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Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Demi-teinte

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Panckoucke (1p. 185-186).
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DEMI-TEINTE. Ce terme de l’art, composé de deux mots, s’explique de lui-même, quant à son sens le plus général ; mais pour en donner une idée plus précise, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails.

Chaque couleur peut se diviser en nuances, ou teintes, & les teintes se peuvent subdiviser encore : mais le sens du mot demi-teinte ne doit pas être pris à la lettre ; car toutes les couleurs peuvent être modifiées ou rompues dans diverses proportions, & toutes les teintes peuvent, suivant l’emploi qu’en fait l’artiste, prendre le nom de demi-teintes lorsqu’elles servent dans l’harmonie du tableau de passage d’un ton à un autre.

Ainsi quelques ouvrages de peinture qu’on appelle heurtés, offrent souvent certaines couleurs entières, qui y tiennent lieu de demi-teintes teintes ou de passages, mais l’effet en doit être regardé de loin.

Tout passage ou liaison entre deux couleurs qui sembleroient dures, si elles se touchoient, a donc le droit d’être nommé demi-teinte, parce qu’il en produit l’effet.

On peut sentir combien, si l’on hasardoit, ne connoissant que superficiellement les arts, de rapprocher les demi-tons de la musique des demi-teintes de la peinture, combien, dis-je, les idées qu’on donneroit seroient peu exactes. Je ne puis me refuser d’observer, autant que j’en trouve l’occasion, qu’il n’est que trop commun aujourd’hui d’employer ces rapprochemens, non-seulemént des différens arts entr’eux, mais des idées morales & politiques avec les expressions & les idées des sciences plus difficiles encore à appliquer avec justesse, parce qu’il faut plus d’étude pour s’instruire de la plupart des sciences, que pour avoir quelques connoissances raisonnables des arts.

Pour revenir au terme qui fait le sujet de cet article ; plus un ouvrage de peinture est soigné, ou plus il est destiné à être vu de près, & plus le mot demi-teinte se rapproche de sa signification littérale, car les dégradations étant multipliées d’une manière beaucoup plus approchante de celle qu’offre la nature, chaque couleur change de nuance, en faisant avec ses voisines des partages & des mélanges graduels, par l’effet des plans & du plus ou moins d’éloignement de la lumière.

Mais, pour se former une idée précise de ces effets, observez avec attention, & s’il se peut, en compagnie d’un peintre, un corps coloré qui soit rond ; la lumière, en éclairant les points sur lesquels son incidence sera plus directe, donnera à la couleur de ce corps toute la valeur dont elle est susceptible ; ensuite cette lumière glissant sur les plans voisins, par une incidence oblique, fera paroître la couleur d’une autre nuance : plus loin cette nuance sera teintée & à demi altérée par la privation plus sensible d’une partie de la lumière. Alors cette modification annoncera l’ombre qui la suit, & après l’ombre, le corps rond qui, en courbant toujours sa surface, est enfin près d’échapper à la vue, recevra les rejaillissemens des couleurs & des lumières voisines, dont l’effet sera une autre sorte de demi-teinte, qu’on appelle reflet.

Voilà l’ordre général dans lequel se présentent à la vue les couleurs, les nuances, les teintes, les demi-teintes, les ombres & les reflets dans tous les objets dont les surfaces ne sont pas absolument planes. Mais on conçoit que cet ordre, d’autant plus exact, que le corps est parfaitement rond, est aussi continuellement varié, modifié, interrompu dans les corps dont les surfaces se trouvent irrégu-


lières par leurs formes & par leurs plans. On conçoit encore, si l’on garde quelque souvenir de l’article clair-obscur, que les moyens qui lui sont propres & ceux qu’offrent lesdemi-teintes ont entr’eux un très-grand rapport. Aussi ne parvient-on pas à l’harmonie, sans avoir une connoissance approfondie de l’emploi qu’il faut faire, & des demi-teintes, & de la magie du clair-obscur. Des explications que je viens de donner, résulte cet important précepte pour les jeunes élèves.

« Observez la nature toujours avec une intention particulièrement relative à quelqu’une des parties constitutionnelles de votre art, & rappellez bien alors à votre idée tout ce qui appartient à la partie qui vous occupe. Si c’est l’harmonie, forcez votre attention à embrasser ensemble l’effet desdemi-teintes, des reflets, du clair obscur général d’une masse d’objets, & de ces mêmes parties subordonnées dans chacun des objets particuliers qui forment la masse. (Article de M. Watelet.)