ne rien connaître de l’histoire de la Papauté, ou de n’en connaître qu’une version falsifiée pieusement, comme tout le reste.

Gonflée littéralement de richesses fabuleuses, Rome fut pillée et mise à sac (en 1527) par les Allemands, les Espagnols et les Italiens. Les rares chrétiens sincères y virent un châtiment de Dieu pour les hontes de la Papauté.

Turpitudes et crimes du Vatican. — Je ne m’arrêterai pas aux crimes de l’Inquisition, car nous avons traité ailleurs la question. Rappelons simplement que la responsabilité de ces crimes incombe entièrement au Vatican. Ce sont les Papes qui ont créé l’Inquisition et qui ont donné aux Inquisiteurs les instructions concernant la procédure à suivre contre les hérétiques. Ces instructions, dignes des bourreaux qui les mettaient en application, étaient dictées par une cruauté sans égale. Elles ont permis de torturer, de violenter (et de détrousser, car l’Église ne perd jamais une occasion de remplir ses poches) des centaines de malheureuses victimes innocentes.

Pour obliger les seigneurs et les rois à exterminer les hérétiques, on les menaçait de l’excommunication. C’est ainsi que des milliers d’Albigeois furent brûlés vifs sur l’ordre du Pape (1208) avant même que l’Inquisition eût été organisée définitivement.

Innocent VIII (1484-1492) prescrivait aux magistrats civils d’exécuter les sentences de l’Inquisition sous peine d’excommunication, « promptement, sans appel et sans le moindre coup d’œil jeté sur la procédure » (sic). (Abbé de Meissas.)

De tels exemples pourraient être multipliés mais sont-ils bien sincères ceux qui essaient de laver la Papauté de toute complicité dans les atrocités de l’Inquisition ? N’insistons pas, car le rôle sanguinaire de l’Église n’est que trop connu et, dans la circonstance, les rois et les seigneurs, si barbares et cruels qu’ils aient été, ne furent que des instruments dociles entre les mains des prêtres intolérants et fanatiques.

Nous avons parlé des Croisades et des hécatombes qu’elles ont nécessitées. Non seulement elles furent inutiles, puisqu’elles ne donnèrent même pas les résultats qu’on en attendait, mais elles entretinrent entre les races chrétiennes et islamiques les haines les plus funestes. Nous pourrions parler aussi des guerres de religion, en particulier de la répression du protestantisme, dont la responsabilité incombe aux Papes dans une très large mesure.

A part quelques rares exceptions, prêtres, évêques et moines poussèrent au massacre des huguenots. Le clergé de Paris fit des processions au lendemain de la saint Barthélémy. Le pape lui-même (Grégoire XIII) ordonna une procession d’actions de grâces, à Rome et il y assista. Il fit également frapper une médaille pour commémorer le souvenir de ce grand événement et glorifier le triomphe de la Foi sur l’Hérésie — sans parler des félicitations qu’il envoya au lamentable Charles IX.

(Ces félicitations, nous les retrouverons plus tard dans la bouche de Bossuet, l’Aigle de Meaux, adressant à Louis XIV les éloges les plus exagérés au lendemain de la révocation de l’Édit de Nantes, qui rallumait la guerre religieuse et servit de prétexte à la persécution et à l’expulsion de centaines de milliers de réformés.)

Chaque fois qu’ils y eurent intérêt, les Papes n’hésitèrent pas à provoquer des guerres et des révolutions. Grégoire VII, par ses prétentions théocratiques, mit l’Allemagne à feu et à sang (ce qui n’a pas empêché l’Église de le canoniser !). Sixte-Quint loua le zèle et le courage du dominicain Jacques Clément, qui avait assassiné le roi Henri II, auquel on reprochait de ne pas servir assez docilement la cause anti-luthérienne. Les Papes ont donné aux monstrueux rois d’Espagne les directives sanglantes que l’on connaît. Cette malheureuse nation en est restée épuisée et dégénérée pour des siècles. Les guerres de Vendée sont également l’œuvre de la Papauté, ainsi que les récentes insurrections du Mexique, sans parler du rôle machiavélique joué par elle lors du déclenchement de la guerre de 1914 — dont elle attendait un regain d’influence et le rétablissement de son pouvoir temporel, réalisé en février 1929, grâce à la complicité du trop célèbre Mussolini.

Voilà l’institution dont on nous demande d’admirer la sainteté, le caractère surnaturel et la haute vertu moralisatrice ! Et nos gouvernants, même « laïques », acceptent de congratuler ces gens-là, sachant pertinemment qu’en abrutissant le peuple, l’Église travaille à conserver leurs privilèges !

Pour édifier le lecteur sur l’œuvre moralisatrice ( ?) du Vatican, il me suffira de reproduire quelques documents puisés au hasard, à travers les siècles :

ive siècle. — « Le frère se sépare de sa sœur qui fait profession de virginité ; la sœur dédaigne son frère qui vit dans le célibat et cherche ailleurs un autre frère ; tous deux paraissent prendre le même parti ; puis, sous prétexte de se procurer des consolations spirituelles, ils ont chez eux, avec des étrangers, un commerce charnel. » (De Custodia, p. 327.)

« Puis-je raconter sans douleur combien de vierges succombent tous les jours ; combien l’Église en voit périr dans son sein : combien, semblables à des étoiles scintillantes, deviennent les esclaves du démon ; combien de cœurs enfin, aussi durs que la pierre, s’ouvrent cependant à ce serpent qui s’y glisse comme dans une retraite ? Quelles sont celles-là qui, la tête haute, marchent à pas comptés, cachant sous une toilette simple et modeste une vie déréglée que l’on ne connaît que par leur grossesse et par les cris des enfants ? Ce sont des vierges devenues veuves avant leur mariage. Il y en a qui procurent la stérilité à leur sein, et ainsi commettent l’homicide d’un homme qui n’est pas encore né. D’autres se sentant criminellement enceintes ont recours aux poisons qui font avorter. Et comme souvent elles périssent avec leur embryon, elles descendent aux enfers chargées de trois crimes, homicides d’elles-mêmes, adultères de Jésus-Christ, parricides de leur enfant, même avant sa naissance. » (Saint Jérôme, De Custodia, p. 326.)

(Cf. saint Jean Chrysostôme, Homélies quod regulares feminoe… et Contra eos qui subintroductas habent.)

ve siècle. — « Nous appelons les femmes qui demeurent avec nous nos mères, nos sœurs et nos filles, n’ayant point de honte d’employer ces noms de piété à couvrir nos débauches. Que fait le moine dans la chambre des femmes ? Que signifient ces tête-à-tête intimes et ces yeux qui fuient les témoins ? » (Saint Jérôme, édition Martianney, t. IV, p. 287.)

vie siècle. — « L’incontinence, à en juger par le grand nombre de canons qui la condamnent, paraît avoir été la grande plaie du clergé espagnol. » (Abbé Guyot, Somme des Conciles, t. I, p. 385).

viie siècle. — Le concile Quinisecte ou in Trullo, en 692, nous apprend (canon 86) qu’il était devenu urgent de réprimer un scandale courant : le proxénétisme des clercs ! Les clercs tenaient des lupanars.

viiie siècle. — Les mœurs du clergé vont en se corrompant chaque jour davantage, de l’aveu des conciles successifs de 742, 744, 787, 753, 757. Les prêtres portent les armes, se livrent aux orgies, à l’usure, à la simonie ; l’orgueil, l’avarice, la luxure et l’ambition sont leurs vices les plus communs.

ixe siècle. — « Les clercs n’auront absolument aucune femme chez eux, pas même leur sœur ; car il y a des prêtres qui, faisant de leurs propres sœurs leurs concubines, leur ont engendré des enfants. » (Concile de Mayence en 847 et Concile de Metz en 888.)

xe siècle. — Pendant plus de cinquante ans, l’Église fut gouvernée par trois prostituées lesquelles firent trois papes.

