Escales en Méditerranée/Colloque avec le magicien

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Paris : Ernest Flammarion (p. 220-221).

COLLOQUE AVEC LE MAGICIEN


Salut, Magicien, et merci ! C’est bien toi. Je te reconnais. Ton visage a toujours la couleur du ciel et ton vêtement la couleur de la mer. Salut, maître des beaux voyages et des beaux souvenirs... Merci de m’avoir confié la clé d’or et de m’avoir permis le jeu d’emprunter à une double mémoire des images successives que j’ai évoquées à mon gré et dans un ordre affranchi du temps, de m’avoir laissé mêler et confondre en un seul deux sillages dont je n’ai fait, d’escale en escale, qu’une seule route marine. Maintenant, ô Magicien, l’instant est venu de renoncer à la fiction véridique par laquelle j’ai revécu simultanément tant de belles heures juxtaposées. Celle du retour approche. Le yacht imaginaire qui m’a porté en cette croisière du souvenir est à l’ancre, et ton geste, ô Magicien, va dissiper son blanc fantôme, mais à sa place voici que s’offrent à moi le blanc Velleda et le blanc Nirvana. Comme en 1904 et en 1906 ils sont là et se proposent à moi pour achever le beau voyage auquel l’un et l’autre a contribué.

Sur lequel des deux m’embarquerai-je ? Mais pourquoi choisir ? Pourquoi, comme en 1904, ne pas regagner Marseille sur le Velleda ? Pourquoi, comme en 1906, sur le Nirvana, ne pas finir à Venise ce beau et magique rêve d’Orient ?