Une patricienne de Rome, Théodora, avait deux filles, Théodora la jeune et Marouzie. Celle-ci, maîtresse du pape Sergius III eut de lui un fils, Jean (Jean XII). A la mort de ce pape, Théodora, la mère, lui donna pour successeur son amant, Jean X. Aidée de son mari, Guy, fils aîné de son amant, le marquis de Toscane, Marouzie renverse Jean X, l’amant de sa mère et le fait étouffer en prison et place sur le trône pontifical, successivement Léon VI, Étienne VII et Jean XI, un fils qu’elle avait eu de Sergius III, et qui fut Jean XII. Un mari ayant surpris ce pape dans les bras de sa femme, l’assomma d’un coup de marteau sur la tempe. (Annales ecclésiastiques, de Baronius, t. XV, etc. ; Fleury, Hist. Ecclés., liv. XIV.)

« Nous ne disons rien qui ne soit vu et avoué de tout le monde. Nous en pouvons prendre à témoin la veuve de Rénier, son vassal, dont il est si amoureux qu’il lui a confié le gouvernement de plusieurs villes, et qu’il lui a donné des croix et des calices d’or de l’église de Saint-Pierre du Vatican. Nous en prendrons encore à témoin Étiennette, une de ses maîtresses, qui mourut ces jours passés, en accouchant avant terme, d’un enfant qu’elle avait eu de lui. Mais quand ces personnes-là demeureraient dans le silence, les pierres crieraient, et le palais de Latran, qui était autrefois une retraite de personnes de vertu, et qui est devenu maintenant un lieu de débauche et de prostitution, élèverait sa voix pour lui reprocher ses amours, et pour condamner le commerce infâme qu’il entretient avec la sœur d’Étiennette ; Étiennette, concubine d’Albéric, son père. Nous prendrons encore à témoin l’absence des femmes de toutes les nations qui n’oseraient venir faire leurs prières au tombeau des Apôtres de peur d’y recevoir un traitement pareil à celui qu’ont reçu des femmes mariées, des veuves et des filles, qui ont été les victimes de son impudicité… » (Rapport fait à l’empereur Othon par les évêques assemblés en concile, année 962, sur la conduite du pape Jean XII. Mémoires de Luitprand, évêque de Crémone, traduits par le président Cousin, t. II de l’Hist. de l’empire d’Occident, 1683.)

« Ces débauches étaient payées avec le trésor de l’Église que la simonie alimentait et que l’on n’avait garde d’employer aux usages légitimes. On parle d’un évêque consacré à l’âge de 10 ans, d’un diacre ordonné dans une écurie, de dignitaires aveuglés ou transformés en eunuques. La cruauté complétait l’orgie. Pour que rien ne manquât, on raconte que dans les festins de Latran, il arrivait au pape de boire à la santé du diable. » (Abbé Duchesne, chargé de cours à la Faculté catholique de Paris, Les commencements de l’État pontifical, Albert Fontemoing, éditeur, Paris 1898.)

xie siècle. — Trois papes siègent concurremment à Rome : Sylvestre II à Saint-Pierre, Jean XX à Sainte Marie Majeure, et Benoît IV au palais de Latran.

« Les évêques en vinrent à ce point de vilenie, qu’ils se firent des rentes avec la luxure de leurs prêtres. Ils permirent, en effet, aux prêtres d’entretenir des concubines chez eux pourvu qu’ils payassent une amende à eux, évêques. » (Concile de Lillebonne, 1080, canon 5e.)

Le concile de Pavie en 1020 dit dans son canon 3e :

« Les fils et les filles de tous les clercs, sans exception, qui sont nés d’une femme libre, quelle qu’elle soit, et quel que soit le genre d’union de cette femme (mariage ou concubinage), tous ces fils et filles, avec tous les biens qu’ils ont reçus de n’importe quelle main, appartiendront comme serfs à l’église de leur père, et jamais ils ne pourront être affranchis du servage de l’Église. » « Les femmes qui, dans l’enceinte de Rome, se seront prostituées à des prêtres, appartiendront au palais de Latran comme esclaves. » (Décret du pape Léon IX, Concile de Rome, 1051.)

xiie siècle. — Les scandales des siècles précédents atteignent de telles proportions, qu’on ne compte pas moins de onze conciles réunis pour les flétrir et provoquer des ordonnances qui resteront lettre morte. (Conciles de Londres, 1102, 1108 ; Latran, 1123 ; Londres, 1125, 1127, 1129 ; Latran, 1139 ; Londres, 1175 ; Latran, 1179 ; Rouen, 1189 ; Dalmatie, 1199. Le concile de Latran, 1179, canon 11e, constate que les clercs sont infectés d’un vice contre nature.)

xiiie siècle. — « Aucune plaie de l’Église, à l’exception de 1’incontinence, ne fut plus étendue ni plus envenimée que celle de Simonie. On compterait difficilement les évêques déposés pour ce crime par les papes ou par leurs légats ; le nombre des prêtres échappe à l’histoire, à la faveur de leur subalternité. L’Église était envahie par la concupiscence des yeux et par l’orgueil de la vie. » (Abbé Guyot, loc. cit. t. II, p. 26.)


xive siècle. — Le grand schisme d’Occident (1378 à 1417). Il y eut un Pape à Rome et un Pape à Avignon.

« Combien est grand le nombre des clercs qui attendent une place ! Mais quelle est la valeur de ces gens qui accourent de toutes parts et offrent leurs services ? Ce n’est pas de l’école ni des études libérales, mais de la charrue et des œuvres serviles qu’ils venaient pour obtenir 1’administration des paroisses et des autres bénéfices. Ils ne comprenaient guère plus le latin que l’arabe ; que dis-je ? Ils ne savaient pas lire, ô honte ! ou ils savent à peine distinguer un alpha d’un bêtha… »

« Aujourd’hui, un homme inoccupé, ayant horreur du travail ou désirant riboter dans l’oisiveté, court-il au sacerdoce et l’acquiert-il ? Sur le champ il se joint aux autres prêtres, sectateurs de voluptés, qui, plus Épicuriens que Chrétiens, fréquentent assidûment les cabarets et consument tout leur temps à boire, manger, dîner, souper, ainsi qu’à jouer aux dés et à la paume. Plongés dans la crapule et l’ivrognerie, ils se battent, ils crient, ils font du tapage et de leurs lèvres souillées ils jurent le nom de Dieu et des saints. Quand le calme est enfin venu, ils passent des bras de leurs concubines à l’autel de Dieu. »

« Leur zèle et leurs convoitises sont pour l’argent ; ce qu’ils cherchent avec ardeur, ce n’est pas le profit des âmes, c’est celui de leur bourse. L’amour de l’argent les enflamme ; la piété consiste à gagner de l’argent ; ils ne font rien sans calculer si leur acte les aidera à récolter de l’argent en quoi que ce soit ; l’argent les jette dans les altercations, les luttes, les querelles et les procès ; ils supportent beaucoup plus philosophiquement la perte de dix mille âmes que celle de dix à douze sous. »

« Par respect, je ne dirai pas grand chose des couvents de femmes : lorsqu’on doit parler, moins d’assemblées de vierges vouées à Dieu, que de lieux infâmes, de roueries d’impudentes courtisanes, de lubricité et d’inceste, il ne convient pas de s’étendre longuement. Que sont, en effet, aujourd’hui les couvents de jeunes filles ? Hélas ! ce ne sont point des sanctuaires de Dieu, mais d’exécrables lupanars de Vénus ; ce sont des bouges où les jeunes débauchés viennent assouvir leurs impudiques passions. Aussi, aujourd’hui, faire prendre le voile à une jeune fille est-il la même chose que la vouer à la prostitution. »

« Les cardinaux, ces assesseurs du Pape, ont une telle insolence dans l’air, les paroles et les gestes, que si un artiste voulait peindre l’orgueil en personne, il ne pourrait pas choisir de meilleur modèle qu’un cardinal… Quant au Pape, il distribuait les évêchés vacants et les principales dignités de l’Église à des jeunes gens, élégants et parfumés, qui lui servaient de mignons. » (Nicolas de Clemangis, archidiacre du diocèse de Bayeux, directeur du collège de Navarre, en 1435 ; De corruptio Ecclesiæ statu, édition J. Martini Lydius, Leyde, 1613. Cap. VI, XIV, XVI, XXIII, X. 1 ; XXVII, 5.)

xve siècle. — « Le pape (Jean XXIII) s’est souillé d’incestes avec la femme de son frère et avec de saintes religieuses ; il a défloré des vierges, commis des adultères et des crimes odieux qui, jadis, firent descendre la colère de Dieu sur cinq villes. » (Concile général de Constance, 1414, qui articula contre ce pape soixante dix griefs.)

xvie siècle. — Alexandre VI Borgia. (D’une prostituée, Vanozza, il a quatre fils et une fille, la célèbre Lucrèce Borgia.)

« Alexandre ne pouvait se délivrer des malheurs domestiques qui troublaient toute sa maison, et qui étaient accompagnés d’exemples tragiques d’amour et de cruauté qui font horreur aux nations les plus barbares ; car, comme, dès le commencement de son pontificat, il avait résolu d’élever le duc de Candie, son fils aîné, au suprême degré de grandeur temporelle, le cardinal Valentin (César Borgia, duc de Valentinois, qui avait beaucoup d’éloignement pour le sacerdoce et plus de penchant pour la guerre) ne put souffrir de voir que son frère lui fût préféré ; il était d’ailleurs chagrin de voir que son frère aîné avait plus de part que lui aux bonnes grâces et aux faveurs de leur sœur Lucrèce ; de sorte qu’animé par cet amour déréglé et par son ambition, deux passions qui entraînent également à toutes sortes de scélératesses, il fit assassiner le duc son frère, un soir que ce dernier se promenait à cheval dans les rues de Rome, et fit jeter secrètement son corps dans le Tibre. Outre cela, le bruit s’était répandu (si on peut ajouter foi à une pareille énormité) que non seulement les deux frères étaient coupables d’inceste avec leur sœur Lucrèce, mais que le père lui-même en était aussi coupable… » Et, jaloux d’Alphonse d’Aragon, mari de Lucrèce, le pape et le cardinal César le font assassiner.

Hic jacetin tumulo Lucretia nomine, sed re
Thaïs, Alexandri filia, spousa, nurus.

« Ci-gît, dans le tombeau du nom de Lucrèce, mais en réalité, Thaïs, fille, épouse et bru du pape Alexandre. » (Extraits d’Alex. Gordon (Fragments secrets de Guichardin). Vie d’Alexandre VI, t. II, p. 139-144 ; t. II, p. 83 ; t. I, p. 255. Trad. franç., Amsterdam, 1732, 2 vol. in-12. On trouvera les fragments secrets de Guichardin dans l’édition Panthéon, appendice 20.)

« Les exemples scandaleux et les crimes de la Cour de Rome ont été cause que l’Italie a perdu entièrement tous les principes de la piété et tout sentiment de religion. Nous autres Italiens, nous avons cette première obligation à l’Église et aux prêtres d’être devenus des impies et des scélérats ! » (Machiavel, Discours sur la première Décade de Tite-Live, liv. I, ch. l2.)

Pour dédommager le lecteur de cette nomenclature fastidieuse nous reproduirons cette énergique peinture que dans ses lettres sine titulo, très peu connues, Pétrarque fait de la Cour papale. (Pétrarque était tout qualifié pour stigmatiser les crimes et l’immoralité du Vatican, puisque sa propre sœur, toute jeune encore, avait été lâchement violée par le pape Benoît XII.)

« On trouve en ces lieux le terrible Nemrodh, Sémiramis armée, l’inexorable Minos, Rhadamante, Cerbère, Parsiphaë, amante du taureau, le Minotaure, monument scandaleux des plus infâmes amours, enfin tout ce qu’on peut imaginer de confusion, de ténèbres et d’horreur. C’est ici la demeure des larves et des lémures, la sentine de tous les vices et de toutes les scélératesses » (Epist. sine titulo, p. 718). « Je ne rapporte que ce que j’ai vu moi-même et non ce que j’ai entendu raconter par d’autres. Je sais, par ma propre expérience qu’il n’y a ici ni piété, ni charité, aucune foi, aucun respect, aucune crainte pour la Divinité, rien de saint, rien de juste, rien d’humain. L’amitié, la pudeur, la décence, la candeur y sont inconnues ; la vérité !… trouverait-elle un refuge dans une ville où tout est plein de fictions et de mensonges : l’air, la terre, les maisons, les places publiques, les portiques, les vestibules, les appartements les plus secrets, les temples, les tribunaux et jusqu’au palais pontifical ? » (Epist. 12, p. 273)… « On y perd ce qu’on possède de plus précieux, la liberté d’abord, puis la paix, la joie, l’espérance, la foi, la charité, en un mot les biens de l’âme ; mais dans le domaine de l’avarice, rien n’est regretté pourvu que l’argent reste. L’espoir d’une vie future est considéré ici comme une illusion vaine, ce qu’on raconte des enfers est une fable ; la résurrection de la chair, la fin du monde et Jésus-Christ, juge suprême et absolu, sont mis au rang des inventions puériles. L’amour de la vérité y est taxé de démence, l’abstinence de rusticité, la pudeur de sottise honteuse ; la licence, au contraire, est estimée grandeur d’âme, la prostitution mène à la célébrité. Plus on accumule de vices, plus on mérite de gloire ; une bonne renommée est regardée comme ce qu’il y a de plus méprisable, la réputation comme la dernière des choses… Ce que je dis n’est ignoré de personne… Je passe sous silence la simonie, l’avarice, la cruauté qui ne respecte aucun sentiment humain, l’insolence qui se méconnaît elle-même, et les prétentions de la vanité… Qui ne rirait et ne s’indignerait à la vue de ces enfants décrépits (les cardinaux et les prélats) avec leurs cheveux blancs et leurs amples toges sur lesquelles ils cachent une impudence et une lascivité que rien n’égale ?… Des vieillards libidineux poussent l’oubli de leur âge, de l’état qu’ils ont embrassé, et de leurs forces, jusqu’à ne craindre ni déshonneur, ni opprobre : ils consument dans les festins et dans les débauches les années qu’ils devraient employer à régler leur vie sur celle du Christ. Mais bientôt ces excès sont suivis d’autres excès encore, et de tout ce qu’offrent de plus condamnable l’impudicité et le libertinage. Les indignes prélats croient arrêter ainsi le temps qui fuit devant eux, et ils ne voient d’autre avantage dans la vieillesse, si ce n’est celui qui rend licite pour eux, et dans leurs idées, ce dont les jeunes gens eux-mêmes ne seraient pas capables… Satan, d’un air satisfait, assiste à leurs jeux, il se fait l’arbitre de leurs plaisirs ; et constamment placé entre ces vieillards et les jeunes vierges qui sont les honteux objets de leurs nauséabondes amours, il s’étonne de ce que ses tentations sont toujours au dessous de leurs coupables entreprises… Je ne dirai rien des viols, des rapts, des incestes, des adultères ; ce ne sont plus là que des badinages pour la lubricité pontificale. Je tairai que les époux des femmes enlevées sont forcés au silence par un exil rigoureux, non seulement loin de leurs foyers domestiques, mais encore loin de leur patrie. Je ne m’appesantirai même pas sur le plus sanglant des outrages, celui par lequel on force les maris de reprendre leurs épouses prostituées, surtout lorsqu’elles portent dans leur sein le fruit du crime des autres ; outrage qu’on a bientôt l’occasion de répéter, puisque la femme doit retourner dans les bras de son premier amant dès qu’elle peut de nouveau servir à ses infâmes plaisirs… » (16e lettre.)

Plus connus sont ces deux sonnets où le poète traduit son indignation en vers magnifiques :

Sonnet CV. — Fiamma dal Ciel… « Que la flamme pleuve du ciel sur tes tresses, ô Méchante ! toi qui, partie de l’eau et des glands, es arrivée à la richesse et à la grandeur en appauvrissant autrui ; toi qui mets la joie à mal faire. — Nid de trahisons, où se couve tout le mal qui se répand aujourd’hui par le monde ; esclave du vin, du lit et de la table ; chez toi la luxure est au comble. — A travers tes salons, jeunes filles et vieillards vont dansant, et Belzébuth au milieu avec ses soufflets, son feu et ses miroirs. — Jadis tu ne fus pas nourrie dans la plume ni à l’ombre, mais nue au vent et sans chaussure à travers les ronces. Aujourd’hui ta vie est telle que la puanteur en montera jusqu’à Dieu. »

Sonnet CVII. — Fontana di dolore… « Source de douleurs, réceptacle de colère, école d’erreurs et temple d’hérésie, autrefois Rome aujourd’hui Babylone, fourbe et criminelle, où éclosent tant de plaintes et de soupirs ; officine de tromperies, ô prison barbare, où le bien meurt, où le mal croît et grandit ; enfer de vivants ! Ce sera un grand miracle si le Christ à la fin ne se courrouce contre toi. — Fondée en une humble et chaste pauvreté, tu lèves les cornes contre tes fondateurs, ô courtisane éhontée. Où donc as-tu placé ton espérance ? Est-ce dans tes adultères, dans tes richesses mal acquises ?….. »

Le lecteur espère sans doute que les choses se sont améliorées depuis Pétrarque ? Assurément, les gens d’Église sont devenus plus prudents, ils sont experts dans l’art de dissimuler leurs tares. Au lieu de les étaler cyniquement, à la manière de ces Papes tout puissants, qui se croyaient tout permis, ils sont obligés d’agir dans l’ombre et le secret. C’est là une des tristes nécessités de nos époques trop libres, où les yeux sont ouverts (quelquefois) et où l’esprit critique prend la parole pour proclamer la vérité.

En réalité, les mêmes causes engendrent nécessairement les mêmes effets. Un célibat obligatoire et contre nature ne peut engendrer que l’hypocrisie dans les rapports sexuels — ou les perversions les plus anormales. Comment l’ambition déréglée des gens d’Église, la facilité que possèdent les grands prélats d’amasser d’énormes richesses, de dominer à leur gré les êtres qui ont confiance en leur mission (et surtout les femmes et les filles), comment cet orgueil et cette puissance n’engendreraient-ils pas la corruption et le vice ? La turpitude et l’immoralité du clergé ne sont que les conséquences fatales d’un état de choses pernicieux. De telles institutions ne sauraient engendrer des mœurs simples, fraternelles et laborieuses.

Le Semeur reproduisait récemment (avril 1929) une page bien édifiante sur la vie du pape Pie IX. En plein xxe siècle, ce pape fut incestueux, adultère, faux-monnayeur et assassin — comme la plupart des « Saintetés » qui l’avaient précédé !

Quant à l’homosexualité, elle fleurit plus que jamais à l’ombre des sacristies et ses ravages s’étendent jusqu’aux plus hauts « sommets » de la chrétienté ! Le cardinal Merry del Val n’échappait pas à cette contagion, s’il faut en croire Victor Charbonnel, et les couloirs du Vatican sont remplis de « mignons », dont les complaisances spéciales assurent la fortune ! Nombreux sont les cardinaux qui gardent auprès d’eux un jeune « neveu » dont les services intimes leur sont précieux….

Les fidèles catholiques n’en doivent pas moins se prosterner aux pieds de leurs saints pasteurs et vénérer les souverains pontifes, ministres et représentants de Dieu sur la terre !

Un bon croyant ne doit-il pas renoncer à tout jugement personnel et s’en rapporter aveuglément à la hiérarchie ecclésiastique ?

Le cardinal Bellarmin (dont les Jésuites sont parvenus à faire un saint) n’est-il pas allé jusqu’à prétendre « que si le pape se trompait en prescrivant des péchés et prohibant des vertus, l’Église serait obligée de tenir les péchés pour bons et les vertus pour mauvaises, si elle ne voulait pas pécher contre la conscience », (Si autem papa erraret proecipiendo vitia, vel prohibendo virtutes, teneretur Ecclesia credere vitia esse bona et virtutes mala, nisi vellet contra conscientiam peccare. De Rom. pontif., 4, 5, éd. Paris 1643, p. 456). Cité par le chanoine J. de Doellinger, La Papauté, p. 194.

Richesse et avidité des Papes. — Pour vivre dans la paresse et dans les jouissances, les Papes ont toujours recherché l’argent. Et ils se sont entourés de richesses, revêtus de costumes somptueux, afin de frapper l’imagination des simples et de leur imposer plus facilement leur lourde tyrannie.

Il est bon que l’on connaisse la cupidité des représentants du Christ — de ce Christ vagabond qui vivait de mendicité !

Ces représentants, pour accroître leur prestige, se parent comme des idoles. Leurs vêtements, leurs chaussures, etc…, sont d’une somptuosité inouïe.

Quelques exemples :

« J’ai vu des mules (chaussures du pape), dont les croix étaient en brillants et qu’on estimait cent mille francs (il s’agit de francs-or, bien entendu). » Armand Dubarry, Histoire de la Cour de Rome.

Le même auteur ajoute que la mitre de Boniface VIII avait coûté 9.500 florins-or, soit cent mille francs-or (cinq à six cent mille francs-papiers). Elle pesait dix livres.

Le Pape Léon X acheta à un joaillier vénitien une perle de 350.000 francs.

La tiare de Paul II (1464-71) valait 2.500 écus, soit un million 70.000 francs-or, ce qui représenterait vingt millions de francs d’aujourd’hui, en raison, non seulement de la dépréciation des monnaies, mais du renchérissement considérable de la main-d’œuvre et des matériaux.

Lors de la prise de Rome par le connétable de Bourbon, le célèbre artiste Benvenuto Cellini fut chargé de briser les tiares, afin de cacher les pierres précieuses et les joyaux plus facilement.

En 1831, Grégoire XVI, craignant l’émeute, fait enterrer sa tiare au pied d’un arbre, dans son jardin. Son successeur Pie IX fit de même en 1848. Le premier mouvement de ces bons apôtres consiste toujours à sauver la caisse !

On écrit des merveilles de leurs chaussures : Souliers de soie bordés et brodés d’or, de maroquin rouge avec talons rouges et ornements en or massif, de lin ou de laine blanche, mules avec croix d’or et pierres précieuses, etc….

Voici la description de la tiare, donnée par Mgr Battandier dans l’Annuaire pontifical : « La tiare est formée d’un feutre très fin recouvert d’un tissu à mailles d’argent fabriqué exprès à Rome. L’intérieur est doublé en soie. C’est sur ce feutre que sont attachées les trois couronnes d’or, excessivement légères pour diminuer le poids. Chaque couronne se compose d’un bandeau d’or orné de pierreries et terminé par deux rangées de perles. Chaque rangée en contient 90, ce qui fait en tout 540 perles. Au-dessus du bandeau est la couronne ou mieux les fleurons formés d’un feuillage imitant une croix. Il est séparé de l’autre par un petit cercle d’or avec pierres précieuses, ce qui lui donne l’aspect de la couronne héraldique de duc. L’ornementation de la tiare est basée sur la forme octogone, c’est à-dire qu’il y a 8 fleurons : 4 émeraudes, 3 saphirs, 1 rubis. Les 8 pointes entre les fleurons ont 6 grenats et 2 rubis.

Deuxième couronne : 10 émeraudes, 24 rubis balais, 3 saphirs, une chrysolithe, 2 aigues-marines et 2 fils de perles.

Troisième couronne : 3 hyacinthes, 2 émeraudes, 19 rubis, 4 saphirs, 3 aigues-marines, 9 grenat, une chrysolithe et 2 fils de perles orientales.

Le sommet de la tiare est couvert d’une feuille d’or avec 8 rubis et 8 émeraudes. Sur elle s’appuie un globe d’or émaillé en bleu, surmonté d’une croix composée de 11 brillants.

Les fanons de la tiare, qui retombent sur les épaules du pape, portent 2 rubis, 4 topazes et 4 émeraudes.

En tout : 6 rangs de perles orientales, 146 pierres précieuses de couleur et 11 brillants.

Je m’excuse de cette énumération. Elle n’est pas inutile. Que de misères et de souffrances le Pape, s’il était sincère, pourrait soulager, avec la fortune qu’il porte sur la tête, comme un potentat oriental ou comme un comédien !

Le Christianisme a été fondé par des pauvres, soutenu par des misérables et il tire toute sa force morale de l’adhésion des malheureux. Et cependant, c’est au Vatican que l’on trouve les plus grandes richesses du monde, accaparées par une caste d’intrigants parasites et jouisseurs !

Doellinger fait la description de la Cour de Rome en 1518. Toutes les places d’employés de la Curie étaient vendues très cher — car elles permettaient de rafler de beaux bénéfices. Le nombre des référendaires n’était pas limité. Il y avait 101 solliciteurs, 101 maîtres des archives, 8 scribes des suppliques, 12 scribes du registre, 27 scribes de la pénitencerie, 81 scribes des Brefs, 104 collecteurs des plombs, 101 scribes apostoliques, 13 procurateurs, 60 abbreviatores de parco minori, 12 abbreviatores de parco majori, 12 avocats consistoriaux, 12 auditeurs de Rota (desquels il est dit qu’ils se contentaient des pourboires), 19 notaires, 29 secrétaires, 7 clercs de la Chambre. Environ 800 dévorants dont le principal souci consiste à rafler le plus d’argent possible, pour rentrer d’abord dans leur mise de fonds et pour s’enrichir ensuite, ainsi que leurs parents et leurs créatures…..

M. Young, (La France et Rome, cité par de Meissas), déclare qu’au xviie siècle, il y avait 250 fonctionnaires pontificaux, dont certains payaient leurs charges jusqu’à 180.000 francs….

Les frais d’administration du Palais du Vatican coûtaient, à eux seuls, 7 millions de francs-or par an. Il fallait donc que les Papes trouvent des ressources considérables.

Par la loi des Garanties (1871), le Gouvernement italien avait offert au Pape une subvention perpétuelle de 3.225.000 lires. La Papauté refusa.

Les accords du Latran (février 1929) sont plus généreux encore, puisque le Saint-Siège recevra 750 millions de lires en espèces et un milliard de lires en dette consolidée 5 % au porteur. On a calculé que cela représentait, au cours de la lire, plus de 4.800.000 dollars (120 millions de francs). Il faut y ajouter les revenus que le Vatican possédait déjà, soit plus de 2 millions de dollars. Au total : 170 millions de francs.

Des ressources aussi formidables (et nous ignorons le chiffre exact des sommes que le Pape reçoit, depuis la guerre surtout, des grands banquiers américains, qui le couvrent littéralement d’or), permettront à l’Église de poursuivre dans les meilleures conditions son œuvre d’évangélisation des masses, d’abrutissement de la jeunesse, de corruption des consciences par l’achat des politiciens, des journalistes, etc….

Les marchands du Temple. — La « Sainte Boutique » possède bien des moyens et des procédés pour rançonner les gogos.

« Aujourd’hui, les évêques ne payent plus leurs bulles que 4.400 francs (or), les archevêques 6.660… Mais le commerce des dispenses, indults, indulgences, etc…, marche toujours son train. Les papes du xixe siècle y ont ajouté celui des titres de noblesse et des décorations. Il y a aussi les quêtes du denier de Saint-Pierre, dont les préfets violets se montrent grands zélateurs pour se faire bien voir de leur maître. Enfin, de pieux et riches imbéciles, très ignorants de la vraie origine et de la vraie histoire de la Papauté, offrent incessamment de magnifiques cadeaux à celui qu’ils croient sincèrement le représentant de Dieu sur notre petite planète. C’est bien entendu la France, cette précieuse vache à lait, qui fournit toujours le plus (30 millions environ par an, en or). » (Éphémérides de la Papauté, par l’abbé de Meissac, p. 216.)

Le trafic des Indulgences se fit d’une façon tellement cynique et exagérée qu’il souleva contre la Papauté de grandes colères et l’on sait que la révolte du moine Luther fut, dans une grande mesure, motivée par ce trafic. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les mercantis du Vatican continuent aujourd’hui, plus que jamais, leurs lucratives entreprises.

Victor Charbonnel a reproduit les tarifs de la Sacrée Congrégation des Indulgences, tels qu’ils sont affichés à la Chancellerie du Vatican (la Congrégation des Indulgences a été supprimée en 1904, mais rattachée à la Congrégation des rites — et rien n’a été changé à la « bedide gommerce » ).

Je ne reproduirai pas cette liste, car elle est longue — et fastidieuse. On y trouve les taxes pour bénédiction des chapelets, croix, crucifix, statues de Saint Pierre ; indulgence pour 4 jours de l’année, pour les sermons, pour la fin des retraites, pour les moribonds, les missions — et j’en passe plus de la moitié.



On sait que l’Église ne reconnaît pas le divorce, qu’elle vitupère, au contraire, comme une effroyable immoralité. N’empêche que la Sacrée Congrégation romaine du Concile ne consacre une bonne part de son activité aux procédures d’annulation de mariages.

Il y a 22 ou 24 cas de divorce… pardon : d’annulation ! Il suffit de démontrer que le mariage n’a pas été consommé (par suite de l’impuissance du mari, par exemple), pour que la Papauté annule l’union et rende leur liberté aux deux époux.

Bien entendu, cela coûte très cher. « Dans une cause de mariage, il faut compter d’abord les frais de l’enquête faite par la cour épiscopale, et ceux-ci seront plus ou moins considérables, selon le nombre des témoins, leur éloignement de la Curie épiscopale, les indemnités à leur fournir, les experts dont on invoquera le témoignage. » (Annuaire pontifical).

Que d’intermédiaires à rétribuer, de pourboires à donner, de paperasses à noircir ! Cela se prolonge pendant des mois. Il faut remettre la main à la poche, pour activer les démarches, à plusieurs reprises. Finalement, il n’est pas possible de divorcer à Rome à moins de 50.000 francs, mais nombreux sont les cas d’annulation qui ont coûté 150.000, 200.000 francs et davantage. Cette comédie religieuse n’est à la portée que des gros porte monnaie.



La vente des décorations papales fournit des ressources qui ne sont pas négligeables.

Il y a l’Ordre du Christ ; l’Ordre de Pie IX ; l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand ; l’Ordre de Saint-Sylvestre ; l’Ordre de l’Éperon d’Or (qui a été récemment décerné à Podieux Mussolini, pour bien marquer la réconciliation du Vatican et du Fascisme !) ; les croix Pro Eccesia et Pontifice, les médailles Bene merenti….

L’honneur d’arborer ces rubans et de faire encadrer un diplôme signé de la Sainte main du Pape ne saurait évidemment trop cher se payer… Il faut compter de 5 à 10.000 francs, ce qui n’empêche pas les amateurs d’être nombreux.

Le titre de duc coûtait 100.000 francs, avant la guerre. Le titre de comte, 20.000 francs. Le titre de baron, 12.000 francs. Il y a aussi des comtesses, des princes, des marquis… Le Vatican ne néglige aucun profit (les Hennessy, marchands de cognac, sont comtes du Pape (cité par Charbonnel), ce qui n’empêcha pas l’un d’eux d’être ministre de la République française et propriétaire du Quotidien, journal de gauche ! !)

Conclusion. — Étudier l’histoire de la Papauté, c’est prendre la meilleure leçon d’anticléricalisme et d’anti-religion.

Cela permet de saisir sur le vif le cynisme et la tyrannie des Imposteurs d’Église, exploiteurs de la Crédulité.

La Papauté est la dernière grande monarchie de droit divin qui existe dans le monde actuel. C’est l’institution la plus antidémocratique que l’on puisse concevoir.

Deux cent cinquante millions de catholiques sont dirigés par une oligarchie d’un millier de despotes romains (dont les neuf dixièmes sont italiens, ce qui explique que M. Mussolini ait cherché, dans un but impérialiste, à utiliser le concours de la Papauté).

L’oligarchie papale n’a pas de comptes à rendre, ni d’explications à fournir. Elle est infaillible. Elle peut commander ce que bon lui semble et décider les pires absurdités. Ayant fait de l’obéissance la première des vertus, les fidèles sont tenus de s’incliner, non seulement sans murmurer, sans réfléchir, sans discuter, sans chercher à comprendre, mais encore en se prosternant dans l’humilité la plus admirative.

Rien n’est plus contraire à l’esprit critique, à la dignité humaine, au droit à la vie consciente, que la Foi catholique.

Rien n’est plus dangereux pour notre effort d’émancipation et de révolte que cette mentalité rétrograde faisant de la chrétienté un troupeau d’esclaves abêtis.

L’association conclue entre Mussolini et Pie XI (chacun d’eux espérant bien, in petto, en tirer le maximum de profits) est dirigée en premier lieu contre le mouvement mondial de rénovation et d’affranchissement social et en second lieu contre la France. Non pas, certes, la France de Tardieu, de Poincaré ou de l’abbé Bergey, mais la France populaire, laïque, ardente et généreuse, prête à reprendre la grande œuvre révolutionnaire sabotée et trahie tant de fois depuis un siècle….

« Les coqs ne chantent plus, ils sont plumés », pouvait-on lire en 1870, dans l’Osservatore Romano, journal du Pape, dirigé par le propre filleul du Pape Pie IX. Le Vatican se réjouissait du désastre qui accablait la France. Quelle ingratitude ! Car les Français avaient soutenu Pie IX contre les Italiens ; ils s’étaient aliénés les sympathies de ces derniers et de 1’Angleterre (sympathies précieuses, qui auraient empêché le traité de Francfort) pour être agréable au Vatican en envoyant des troupes françaises monter la garde à sa porte. Et voilà comment le Pape récompensait un dévouement aussi stupide !

Pourquoi ? Parce que, derrière les gouvernements éphémères, Pie IX apercevait le visage de la vraie France, celle de Voltaire, de Diderot, de 1793, celle qui ne se renferme pas à l’intérieur de ses frontières et qui jette aux opprimes du monde entier un cri d’espérance et d’encouragement.

La Papauté est un chancre hideux qu’il faut extirper complètement, définitivement, si l’on veut en finir avec toutes les tyrannies et toutes les oppressions, basées sur le mensonge, la haine, le fanatisme et l’intolérance.



Pour compléter ce trop rapide et insuffisant exposé, voici quelques notes puisées dans la Chronologie des Papes. Il n’est pas douteux que, sur 260 papes qui ont régné — infaillibles représentants de la vertu et de Dieu ! — plus de la moitié ont été d’effroyables gredins, des tyrans sans scrupules, des débauchés, des voleurs, des assassins, des monstres avides de richesses, qui se vautraient dans les turpitudes les plus écœurantes.

Des 33 premiers évêques de Rome, nous ne dirons rien : ce sont d’illustres inconnus, dont la personnalité (pourtant canonisée !) et l’œuvre sont absolument nulles.

Sylvestre (319), associe l’Église à l’empereur Constantin, couvert de crimes.

Libérius (352). Un des responsables des luttes sanglantes provoquées par l’hérésie des Ariens.

Damase (366). Compétitions et luttes sanglantes à Rome.

Séricius (384). S’associe au tyran Maxime pour exterminer les Manichéens.

Innocent (402). Arme l’Occident contre l’Orient et suscite partout des conflits fanatiques.

Boniface (418). Déclare indigne d’être clerc tout homme qui avait eu le malheur d’être esclave (Malgré cela, il y a des gens qui prétendent que c’est l’Église qui a supprimé l’esclavage !)

Léon (440). Tyrannique persécuteur des Nestoriens, des Pélagiens, des Manichéens, bref, de tous ceux qui pensaient autrement que lui.

Symmachus (498). Élu en même temps qu’un autre pape, Laurent. Guerres civiles. Accusé de crimes énormes, Symmachus fut déposé, mais revint au pouvoir après une lutte sanglante. Bannit les Manichéens et brûla leurs livres.

Boniface II (530). Encore deux compétiteurs : Boniface et Dioscore.

Jean II (533). Achète son élection à prix d’or. Le Sénat proteste contre le corrupteur.

Vigilius (537). Pape souillé de crimes. Fut détrôné et traîné dans la ville, la corde au cou. Mourut en exil.

Pélagius (555). Réclame le premier la peine de mort contre les incrédules.

Grégoire (596). On l’appelle « le grand ». Il encense le tyran Phocas, assassin de toute la famille impériale. Développe la superstition et favorise le pullulement de la clique monacale.

Fabinian (604). Voulait qu’on brûlât tous les livres.

Honorius (625). Condamné comme hérétique par un concile œcuménique.

Théodore (642). Absout Martine, femme de Constantin, qui avait empoisonné son mari pour lui succéder.

Conon (686). — Sergius (687). Nouveaux schismes et nouvelles discordes. Sergius achète son élection en donnant à l’archidiacre Pascal les couronnes d’or suspendues devant l’autel de Saint-Pierre.

Constantin (708). Fait crever les yeux à l’archevêque de Ravenne et condamne de nombreux citoyens rebelles à sa tyrannie.

Grégoire III (731). Ordonne de prier pour les morts et de donner pour eux… à l’Église…

Constantin II (767). C’était un simple laïque, qui se fit élire par violence et corruption.

Léon III (795). Le peuple de Rome se soulève contre ce criminel et l’attaque en pleine procession.

Eugêne II (824). Encore un schisme. Le commerce des reliques et ossements prend une magnifique extension.

Léon IV (847). Imagina qu’un évêque ne pouvait être condamné que sur les dépositions de 72 témoins (il en suffisait de deux pour condamner un laïque !).

Papesse Jeanne (854). Les cléricaux nient son existence, relatée par plusieurs chroniqueurs et historiens du temps. Enceinte d’un cardinal, elle mourut en accouchant.

Formose (891). Chasse son concurrent Sergius par la force.

Boniface VI (896). Véritable scélérat. Condamné et supplicié pour ses nombreux forfaits.

Étienne VII (896). Fait déterrer, pour le juger, son prédécesseur Formose. Il fut lui-même emprisonné et étranglé.

Jean X (898). Schisme entre lui et Sergius, fils de Benoît. Jean X fait un archevêque âgé de 5 ans.

Léon V (903). Compétitions, dépositions, emprisonnements.

Christophe (903). S’empare par la force de la Papauté. Chassé à son tour et tué par Sergius III.

Sergius III (904). Monte sur le trône pontifical dont il avait été chassé deux fois. Célèbre par ses débauches avec la courtisane Marozia, dont il eut un fils, qui fut également pape, Jean XII.

Jean XI (914). Pape grâce à l’appui de Théodora, femme perdue de débauches.

Jean XII (931). Incestueux, assassin. Eut d’innombrables maîtresses et commit de multiples viols. Crevait les yeux et arrachait la langue à ses rivaux. Mourut des suites d’une correction qui lui fut infligée par un mari le surprenant en flagrant délit avec sa femme.

Jean XIII (956). Ce scélérat, chassé par le peuple romain, ne se maintint que par une sanguinaire répression. Était le fils de la courtisane Théodora II, fille de Théodora I et sœur de Marozia. Pendant 60 ans la « sainte Église » fut en réalité gouvernée par des… grues.

Léon VIII (963). Créature de l’empereur Othon, qui fait étrangler son rival Benoît, élu pourtant par le clergé.

Jean XIV, (965). Chassé par le gouverneur de Rome, il le fit tirer par quatre chevaux et s’acharna sur son cadavre.

Boniface VII (974). dut s’enfuir à Constantinople, volant les trésors du Vatican. fit crever les yeux de son rival, le pape Jean XV.

Grégoire V (996). fait couper les mains, le nez et les oreilles à son concurrent Jean XVIII, qui fut ensuite pendu.

Benoit VIII (1012). Violentes compétitions avec Grégoire.

Benoit IX (1033). Élu pape à 12 ans. Se vautra dans les orgies. Trois papes gouvernent en même temps, s’arrachant à qui mieux mieux les richesses de l’Église.

Clément II (1046). — Damase II (1048). Tous deux meurent empoisonnés.

Nicolas II (1058). Chasse et excommunie son prédécesseur Benoit X, qui s’était d’ailleurs imposé, lui aussi, par la force.

Grégoire VII (1073). L’un des papes les plus redoutables. Astucieux, vindicatif et cruel, fit peser sur le monde une tyrannie effrayante.

Urbain II (1088). Fit prêcher la première Croisade. Les papes sont responsables de la mort des cinq millions d’hommes qui ont péri dans ces hécatombes.

Pascal (1099). Son règne fut rempli d’attentats, de scandales et d’assassinats.

Caliste II (1120). Persécute l’anti-pape Grégoire VIII.

Honorius II (1124). Excite les seigneurs à exterminer les Normands incrédules.

Lucius II (1144). La Papauté était alors expulsée de Rome par la haine des Romains.

Adrien V (1154). Se fait livrer par traîtrise le moine Armand de Brescia, qui avait critiqué les turpitudes papales, et le fait brûler.

Alexandre III (1159). Un schisme de 17 ans… Début des persécutions contre les Vaudois, exterminés avec barbarie.

Lucien III (1181). Excommunie les Vaudois et les Albigeois.

Grégoire VIII (1187). — Clément III (1187). Prêchent la Croisade pour la reprise de Jérusalem.

Innocent III (1198). Il envoie le sauvage saint Dominique exterminer les Albigeois. Tout le midi de la France est dévasté. Une des pages les plus sanglantes de l’histoire des papes, qui en compte pourtant de nombreuses.

Grégoire IX (1227). Il met l’Allemagne à feu et à sang, par l’envoi des chevaliers teutoniques, qui réduisaient les habitants en servage.

Innocent IV (1243). Empoisonneur et assassin ; ruine l’Italie en provoquant la guerre civile. Il étend les privilèges des inquisiteurs dominicains et déclare que les hérétiques doivent être mis à mort.

Alexandre IV (1254). Cherche à dépouiller de sa couronne le jeune Conradin, roi de Sicile. Introduit la torture dans les tribunaux de l’Inquisition.

Nicolas III (1277). Remplit l’Italie de discordes et de troubles, mais enrichit sa famille et ses bâtards.

Martin IV (1281). Conduite scandaleuse. Il prend publiquement la concubine de son prédécesseur.

Honorius IV (1285). Offre l’empire à Rodolphe, à condition qu’il fasse la guerre aux Français.

Boniface VIII (1294). Célèbre par ses démêlés avec Philippe le Bel. Scélérat consommé, avait fait assassiner son prédécesseur. Simoniaque, homicide, usurier.

Clément V (1305). S’établit à Avignon. Responsable du supplice des malheureux Templiers. Perfide et débauché, fit massacrer 4.000 Vaudois en un même endroit.

Jean XXII (1316). Ambitieux et tellement avare et voleur qu’il laissa une fortune de 25 millions de florins-or, somme inouïe pour l’époque.

Benoit XII (1334). Célèbre pour avoir séduit la sœur de Pétrarque, âgée de 18 ans. Sa lubricité était invraisemblable. Il mourut couvert de plaies hideuses.

Clément VI (1342). Accablé de dettes, dépensait les revenus de l’Église avec des filles de joie. Provoqua la guerre en Allemagne, en Bohême, en Italie.

Innocent IV (1352). Aussi avare et exploiteur que ses prédécesseurs.

Grégoire XI (1370). Stimule le zèle des Inquisiteurs au Portugal.

Urbain VI (1378). Des 30 schismes qui ont déchiré l’Église, voici le plus long. « On vit pendant 50 années papes contre papes ; empires contre empires, églises contre églises, enfin l’Europe contre l’Europe : son sol déchiré, souillé par tous les crimes » (Meissas). Urbain fait torturer et assassiner 6 cardinaux qu’il accusait de comploter ; il fait tuer Jeanne de Naples, etc….

Boniface IV (1389)). Ignorant, mais pillard à l’excès.

Grégoire XII (1406). Son règne fut un tissu de lâches fourberies. Le Concile de Pise le déposa.

Alexandre V (1409). Ivrogne, gourmand, scandaleux ; ne dépare pas la collection.

Jean XXIII (1410). Empoisonne son prédécesseur pour lui succéder. Sodomiste et forban d’envergure. Le Concile de Constance le dépose, ce qui était justice, mais fait brûler Jean Huss, crime abominable.

Martin V (1418). Fait massacrer les hussites révoltés.

Eugêne IV (1431). Déposé par un Concile comme hérétique, sanguinaire et parjure.

Callixte III (1455). Homme d’argent et d’intolérance, confirme l’usage de la torture contre les hérétiques.

Paul II (1464). Brute fanatique, multiplia les procès d’hérésie.

Sixte IV (1471). S’amusait avec deux petits garçons dont il fit des cardinaux. Fit assassiner Laurent et Julien de Médicis. Les prostituées de Rome lui versaient un impôt de 20.000 ducats par an. Mourut syphilitique. (Il avait installé l’Inquisition à Séville).

Innocent VIII (1484). Il avait eu seize enfants ! Multiplie les autodafés ; augmente les pouvoirs de Torquemada.

Alexandre VI (1492). De toute la collection de monstres qui ont régné sur les Chrétiens, celui-ci (Borgia) est peut-être le plus odieux. Ses crimes et ses empoisonnements sont trop connus pour qu’il soit utile de les rappeler.

Jules II (1503). Livre Venise au pillage. Met la France en interdit. Élu par les pires corruptions.

Léon X (1513). S’enrichit, avec ses maîtresses, en exploitant… le Purgatoire.

Adrien VI (1522). Créature de Charles-Quint. Despote et lubrique.

Clément VII (1523). Met l’Europe à feu et à sang pour étouffer le protestantisme naissant.

Paul III (1534). Avait livré sa sœur à Borgia pour être nommé cardinal. Fut l’amant de sa propre fille…

Jules III (1550). Dépravé et homosexuel. Fulmine contre les hérétiques.

Paul IV (1556). Surexcite la lutte contre les Luthériens et plonge l’Europe entière dans le deuil.

Pie V (1556). Ancien Inquisiteur. Défend aux médecins de soigner les hérétiques. Fournit des moyens d’action à Charles IX contre les protestants.

Grégoire XIII (1572). Applaudit aux massacres de la Saint-Barthélemy.

Sixte V (1585). Un des plus grands fourbes de la Papauté. Voulut donner l’Angleterre protestante à Philippe II d’Espagne ! Approuve l’assassinat d’Henri III.

Grégoire XIV (1590). Envoie une armée et dépense 500.000 écus d’or pour déchirer la France.

Paul V (1605). Assassinat de Henri IV. Partout des guerres intestines suscitées par le Vatican.

Grégoire XV (1621). Excite le duc de Savoie à assiéger Genève. Fait persécuter les réformés en Pologne, etc.

Urbain VIII (1623). Emprisonne le vieux savant Galilée…

Innocent X (1644). Fut le jouet de sa belle-sœur (et maîtresse), Dona Olympia, qui pille le Vatican. Condamne le traité de Westphalie, qui admettait la liberté du culte pour les protestants.

Alexandre VII (1655). Appuie les Jésuites, stimule l’Inquisition, distribue les biens d’Église à ses parents.

Innocent XI (1676). Obtient la révocation de l’Édit de Nantes, ce qui ruina la France.

Clément XI (1700). Soutient la Compagnie de Jésus contre les Jansénistes.

Clément XIV (1769). Après tant de scélérats, il eut le mérite de condamner enfin les Jésuites, non par humanité, mais par peur. Ils se vengèrent en l’empoisonnant.

Pie VI (1775). Responsable du sang versé par la Chouannerie, en essayant d’abattre la Révolution Française.

Pie VII (1799). Se fit lâchement le complice de Napoléon Ier, qui le malmena malgré tout, pour sa duplicité.

Pie IX (1846). Canonisa l’Inquisiteur Arbués. Promulgua le Syllabus. Se proclama « Infaillible ». Finalement balayé par le peuple italien.

Léon XIII (1878). Astucieux et subtil. Prêche le « ralliement » à la République, mais fortifie le thomisme. Par son « Rerum Novarum » et sa « Démocratie chrétienne », chercha à faire dévier et échouer le vrai socialisme.

Pie X (1903). La France dénonce le Concordat qui la liait à cet esprit borné. Il s’en venge en poussant l’Autriche à déclencher la guerre mondiale.

Benoit XV (1914). Hypocritement inféodé aux Empires Centraux, adopta ensuite une « neutralité » peu compromettante, à l’égard de la guerre mondiale.

Pie XI (1922). Fasciste en Italie, en Espagne, en Pologne, en Hongrie, condamne l’Action Française en France. Joue la comédie pacifiste. Est le grand profiteur de la Guerre. Pactise avec Mussolini… Mais le dernier mot n’est pas dit.

Dans ce rapide exposé historique, nous n’avons cité que quelques faits et quelques noms. Il ne s’ensuit nullement que les papes non cités aient été des hommes vertueux et bons (je ne prétends pas non plus que les scélérats et les avares n’ont jamais rien fait de bien). Ce qui est certain, d’une façon générale, c’est que la Papauté, qui se prétend une institution supérieure et sainte, a toujours été, au contraire, une entreprise de rapine, accumulant les crimes pour dominer l’humanité. — André Lorulot.

Bibliographie. — Indépendamment des ouvrages cités au cours de la présente étude (Doellinger, de Meissas, Charbonnel, Dubarry, etc…), voir La Vicomterie, Les Crimes des Papes.